Depuis 2001 • No 45 • Montréal • 15.05.2008
Mai 2008

L’argent des contribuables

Felicia Mihali

Depuis huit ans, les bulletins de nouvelles sont ma leçon d’histoire à travers laquelle je m’éduque aux réalités de mon nouveau pays, le Canada. Évidemment, que j’alloue beaucoup d’espace aux nouvelles concernant le Québec, étant la province où je réside. Une des choses que j’ai remarquée, dès le début, a été la révolte constante de Monsieur/Madame Tout le monde contre la mauvaise gestion des fonds publics. Qu’il s’agisse d’un cas de corruption au niveau fédéral ou provincial, de chemins mal pavés, de services de santé, du financement des écoles, de l’assistance sociale, etc., on se révolte sur toutes les chaînes contre le vol opéré avec « l’argent des contribuables ». C’est la formule qui, au Québec, définit la plus grande injustice sociale, c'est-à-dire gaspiller l’argent des gens qui travaillent et qui payent des taxes. Au début, j’ai été, moi aussi, fortement révoltée. Toutefois, à force de trop entendre de telles plaintes, je me suis rendu compte que ce ne sont pas de cas particuliers qu’on divulgue, mais que la défense de « l’argent des contribuables » c’est une mentalité bien instillée dans l’esprit de la population.

Pour ma part, je ne me suis jamais inquiétée de ce qui se passe avec mon argent une fois qu’il passe dans la poche de l’État, sous le nom de TAXES. Jusqu’ici, j’ai toujours considéré que c’est un acquis de la société moderne que l’argent soit redistribué de façon équitable entre les gens qui participent, chacun à sa manière, au bon fonctionnement de notre société. On travaille, on paye des taxes pour que l’argent soit ensuite réparti dans divers services, qui sont aussi mis à la disposition des citoyens, ou dépensé pour le bien-être des moins fortunés que nous. À part les régimes dictatoriaux, bon gré mal gré, il faut accepter la sagesse de l’État où nous vivons et qui fait un partage honnête et dans l’intérêt de chaque individu. Si le rapport entre ce qui nous reste après avoir payé notre dû à l’État équivaut ou pas à nos efforts, ça c’est une autre assiette. Qui parmi nous aurait la compétence de questionner un système forgé à travers des siècles, tenant compte des habitudes sociales, alimentaires, culturelles? Moi, j’en suis incapable, et je reste donc une bonne citoyenne qui considère que les lois du pays agissent dans mon intérêt et en accord avec mes besoins.

Au Canada, toutefois, le citoyen n’accepte pas si facilement la clairvoyance de l’État. Dès le jeune âge, il apprend à défendre farouchement son argent, surtout celui qui va dans les taxes; il est averti, en permanence, contre le vol potentiel que l’État opère dans son compte à la banque. À l’école, on enseigne aux élèves à ne jamais accepter les critiques des professeurs, car cela est une attaque à leur dignité. Plus tard, l’individu voit dans tout ce qui se trame autour une atteinte constante à son intégrité : financière, religieuse, sexuelle. À l’âge adulte, tout le monde est d’accord que les taxes sont trop élevées et les services sociaux inadéquats.

Ce qui est étonnant c’est que personne, jamais ne vitupère contre les banques qui opèrent le vol le plus affreux jamais connu. On ne questionne jamais le fait que presque chaque famille canadienne travaille, en moyenne, une semaine par mois pour rien, car pour chaque famille canadienne les intérêts qu’elle paye à la banque pour toute sorte de choses s’élèvent à plus de 800 $.

Je ne suis pas économiste, mais pour avoir une idée de la catastrophe nationale, il faut tout simplement interroger vos amis sur leurs dépenses et faire la somme avec un crayon à mine : vous n’avez même pas besoin de calculatrice, tellement le calcul est simple. Voilà comment je suis arrivée à ce chiffre.
Si vous avez une hypothèque de 500 $ par mois (la moindre), 400 $ représente l’intérêt que vous payez à la banque. Par année, vous avez diminué la somme qui va dans le paiement de votre maison de seulement 1200 $ alors que vous avez payé à la banque 4800 $ en intérêts. Si vous avez 20 000 $ sur la carte de crédit, ce qui est devenu la norme (et je suis généreuse, car une grosse partie de la population a plus de 40 000 $ de dettes à leur crédit), l’intérêt s’élève à presque 400 $ par mois. Alors, 800 $ par mois, c’est-à-dire 9600 $ de votre revenu annuel, partent en fumée.

Ce que les gens veulent est de gaspiller eux-mêmes leurs sous. « L’argent du contribuable » est un monstre informe, le gaspillage qui les menace de l’extérieur. Les dettes personnelles, dues à la dépense ou à la mauvaise gestion du salaire, sont comme un animal domestique : il a grandi avec vous, dans votre foyer, vous le nourrissez bien, vous l’éduquez et vous le faites grandir. C’est toujours plus rassurant de se révolter contre le gaspillage de l’argent des contribuables que pour celui de votre fortune personnelle. C’est mieux de craindre le vol effectué par le système que par vous-même.

Dans ce pays de la liberté, personne n’ose critiquer la mauvaise éducation financière de la population. Le pire est que même des gens qui travaillent avec les chiffres, comme les ingénieurs, les économistes, les comptables ne sont capables de faire le calcul de leurs propres pertes. Ils peuvent discourir sur les défauts du système financier mondial, mais ils ne voient pas la ruine de leur propre ménage, la ruine de leur vieillesse et de leurs enfants. Lorsque l’économiste du journal La Presse a été invitée à l’émission Tout le monde en parle pour discourir sur la récente crise financière, elle a seulement dit que la population ferait mieux de ne pas trop s’endetter. De la part d’une journaliste, j’attendais une critique sévère contre ce qu’on peut considérer comme une catastrophe nationale : les cartes de crédit qui font du Canadien moyen l’individu le plus endetté au monde.

Je vous fais un aveu : je n’ai pas de dettes. Lors de mes études universitaires, j’ai accumulé 10 000 $ de dettes, que j’ai remboursée dans l’année suivant la fin de mes études. Même à l’époque où je vivais d’une bourse d’étude, je réussissais à payer les frais d’une école privée pour ma fille et envoyer de l’argent à ma famille outremer. J’ai toujours eu une carte de crédit, que la banque a augmenté de 1500 $ à 3000 $ sans me demander la permission, mais je n’ai jamais payé d’intérêts. Jamais. Je l’utilise couramment, mais à la fin du mois je la paye jusqu’au dernier sou. Je vis modestement. Dans l’armoire de la cuisine, j’ai une petite bourse usée où nous mettons de côté l’argent des vacances. En été, on s’alloue le congé que cet argent nous permet et rien de plus. Je mène une guerre acerbe contre le goût dépensier des deux adolescents qui vivent encore dans le nid, afin qu’ils finissent leurs études universitaires.

En tant que contribuable, je ne crains pas que quelqu’un vole mon argent. Avant que quelqu’un mette la main dans ma poche, je m’assure qu’elle est bien fermée.

Juin 2008

La 29e édition du Festival international de Jazz de Montréal -
le jazz… vert!

Iulia-Anamaria Salagor

C’est évident que la folie verte - pour la nommer - a gagné presque tous les domaines. Qu’on parle de la nourriture, de la technologie ou de la mode, tout doit être vert, écolo, bio et, bien sûr, au service de notre bien-être.  

Le 2 juin 2008, Le Festival International de Jazz de Montréal a dévoilé sa programmation extérieure gratuite de sa 29e édition – dédiée au regretté Oscar Peterson. Du jeudi 26 juin au dimanche 6 juillet, on peut choisir parmi les 376 événements gratuits commandités par Rio Tinto Alcan. Le Groupe contribuera également à compenser les émissions de carbone du Festival. Dans leur communiqué de presse ils affirment d’être   «fiers de contribuer à faire de l’édition de cette année l’un des premiers événements neutres en carbone de cette envergure en Amérique du Nord ». Je dois vous avouer que je n’ai pas bien compris la façon concrète d’arriver à ce résultat, mais, à mon avis, la musique contribue déjà beaucoup à notre bien-être et j’aimerais vous recommander mon top 5 d’événements à ne pas manquer pendant le Festival :

  1. Le Grand événement General Motors- Chapeau Mr. Cohen, présenté le jeudi 26 juin  à 21h30, rendra hommage au grand poète, romancier et chanteur montréalais Leonard Cohen. Afin de célébrer son talent, une palette d’artistes - tous influencés par son œuvre - foulera la grande scène : Katie Melua, Madeleine Peyroux, Garou, Serena Ryder, Chris Botti, Zachary Richard, Buffy Sainte-Marie et Thomas Hellman.
  2. Un spectaculaire retour Bran Van 3000, le mardi 1er juillet à 21h30. Grâce à la commandite de Bell, on pourra suivre l’intégrale du concert en direct ou regarder la prestation à l’adresse www.BV3K.symapatico.msn.ca
  3. Le Party de clôture Rio Tinto Alcan présente le maître de la kora Mory Kante, le dimanche 6 juillet à 21h30.
  4. Le Grand jam de percussions General Motors, animé  par Samajam, le 2 juillet à 18h. Pour la première fois, le Salon des instruments de musique de Montréal (SIMM) a un grand événement  à lui tout seul et grâce à la complicité du magasin de musique Steve’s, des milliers d’instruments de percussion seront distribuées gratuitement aux participants.
  5. L’artiste québécois multidisciplinaire Armand Vaillancourt, présent lui aussi à la conférence de presse, invite les petits et les grands à se joindre  à lui pour peindre une gigantesque murale - Grande murale de jazz, tous les soirs du Festival, de 18h à 20h, sur la rue Jeanne-Mance, entre Sainte-Catherine et De Maisonneuve. La palissade sur le site en construction du Quartier des spectacles - qui servira au Festival pour son 30e anniversaire- deviendra en effet une immense toile vierge pour le public.
 
Mai 2008

Dix ans d’existence

Metropolis Bleu – édition anniversaire

Felicia Mihali

Le Festival international de littérature Metropolis Bleu vient de clôturer sa dixième édition. Les statistiques disent que le nombre des participants est passé d’une quarantaine d’auteurs lors de sa première édition, à 250 cette année. Cela vous donne une idée de l’ampleur que cet événement a pris dans le monde littéraire. Comme le disait quelqu’un, le festival est devenu un phénomène national au rayonnement international, ce qui est très juste. Le public, la cohérence des rencontres, des thèmes et des propos, la qualité et l’importance des invités, font de Blue Met, dans sa variante anglaise, un événement très couru. Le festival me semble à l’heure qu’il est le seul véritable événement d’envergure qui rassemble les deux communautés, francophone et anglophone, en leur donnant une égale importance et ampleur, ce qui, au Québec, n’est pas la moindre des choses. La seule mauvaise note que je donne cette année est la faible participation estudiantine. Après avoir fini leur session, que foutent les étudiants en littérature des quatre universités montréalaises? Mais la bonne note va du côté du public dans l’ensemble : j’ai été tellement surprise de voir des anglophones venir prendre des signatures des auteurs francophones et vice-versa.  

      Comme depuis les trois dernières éditions, je reste une fidèle de ce festival. Du premier au dernier jour j’ai fait le slalom entre les différentes séances, essayant de participer à plusieurs en même temps. J’ai été un des cauchemars à la caisse du festival, car je revenais souvent dans la journée pour demander des billets pour d’autres et d’autres séances. Bénie soit la liberté de la presse! C’est évident que, malgré mes mûres réflexions, je n’ai pas toujours fait les meilleurs choix : parfois je m’ennuyais à mourir et je sortais à la moitié de la séance soit à cause de la voix monocorde de l’invité, soit du manque d’intérêt du sujet, soit d’un léger déraillement du thème promis dans le programme. C’est un fait normal qu’un grand écrivain n’est pas toujours un grand orateur, mais quand on le constate sur place…Sans rancune, on sort avant la fin.

      Je vous avoue que je n’ai pas réussi à tomber en amour avec Daniel Pennac, le gagnant du Grand Prix du festival de cette année. Malgré ma grande admiration pour ses livres, je n’ai pu rester jusqu’à la fin d’aucune de ses séances, à part la conférence de presse. Je sais que chaque animateur rêve que son invité soit drôle et que le public rit, mais pas si drôle que ça. Est-ce qu’en France, on parle aussi longuement sur sa biographie, voire son enfance? De ce que j’ai écouté, même la grande entrevue sur scène de M. Pennac a été centrée sur son expérience d’élève et sur le charme ou la bêtise de ses professeurs. J’aurais voulu l’entendre parler de beaucoup d’autres choses, mais je suis restée sur ma faim. Est-ce lié au fait que les Français pensent encore que les Québécois ne sont pas capables de comprendre plus que des anecdotes? Comme tout bon Français, M. Pennac s’est cru obligé de dire que le Québec est sa deuxième maison et, un peu plus tard, d’imiter le drôle d’accent de l’un de ses amis québécois. On attend que Monsieur Pennac nous rende visite dans d’autres circonstances pour qu’il nous prouve son véritable amour du Québec, mais il semble qu’il ne visite pas souvent cette résidence à la campagne.   

      En passant, dans mon programme de cette année je me suis proposée d’éviter, ce que les Français nomment, de façon si charmante, les têtes de gondoles. Pour cette raison, je ne suis allée à aucune des rencontres de Nancy Huston. Par contre, parmi mes belles découvertes, je cite les suivantes :  

      Lindsay Davis, cette Agatha Christie moderne qui place ses actions policières dans la Rome antique.

      Padma Viswanathan, avec un excellent premier roman The Toss of a Lemon.

      Rawi Hage, qui vit à Montréal depuis sa fuite d’un Liban en guerre et dont le roman Parfum de poussière, traduction du livre écrit en anglais De Niro’s Game, est une belle découverte littéraire à valeur historique.

      Anouar Benmalek, Algérien vivant à Paris, dont le dernier roman Ô, Maria lui a valu des menaces de mort. D’ailleurs, au cours de plusieurs séances, il a si bien défendu la cause de son pays et des autres pays arabes de lutter et de se défendre contre toute forme de fondamentalisme. 

      Susan Pinker, psychologue et professeur à l’Université McGill dont le livre The Sexual Paradox semble un véritable must si on veut comprendre la différence sexuelle engendrée par notre biologie.

      Jacques Neirynck, ce scientifique et diplomate suisse converti à la littérature et qui a émis une théorie qui me plait : malgré l’immense place que la science occupe présentement dans notre vie, elle est peu présente dans la littérature. Il s’est élevé contre la littérature et les auteurs qui ne font que se raconter et, en exemple, il a cité Amélie Nothomb. Méchant coup!

      Adam Le Bor, écrivain et correspondant de guerre qui a assisté à deux événements marquants des deux dernières décennies : l’effondrement de l’ex-Yougoslavie et la guerre en Afghanistan.

      Adriaan van Dis, ce Hollandais dont la vie personnelle est une palpitante saga.

      Wei Wei, cette écrivaine chinoise qui écrit en français tout en vivant en Angleterre, et dont les livres révèlent un visage inconnu de la Chine, celui qu’on ne voit pas souvent dans la littérature dissidente. Wei Wei écrit avec beaucoup de sensibilité sur la Chine des femmes opprimées, des héros qui ont véritablement cru dans le communisme même lorsque le régime s’est tourné contre eux, et les drames semés par un siècle de tourments dans le cœur du menu peuple.  

      J’ai assisté aussi à quelques tables rondes concernant les enjeux littéraires québécois et où j’ai revu des auteurs comme : Louise Dupré, Hélène Dorion, Louise Warren, Aline Apostolska, Erin Moure, Olga Duhamel-Noyer, Catherine Mavrikakis, Gail Scott. J’ai trouvé fort intéressant le débat entre les trois éditeurs Normand de Bellefeuille, Antoine Tanguy et Michel Vézina concernant le monde de l’édition au Québec.  

      Parmi mes achats de cette année : James Meek, The People’s Act of Love; Ruth R. Wisse, Jews and Power; Susan Pincker, The Sexual Paradox, Extreme Man, Gifted Women and the Real Gender Gap; Anouar Benmalek, Ô, Maria; Wei Wei, Fleurs de Chine.

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