Depuis 2001 • No 45 • Montréal • 15.05.2008
Mai 2008

XXY: la liberté d’être

par Lucie Poirier
journaliste-analyste

Vince Vaughn’s Wild West Comedy Show

«Un homme enceinte!» a-t-on récemment annoncé; Oprah l’a même invité à son émission. Il s’agit en fait d’une femme qui recevait des hormones et dont la barbe poussait jusqu’à ce qu’elle interrompe les suppléments hormonaux à cause de sa grossesse. Elle avait naturellement un utérus, elle était une femme qui se transformait volontairement en homme. 

On appelle hermaphrodite une personne née avec des organes génitaux présentant simultanément des caractéristiques féminines et masculines. Ainsi nommé dans la mythologie grecque, l’enfant d’Aphrodite et d’Hermès possédait les deux sexes. 

Lorsqu’une telle personne naît des entrailles d’une femme, on crie à l’horreur; on parle de monstre de la nature. Lorsqu’une telle personne résulte des expérimentations d’un scientifique, on crie au génie; on parle de progrès de la science. Car l’homme joue à être Dieu, l’homme joue à être mère. 

Dans Ma vie en rose (1997), le réalisateur Alain Berliner avait montré la difficulté d’être selon son choix; Ludovic, 7 ans, se sentait davantage fille que garçon et choisissait coiffure et vêtements déconcertants pour ses proches. Or, la réalité hermaphrodite concerne la difficulté d’exister selon son anatomie.  

Avoir un corps qui diffère des stéréotypes, des attentes, des critères de normalité, conformité, d’approbation, peut entraîner la marginalité, l’obsession, la cruauté. C’est ce qu’exprime la réalisatrice argentine Lucia Puenzo dans son premier long métrage XXY.  

Alex (Inés Efron), la fille de Suli et de Kraken, un biologiste, a 15 ans et vit près de la mer. Elle est hermaphrodite et cache ce fait à Alvaro (Martin Piroyansky), fils d’Erika et de Ramiro, un chirurgien esthétique. La physiologie d’Alex préoccupe Ramiro qui voudrait effectuer sur elle une chirurgie « réparatrice ». 

Dès le début du film, l’alternance des séquences d’une course criarde dans l’herbe et d’un lent animal marin pose la dualité, installe la dichotomie, induit le contraste. Suit une séance de dissection animale et le constat du sexe du spécimen : femelle. 

Puis, rappelant le début du film Citizen Kane (1941) réalisé par Orson Welles et dans lequel un journaliste cherche l’éclaircissement d’un mystère, Alvaro ouvre la barrière avec le panneau « Entrée interdite » s’engage dans le chemin vers la maison et va à la rencontre d’Alex. Leur première conversation concerne la masturbation et la possibilité qu’ils aient une relation sexuelle.  

Alvaro, l’artiste-dessinateur, sensible et observateur, sans préjugés, capable d’acceptation immédiate, inconditionnelle, devient le premier amant d’Alex. Mais, celle-ci est harcelée par des garçons qui ont découvert son secret et qui tentent de la violer lors d’une scène qui ressemble à la mise à nu de Teena Brandon dans Boys don’t cry (1999) réalisé par Kimberley Peirce. Il s’agissait, aussi dans ce film, d’identité sexuelle, d’énigme, d’ambiguïté; une jeune femme (ayant réellement existé et qui a été abattue) prétendait être un garçon et son entourage devenait obsédé par la possibilité de voir son sexe et de découvrir sa réalité cachée. Comme dans XXY, dans Boys don’t cry, les hommes violaient celle qui les déconcertaient. 

Le principal problème d’Alex n’est pas son anatomie mais les réactions des autres. Elle est capable d’affirmer à son père, Kraken : « Et s’il n’y avait pas de choix à faire ». Elle refuse les corticoïdes et l’opération. Elle est prête à ce que les autres sachent. 

L’intérêt du film s’est déplacé vers Alvaro et la terrible révélation de la méchanceté impitoyable de son père. Le jeune homme signifie à son père l’admiration qu’il ressent pour lui. Ramiro répond à son fils en lui disant qu’il ne l’aime pas, qu’il ne lui voit aucun talent et ajoute qu’il n’en aura jamais. Devant le talent artistique de son fils, le père machiste le renie et « craint » qu’il soit homosexuel. C’est Ramiro le véritable monstre, celui qui juge, qui décourage, qui ne reconnaît ni le potentiel, ni la personnalité, ni les accomplissements de son fils. De plus, Alvaro est devenu amoureux d’Alex qui le repousse. Il incarne le personnage qui endure la souffrance causée par l’intransigeance. 

Le film s’achève avec Alvaro qui referme la barrière : Alex lui a interdit l’entrée dans sa vie affective et Ramiro lui a dénié son amour paternel. On ne le blâme pas pour son corps, on lui reproche son être. Il est rejeté.  

Lucia Penzo a inséré des scènes de couteaux qui coupent, qui tranchent, dans une allusion évidente à la castration qui ne s’avérait pas du tout nécessaire. Par contre, les portraits qu’elle esquisse avec Alvaro et Vando (Luciano Nobile) se révèlent beaucoup plus pertinents. Vando sauve Alex lorsqu’elle est attaquée et il pleure en lui exprimant sa bienveillance. Ce sont les jeunes hommes qui pleurent le plus dans ce film en contrepartie des hommes (jeunes et vieux) brutaux et intolérants qui gueulent.  

En définitive, Alex démontre sa force et son courage et Alvaro dissimule son accablement et sa tristesse. Il est né homme, conforme, correct et pourtant il n’a pas été accepté et aimé. Dans un monde incapable d’établir la reconnaissance de la diversité des corps, celle des êtres, avec leurs aspirations, leurs prédilections, leurs inclinations, reste un idéal très éloigné. 

Au Festival du Nouveau Cinéma de Montréal 2007, le film s’est mérité le prix de l’ACCQ – espoir et lors du Festival de Cannes 2007, il a été Gagnant du Grand Prix de la Semaine internationale de la Critique 

XXY. Argentine / France / Espagne. 2007. Réalisé par Lucia Puenzo. 35mm. 91 min.

Avec Inès Efron, Ricardo Darín et Martín Piroyansky

Version originale espagnole avec sous-titres français ou anglais, selon l’heure de présentation 

Avant-première le 26 mai 2008, projections dès le vendredi 30 mai.

www.cinemaduparc.com

Mai 2008

Écran Vert et Empreintes: l’ONF environnementaliste

par Lucie Poirier
journaliste-analyste

Vince Vaughn’s Wild West Comedy Show

Du mercredi 21 mai au mardi 27 mai 2008, présentée à l’ONF, se déroule une édition spéciale d’Écran Vert, une série de projections suivies de discussions autour de la préoccupation environnementale. La porte-parole, Louise Vandelac, professeure titulaire au département de sociologie et à l’Institut des sciences de l’environnement de l’UQAM, chercheuse et documentariste, s’implique depuis des années dans la cause environnementale. Cet événement en français est entièrement gratuit pour favoriser les rencontres et les échanges. 

Aussi, aura lieu le lancement du site EMPREINTES réunissant 124 films et 191 extraits de la collection de l’ONF sur le thème de l’environnement; de plus, les non-voyants y bénéficient d’une trame sonore appropriée. Ce projet s’inscrit dans la numérisation de la collection de l’ONF qui veut rendre ses œuvres plus accessibles. 

Pendant cet événement, Recyclage et animation un atelier pour la famille, les 24 et 25 mai à 13 heures, sera consacré aux 3R : recyclage, récupération, réutilisation. Les participants pourront réaliser un film grâce à cette présentation de la coalition montréalaise Action RE-buts. 

La soirée Dix ans après où en sommes-nous? le 22mai à 19 heures permettra de constater l’effet causé par le documentaire de Richard Desjardins et Robert Monderie L’erreur boréale. L’échange, qui suivra la projection, permettra au public de s’entretenir avec des membres de l’Action boréale de l’Abitibi-Témiscamingue et du Réseau québécois des groupes écologistes. 

L’impact de l’imposition sauvage du capitalisme en Chine ne passera pas sous silence lors de la soirée Intérêts économiques vs condition humaine : Une frontière à définir. Le 24 mai à 19 heures sera présenté le documentaire Sur le Yangzi. Ce triste et minutieux portrait montre l’accablement des gens dont la vie a été bouleversée par la construction du barrage des Trois-Gorges en Chine; familles sans logement, sans revenu, décimées par les changements qui accentuent les contrastes : l’émerveillement des touristes en croisière est à l’opposé de la misère du peuple déconcerté. Cette soirée sera l’occasion de voir, ou revoir, le long métrage de Yung Chang et de discuter avec Mila Aung-Thwin, un des producteurs d’EyeSteel Film, Loïc Tassé, chargé de cours au département de science politique de l’Université de Montréal et spécialiste des questions chinoises et un membre du Mouvement interculturel pour l’environnement. 

Deux réalisatrices commenteront leurs documentaires. Le 25 mai, Ève Lamont présentera le désarroi des agriculteurs dans Pas de pays sans paysans et le 27 mai Hélène Choquette révélera celui que vivent Les réfugiés de la planète bleue 

Écran Vert et Empreintes représentent des occasions d’avoir accès à ce répertoire auquel nous contribuons puisqu’il s’agit de productions et de distributions que nous soutenons financièrement par nos taxes et nos impôts. Souvent, notre argent est utilisé pour avantager l’humour, un dérivatif; apprécions qu’il serve un peu à la transmission de connaissances suscitant la réflexion et l’action politique et sociale. Les documentaires sont parfois l’unique source d’information véridique sur des réalités qui nous concernent et nous affectent.  

Écran Vert favorisera le constat des faits certes mais aussi la possibilité de se rassembler pour trouver des solutions, pour se sentir moins seulE quand augmentent la pollution des industries et la vulnérabilité des individus. 

onf.ca/empreintes

Écran Vert du 21 au 27 mai 2008 à la CinéRobothèque de l’ONF 1564 rue St-Denis , Montréal, métro Berri-UQAM.

Mai 2008

La femme inconnue : symbolique

par Lucie Poirier
journaliste-analyste

Vince Vaughn’s Wild West Comedy Show

Avec Malèna (2000), interprétée par Monica Belluci, Giusseppe Tornatore avait amorcé un focus sur la spécificité de ce que vivent les femmes convoitées obsessivement par les hommes et jalousées excessivement par les femmes. Avec le film très attendu La femme inconnue (La Sconosciuta), il poursuit une expression de sa perception de la femme devenue objet d’exploitation.  

La comédienne russe, issue de la télévision, Xenia Rappoport  démontre un exceptionnel courage d’actrice dans l’interprétation de scènes de nudité et de violence, de fébrilité et de sensibilité. Son personnage, Irena, est une prostituée ukrainienne qui a mené à terme 9 grossesses sans jamais pouvoir garder un seul de ses enfants. Lors des autres grossesses, elle avortait. Toujours sous la contrainte. 

Dans le trafic humain, l’influence des proxénètes, des vendeurs de femmes et d’enfants, s’appuie sur le besoin de manger de leurs victimes et sur la coercition dont ils les accablent. Les êtres démunis subissent tous les sévices jusqu’à la déchéance, jusqu’à la mort. 

Tornatore montre la banalisation de la violence, de la cruauté, du sadisme envers les femmes; non en les cautionnant mais en précisant l’attitude et le comportement du proxénète et en révélant les conséquences pour celles qui sont maltraitées. 

De nombreux auteurs et cinéastes ont prétendu à l’Art lorsqu’ils présentaient un sadisme acharné envers les femmes. Le film de Tornatore est à l’opposé de l’idéalisation; il démontre la laideur monstrueuse de l’esclavagisme sexuel et du trafic de femmes et d’enfants, réalités peu dénoncées mais très répandues dans un laxisme révoltant.

Entre 2 et 8% des femmes qui se prostituent le font par choix. Mais ce sont d’elles dont les gouvernements encouragent le plus l’expression. Ce que vivent les autres, la majorité des prostituées, reste ignoré, supplanté par une propagande de glamour et de dérision.  

Dans des scènes au montage syncopé,  les humiliations et les brutalités répétées sont infligées avec nonchalance ou plaisir : les prostituées sont attachées, frappées, suspendues par les pieds et fouettées, lors de séances où les proxénètes s’amusent et rient. Quand Irena accouche, le proxénète la regarde en mangeant des biscuits soda. Tornatore a mis en évidence la distorsion accentuée qui détermine les êtres impliqués dans de telles situations.   

Tornatore avec Xenia Rappoport a trouvé l’actrice à la hauteur du scénario terrible et réaliste qu’il avait élaboré et qu’il a tourné secrètement en Italie. Loin d’être discret, le résultat est éloquent. Il interpelle sur des enjeux importants : que représentent les femmes dans une société? Pourquoi sont-elles traitées avec intransigeance sans que leur sort indigne les autres? Est-ce seulement l’argument économique qui explique la violence envers elles? L’être humain maintient une situation tant qu’elle l’avantage. De quoi est fait cet avantage qui mène à l’avilissement des femmes?  

Cette femme inconnue symbolise La femme, celle qui, à travers les époques, les ethnies, les religions, les cultures, souffre en cachant ses larmes interdites et incomprises. 

La femme inconnue Italie/France réal Giuseppe Tornatore. scén. Giuseppe Tornatore et Massimo De Rita Avec Xenia Rappoport 1h:58m. 13 et + violence 

www.cinemamontreal.com

Mai 2008

Le monde selon Monsanto : l’avenir dès maintenant

par Lucie Poirier
journaliste-analyste

Vince Vaughn’s Wild West Comedy Show

Pour un film et un livre, Marie-Monique Robin a élaboré une enquête sur l’une des entreprises les plus controversées de la planète. Monsanto, multinationale américaine, bénéficie de collusions avec diverses instances gouvernementales internationales et recourt à des intimidations; elle met ses menaces à exécution. Le documentaire démontre qu’elle est responsable des renvois de plusieurs scientifiques, du silence d’un grand nombre de journalistes, de la faillite de nombreux agriculteurs américains et de trois suicides chaque jour parmi les paysans indiens. 

Marie-Monique Robin a constaté que dès 1937 l’état savait que des BCP enterrés causaient des diabètes, des acnés, des cancers mais préférait protéger la compagnie plutôt que la population. Monsanto est la compagnie ayant le plus d’influence sur les gouvernements qui ne créent pas de lois relatives aux nouvelles technologies et négligent de considérer les études scientifiques indépendantes au profit de celles financées par Monsanto. 

Ce laxisme s’explique par des faits tels que la présence à la FDA de Michael Taylor qui fut avocat pour Monsanto pendant 7 ans. Un inter échange amène des employés de Monsanto au gouvernement et vice-versa. Ce consensus chargé de conflits d’intérêts empêche la neutralité décisionnelle des transfuges. 

À travers le monde, Monsanto rachète les entreprises de semences traditionnelles, naturelles. Les paysans et les agriculteurs ne peuvent plus acheter d’autres fournisseurs que Monsanto qui leur vend des semences génétiquement modifiées. Comment fonctionne ce processus à la fois invasif et dangereux? 

Monsanto fabrique un herbicide, le Roundup. Il a modifié l’ADN de la semence (il l’a fait pour du soja, du maïs, du coton) de façon à ce que la plante devienne résistante à son herbicide, le Roundup. Donc, le fermier sème des semences transgéniques, vaporise son champ avec le Roundup qui élimine toute végétation autre que la plante issue de la semence modifiée. 

Or, il y a des effets sur la division des cellules humaines et ce dérèglement induit les premières étapes qui entraînent le développement de cancers. 

Les messages publicitaires sont trompeurs, les résultats d’études sont modifiés et les gouvernements, basant leur décision sur la politique et non sur la science, refusent de reconnaître l’importance des modifications génétiques au nom du principe d’équivalence en substance entre les plantes ordinaires et les plantes OGM. 

Les changements physiologiques dramatiques sont cachés parce que Monsanto a su jouer sur le plan politique et légal. Aucun de ses dirigeants n’est poursuivi, aucune responsabilité pénale ne lui est reconnue seulement au civil. 

Monsanto c’est aussi l’hormone de croissance bovine qui laisse du pue dans le lait à cause des infections des pies entraînant aussi l’ajout d’antibiotiques. Monsanto encore c’est l’épidémie EMS en 1989 qui a fait des morts et des handicapés. Monsanto toujours c’est l’Agent Orange qui a contaminé pour des générations des populations du sud Viêt-Nam et des soldats américains; le défoliant fut répandu pour éliminer la végétation dense sur certaines routes clés et, surtout, pour détruire les récoltes donc affamer les civils et l’armée. 

Dans le film Marie-Monique Robin mentionne les faits, dans le livre elle les décrit : a-t-elle voulu accorder une dignité pudique aux enfants qu’elle aurait pu exhiber? Elle utilise le mot «horreur» pour nommer ce qu’elle a vu en 2006 à l’hôpital Tû Dû à Hô-Chi-Minh-Ville. «un cimetière de bébés déformés par la dioxine. Pénis au milieu du front. Frères siamois partageant une tête disproportionnée… Anencéphalie… microcéphalie… hydrocéphalie…les difformités sont tellement aberrantes qu’elles n’ont pas toujours de nom médical». Quant aux enfants nés d’une lignée de personnes ayant été contaminées «la plupart souffrent de problèmes neurologiques et d’anomalies organiques graves» constatait-elle en regardant un garçonnet né sans globe oculaire. 

Ne nous pensons pas à l’abri au Canada. En 1998, Monsanto voulait envahir notre marché avec son hormone la rBGH. Trois docteurs de Santé Canada, Shiv Chopra, Gérard Lambert et Margaret Haydon malgré la pression et la coercition ont refusé de recommander l’autorisation du produit. Le bureau d’Haydon a été cambriolé, un membre de la sécurité a exigé sa dernière copie d’un mémorandum; Monsanto n’a pas réussi à imposer sa rBGH au Canada mais a appris de ses erreurs et modifié ses techniques de conquête de marché. En juillet 2004, les trois scientifiques ont été licenciés pour désobéissance. En parlant du Canada, Chopra a déclaré : «Ce pays est corrompu jusqu’à la moelle». 

Monsanto contrôle les semences donc l’alimentation c’est-à-dire le monde. C’est une histoire de pouvoir et d’argent qui ne concerne pas la sécurité alimentaire ni la santé humaine. Monsanto prétend régler le problème de la faim dans le monde. Quand vous voyez votre facture d’épicerie, qand vous écoutez les bulletins de nouvelles, avec l’actuelle crise des céréales, avez-vous l’impression que le problème est réglé? 
 

Marie-Monique Robin Le monde selon Monsanto de la dioxine aux OGM, une multinationale qui vous veut du bien. Editions Stanké 378 pages ISBN 978 2 7604 1064 0 Préface de Nicolas Hulot et postface de Louise Vandelac. 

Le monde selon Monsanto réal. Marie-Monique Robin une coproduction France-Canada dont l’ONF. 109 min.

Dès le 23 mai au cinéma Parallèle de l’Ex-Centris.

À noter : la réalisatrice sera présente lors de la séance initiale avec le public le 23 mai.

Du 16 mai au 22 juin 2008

Cannes à Montréal : Retrouver Welles et les autres

par Lucie Poirier
journaliste-analyste

Vince Vaughn’s Wild West Comedy Show

À l’occasion du 61e Festival de Cannes, le Cinéma du Parc à Montréal projette, du 16 au 22 mai, 39 films ayant obtenu la Palme d’Or.

On pourra y apprécier le rythme caractéristique de Théo Angelopoulos dans L’éternité un jour  (1998). Cinéaste de la lenteur, de l’observation et du détail, des scènes empruntant aux autres arts dont le théâtre, la peinture et la musique (des réfugiés dans les barbelés ressemblent à des notes sur une partition), Angelopoulos a su exprimer simultanément des valeurs artistiques, des réflexions politiques et des aspirations sentimentales. Dans une autre de ses créations, Paysage dans le brouillard, avec une mise en scène elliptique, il a réalisé une des plus intolérables scènes de viol du cinéma. Il sait aussi communiquer la passion d’un réalisateur pour l’histoire du cinéma dans Le regard d’Ulysse (1995) pour lequel il avait remporté le Grand Prix du Festival de Cannes.

Souvent, des lauréats de la Palme d’Or référaient au cinéma à l’intérieur même de leurs films; ainsi, La Dolce Vita de Federico Fellini (1960) où Anita Ekberg, dans le rôle d’une star américaine, se promène dans la fontaine de Trevi, incarnant la quintessence de la naïade contemporaine et stéréotypée, Un homme et une femme de Claude Lelouch (1966), Pulp Fiction de Quentin Tarantino (1994) et Taxi Driver de Martin Scorsese (1976) sont des films dans lesquels des réalisateurs abordaient ou développaient un discours sur leur forme narrative et ses aspects.

Lors du spécial du Cinéma du Parc, il sera aussi possible de retrouver Orson Welles (1915-1985) en tant que réalisateur et acteur; il est le seul à représenter ces deux fonctions. D’abord, avec The Tragedy of Othello : The Moor of Venice de Orson Welles (1952) un pur chef d’œuvre en noir et blanc utilisant toutes les ressources de cette qualité d’image souvent contrastée et qui a nécessité des années de tournage puisque les fonds monétaires manquaient régulièrement.

Troiani, un des cinq directeurs-photos du film Othello, a déclaré en rappelant le tournage : « Travailler avec Welles a ruiné ma carrière. Lorsque vous avez connu un tel génie, le reste ma foi... ».

 Il y a quelques années, je m’étais entretenue avec l’actrice québécoise Suzanne Cloutier (1927- 2003), une femme très douce, délicate, discrète, qui interprétait le tragique rôle de Desdémone et qui m’avait confié la difficulté que signifiait sans cesse le manque d’argent pour Welles. Un jour, elle l’avait vu pleurer de découragement et avait déployé toutes les possibilités de ses relations pour lui obtenir du financement. Lui-même à la fin de sa vie admettait que s’il avait pu passer autant de temps à créer qu’il en avait passé à chercher de l’argent, il aurait réalisé un plus grand nombre de films.

Cet homme génial a séduit les plus belles femmes : Lili St-Cyr alors qu’il planifiait Citizen Kane, Rita Hayworth, la mère de sa fille Rebecca, qui accepta de se porter caution lorsqu’il tourna The Stranger (1946) et qu’il fit tourner dans The lady of Shanghai (1947); on reconnaît dans ce film sa prédilection pour le symbolisme du miroir démultiplié et représentant la fragmentation de la personnalité déconstruite qu’il avait déjà utilisé dans Citizen Kane (1941) pour montrer le désarroi de Kane après le départ de sa 2e épouse. Toutefois, Suzanne a dit s’être gardée de succomber au charme de Welles, l’homme, afin de maintenir sa relation avec Welles, le réalisateur; une aventure aurait pu compromettre leur travail ou même l’attribution du rôle pour elle. Il semble qu’il ait eu un caractère excessif et qu’il était préférable de le côtoyer dans sa vie professionnelle plutôt que dans sa vie privée. On peut considérer qu’elle avait donc succombé au charme de Welles, le créateur.

Dans sa version d’Othello, on retrouve ses procédés des ombres croissantes, des scènes ténébreuses, des contre-plongées impressionnantes (parfois même apeurantes ou grotesques comme dans Le Procès 1962), des atmosphères mystérieuses, redoutables, dangereuses. Alors qu’il participait en tant qu’acteur au film  Le troisième homme de Carol Reed (1949) (un autre film qui s’est mérité la Palme d’Or et qui sera projeté au cinéma du Parc), on peut observer l’influence de Welles dans une scène restée célèbre : celle de la poursuite dans le tunnel; on a raconté que Reed aurait quitté le plateau tellement Welles dirigeait le tournage. Qu’importent les rumeurs, les images persistent, éloquentes du style de Welles. On remarque aussi son influence dans le film Jane Eyre; une des adaptations les plus fidèles à l’esprit et à l’atmosphère du roman de Charlotte Brontë; des pièces grandioses où se glissent des ombres plus que des présences, des gros plans de visages blafards sortant de la noirceur avant d’y retourner, une ambiance lugubre.

De nombreux acteurs ont incarné Welles car il est lui-même devenu un personnage dans des films tels que Heavenly Creatures, (1994) de Peter Jackson où la fameuse scène du tunnel est reproduite alors que Welles devient le héros fantasmé des deux jeunes protagonistes.

Dans La nuit qui terrifia l'Amérique Nicholas Meyer en 1975 a reproduit l’événement tragique et artistique qu’a représenté le 30 octobre 1938 sur CBS l'émission de radio  Mercury Theatre on the air alors qu’on jouait La guerres des mondes dans une version adaptée par Welles. Son réalisme détaillé et son choix d’utiliser la première personne dans son texte furent d’une telle force que des gens se sont suicidés en croyant que des extra-terrestres envahissaient la Terre.

Dans Ed Wood de Tim Burton (1994), Vincent D’Onofrio, lors d’une brève scène dans un bar, incarne un Orson Welles désabusé par les rouages des studios de cinéma, leurs critères et leurs ingérences dans les créations. Dans les faits, c’est Charlton Heston qui avait exigé que Welles réalise A touch of evil  (1958) alors que les studios ne voulaient de Welles qu’en tant qu’acteur.

Quant au film RKO 281 de Benjamin Ross (1999), il relate le tournage et le contexte du controversé Citizen Kane boudé par le public lors de sa sortie et devenu une référence des critiques et des enseignants. Je ne saurais dire combien de fois pour ma formation en cinéma ou en tant qu’analyste ou par plaisir je me suis délectée de ce film; il y a un mois je le voyais en discernant de nouveaux détails et en étant encore émue par certaines scènes. Welles a fait de la magie en spectacle avec Rita Hayworth; ces moments sont complètement dissipés mais, ses films restent, et ils sont toujours magiques.

De plus, le cinéaste québécois François Girard a réalisé Souvenirs d’Othello en 1995 avec les propos de Suzanne Cloutier; des scènes du film alternent avec des captations du documentaire. Ce film fut présenté au Festival des Films sur l’Art.

À l’instar de son personnage de Charles Foster Kane, inspiré par William Randolph Hearst, Welles aurait souffert de ne pas réussir en politique. Il a laissé des chefs d’œuvres dont vous aurez un aperçu en assistant aux projections du cinéma du Parc.  Il a développé des expérimentations qui rappellent les recherches originales de Jean Cocteau pour La Belle et la Bête; non seulement un style, mais un langage filmique. Pendant des années, s’ajoutant à ses nombreux projets inachevés, il a tenté de tourner une version de Don Quichotte, ce personnage aussi lui ressemblait car il a entretenu une quête impossible, merveilleuse et dévastatrice.

 

Du 16 mai au 22 juin 2008,  39 films au Cinéma du Parc dont :

The Tragedy of Othello : The Moor of Venice de Orson Welles (1952)  dans la semaine du 16 mai
Le troisième homme de Carol Reed (1949)  dans la semaine du 23 mai
L’éternité un jour de Théo Angelopoulos (1998  dans la semaine du 6 juin

 

Vous pouvez consulter le site pour les descriptions complètes et les horaires des 39 films :
www.cinemaduparc.com

LES BILLETS POUR CES SÉANCES SONT DÉJÀ EN VENTE : http://cinemaduparc.ticketacces.net/

Sortie : 9 mai 2008

L’atelier de mon père

Durée : 1h10
Avec : Edmund Alleyn, Gabor Szilasi, Nora Alleyn, Olivier Asselin
Scénario, réalisation et narration : Jennifer Alleyn
Production : Canada
Photo : www.amazonefilm.com

 

Tina Armaselu

Run Fat Boy, Run

Primé cette année à la 26e édition du FIFA (Festival international du film sur l'art), « L’atelier de mon père » est un long métrage signé Jennifer Alleyn et conçu comme une lettre imaginaire adressée au peintre québecois Edmund Alleyn (1931-2004). Héritière de l’atelier après la mort de son père, la cinéaste nous fait l’accompagner sur les traces de l’artiste, à travers les différentes étapes de la vie de celui-ci et de son œuvre, depuis son début en 1955, durant son périple parisien et montréalais, jusque peu avant sa mort et au-delà. De cette perspective d’ensemble, l’œuvre d’Edmund Alleyn, située au carrefour de la peinture, de la photographie, de la science, de la sculpture et de l’installation, laisse paraître à la fois l’évolution d’une conception sur l’art, sur la vie et sur la mort, ainsi qu’une invitation à la reflexion.

Au centre de ce voyage se trouve l’atelier, espace secret et mystérieux de la création où le spectateur découvre tout un univers où cohabitent, parmi les tubes de couleurs et les outils, des ouvrages achevés et empaquetés ou en train d’être catalogués, des variantes ou encore, des croquis qui ne verront jamais le jour. C’est un espace de communication aussi, marqué par la personnalité complexe et introvertie de l’artiste mais dont il reste toujours une face cachée, à découvrir. C’est en effet le point qui fait la réussite de ce film, un assemblage habile de close-ups sur les œuvres et de bruitage, de bribes d’entretiens et de séquences d’archives, sans l’intention expresse de tout expliquer. Car l’art, comme la vie, ne semblent pas complètement définissables ou, selon les mots d’Edmund Alleyn, « Ce que nous faisons nous échappe toujours, comme nous échappons aux autres et comme nous nous échappons à nous-mêmes ».

Sortie : 9 mai 2008

The Stone Angel

Durée : 1h30
Distribution : Ellen Burstyn, Christine Horne, Cole Hauser, Ellen Page, Dylan Baker
Scénario et réalisation : Kari Skogland, d’après le roman de Margaret Laurence
Production : Canada
Source : www.vivafilm.com

 
There Will Be Blood

Dans cette adaptation pour l’écran du roman de Margaret Laurence The Stone Angel, l’héroïne Hagar Shipley, 90 ans, tente de se réconcilier avec les décisions souvent peu conventionnelles qu’elle a prises tout au long de sa vie. Elle a toujours laissé son coeur la guider plutôt que sa raison, et ses choix n’ont pas toujours fait l’affaire de sa famille et de ses amis. Alors qu’elle arrive au terme de sa vie, Hagar se souvient de la vie qu’elle a menée, des hommes qu’elle a aimés et perdus et de ses fils qui se sont éloignés d’elle.

Sortie : 25 avril 2008

The Visitor

Durée : 1h43
Distribution : Richard Jenkins, Haaz Sleima, Danai Gurira
Scénario et réalisation : Thomas McCarthy
Production : Etats-Unis
Photo : www.vivafilm.com

 

Tina Armaselu

Street Thief

Après son voyage à New York pour une conférence, Walter Vale (Richard Jenkins), un professeur de collège à Connecticut, trouve dans son appartement un jeune couple d’immigrants clandestins d’origine afro-asiatique, Tarek (Haaz Sleima) et Zainab (Danai Gurira). En les permettant d’y rester jusqu’à ce qu’ils trouvent un autre logis, Walter se laisse emporter dans une histoire qui donnera un nouveau sens à sa vie qui, autrement, semble peu à peu s’obscurcir.

Un regard nuancé sur le système d’immigration américain et, en même temps, sur les diverses facettes des relations interhumaines au croisement de différentes cultures.

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