Le Festival international de littérature Metropolis Bleu vient de clôturer sa dixième édition. Les statistiques disent que le nombre des participants est passé d’une quarantaine d’auteurs lors de sa première édition, à 250 cette année. Cela vous donne une idée de l’ampleur que cet événement a pris dans le monde littéraire. Comme le disait quelqu’un, le festival est devenu un phénomène national au rayonnement international, ce qui est très juste. Le public, la cohérence des rencontres, des thèmes et des propos, la qualité et l’importance des invités, font de Blue Met, dans sa variante anglaise, un événement très couru. Le festival me semble à l’heure qu’il est le seul véritable événement d’envergure qui rassemble les deux communautés, francophone et anglophone, en leur donnant une égale importance et ampleur, ce qui, au Québec, n’est pas la moindre des choses. La seule mauvaise note que je donne cette année est la faible participation estudiantine. Après avoir fini leur session, que foutent les étudiants en littérature des quatre universités montréalaises? Mais la bonne note va du côté du public dans l’ensemble : j’ai été tellement surprise de voir des anglophones venir prendre des signatures des auteurs francophones et vice-versa.
Comme depuis les trois dernières éditions, je reste une fidèle de ce festival. Du premier au dernier jour j’ai fait le slalom entre les différentes séances, essayant de participer à plusieurs en même temps. J’ai été un des cauchemars à la caisse du festival, car je revenais souvent dans la journée pour demander des billets pour d’autres et d’autres séances. Bénie soit la liberté de la presse! C’est évident que, malgré mes mûres réflexions, je n’ai pas toujours fait les meilleurs choix : parfois je m’ennuyais à mourir et je sortais à la moitié de la séance soit à cause de la voix monocorde de l’invité, soit du manque d’intérêt du sujet, soit d’un léger déraillement du thème promis dans le programme. C’est un fait normal qu’un grand écrivain n’est pas toujours un grand orateur, mais quand on le constate sur place…Sans rancune, on sort avant la fin.
Je vous avoue que je n’ai pas réussi à tomber en amour avec Daniel Pennac, le gagnant du Grand Prix du festival de cette année. Malgré ma grande admiration pour ses livres, je n’ai pu rester jusqu’à la fin d’aucune de ses séances, à part la conférence de presse. Je sais que chaque animateur rêve que son invité soit drôle et que le public rit, mais pas si drôle que ça. Est-ce qu’en France, on parle aussi longuement sur sa biographie, voire son enfance? De ce que j’ai écouté, même la grande entrevue sur scène de M. Pennac a été centrée sur son expérience d’élève et sur le charme ou la bêtise de ses professeurs. J’aurais voulu l’entendre parler de beaucoup d’autres choses, mais je suis restée sur ma faim. Est-ce lié au fait que les Français pensent encore que les Québécois ne sont pas capables de comprendre plus que des anecdotes? Comme tout bon Français, M. Pennac s’est cru obligé de dire que le Québec est sa deuxième maison et, un peu plus tard, d’imiter le drôle d’accent de l’un de ses amis québécois. On attend que Monsieur Pennac nous rende visite dans d’autres circonstances pour qu’il nous prouve son véritable amour du Québec, mais il semble qu’il ne visite pas souvent cette résidence à la campagne.
En passant, dans mon programme de cette année je me suis proposée d’éviter, ce que les Français nomment, de façon si charmante, les têtes de gondoles. Pour cette raison, je ne suis allée à aucune des rencontres de Nancy Huston. Par contre, parmi mes belles découvertes, je cite les suivantes :
Lindsay Davis, cette Agatha Christie moderne qui place ses actions policières dans la Rome antique.
Padma Viswanathan, avec un excellent premier roman The Toss of a Lemon.
Rawi Hage, qui vit à Montréal depuis sa fuite d’un Liban en guerre et dont le roman Parfum de poussière, traduction du livre écrit en anglais De Niro’s Game, est une belle découverte littéraire à valeur historique.
Anouar Benmalek, Algérien vivant à Paris, dont le dernier roman Ô, Maria lui a valu des menaces de mort. D’ailleurs, au cours de plusieurs séances, il a si bien défendu la cause de son pays et des autres pays arabes de lutter et de se défendre contre toute forme de fondamentalisme.
Susan Pinker, psychologue et professeur à l’Université McGill dont le livre The Sexual Paradox semble un véritable must si on veut comprendre la différence sexuelle engendrée par notre biologie.
Jacques Neirynck, ce scientifique et diplomate suisse converti à la littérature et qui a émis une théorie qui me plait : malgré l’immense place que la science occupe présentement dans notre vie, elle est peu présente dans la littérature. Il s’est élevé contre la littérature et les auteurs qui ne font que se raconter et, en exemple, il a cité Amélie Nothomb. Méchant coup!
Adam Le Bor, écrivain et correspondant de guerre qui a assisté à deux événements marquants des deux dernières décennies : l’effondrement de l’ex-Yougoslavie et la guerre en Afghanistan.
Adriaan van Dis, ce Hollandais dont la vie personnelle est une palpitante saga.
Wei Wei, cette écrivaine chinoise qui écrit en français tout en vivant en Angleterre, et dont les livres révèlent un visage inconnu de la Chine, celui qu’on ne voit pas souvent dans la littérature dissidente. Wei Wei écrit avec beaucoup de sensibilité sur la Chine des femmes opprimées, des héros qui ont véritablement cru dans le communisme même lorsque le régime s’est tourné contre eux, et les drames semés par un siècle de tourments dans le cœur du menu peuple.
J’ai assisté aussi à quelques tables rondes concernant les enjeux littéraires québécois et où j’ai revu des auteurs comme : Louise Dupré, Hélène Dorion, Louise Warren, Aline Apostolska, Erin Moure, Olga Duhamel-Noyer, Catherine Mavrikakis, Gail Scott. J’ai trouvé fort intéressant le débat entre les trois éditeurs Normand de Bellefeuille, Antoine Tanguy et Michel Vézina concernant le monde de l’édition au Québec.
Parmi mes achats de cette année : James Meek, The People’s Act of Love; Ruth R. Wisse, Jews and Power; Susan Pincker, The Sexual Paradox, Extreme Man, Gifted Women and the Real Gender Gap; Anouar Benmalek, Ô, Maria; Wei Wei, Fleurs de Chine.
