Depuis 2001 • No 44 • Montréal • 15.04.2008
Mai 2008

L’atelier de mon père : tel père telle fille

par Lucie Poirier
journaliste-analyste

Dans L’atelier de mon père, la journaliste, photographe et cinéaste Jennifer Alleyn accomplit avec délicatesse et attention, éloquence et ravissement, un résumé du parcours artistique et personnel d’Edmund Alleyn. De quoi être aussi intéressée qu’éblouie. (1) 

Fille unique de l’artiste multidisciplinaire, elle transmet l’expression et l’impact d’une œuvre et d’une relation. Le jazz et l’eau - en images et en sons - émaillent ce film qui témoigne d’un homme et de son art. La sœur de l’artiste, Nora, son épouse, Anne Chérix, d’autres artistes, Gabor Szilasi, Olivier Asselin, Leslie Reid et l’auteur Gilles Lapointe expriment leur appréciation et leur rapport à cet être inventif dès l’enfance, capable de mystère et de connivence et qui a déclaré à propos de lui-même : « J’ai eu plusieurs vies. Ma vie aura été une série de ruptures très fortes, de ruptures et de recommencements ». 

À 14 ans il a su que la peinture donnerait un sens à sa vie. Il s’est exilé en France pendant 15 ans. C’est là qu’il a présenté l’œuvre L’introscaphe à laquelle il a consacré deux ans de création et qui ressemble à un œuf énorme, un vaisseau, accueillant le public pour la projection du film Alias en 1969. 

Jennifer a filmé le regard mouillé de son père quand il admettait sa peur de l’échec. Leurs aïeuls étaient victoriens et austères mais les Alleyn ont développé à travers leur forme d’art respective une capacité de transmission sensible, émouvante, originale et qui interpelle sur l’art même. 

L’intérêt du documentaire réside aussi dans les entrevues d’époque dont il est truffé : Judith Jasmin et Gilles Hénault ont interviewé l’artiste. Aussi, deux étudiantes, Marie-Ève Beaupré et Mélanie Rainville, font l’inventaire de son travail et l’une d’elles remarque : « Elles sont très vivantes ses natures-mortes ». 

Edmund est revenu au Québec et sa fille vivait avec lui la fin de semaine devenant pour lui un modèle. Durant toute la narration du film, Jennifer s’adresse à son père; elle l’interroge donc afin de savoir pourquoi elle a été représentée nue et maigre à 5 ans dans l’œuvre de son père. 

Mais les réponses ne peuvent plus être données directement car Edmund est décédé du cancer, lui qui affirmait : « J’aime la vie. J’ai pas envie de retourner dans le néant qui forme le fond de mes tableaux ». C’est le regret de sa fille qu’il n’ait pas assisté à la première du film. Il aurait pu être très fier de cette chronologie de sa carrière et de sa vie qui s’accorde à ses séries d’énumérations répétitives et répétées pour transmettre avec acuité cet aspect commun au père et à la fille : l’intensité. 

Jennifer Alleyn a remporté le prix de la meilleure oeuvre canadienne au 26è FIFA, le Festival du film sur l'art pour son film L’atelier de mon père. Un prix mérité car c’est un beau film. 

L’atelier de mon père scénario, narration, caméra, réalisation Jennifer Alleyn. Caméra Jean-Claude Labrecque. 2008. 72 min. www.amazonefilm.com

Dès le 9 mai 08

Version française au Cinéma parallèle de l’ex-centris

Version anglaise au Cinéma du Parc 
 

(1) Lors d’une rétrospective consacrée à Jean-Paul Mousseau, sa fille, l’actrice Katherine Mousseau, qui fut rejetée par son père plusieurs fois, m’avait entretenu de lui lors d’un repas au Musée d’Art Contemporain; de quoi être aussi attristée que sidérée. Celles et ceux que la relation enfants/parents intéresse lorsqu’elle se déroule dans un contexte artistique, pourront visionner Les enfants du Refus Global ONF (1998). Dans ce documentaire, Manon Barbeau a donné la parole aux enfants des signataires du manifeste. Ce film explore les conséquences souvent douloureuses vécues par ces enfants de familles d’artistes engagés, adulés ou méprisés. De quoi être aussi compatissante que consternée.

Mai 2008

Birlyant, une histoire tchétchène : Une femme, un peuple

par Lucie Poirier
journaliste-analyste

La Tchétchénie symbolise un passé douloureux, un présent inquiétant et un avenir incertain dont témoignent la compositrice Birlyant Ramzaeva et la cinéaste Helen Doyle avec Birlyant, une histoire tchétchène. 

Doyle a consacré trois ans à ce film dans lequel elle a voulu montrer que le destin d’une femme et l’histoire d’un peuple peuvent se confondre. Elle a rassemblé des négatifs cachés sous la terre par la journaliste Tamara Kalaeva, des images d’archives de Grozny et de Montréal, des extraits des films d’une autre réalisatrice, Mylène Sauloy.  

La vie de Birlyant a été déterminée par l’art, l’amour et la politique. Birlyant est née au Kazakhstan où ses parents avaient été déportés par Staline. Après une formation classique, elle se consacre à la musique folklorique tout en élaborant ses compositions avec des poèmes d’auteurs contemporains tels que ceux de son mari Makkal Sabdullaeva dont une citation est narrée dans le documentaire : «Dis au monde entier que la terre de mes ancêtres, ma Tchétchénie, est en flammes». 

Le film nous la montre alors qu’elle appelle les femmes à sauver la Tchétchénie et qu’elle chante pour les soldats. Birlyant a voulu préserver sa langue et sa culture malgré le fait que ses partitions aient été brûlées et que son mari soit disparu, le 24 juillet 2000, après avoir créé un site diffusant des reportages sur la réalité de la Tchétchénie. Doyle a su immiscer des instants d’intimité affective à travers des précisions factuelles : elle rappelle les vindictes russes en mentionnant que Makkal lui aussi tenait à écrire en Tchétchène, Birlyant ajoute alors : «Pour moi il n’y a pas d’autre homme qui puisse exister». 

Helen Doyle a filmé Aset, l’une des deux filles de Birlyant, qui glisse avec grâce lorsqu’elle danse. Dans une scène à la fois délicate et percutante, en alternance, se succèdent des images de Birlyant chantant la même mélodie il y a des années à Grozny et récemment à Montréal, dans la salle du Quat’Sous. 

Scène onirique, Doyle a filmé avec lyrisme la promenade de Birlyant avec son frère parmi les aulnes. Elle a capté les enregistrements musicaux avec René Dupéré et les répétitions théâtrales avec Paul Savoie. Elle a aussi tourné lors des célébrations du 8 mars dans un centre de femmes et pendant la 3e édition de Parlons génocides en 2007. 

Gengis Khan aurait dit à propos des Tchétchènes : «Si la musique continue à vivre dans le cœur de ces gens alors personne ne pourra jamais les conquérir». Chaque génération de la Tchétchénie a connu la guerre. Le compositeur écossais Nigel Osborne, un ami d’Helen Doyle, lui a dit : «Si tu racontes l’histoire de Birlyant, tu raconteras en même temps celle de la Tchétchénie des dernières 50 années». 

À travers les entrevues et les archives, Helen Doyle exprime le vécu des femmes : «La guerre c’est le chagrin et les larmes des mères». Elles souffrent du mal qui leur est fait mais aussi de celui qui concerne leurs enfants, qui affecte leurs maris. (1)  

«On nous a pris cette terre pour le pétrole» mais l’art, le folklore, la poésie s’accordent avec la survivance d’une femme et la résistance d’un peuple qui tentent de continuer malgré la haine raciste déployée contre eux jusqu’à les exterminer. 

Doyle démontre l’acharnement des Russes pour casser l’identité Tchétchène : ils ont bombardé les écoles, les centres culturels, les salles de concert, les monuments. Ils contrôlent les médias, manipulent l’opinion alors que le peuple tente de résister, de garder des preuves des exactions dans l’espoir d’un procès. Les Tchétchènes espèrent qu’un jour il y aura des tribunaux. 

Le film d’Helen Doyle se distingue par son amalgame de l’exposition des faits historiques et l’expression de leur impact sur les êtres, particulièrement sur les femmes dont les expériences sont peu relatées dans les versions officielles. (2)

La valeur de sa réalisation tient, entre autres, dans ce dosage entre la conscience et l’émotion. C’est un document véritablement humain et artistique. 

Par ses chansons, avec sa voix magnifique et ses évocations mélancoliques, Birlyant, qui s’accompagne à l’accordéon, rythme le documentaire. Helen Doyle, à travers son film, a su distiller le respect et la fascination qu’elle ressent pour la compositrice: «Birlyant signifie comme le diamant. Et l’on dit que les diamantaires se laissent guider par le son. Pour ce film, la voix de Birlyant a été mon guide». 

Birlyant, une histoire tchétchène Scénariste et réalisatrice : Helen Doyle. Productions Tatouages de la mémoire inc. 79 min.couleur  avec Birlyant Ramzaeva, Tamara Ramzaeva, Aset Sabdullaeva, Tamara Kalaeva, Mylène Sauloy. Français, anglais, russe, tchétchène.

Du 9 au 15 mai 2008 au cinéma Parallèle de l’Ex-Centris 

(1) La guerre est toujours pire pour les femmes : le viol est une arme de guerre certes mais qu’il soit perpétré ou non il reste une menace pour les femmes. De plus, lorsqu’elles sont déjà enceintes, elles risquent de perdre leur enfant. Aussi, elles craignent d’être enceintes de leurs agresseurs lorsqu’elles sont violées. Quand elles sont emprisonnées, elles sont davantage affectées par le manque d’hygiène; détenues, certaines femmes cessent d’être menstruées mais pour d’autres il devient nécessaire de demander à leurs geôliers mêmes ce dont elles ont besoin, leur oppression et leur vulnérabilité n’en sont que plus accentuées.

Dans son livre Tchétchénie : le déshonneur russe la reporter Anna Politkovskaïa, la 21e journaliste assassinée en Russie depuis l’élection de Vladimir Poutine (elle a d’ailleurs été tuée le jour de l’anniversaire de naissance de Poutine) a relaté qu’à Argoun en 2001 trois adolescentes Tchétchènes violées par des soldats russes ont été cachées parce que les hommes de leur famille les auraient tuées; des groupements tchétchènes pratiquent la Charia. Donc, pour les femmes la guerre est toujours plus grave au point où parmi les opprimés elles n’ont pas d’alliés.  

(2) L’expression du vécu spécifiquement féminin est occultée de façon générale; à Ciudad Juarez, les autorités ont dit à une femme qu’elle exagérait en pleurant lorsqu’elle constatait les tortures subies par sa fille qu’elle identifiait à la morgue; au Québec, la DPJ interdit à des mères de pleurer lorsque, pendant une visite occasionnelle, elles revoient leurs enfants qui leur ont été enlevés. C’est une contrainte de plus qui est exercée contre les femmes quand on les oblige à dissimuler leurs émotions. Réprimer l’expression (l’émotion) c’est nier le vécu (l’oppression).

Avril 2008

Caramel : la vie intime des femmes

par Lucie Poirier
journaliste-analyste

L’utérus pleure son chagrin de ne pas abriter un enfant. Comme les marées sous l’influence lunaire, la femme saigne avec régularité. Cette spécificité féminine selon les lieux et les époques fut déifiée ou abhorrée. Des sociétés ont vénéré la femme pour son pouvoir de fécondité, des civilisations l’ont maudite pour cette réalité puissante à laquelle l’homme participe en compagnon ébahi ou dont il se défile jusqu’à ce que la preuve ADN atteste son rôle (1). La menstruation reste un tabou, un mystère, une honte, une calamité, un problème à l’instar de l’ensemble de la nature féminine. La femme n’existe que dans les transformations qu’elle s’inflige ou qu’on lui impose dans un reniement incessant de tout ce qui la particularise : augmentation mammaire, clitoridectomie, dissimulation de ses cheveux, exhibition vulvaire…le message d’inadéquacité est constant, varié, généralisé.

Que savent les hommes des femmes? Que savent les femmes d’elles-mêmes? Des autres femmes? Dans la dissimulation, la clandestinité, quand atteint-on le déni de l’autre? L’autodestruction?

«à mon Beyrouth» c’est ainsi que l’actrice et réalisatrice Nadine Labaki dédie son film Caramel, une subtile, délicate, poignante ode aux femmes de tous âges réunies par un désir de beauté, un besoin de soins, une envie de reconnaissance dans un institut libanais appelé Si belle où les pannes d’électricité sont aussi fréquentes que les démonstrations de solidarité féminine. Ces femmes en attente d’amour vivent les secrets de leurs aspirations profondes, contrariées, interdites même : la fébrile coiffeuse est lesbienne, l’audacieuse célibataire n’est plus vierge, la magnifique esthéticienne fréquente un homme marié, la couturière âgée espère un amoureux, l’actrice divorcée, elle, protège sa féminité atteinte par le temps.

Après les États-Unis, le Québec va être envahi par Seasonale, des comprimés réduisant la fréquence menstruelle. Ce produit est publicisé par des hommes qui se disent soulagés, des médecins qui prétendent soudainement après des millénaires de menstruations périodiques que «c’est un mythe de penser que les femmes doivent avoir leurs règles tous les mois» (Dre Melissa Mirosh) et qui prouvent que la médicine reste plus contraignante qu’alliée de la nature des femmes (2).

On a comparé Caramel au film Vénus Beauté (3) à cause du lieu de rencontre : un salon d’esthétique. Or, là où Vénus Beauté s’avère un conte stéréotypé avec la robe de bal de Cendrillon, Caramel se révèle une élégie originale avec des scènes inusitées et inattendues : la belle Layale qui tend les mains pour attraper le bouquet de la mariée reçoit les déjections d’un oiseau qui vole au-dessus de la cohorte et la pétillante actrice, étonnée par la tache rouge sur sa jupe blanche, en fait, traîne une bouteille de colorant qu’elle répand pour faire croire qu’elle est toujours la détentrice de ce flux de vie débordante et intime qui n’indigne que celles et ceux incapables de l’apprécier.

L’Occident fournit la science pour transformer les femmes et même les anéantir : en Inde, les échographies sont suivies d’avortements de fœtus féminins qui déséquilibrent la population, entraînent des enlèvements de femmes retenues prisonnières, vendues, obligées à la polygamie. L’Orient, avec Caramel, vient d’offrir une œuvre de féminité insoupçonnée, de satisfaction inhabituelle, de plaisir personnel, de fierté dissidente sur une planète qui n’a qu’un consensus celui de la misogynie.

 

Caramel France / Liban. 2006. De Nadine Labaki. 35mm. 95 min. Avec Nadine Labaki et Yasmine Elmasri. Version originale française et arabe avec s.-t. français
au cinéma du Parc

 

(1) La beauté, la richesse, la célébrité ne mettent aucune femme à l’abri de l’abandon : Elisabeth Hurley, Heidi Klum, Mel B des Spices Girls, ont été quittées et reniées par le géniteur de leur enfant.

(2) La mammographie consiste, lors d’une radiographie, à écraser le sein d’une femme afin de détecter une tumeur. «Ça doit faire mal pour être efficace» répètent les techniciennes. On n’a pas répandu un examen de détection obligeant un homme à endurer que son testicule soit coincé. Les souffrances «nécessaires» ne sont infligées qu’à la femme par la médecine. La population féminine évite donc ces examens pénibles et humiliants; c’est toujours la femme que l’on blâme d’avoir mal. Les récentes campagnes de sensibilisation au cancer du sein ont pour but de convaincre les femmes d’endurer afin que les appareils et le personnel soient rentabilisés. L’argent amassé n’a pas encore servi à trouver une autre forme de détection.

(3) Vénus Beauté a fait connaître sa réalisatrice Tony Marshall, dont on attend toujours un autre film aussi retentissant, et a relancé l’actrice Nathalie Baye dans le rôle déprimant d’une quadragénaire, non pas en attente, mais, en dépendance de relations malsaines.

Avril 2008

Micheline Charest :La femme qui ne se voyait plus aller : résumé d’un scandale étouffé

par Lucie Poirier
journaliste-analyste

Vince Vaughn’s Wild West Comedy Show

Dans un emploi, une femme ne peut seulement s’astreindre à démontrer qu’elle peut s’acquitter de sa tâche «comme un homme», elle doit faire plus qu’un homme. Or, faire plus qu’un homme peut signifier faire pire qu’un homme. Margaret Thatcher, en Angleterre, Condoleezza Rice, aux États-Unis et Micheline Charest, au Québec ont prouvé que les instances du pouvoir ne tolèrent que celles (et ceux) qui maintiennent la suprématie des valeurs capitalistes, phallocrates et coercitives.

Avec le documentaire Micheline Charest :La femme qui ne se voyait plus aller, la journaliste Francine Pelletier résume avec efficacité le parcours Micheline Charest qui a sévi à la direction de Cinar, une corporation, située à Montréal, qui diffusait des dessins animés dans 110 pays et qui générait des revenus de 42 millions par an.

Le documentaire rappelle les graves événements avec précision. Micheline Charest a fait très mal à des auteures en utilisant des prête-noms pour retirer des subventions alors qu’elle faisait écrire des scénarios par des américains. Elle privait des gens d’ici de travail, elle dilapidait à l’étranger l’argent de nos fonds publics. Elle a massacré notre identité culturelle. Elle a nié notre expertise audiovisuelle. Elle a cumulé des fraudes à l’impôt et à Téléfilm Canada. Le film détaille les ignominies.

De plus, elle est accusée d’avoir volé l’œuvre de Claude Robinson, une série télévisée pour enfants, Robinson Curiosité, à laquelle il avait travaillé de 1982 à 1995. Selon la Société des Auteurs de Radio, Télévision et Cinéma , la SARTEC, « Ce cas Robinson nous rejoint tous parce qu’il illustre le cauchemar de tout créateur : être dépossédé de son œuvre ».

Dans le documentaire, sa totale amoralité, son infinie arrogance, son absolu égocentrisme sont relatés par ses collaborateurs et des gens de sa famille. Le cousin de Micheline Charest l’affirme dans le documentaire : «Son appât du gain lui a fait perdre la raison». Sheila Cops se souvient aussi qu’elle a fait appel à la GRC pour que des perquisitions soient effectuées entre autres à la SODEC dirigée alors par Pierre Lampron, qui participe lui aussi au documentaire de Francine Pelletier, et qui traite avec mépris les différentes victimes en les appelant avec condescendance «les offensés».

Micheline Charest refusait de s’excuser, elle voulait s’expliquer. On voit l’extrait du banquet  en son honneur lors des premières découvertes du scandale alors qu’elle a déclaré qu’au Québec on n’avait pas assez de talent et qu’on manquait de compétence en rédaction ce qui obligeait à avoir recours aux Américains.

Les faits contredisent ses propos : c’est l’œuvre d’un créateur québécois, Claude Robinson, qu’elle est accusée d’avoir volée. De plus, les Américains, sans cesse, depuis des années, copient les scénarios des films étrangers, ils se spécialisent dans les «remakes»; « Le Chacal », « Un indien dans la ville », « La chèvre », « Le Père Noël est une ordure » ne sont que quelques exemples certes de leur besoin de scénarios de la France mais il faut mentionner que ce sont les Américains qui ont copié les Québécois en reprenant « Liste noire » pour en faire le film « The list ».

« Tout ou presque était illégal » mentionne-t-on dans le documentaire. La commission des valeurs mobilières (aujourd'hui l'Autorité des marchés financiers)
ne s’est occupée de rien, Revenu Canada a réglé secrètement l’affaire, Micheline Charest est restée éligible pour des crédits d’impôts alors que 122 millions de dollars se sont retrouvés aux Bahamas. 

Le documentaire pose la question : Comment cet abus de biens sociaux est-il passé aussi inaperçu? Micheline Charest entretenait une proximité avec Jean Chrétien qui était alors le Premier Ministre du Canada; celui-là même dont le nom était régulièrement mentionné en tant qu’instance décisionnelle lors du scandale des commandites, celui-là même qui a assailli un manifestant sans arme, celui-là même auquel Guy A Lepage donne l’occasion de se pavaner avec outrecuidance à la télévision d’état; le documentaire n’hésite pas à faire le lien.

Les arts et la politique sont unis dans une trame méphitique où les plus sensibles sont les plus abusés, où les plus créatifs deviennent les plus exploités.

Le documentaire déplore qu’aucune accusation n’a été portée contre Micheline Charest ni contre son mari et complice Ronald Weinberg ; pourtant, 1 milliard $ a été perdu. Des litiges ont été réglés hors-cour. Aucune condamnation criminelle n’a été prononcée contre eux et les autres complices. Dans l’étouffement de ce scandale, le plus gros au Canada après celui de la minière Bre-X, personne n’a été déclarée coupable. Le gouvernement ne fait pas preuve d’autant d’indulgence quand une assistée sociale célibataire avec deux enfants travaille au noir à 2$ de l’heure.

Gilles Duceppe déclare qu’il voudrait qu’il y ait une enquête sur l’enquête. Les gouvernements méritent-ils notre confiance quand on constate l’impunité des puissants? Ainsi, Eric Lafleur, fils de Jean, ne remboursera que 150,000$ au cours des 10 prochaines années alors qu’il a perçu plus de 2 millions $ et que le gouvernement fédéral renonce à le poursuivre au civil. Les gouvernements méritent-ils notre argent quand on constate la gestion qu’ils en font? Actuellement, au Québec, 450,000 ménages vivent dans la pauvreté malgré tous les programmes gouvernementaux qui seraient supposés éradiquer cette misère.

Après 26 ans de création suivis de déboires, le persistant Claude Robinson qui s’exprime dans le documentaire, sera en cour le 2 septembre 2008; il poursuit Cinar et ses deux dirigeants, Micheline Charest  (sa succession) et Ronald A. Weinberg, ainsi que la BBC Wolrdwide, France Animation et Ravensburger, une société allemande de production. La copie de son œuvre a été diffusée dans 88 pays. Obtiendra t-il une petite apparence de justice? Une minuscule compensation? La reconnaissance de son travail et de ses droits? Aura t-il un documentaire sur ses déboires?

C’est la succession de Micheline Charest qui est poursuivie car, dans ses caractéristiques excès, elle a eu une opération de chirurgie plastique rajeunissante suivie d’un état comateux : elle est décédée en 2004 et les erreurs médicales sont énumérées dans le film. La réalisatrice Francine Pelletier a constaté lors du tournage que beaucoup de gens refusaient de participer au documentaire parce qu’ils ne voulaient pas être associés à une « méchante » alors que d’autres ont tout simplement raccroché; le film s’achève avec les enregistrements de ces éloquentes réponses.

 

Micheline Charest :La femme qui ne se voyait plus aller documentaire Québec. 2007. Réal. : Francine Pelletier. Projection numérique. 52 min (version originale française) au Cinéma du Parc

Sortie: 28 mars 2008

Run Fat Boy, Run

Durée : 1h37
Distribution : Simon Pegg, Thandie Newton, Hank Azaria
Réalisation : David Schwimmer
Scénario : Michael Ian Black et Simon Pegg
Production : Grand Bretagne, Etats-Unis
Photo : www.vivafilm.com

 

Tina Armaselu

Run Fat Boy, Run

Denis (Simon Pegg) est un petit jeune homme, un peu dodu, qui ne semble pas encore préparé pour la vie de famille. C’est ainsi qu’il quitte sa fiancée enceinte, Libby (Thandie Newton), au jour même de leur mariage. Cinq ans plus tard, elle est en train de refaire sa vie avec un professionnel de la City, l’élégant Whit (Hank Azaria). Pour la reconquérir, Denis prend une décision inouïe : courrir le marathon de Londres, à côté de son rival.

Bien que pas tout à fait dénué de clichés, le film est une comédie romantique agréable dont le principal attrait reste la prestation enjouée de Simon Pegg.

Sortie: 4 janvier 2008

There Will Be Blood

Durée : 2h38
Distribution : Daniel Day-Lewis, Paul Dano, Ciarán Hinds, Dillon Freasier
Scénario et réalisation : Paul Thomas Anderson, d’après le roman « Oil ! » de Upton Sinclair
Production : Etats-Unis
Photo : http://www.impawards.com

 

Tina Armaselu

There Will Be Blood

1898, Californie. Le film s’ouvre sur une vue panoramique, apparemment démunie de toute présence humaine. Les images sont accompagnées d’un fond sonore disharmonique et inquiétant, une sorte de leitmotiv qui semble avertir sur une menace cachée. La caméra change de perspective et suit, sans dialogues pour une dizaine de minutes, un personnage travailant dans une mine … C’est le début de l’histoire de Daniel Plainview (Day-Lewis), prospecteur et futur investisseur dans le monde du pétrole. Déroulée pendant environ trois décades, l’action décrit l’ascension de Plainview sur le plan de la réussite financière mais aussi sa descente sur le plan intérieur et des relations interhumaines. Ayant comme toile de fond le développement de l’industrie pétrolière au début du 20e siècle en Californie, le film touche également aux thèmes tenant de la religion, par la figure énigmatique du jeune prêtre Eli Sunday (Dano), de l’éthique et de la famille.  

Couronné cette année par deux Oscars, pour la photographie et le meilleur acteur, « There will be blood » est premièrement la chronique d’un caractère et de son aliénation. Le personnage de Plainview, un mélange de force inhabituelle et d’énergie maléfique, est minutieusement suivi dans sa chute, avec un souci du détail psychologique tout à fait remarquable. La transformation au fil du temps, le discours, le comportement par rapport aux autres, les inflexions de la voix et l’expressivité du regard, magistralement mis en œuvre par le jeu du protagoniste, rien ne semble manquer à l’assemblage d’un portrait complet. Le film se distingue également par un genre de suspense prolongé, soutenu par la prise de vues et l’accompagnement sonore, qui tient le spectateur, du début jusqu’à la fin, sous l’impression que le mal plane dans l’air et doit inévitablement se produire (même si la scène finale semble introduire par endroits une presque impercetible note d’artificiel). Une histoire jouant sur les nuances et les symboles plurivoques, où la détermination et le cynisme, la foi et l’imposture, la cupidité et la sagesse s’entrecroisent et se heurtent dans un univers où le jaillissement du pétrole acquiert parfois la teinte lourde et sombre du sang.

Sortie : 10 avril 2008

Street Thief

Durée : 1h26
Réalisation : Malik Bader
Production : Etats-Unis
Photo : www.ridm.qc.ca

 

Tina Armaselu

Street Thief

Depuis le mois de mars, les RIDM (Rencontres internationales du documentaire de Montréal) ont repris DOCVILLE, une série de projections mensuelles au Cinéma du Parc, qui propose une sélection des meilleurs films du cinéma documentaire. La deuxième séance, du 10 avril, a été dédiée à « Street Thief » réalisé et produit par les frères Malik et Sam Bader.

Le film suit le voleur professionnel Kaspar Carr et ses exploits dans les quartiers de Chicago. Avec désinvolture et dans un langage argotique, Kaspar dévoile les secrets de son « métier » devant la caméra, en se faisant parfois accompagner par les cinéastes durant ses incursions. Une histoire qui entraîne le spectateur par l’inédit de la démarche et l’excentricité du personnage et qui soulève à la fois des questions intéressantes sur la nature même de l’approche documentaire. Quel est le statut légal et moral d’un documentariste filmant une infraction sans la dénoncer ? Est-ce qu’il existe réellement du « cinéma vérité » ou il y a toujours un côté fictionnel, inhérent au dispositif filmique ? Jusqu’où peut-on prétendre représenter la réalité sans affecter le pacte bien connu de la « suspension de l’incrédulité » ?

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