Nouveaux soleils nouveaux horizons
Jean-Sébastien Ménard
1
J’écoute
les murmures
de son regard
la tristesse
Elle me raconte
l’avenir
autour d’un café
j’ai espoir
que la nuit
atteigne la lumière
2
Attendre le soleil
comme un désir
la neige au creux
des mains
je cherche ta voix
là où les arbres pleurent
quand je ferme les yeux
3
Tu me parles d’ennuis
d’un lieu où se reposer
du paysage
ton chat sur le comptoir compte ses vies
j’aimerais sentir ce qu’il voit
lentement entendre le rire des nuages
me baigner dans la rivière des morts
marcher les mains dans mes rêves
il m’arrive souvent de penser
que l’œuvre
commence
alors que meure l’idée de soi
4
Aller à la banque
interroger Dieu.
Je pousse mon crayon dans le vide
des nouveaux soleils
Pourquoi ne fais-je rien?
Il faut construire notre paradis
toute cette énergie
ces femmes
ces pays d’hiver
un drap flotte au vent
sans couleur puis disparaît
comme sont disparus
des gens dans ma vie
Si je pouvais, je te montrerais
le peuple de ma mémoire.
Je te parlerais de tous ceux qui m’habitent.
J’aimerais te parler.
5
Sur le mur, les portraits d’un poète
et d’un cinéaste
me regardent.
Il y a une heure, j’étais ailleurs.
Qu’ai-je à faire maintenant ?
Chaque fois que les portes s’ouvrent,
que le hasard décide de mon sort.
Que pour arriver à vivre,
j’ai besoin de poèmes, de l’odeur du café
et d’un horizon.
Oui, d’un horizon.
Surtout d’un horizon,
Qu’ai-je à faire?
Les lettres aux amis
Adrian Suciu
Lettre I
Je crois bel et bien être le dernier de la lignée et
que le miracle entassé va disparître. Et je passe avec
le feu et les cendres
Mes paroles n’étonnent personne.
Lettre II
Tu ne le savais pas, tu ne savais pas que les fruits brûlaient et la pièce
était bondée du souvenir des pommes vertes. Un vaste poème
entre le zeste, la grand-mère partielle, vaincue par la terre.
Pour le reste, aux profondeurs, silence.
Lettre III
Je crois en son innocence et je me glisse de temps en temps
lui parler du passé royal.
On monte et on descend ensemble de la saison en verre,
elle est ma femme, moi, son aigle, le sommeil nous appelle
Lettre IV
Ah, un vaste ciel vers lequel on montait
comme deux colonnes vêtues de sel ! Qu’est-ce que je cache
derrière ces pauvres mots ? Dans leurs corps font le guet
des signes pour lesquels je donnerais ma vie comme je donnerais de l’herbe
au cheval du rêve.
Auprès des serpents grandissent les petits des serpents et ils apprennent
les langues des serpents. De ma langue, en laquelle
je suis en train d’écrire, que puis-je dire ?
Lettre V
Je m’étais réveillé dans la nuit à côté du haut mur en béton,
les yeux grands ouverts,
sans me rappeler les avoir ouverts. J’avais froid
et la nostalgie de la mort brisait, de temps en temps, la porte.
Trois horloges à coucou, sept clous rouillés
et un babélisme de mots. À l’intérieur ou ailleurs.
Les aimées de mes amis m’aimant à l’insu de mes amis.
Chacune. N’importe quoi.
Lettre VI
Je suis aveugle, j’ai dit et je voyais que j’étais aveugle,
par nostalgie pour les poissons mes doigts se deshabillaient ;
Mon Seigneur, Tu Te tenais droit comme un pin dans les montagnes
et les dragons envoyaient des flèches pour T’abattre.
Comme si Tu avais pu mourir...
et grand Ton pouvoir le matin quand j’étais aveugle et
je peinais à défaire des oranges avec l’ongle écaillée,
le corps dépourvue de l’infamie de la nuit,
avec tendre innocence et avec modération !
Lettre VII
Le dieu des ivrognes est artiste. Bien sûr, bien sûr
il traîne long corps entre les tables et un long nuage
il traîne aussi un long chien qui aboie avec dépit
Comment ne pas l’aimer, Madame ?
Photos
Bleu
Je vais te montrer ces photos
qu’un triste douanier m’a offertes
dans un détroit.Et, pour ne pas avoir la nostalgie de
tes idoles de pierre, de bois de feu et de sable
tes idoles passés par herbes et cités,
je vais te raconter avant que tu ne t’endormes
des histoires printanières.
Blanc
Après sa mort,
d’autres cris ne se sont plus hissés
du côté des maisons peintes en blanc.
Même si, de son vivant, ses pas avaient été ouatés
On aurait entendu de loin
Les planchers luisants,
Mécontents du pas du vieil homme.
Avant, à l’époque de la femme, tout était différent.
Rouge
Il l’avait connue aux champs,
elle priait à genoux à côté de ses compagnes.
Il l’avait appelée, en lui jetant des mottes de terre légers ;
Il lui avait fait l’amour et elle lui a donné un enfant aveugle
qui est mort le printemps
puis, il avait sautillé autour d’elle en un pied et en riant
Maintenent, ses bottes
ne troublaient plus le sens de l’herbe restée après l’incendie.
Le monde se conduisait
d’après ses anciennes règles
Mais quelques-uns ne pouvaient plus le suivre.
Orange
Les après-midis à duper avec des jouets
Paraissaient démesurément longs
À l’endroit du carrefour du monde qu’ils avaient choisi
La demoiselle trouvait du plaisir
Plûtot dans des cachés conseils
Avec les araignées
que dans les histoires de son père.
Noir
Elle n’était pas la fille ingrate
Mais un grand monsieur, en noir, apparaît
à l’époque des ses rêves
printaniers et lui récitait des vers
qui restaient comme le vapeur
où elle dormait pendant que dans la cuisine bouillaient des confitures.
Jaune
Ils se tenaient dos à dos dans la pièce qui donnait sur la rue.
Elle s’efforça en vain
de lui lire le sort sur le mur jaune d’en face,
malgré ses prières et ils ont bu
toujours en vain, quelques bouteilles de vodka
Mais, en ville, la maladie continuait de sévir.
Gris
La femme les trouva pleurer ensemble
Appuyés contre le mur, l’enfant et l’étranger.
Qui aurait cru que, entre toutes les choses,
Le plus triste pourrait être un bout de tissu sur le yeux ?
Sur l’un des yeux.
L’autre, aurait eu le temps de se délecter à sa guise.
Vert
On l’a rabroué et on l’a chassé de la cour aux piliers âpres de pierre.
De toutes les allures, les basaltes que sa mère n’avait jamais entaillés étaient les plus aimés .
On peut tailler jusqu’à ne plus apercevoir les traces du ciseau...
Violet
Ceux qui l’ont mis en danger
Savaient que les doigts passent par fer, cinq,
Et les cernes du corps. Qui sait s’ils écoutent
quelque appel et s’il peuvent être achetés ?
Argentin
La semelle à travers la boue mince, il va se frayer un chemin
avec l’oeil à travers la semelle par la boue mince ! De menus éclairs vont saccager l’air autour de lui. Si l’on s’émerveille,
heureux sera-t-il, heureux...
Écarlate
Il va entrer
comme un invité de marque au milieu
des chairs couvertes de fourrure et
commencera à se délecter en prononçant des mots
sur des navires sur lesquels il avait vu
les ombres de la mort devant les îles glacées du Nord.
Indigo
Les loups affamés vont se soulever
les jeunes loups des faubourgs
depuis toujours les maîtres des saints bétons
et de grandes usines.
Et, d’un coup, on nous pardonnera tous les péchés
Et les femmes vont nous appeler sur notre nom !
Faux traité sur l’âme
Le corps porte des maladies à l’intérieur.
Mais l’amour ne couvre pas le corps.(Les bouches
des mères parties suintent des humeurs désagréables au regard. Ou
bien elles se tiennent tellement glacées entre les lis que leurs fils
détestent les lis pour le restant de leur vie.)
Des fois, les corps se touchent entre eux
et produisent cette prémonition de la mort
que les ignorants appellent sexe.
Rarement, l’habit trop large et infame
est habité par quelqu’un.
Solo de saxophone
Heureusement on a encore à apprendre
l’indifférence des chevaux auprès des parents moribonds.
Le mystère des petits golfes affolés par le soleil
à travers les mers meurtrières...
Mon âme à moi avec laquelle j’ai dompté des méduses
et couru après des femmes dénattées dans les douanes,
ne sois pas triste:la mort n’est qu’un solo glacé de saxophone
dans les matinées sabloneuses...
( Nous avons dompté des choses et on les a tuées domptées
Crois-tu que les chats noyés durant l’enfance sont-ils arrivés jusqu’ à la mer ?
Par la porte d’en face
On n’a pas discuté toute la nuit. Je lui ai fait l’amour dans le lit froid.J’ai allumé le feu, l’œil rouge, petit, je lui ai préparé du thé.Seul, le désir de partir criait de temps en temps dans ma poitrine
et faisait un vacarme terrible.
Va-t’en, a-t-elle supplié, va-t’en ! Toute la nuit, dans la rue, parmi de grands hommes promenant leurs chiens.
Voilà ce que j’ai trouvé quand je suis rentré : elle a pleuré dans la chambre : « dans ma solitude je suis comme l’escargot dans sa solitude »,a-t-elle dit ; elle a écrit sans cesse et a effacé sur un papier ;
elle a renversé le thé sur la table noire.
Dans la vie de toute femme, pensai-je, on entre par la porte d’en face.
La femme du poème
à Lia
Les belles tanières creusées par les cailloux, pour le voir
on traversait des ponts de pierre et une montagne.
Ne t’arrête pas ; il est possible que je m’y promène en récitant
comme par mégarde, des vers et alors
tu serais obligée d’entrer en eux, inconnue
comme les papillons anciens dans l’ambre...
Viendrais-tu me poser des questions sur ce qui est à moi ?
Le hibou, les loups, les serpents morts de l’époque de l’enfance,
Traînés dans la poussière de la route...
Nous avons un acacia
et, si, pendant que je dors, l’hiver arrive
prie-le de ne pas avoir peur. Dis-lui
que les beaux enfants naissent de la tristesse.
Traducerea Roland Szekely
Vers
Lucie Poirier
Dans l’arborescence du lexique caduque ou pérenne
je sélectionne un vocabulaire vieux, précieux, rare, archaïque, littéraire
j’invente des néologismes pour élargir des familles
je prend des licences poétiques
créant substantifs, adjectifs à partir de verbes
féminisant les épicènes pour mener une enfant à l’empyrée du lyrisme.
Je suis fascinée par la généalogie du langage
par les relations qu’entretiennent les parties du discours
par les figures qu’elles engendrent avec la stylistique
par les arabesques de la métaphore
les volutes de la connotation
les arômes de l’énumération
qui cheminent dans les landes tourmentées
de la pensée et de l’émotion pour faire sens.
J’observe comme je cultive
avec vénération pour l’Être et l’Art.
Je cherche, je quête, je traque la précision pour parvenir à la révélation :
le mot m’apprend,
je le deviens,
nommer c’est aimer.
Un 3e prix littéraire
La poétesse Lucie Poirier lauréate du Prix Coup de Cœur d’Impératif Français

Avec poème intitulé Vers, la poétesse, journaliste et comédienne Lucie Poirier est lauréate du Prix Coup de Cœur d’Impératif Français . C’est le 3e prix de poésie de sa carrière:
En 2006 elle avait eu le Prix de Poésie au Concours International du Texte Court de Sherbrooke avec Les Longs Chemins de la Liberté et en 1992 Le Prix de la plus Belle Lettre d’Amour avec Lettre à Benjamin. Sur scène, Lucie Poirier interprète des spectacles de poésie avec des chorégraphies et des chants. Elle a déjà publié deux œuvres poétiques et elle travaille à la création de plusieurs recueils.
Prix Coup de Cœur d’Impératif Français 2008
Identidad
Luz Garcia Zielinski

Ay!….. Esta profunda emoción
me quema las entrañas….
Esta extraña sensación
me atraviesa y me destroza
los intestinos,
cual vil herida que me explota
y me llena de dolor….
Y se transforma en la más profunda agonía….
Y de la cuál nace un grito…
Inevitable….insorportable…. incomparable!
Un grito como un rugido….
ininterrumpido de amargo dolor…
que se escucha de México a Venezuela
y de Cuba a Canada….
Este grito que nace de una mala siembra…
una siembra que decían y que juraban
que era buena…
?Justa? ?Buena?
!Semillas podridas de intolerancia !
!Semillas podridas llenas de odio…a otras razas diferentes a las mías!
!Semillas podridas de estúpido orgullo y
de estúpida incromprehensión por otras culturas!
?Y el resultado de esa cosecha!
Tristeza insoportable….vacío, acongojo, odio y desolación!
Si ese es el precio por forjarme una identidad…
No la quiero! No la acepto! La vomito!
Si el precio que tengo que pagar es el desarraigo…
!Va!
?Pero cuál sera mi identidad!
!Ay pobre necia…no seas ciega…
La tolerancia …la paz!!!
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