Depuis 2001 • No 43 • Montréal • 15.03.2008
Mars 2008

Une brève histoire du tracteur en Ukraine, de Marina Lewycka

Une nouvelle époque pour la littérature migrante

Felicia Mihali

Dans le paysage de la littérature universelle, on entend de plus en plus parler de littérature migrante. Dans ce chapitre on fourre généralement des auteurs venant d’ailleurs, empruntant la langue du pays d’accueil afin de radoter sur leurs histoires de villageois démunis, de guerre et de famine, de traditions bornées, de religions obscurantistes, des souvenirs malodorants. Un passé qui hante la mémoire des immigrants et ne laisse pas tranquille la génération à venir. Il en demeure que dans certaines grandes cultures, ou du moins qui se considèrent comme telle, la littérature migrante reste un chapitre d’œuvres légèrement mineures. C’est-à-dire, qui est intéressé à l’Ouest de lire ces histoires minables en provenance de l’Est, où qu’il soit? Malgré ce paysage peu réjouissant, reconnaissons qu’il y a de plus en plus d’auteurs qui donnent de la dignité à la littérature migrante, aussi jeune et encore dépréciée qu’elle soit. C’est bien le cas de Marina Lewycka,  auteure anglaise d’origine ukrainienne, avec son surprenant premier roman, Une brève histoire du tracteur en Ukraine, qui annonce l’aube d’une nouvelle ère littéraire. Publié en Angleterre en 2005, ce roman est maintenant accessible au lecteur québécois grâce la traduction de Sabine Porte et à la maison d’édition Alto qui ne cesse de nous éblouir avec ses choix spectaculaires.  

Une brève histoire du tracteur en Ukraine fait tourner la tête du lecteur contemporain vers cette nouvelle denrée alors que la scène fut longtemps occupée par des études postcoloniales. Après le rôle joué par V.S. Naipaul ou Salman Rushdie, on laisse la scène aux immigrants de l’Europe de l’Est, aux décolonisés après cinquante ans de communisme. On redécouvre cet Est populeux pris au dépourvu par le chaos provoqué par la transition et qui, même après vingt ans depuis la chute du communisme, n’a pas réussi à capter l’attention du public occidental, vu la masse des prostitués, des voleurs et de proxénètes qui leur viennent de ce côté-là. L’intronisation éternelle de Poutine au pouvoir et de sa gang d’anciens bons communistes contribue encore plus à ce que l’Ouest se désintéresse aux crimes perpétrés par Staline et ses sympathisants de l’ancien Bloc. Tout le monde sait que cela a été affreux, mais qu’on nous épargne les détails.

L’historie de l’Ukraine se perd donc dans la foule des drames vécus par les peuples colonisés par le pouvoir soviétique depuis le début du XIX siècle, une histoire de terreur, d’injustices, de famine, de trahisons. Le père Nicolaï revit encore ce passé accablant à quatre-vingt-quatre ans lorsqu’une de ses lubies de vieillesse, un livre sur l’invention du tracteur, correspond avec son mariage avec Valentina, une jeune Ukrainienne de trente-sept ans fuyant un pays en détresse pour le bien de son fils. Sauf que le glamour occidental cache une bonne dose de crasse et de fausseté : le mari n’est pas aussi riche et en plus il a deux filles, deux Gorgones qui bien qu’elles se disent des femmes civilisées sont prêtes à tout pour que Valentina retourne d’où elle vient. Au fond, personne n’est aussi ingrat avec les immigrants que les immigrants eux-mêmes. La plus acharnée est Vera, pur produit des camps de guerre, mais dont l’enfance épouvantable ne rend pas plus compréhensive envers ses consœurs moins fortunées. À ses yeux, Valentina n’est pas une mère qui lutte pour son fils mais une profiteuse. Plus démocrate, Nadezhda, née en Angleterre de parents qui craignent plus que tout d’enfreindre les lois de peur d’être expulsés, se range du côté de sa sœur, oubliant tous les beaux idéaux féministes et égalitaires. D’ici tout un imbroglio où se mêlent aussi un mari ukrainien, un fils abonné aux revues pornographiques, une communauté immigrante guettant derrière les fenêtres, un barman et un dealer d’autos.

Un livre qu’on lit du début à la fin avec la peur constante de rater une ligne.

Mars 2008

L’Ange de pierre, de Margaret Laurence

Hagar Shipley dans le désert

Felicia Mihali

Dans la préface du livre L’Ange de pierre, de Margaret Laurence, l’écrivaine Marie-Hélène Poitras nomme le personnage Hagar Shipley une Tatie Danielle canadienne. Je trouve cette comparaison brillante, car ceux qui ont vu le film d’Étienne Chatiliez, réalisé en 1990, savent combien il est difficile d’aimer une vieille grincheuse. De son côté, Laurence n’a pas hésité à mettre au centre de son roman, publié en 1964, une vieille dame insupportable. Dans la traduction de Sophie Bastide-Foltz, Alto s’associe aux Éditions Nota bene et aux Éditions Gallimard pour faire redécouvrir le cycle de Manawaka, classique de la littérature canadienne anglaise, méconnu et condamné au silence depuis un quart de siècle. L’Ange de pierre, le premier volume des cinq que compte le cycle, est la saga de Hagar qui, même âgée de quatre-vingt-dix ans, ne cesse de rendre la vie insupportable à ses proches. En même temps, au même titre que Wild Geese, le livre de Marta Ostenso, l’Ange de pierre est l’histoire de la prairie canadienne et de la vie des pionniers de l’Ouest canadien.

L’histoire tourne autour de Hagar Shipley qui, malade et alitée, menacée d’être placée en résidence par son fils Marvin et sa bru, Doris, déroule le fil de sa vie entre rêve et perte de mémoire. Lors de ses derniers moments, elle essaie de comprendre ce qui a causé l’échec de sa vie : pourquoi ça lui a été si difficile d’aimer les siens et pourquoi tout au long de sa vie elle a donné si peu d’aide aux gens?  

Pourtant, un personnage comme Hagar est difficile à définir. Les nombreuses références religieuses justifieraient, peut-être, une lecture à travers la grille biblique. Comme on le sait, dans la Bible, Hagar est la servante de Sara, la femme d’Abraham. Stérile, Sara demanda à son mari d’engendrer un enfant avec sa chambrière, mais lorsque Ismaël fut né, cela engendra la jalousie de Sara. Hagar y est pour quelque chose, car son attitude envers sa maîtresse était de plus en plus méprisante. Lorsque Dieu daigna donner un fils à Sara, celle-ci demanda à son mari d’éloigner Hagar et son enfant, ce qu’Abraham fit, les emmenant tous deux dans le désert. Dans la tradition islamique, Hagar devient une figure de proue, en tant qu’ancêtre de leur lignée. On dit que laissée pour compte avec son fils, désespérée de voir son fils mourir de soif, elle monte sept fois la montagne à la recherche de l‘eau. C’est alors qu’Ismaël, en frappant le sol, fit jaillir l’eau à ses pieds. Les rites engendrés dans la tradition islamique autour du culte de  Hagar symbolisent d’abord la maternité. Dans les années cinquante, pour les Palestiniens expatriés au cours de la Guerre d’Indépendance, Hagar est devenue le symbole de l’exode.

Si Hagar est un symbole, elle reste toutefois un symbole inversé, car dans le roman, ce que Hagar rate est justement la maternité. Elle ne réussit jamais à être une bonne mère, et ses enfants trouvent plutôt réconfort auprès des autres. Tel est le cas de son fils, John qui, après la mort de son père, préfère aller confesser sa peine à sa demi-sœur.  Hagar ne peut être accusée de ne pas avoir essayé, mais de ne pas avoir réussi à être une bonne mère. Comme la biblique Hagar, elle a désespérément cherché de l’eau pour son fils assoiffé, mais John se sauve à sa manière, remplaçant l’eau par l’alcool. D’une manière ou d’une autre, Hagar perd trop de temps en chemin, et c’est ainsi qu’elle rate toujours l’occasion de sauver les autres. Tous ceux qui ont un certain rôle dans sa vie meurent en son absence, loin d’elle; son père qui la déshérite, son mari qui a déjà perdu son esprit lorsqu’elle rentre auprès de lui, son fils qui s’éloigne d’elle.  

Pour Hagar Shipley, la méchanceté est générée par sa grande lucidité. Le pouvoir secret de cette femme est de pressentir d’avance les menaces. Et pour l’époque où elle vit, cela est un sens essentiel. Ses attaques, parfois injustes, contre ses proches cachent son besoin de se défendre, de se cuirasser contre les faiblesses de l’âme. Quand elle s’attache, c’est malgré elle. Pour Hagar, l’état naturel des humains serait de ne pas aimer leurs proches afin de ne pas souffrir de leur perte. John et Tina sont les seules personnes qu’elle aime vraiment dans sa vie, et elle perd les deux : son fils meurt dans un accident, et sa petite-fille la quitte pour suivre sa carrière et se marier loin d’elle. Une faute encore plus grave serait de détester trop vite les gens pour des critères à elle : et la vulgarité en occupe la première place, car pour Hagar les mots mal placés et les jurons sont le péché le plus grave. Cela l’empêche d’abord d’aimer son mari, Bram, qu’elle avait toutefois épousé malgré l’opposition de son père et l’opprobre engendré par son geste.  

Les derniers moments de sa vie, Hagar comprend finalement que ce qui lui a toujours fait défaut est l’incapacité de se réjouir. Tout a été bloqué dans son cœur par la peur de ne pas être comme il faut. « L’orgueil a été ma folie et la peur le démon qui m’a poussée. ». Hagar, la biblique, a payé son orgueil par  son expulsion dans le désert, alors que pour Hagar Shipley l’exil se déroule à travers la prairie canadienne.

Un grand must de la littérature canadienne.

Mars 2008

Michel Vézina et la machine à vivre

Jean-Sébastien Ménard

Au long de son nouveau roman, La Machine à orgueil, Michel Vézina ne parle plus de la Beat Generation comme il l’avait fait dans Asphalte et Vodka. S’il cite à nouveau William Burroughs, une seule fois, il ne met cependant pas en scène un « reliquat de la beat » mais bien Djipi, alias Jean-Pierre Pelletier. Celui-ci est un beat selon la définition originelle du terme, c’est-à-dire quelqu’un de battu par la vie, à bout de souffle, qui n’a « plus rien à crisser de rien ».  

Djipi appartient à « la première génération à se demander comment […] être utile », la génération « No Future » ». Il parcourt le monde de bars en bars en tant que DJ et vit dans son camion. Il affirme à ce propos : « Je suis un privilégié dans un monde de perdus. Je suis un sans-abri de luxe qui dort au chaud et au sec dans un ancien truck à pain qui me sert à la fois de maison et de studio, qui fume blanc et bleu. Je ne suis pas assisté. Je suis libre. » Djipi vit en fonction de sa musique et mène une vie où le sexe, la drogue, la route et la musique occupent une place prépondérante. Il en vient toutefois à la conclusion, que « la somme des plaisirs ne mène pas au bonheur ».  

Dès l’incipit de La machine à orgueil, on apprend que la meilleure amie de Djipi, Mado, qu’il connaît depuis l’âge de cinq ans et avec qui il a tout expérimenté, s’est suicidée. Sa mort bouleverse Djipi et le plonge dans une introspection qui lui fait voir son existence comme « une plate succession d’histoires vaguement poétiques ». Avec la mort de son amie, Djipi a l’impression d’avoir raté sa vie et veut mourir à son tour, lui qui, croit-il, n’est « que la somme de [ses] hosties d’histoires fuckées » et qui n’a fait que se cacher « dans un monde imaginaire, une suite perpétuelle de fuites ».  

Avec ces idées en tête, il décide de retourner en Estrie, au chalet familial dont il a hérité lors du décès de ses parents et où il a entreposé « le stock des aïeux de [sa] famille ». Arrivé sur les lieux, il retrouve un ami d’enfance, Robert Manseau, surnommé Bob ou encore l’Allumé, à qui il parle de Mado tout en lui racontant les aventures de sa vie « sur la route » en Europe, au Québec et en Amérique du Sud. Entre les deux hommes se tisse une amitié qui se solidifie au fil des jours. 

C’est en faisant le ménage dans les affaires familiales avec son ami que Djipi découvre la machine à orgueil, une machine que l’on retrouve dans les foires et qui permet de mesurer la force d’une personne grâce à un coup de masse. Avec l’Allumé, il retape la machine puis entreprend une nouvelle carrière, celle de forain. Cette nouvelle aventure va lui donner l’impression de se rapprocher de ses aïeux.  

Avec la machine à orgueil, Djipi prend du mieux et recommence à goûter à la vie. Comme il le dit : « C’est beau la déprime, mais à un moment donné, ça va faire ! » Grâce à la machine, à son ami Bob et aux réflexions qu’a suscitées en lui la mort de Mado, il comprend la différence entre partir et fuir, ce qui l’amène à trouver un nouveau sens à sa vie. Il a maintenant « envie de vérité et de bonheur simple » et ne fuit plus rien lorsqu’il reprend la route. 

Avec ce roman, Michel Vézina trace une géographie du deuil. Écrit dans une langue urbaine et rafraîchissante, La Machine à orgueil est fort agréable à lire et s’avère un véritable éloge à la vie et à l’amitié. Un bijou !   

Michel Vézina, La Machine à orgueil, Québec/Amérique, 2008.

Mars 2008

Un café noir sans sucre

Jean-Sébastien Ménard

Je me suis d’abord laissé charmer par le titre du livre de Daniel Castillo Durante, Un café dans le Sud. Je ne connaissais pas cet auteur, bien qu’il soit lauréat du prix Trillium 2007, et je m’attendais à un récit doux et tranquille, à une vie en bord de mer, parfumée de café, ainsi qu’à une histoire d’amour paisible. Toutefois, s’il y a des livres dont on devine la trajectoire grâce au titre, celui-ci n’en est pas un. Dès l’incipit, on comprend que le roman de Daniel Castillo Durante abordera des thèmes difficiles comme ceux de la mort du père et du poids de l’hérédité.

Paul Escalante-Lambert, le personnage principal, habite Montréal, où il mène une vie tranquille en tant que traducteur, travail pour lequel il va souvent à Ottawa. Un jour, il reçoit un appel d’Argentine. La seconde femme de son père veut l’informer que son père, Rafael Escalante, est gravement malade, et que, s’il veut le revoir vivant, il doit faire vite. Ce père, Paul n’a « jamais réussi à lui parler face à face quand il était en vie », alors il ne court pas à son chevet. C’est ainsi que, quelques temps plus tard, il apprend la mort de ce dernier grâce à un courriel froidement intitulé « parti ». Voulant toucher son héritage, il décide donc de se rendre en Argentine, là où il a vécu son enfance et perdu sa mère, Anna Lambert, une Québécoise qui n’a pas su s’intégrer à son pays d’accueil et qui a sombré dans la folie. Comme l’affirme l’auteur : « Il n’est pas donné à tous les immigrants de refaire peau neuve ». Paul arrive à Buenos Aires « quatre-vingt-dix jours après la mort de son père ».

Le pays de l’enfance refait surface en lui, tout comme le souvenir de « la chaleur du sable sous les pieds, l’odeur de l’océan fouetté par le vent, la fureur des vagues d'une plage trop vaste et trop sauvage pour qu’elle pût être embrassée par un seul regard d’enfant ». Il lui vient aussi des images de sa mère et de son père, celui qui n’était « jamais présent quand on [avait] besoin de lui, le retardataire ».

Bien vite, Paul apprend que, s’il veut toucher sa part de l’héritage, il devra séjourner un certain temps en Argentine et obéir aux directives que son père a laissées pour lui dans son testament, où il n’y a « aucune alternative » le concernant. Son séjour en Argentine devient donc un voyage qui l’amènera à mieux se connaître et, en quelque sorte, à redécouvrir son défunt père. Dans les mots de Durante, Paul est un « voyageur qui, après avoir perdu le Nord, s’efforçait de regagner ce Sud si proche et si lointain tout à la fois ».

Un café dans le Sud est un roman de ressourcement dans lequel le désir et la sensualité occupent une place importante. Daniel Castillo Durante parvient bien à décrire l’univers de son personnage, Paul Escalante-Lambert, et amène le lecteur ailleurs, dans une Argentine à la fois personnelle et invitante. Lire cet auteur n’est pas désagréable. Il y a de très bons passages dans son roman. Toutefois, son écriture est lourde et l’effet qu’elle produit est souvent contraire à celui que le café provoque habituellement. Pour tout dire, il aurait été souhaitable que l’écriture de Daniel Castillo Durante soit à l’image d’un des cafés que prend Paul au cours du roman, qu’elle « monte à la tête comme un vin chaud ». Le café que l’on goûte avec ce roman en est un sans sucre, noir, voire un peu amer. Il nous permet en ce sens de mieux saisir l’amertume de la vie et de la situation de Paul.

Daniel Castillo Durante, Un café dans le Sud, XYZ éditeur, 2007.

 

Mars 2008

Patrice Desbiens, poète beat

Jean-Sébastien Ménard

Patrice Desbiens est un poète que l’on peut rapprocher de Gérald Leblanc. Comme cet auteur acadien, il s’inscrit dans la lignée des poètes américains Walt Whitman, Jack Kerouac, Allen Ginsberg ou encore Charles Bukowski. Patrice Desbiens, en effet, pourrait être qualifié de beat. À l’instar des auteurs de la Beat Generation, il écrit une poésie sonore que l’on entend comme une musique, presque du slam. Ce n’est pas un hasard si Richard Desjardins, René Lussier, Chloé Sainte-Marie et, plus récemment, El Motor, ont mis en musique certains de ses textes.

Dans En temps et lieux, recueil paru l’automne dernier chez L’oie de Cravan, Desbiens est fidèle à lui-même et à son répertoire. On retrouve avec bonheur son univers, celui du poème L’homme invisible. Il faut dire que Desbiens parvient à rendre poétique tout ce qu’il touche : même uriner, chez lui, est poétique. Sa plume nous expose une réalité crue, sans détour, qu’il fait bon voir et lire.

Poème sur une femme, ode à un violoniste de la rue Saint-Denis, métaphores du quotidien, poèmes rock qui savent aussi se faire tendres, pensées ponctuelles, la plume de Desbiens transporte son lecteur. On retrouve par ailleurs dans ses vers la présence d’objets inusités comme une « ampoule de 40 watts / vissée dans la bouche » et beaucoup d’onomastiques. Le poète évoque Louis Hamelin, Ravi Shankar, Albert Camus, Salvador Dali, Paul Éluard, Joni Mitchell, les Rolling Stones, François Pelletier et Robert Creeley pour ne nommer qu’eux. Il est intéressant de remonter à la source des références qui parsèment le recueil. De plus, si l’auteur affirme lire entre les lignes et dormir « dans la marge », il ne nous donne pas le goût de quitter ses mots. La poésie de Desbiens en est une urbaine, écrite dans une « ville anonyme qui nous ressemble », nous « French Canadians photogênés », une ville où l’on aime se balader sous le charme de poètes comme lui.

Dans En temps et lieux, Desbiens reprend certains poèmes parus en tirage limité au cours des dernières années dans des publications tel les Inédits de Vidé (2006). On y retrouve ainsi, dans des versions différentes, des poèmes déjà connus tels Inédits de Vidé, Wawa ou encore Elle a perdu pied. Il est fascinant de voir le travail de réécriture qu’a effectué l’auteur d’une version à l’autre, d’assister, dans un certain sens, à l’évolution poétique de l’œuvre.

Il aurait toutefois été approprié que Desbiens insère dans ce nouveau recueil le poème écrit à l’intention de Jack Kerouac, Jack Where’s Jack, paru d’abord dans la revue Estuaire, puis dans une version différente au sein du recueil Inédits de Vidé. Ce poème, Desbiens le dédiait à Jean Morisset et à Éric Waddell, deux « géographes de l’âme », qui ont beaucoup participé à l’essor des études sur Jack Kerouac au Québec. Ils avaient, entre autres, organisé la Rencontre internationale Jack Kerouac, tenue à Québec à la fin des années 1980. Desbiens, dans Jack Where’s Jack, pose un regard pertinent et personnel sur l’auteur de Lowell. Peut-être n’est-ce qu’une question de goût personnel, mais j’aurais aimé le retrouver dans En temps et lieux pour voir jusqu’où il s’est rendu, savoir s’il est revenu de la route et s’il lui reste encore des endroits à explorer ou à revisiter.

Il faut absolument lire Patrice Desbiens. Et pour ceux qui ne le connaissent pas, En temps et lieux est une excellente œuvre pour l’aborder. Celle-ci vous donnera envie de lire tout ce que l’auteur franco-ontarien a fait paraître depuis 30 ans.

Patrice Desbiens, En temps et lieux, L’Oie de Cravan, Montréal, 2007.

Mars 2008

3 poètes québécois

Blouin, Deschênes, Létourneau : souvenirs poétiques

Lucie Poirier
Journaliste-analyst

Pour cheminer entre le deuil et la paternité, pour voyager du fleuve d’ici aux paysages d’ailleurs, ce printemps trois poètes ont procédé avec la même disposition, ils ont concentré leur texte au milieu de la page et ont partagé leurs souvenirs : ceux de Nicole Blouin concernent son ex-amoureux, ceux de Louise Deschênes se sont déroulés avec sa mère alors que dans ceux de Michel Létourneau un ange passe.

Nicole Blouin consacre son recueil de poèmes en prose La route du sabre à l’expérience des pays habités ou imaginés dans un chant incantatoire et initiatique. Ses phrases alternent dans un présent constaté et un futur espéré lors des descriptions érotiques où sont convoquées les bêtes. La volonté de vivre transcende la dissemblance et l’indicible avec le cri du corps androgyne et la transformation zoomorphe.

Les divers lieux, la Chine nouvelle, la Montréal enneigée, l’Orient venteux, le Maghreb endormi, suscitent et imprègnent le récit et la rencontre imbriqués.

Elle fomente une narration rapide et serrée dans des paragraphes concis où se glissent des images antinomiques; aussi, elle innerve son récit hachuré et spasmodique avec des phrases elliptiques, isolées impératives, infinitives, répétées.

Impressionnée par Anaïs Nin, Anne Hébert, Madeleine Gagnon, admiratrice du peintre Du Leng Sang auquel elle dédiera son prochaine recueil, Nicole Blouin, avec La route du sabre, a tracé un parcours poétique et existentiel d’où émerge une question-phare : «Vivrai-je assez pour t’aimer?».

En gravant 3 à 4 phrases verbales par page, faites de souvenirs et d’inventions, Louise Deschênes à travers son recueil Porte dérobée cherche elle aussi; sa quête impossible concerne une aimée disparue : sa mère, enterrée avec son enfance et les mots tyranniques, nus, essoufflés. L’influence de la religion traverse le récit poétique avec ses prières, litanies, miracles.

Dans la narcolepsie, l’insomnie et le rêve, cette mère, morte de lassitude, a été idéalisée; aussi semblable que différente de sa fille, elle est partie avec son histoire secrète comme une porte dérobée, telle une difficulté d’accès. L’orpheline tente de recréer la mère avec son odeur sur ses mains et son regard sur ses enfants.

Mais, elle est si inaccessible que penser à elle c’est la perdre et qu’il faut ne plus y penser pour qu’elle vive. Dans la proximité et la distance, la passion et la rébellion, la relation avec la mère signifie pour la narratrice être otage et fantôme. Alors, avec sa peine et sa colère, Louise Deschênes constate «Les traces sont inscrites dans ma chair comme le début d’une étrange tendresse, rugueuse et souple».

C’est aussi avec des souvenirs que Michel Létourneau nous fait traverser Les rives claires. Dans 1 paragraphe titré par page, il rassemble les mots cassés, brûlants, abandonnés qui bougent, suintent, gravitent au long de ses observations, imaginations, interrogations. Il nous invite dans la blessure des mots et l’épouvante du monde, interpelle l’image déferlante et le synonyme discret, sait le partage de l’origine et la persistance de la peur.

Passant au visage pérenne parmi les passants dont il discerne la force, avec un lexique impressionnant de variété élaborée et de conjugaison savante, il exprime une volonté poignante de nommer en considérant avec une rare sensibilité les rêves des enfants : ceux de sa fille, Jolène et ceux des petits esclaves haïtiens (1).

Son aspiration recèle des connotations religieuses et il peine parmi les signes. Il veille son père et côtoie les morts qui parlent sous une profusion d’oiseaux dans le ciel rouge. De la neige des battures à l’Île de la Tortue, il avance avec quelques croyants dans l’eau et le feu. Sa capacité de discernement frôle celle de l’émerveillement.

Dans leur poésie, Deschênes et Létourneau ont décrit la vie de leurs parents avec des constats tristes, suggérant des existences sacrifiées. Ils instillent en nous des questionnements sur la pertinence de notre inscription dans le réel, celle de notre marque sur le long ruban de l’éternité silencieuse. Que valent nos quelques pas? Comment expliquer notre appétit de beauté, de paix et d’amour? Notre immatérialité peut-elle être sauvée par un mot?

Ce printemps, trois poètes confrontent les certitudes sur nous-mêmes, la vie, la mort grâce aux sensations, anxiétés et réflexions dont ils ont émaillé leurs phrases; après l’ultime départ, n’est-il pas approprié de citer Létourneau qui écrit : «Nous avons vécu en peu de mots»?

 

Nicole Blouin La route du sabre L’Hexagone. Collection Écritures. 2008 64 pages.
Louise Deschênes Porte dérobée.Triptyque. 2008 64 pages.
Michel Létourneau Les rives claires. Triptyque 2008 68 pages.

 

(1) Sur Terranova, vous pouvez lire un précédent article que j’ai consacré aux Restaveks, ces enfants haïtiens dont l’ONU considère qu’ils vivent la pire forme d’esclavage, celle du travail domestique.

 

Février 2008

Gérald Leblanc, poète immortel

Jean-Sébastien Ménard

Il y a des recueils qu’on aurait aimé écrire, des poèmes qui nous parlent plus que d’autres, qui nous touchent, nous perturbent, nous habitent ou encore nous accompagnent au fil des jours. Les poèmes de Gérald Leblanc sont de ceux qui nous font dire : « J’aurais pu écrire ça/ pas de cette façon bien sûr/ mais c’est ainsi que je pensais/ au milieu de cette chaleur humide/ sans volonté de travailler/ mais la nuit/ ô la nuit de cette ville qui frappe à ma fenêtre d’été/ qui m’invite à confronter mon désir à ses permissions// comme un livre qui arrive à point/ comme une nuit qui donne plus qu’elle ne prend ».

Un matin, on se surprend à déclamer quelques vers de mémoire, sans les avoir appris. Leur musique nous a pénétrés. Les poèmes auxquels ils appartiennent deviennent alors des réverbères qui jalonnent notre chemin et auprès desquels nous revenons parfois pour mieux voir ou simplement pour souffler un peu. On se laisse bercer à nouveau par cette subtile magie qui fait que, à chaque lecture, on n’est plus tout à fait le même. Il est rare de croiser de telles œuvres sur notre route. Et pourtant...

Dans mon panthéon personnel, il y a Howl d’Allen Ginsberg; les poèmes de William Blake et de Pablo Neruda; A Coney Island of the Mind de Lawrence Ferlinghetti; Paroles de Jacques Prévert; Pomes All Sizes de Jack Kerouac; et, depuis peu, la poésie de Gérald Leblanc.

J’en suis venu à ce poète acadien, décédé en 2005, par les œuvres de Jean-Paul Daoust et Lucien Francœur. Par curiosité, je suis allé le lire. Jamais je ne m’attendais au choc que j’ai ressenti en le découvrant. Sous sa plume, la Beat Generation revit avec un souffle nouveau.

Le recueil auquel je reviens le plus souvent est son dernier, Poèmes New-Yorkais. Ses poèmes y sont, comme dans le reste de son œuvre, urbains et musicaux. On y retrouve un mélange d’anglais et de français, des références au jazz, à la musique, au hip hop, à Nina Simone ou encore à Leonard Cohen. Leblanc utilise des mots simples mais directs, qui évoquent des états d’âme précis, des scènes de la vie quotidienne. Ses mots chantent. Les poèmes de Leblanc sont faits pour être entendus. C’est à croire qu’il a fait sien l’appel de Jack Kerouac, lancé au début de Mexico City Blues : « Je veux être considéré comme un poète de jazz soufflant un long blues au cours d’une jam-session un dimanche après-midi. Je prends 242 chorus; mes idées varient et parfois roulent de chorus à chorus ou du milieu d’un chorus jusqu’au milieu du chorus suivant. »

Gérald Leblanc est grand. C’est un poète dont on ne se lasse pas. Avec lui, on respire mieux. Lorsqu’il danse, Leblanc affirme savoir où il est : « Et quand je danse/ je sais que je suis/  à la bonne place. » Au même titre, quand on le lit, on sait que l’on est à la bonne place, toujours au bon moment. 

Gérald Leblanc, Poèmes New-Yorkais, Moncton, Éditions Perce-Neige, 2006.

Mars 2008

Tout m’accuse

Véronique Marcotte

Vu d’ici

Tout m’accuse, c’est la quête de quatre personnages que les événements « accusent » et font vivre dans un sentiment de culpabilité inaltérable. C’est l’histoire d’une famille rompue, celle d’Auguste, puis celle, de l’autre côté de la vitrine, de Victoire qui cherche, parmi les décombres de la ville, une manière de reprendre le contrôle sans disparaître. Auguste ne dort pas et ses troubles obsessifs compulsifs l’encouragent à perdre une vie entière à récurer, voyant là une manière de réparer les dégâts. À travers ses nuits d’insomnie, il traque, cherche la faille chez les autres pour adoucir la sienne. Au sous-sol des archives médicales d’un hôpital montréalais, sa ville d’adoption, il trouve ces hommes, ces femmes, dont le passage aux urgences lui permettra d’assouvir son voyeurisme.

C’est dans le ventre même de cet établissement qu’Auguste fera la découverte d’une vérité fragile qui entérinera à jamais la haine invisible qu’il voue à sa mère. Autour de lui, la voix de cette mère depuis Bruxelles, son lieu de naissance, celle d’un père fantôme et désormais intemporel, et celle de Victoire, jeune femme qui, derrière la vitrine, peint chaque nuit sous le regard furtif du voyeur. L’enchevêtrement de ces quatre personnages, leur rencontre et leur quête de pardon feront d’eux des êtres vulnérables dont la culpabilité deviendra garante de gestes inexplicables…

Dans son troisième roman, Véronique Marcotte poursuit avec justesse l’étude d’êtres en marge amorcée dans ses titres précédents. Avec Tout m’accuse, elle livre un roman dans le quel la touchante détresse humaine est exposée sans jugement. Alors, qui oserez-vous condamner?

L’auteure
Depuis la publication de son premier roman en 1999, Dortoir des esseulés, Véronique Marcotte mène une double vie d’écrivaine et de metteure en scène. Son second roman, Les revolvers sont des choses qui arrivent, a permis d’ancrer cette passion pour la maladie mentale, alors qu’elle abordait le sujet de la psychose et du matricide. Tout m’accuse s’inscrit dans une démarche d’observation des événements violents ou subtils qui contribuent à bousculer l’équilibre humain. Depuis dix ans, l’auteure enseigne en milieux marginaux et conserve de ces expériences les éléments nécessaires à la création de ses romans. Enfin, Véronique Marcotte a été la première auteure à occuper la résidence d’écrivains Passa Porta à Bruxelles, en Belgique, en 2005.

Collection􀀁: « Littérature d’Amérique »
ISBN􀀁: 978-2-7644-0601-4
Pages􀀁: 240

Prix􀀁: 22,95 $
Mars 2008

On aurait dit juillet

Josée Bilodeau

On aurait dit juillet

Une ville anonyme où tout n’est que furtivement entrevu et vite oublié. Un espace où se croisent des centaines d’individus et tout autant de vies privées auxquelles nous n’avons pas accès, ou si peu et si rarement, par quelques scènes échappées, des brèches qui laissent deviner des lieux intimes. Que nous le voulions ou non, nous sommes tous des voyeurs. Un jour de mai marqué par l’emballement des conditions météorologiques, un chauffeur de taxi fait un infarctus au volant. Sa cliente, bouleversée par une rupture amoureuse, ne sait pas quoi faire et reste assise, comme paralysée. Une serveuse apporte un café à une folle qui vient de s’attabler sous l’oeil désapprobateur des clients. Un apprenti cuisinier insouciant offre sa spécialité aux clients, geste inconsidéré dont on ignore encore l’étendue des conséquences. Une fête d’anniversaire tourne au drame quand on donne la parole aux invités. Un photographe parcourt la ville, appareil en main, pour saisir les plus étonnants visages de cette étrange journée...

En un habile chassé-croisé, ces scènes recréent un peu de l’organisation de la ville qui s’écrit au ras du sol à mesure qu’évolue le soleil dans le ciel et jusque tard dans la nuit. On aurait dit juillet propose une fascinante mosaïque urbaine composée de ces détails qui font de la ville un lieu habitable, vivant et touffu, où la rencontre de l’autre est possible, et souvent inattendue.

Avec On aurait dit juillet , Josée Bilodeau s’est arrêtée à ces brèches, à ces moments fragiles et souvent déroutants qui nous révèle nt des instants précieux qui seraient autrement demeurés cachés, secrets, parce que c’est souvent dans la quotidienneté que les choses s’éclairent…

L’auteure
Née en 1969 en Abitibi, Josée Bilodeau vit à Montréal depuis 1986, où elle a fait des études littéraires à l'Université du Québec à Montréal. On lui doit Kilomètres, un recueil de récits paru en 1999 aux Intouchables, et La Nuit monte, un roman paru chez XYZ éditeur en 2003. Parallèlement à son métier d’écrivaine, elle est réviseure au site Internet de Radio-Canada et critique de théâtre à l’hebdomadaire culturel ICI, de même qu’à Radio-Canada.ca.

Mars 2008

Pauline Gill

Docteure Irma

Docteure Irma

Tome 2 L’Indomptable

Préface de Louise Harel

Roman historique

Pauline Gill excelle à faire revivre des pionnières de chez nous. Docteure Irma Tome
1 La Louve blanche, paru en 2006, avait séduit le public par ses troublantes révélations. Biographie d’une femme qui a prouvé qu’un rêve porté par la passion et la détermination peut se réaliser, Docteure Irma raconte la vie d’Irma LeVasseur, chef de file des femmes médecins et pédiatres canadiennes-françaises. Sa suite, L’Indomptable, vous tiendra en haleine de la première à la dernière page. Femme de vocation, femme d’audace et de passion, Irma LeVasseur poursuit son destin tumultueux. En 1908, éprouvée par l’anonymat maintenu au sujet de la fondation de son premier hôpital – l’hôpital Sainte-Justine, à Montréal – Irma LeVasseur est à la croisée des chemins. Pour poursuivre son combat contre la mortalité infantile, l’exil aux États-Unis lui semble inévitable. Devant ce choix déchirant, une offre des autorités new-yorkaises l’incite à mettre en veilleuse son désir d’améliorer le sort des enfants québécois. « Je suis peut-être née citoyenne du monde, épouse d’une cause, mère de tous les enfants malades », se console-telle, alors qu’elle décide de se consacrer à la recherche sur les maladies infantiles et d’élaborer un guide d’hygiène pour les jeunes familles new-yorkaises. Mais si sa vie de médecin l’amène à se dépasser dans la métropole étatsunienne, les liens du sang lui réservent les émotions les plus fortes que l’on puisse imaginer. Car Irma espère toujours retrouver sa mère. Serait-il possible que cette voix venant de la classe de chant de l’École St. James soit bien celle de cette femme qu’elle n’a pas revue depuis ses douze ans ? Ses nerfs, déjà éprouvés par des années de recherche de cette mère tant aimée, en seraient-ils rendus à se jouer d’elle ? Ou seraient-ce plutôt ses liens serrés avec la famille de Bob Smith, qui garderaient ses émotions à fleur de peau ?

 

L’auteure
Après avoir enseigné au secondaire et au collégial, Pauline Gill se dévoue à la recherche et à l’écriture depuis 1990. Elle est notamment l’auteure des best-sellers Les Enfants de Duplessis, La Jeunesse de la cordonnière, La Cordonnière, Le Testament de la cordonnière ainsi que Et pourtant elle chantait. Elle a également rédigé de nombreuses chroniques pour le Journal de l’Association des auteurs de la Montérégie, dont elle est l’un des membres fondateurs. La qualité des écrits de cette écrivaine chevronnée lui a valu nombre de récompenses littéraires. Après nous avoir offert l’histoire de Marie-Antoinette, La dame de la rivière Rouge, elle nous revient avec celle d’Irma LeVasseur, première Canadienne française à avoir exercé la profession de médecin.

Collection􀀁: « Tous Continents »
ISBN􀀁: 978-2-7644-0611-3
Prix : 27,95 $

Chez le même éditeur
Docteure Irma Tome 1 – La Louve blanche,
Coll. « Tous Continents »

Marie-Antoinette – La dame de la Rivière

Rouge, Coll. « Tous Continents »
Mars 2008

Frédérick Durand

Je hurle à la lune comme un chien sauvage

C’est l’histoire d’un prostitué mâle qui est invité, dans un manoir près de chez vous, à participer à une orgie organisée par des gens très importants. Un incident imprévu vient compromettre le plaisir, et la vie des invités est soudain en danger…Un roman exaltant qui se lit sur la pointe des pieds avec les dents très serrées !

Frédérick Durand a enseigné à l’Université du Québec à Trois-Rivières
Il a publié huit romans, deux recueils de poésie et un recueil de nouvelles chez différents éditeurs et il a été finaliste du prix Radio-Canada 2007, section poésie.

Coups de tête n°7 - 10,95 $
Mars 2008

Marie Lefebvre

Les faux départs

Les faux départs

Elle a la vie devant elle, lui assure-t-on, sauf que cette vie, avec ses riens sans nombre, son agitation trouble, lui paraît vertigineuse et vaine. Alors, pour échapper au dérisoire, elle s’impose une ascèse qui la consume peu à peu et finit par la conduire à l’hôpital. Là-bas, on s’emploie à la guérir, mais on reste sans doute aveugle à la difficulté essentielle: celle d’assouvir un si féroce appétit d’absolu.

«J’ai dix-huit ans en ce joyeux soir de septembre, et je deviendrai minuscule et blanche, détentrice d’un pouvoir magnifique, difficile à expliquer, presque magique. Un pouvoir au-dessus de la raison. Difficile à croire. Il s’agit pour commencer de rapetisser. Je créerai ma mort, doucement. Je ne me ferai pas voir. Elle ne m’aura pas.»

 

Marie Lefebvre vit à Saint-Hyacinthe. Elle a fait des études en création littéraire et en enseignement des langues. Elle travaille comme professeure de français auprès des immigrants. Les faux départs est son premier roman.

Éditions Triptyque Les faux départs

ISBN 978-2-89031-623-2, 136 pages, 17$
Mars 2008

Laurent Chabin

Corps perdu

Corps perdu

Séquestrée par ses parents à l’adolescence, une femme âgée croupit depuis ce temps dans une chambre obscure, vautrée dans la vermine et les déjections. Pourtant son désir est intact: un désir brûlant, dévorant, pour l’amant connu autrefois. Et de ce squelette ignoble naissent des fantasmes de lumière et de jouissance éruptive qui éclatent en images et font exploser le lieu sordide de sa longue réclusion.

« Parfois je sens presque tes yeux qui se promènent sur mon ventre et je me déhanche un peu plus en souriant, et je me penche vers le mur où je plaque les mains en écartant les jambes, oh oui mon beau tu peux me fouiller, je n'ai plus rien, je le jure! et je repars et je la remonte [la jupe] encore un peu en croupionnant mais j'arrête juste avant la fin, au-dessus des yeux, et je la roule sur ma tête. Elle devient un turban. Je suis une princesse. »

Né en France, Laurent Chabin a vécu plusieurs années aux Antilles, en Espagne, puis en Alberta. Il vit actuellement à Montréal. Il a publié plusieurs romans, dont Les territoires du Nord-Ouest, aux Éditions Coups de tête et, en 2006, Écran total aux Éditions Triptyque. Il est également traducteur.

Éditions Triptyque, Corps perdu

ISBN 978-2-89031-617-1, 150 pages, 18 $
Mars 2008

Hélène de Billy

Je me souviens d’avoir cherché oxymoron dans le dictionnaire

Je me souviens d’avoir cherché oxymoron dans le dictionnaire

122. Je me souviens de ma première séance de signature. Il n’était venu personne à part ma mère et ma tante  Yvonne. Ma tante Yvonne avait dit : « C’est un ben beau livre, mais à vingt piastres je préfère attendre puis l’emprunter à ta mère. »

les éditions du passage lancent une nouvelle collection récit avec un premier titre incontournable : Je me souviens d’avoir cherché oxymoron dans le dictionnaire de Hélène de Billy. Il s’agit de fragments de récit, tissés d’échos et de  correspondances. Semant des cailloux sur les sentiers de la mémoire, Hélène de Billy restaure des souvenirs minuscules : un titre de roman, les mots d’une chanson, ce graffiti sur un mur de Prague, une phrase d’Ovide Plouffe, une évocation de la rivière Ashuapmushuan... en tout 205 réminiscences surtout littéraires, mais aussi culturelles et parfois personnelles, qui nous plongent dans l’histoire du Québec, depuis la Révolution tranquille jusqu’à ce jour. Et qui dit histoire du Québec dit aussi, chemin faisant, nos parentés française et américaine. En bref, voilà une mosaïque riche d’évocations, souvent amusantes, où se côtoient Hubert Aquin, la Comtesse de Ségur et le caniche de Steinbeck !

Mis bout à bout, ces souvenirs qui défilent, numérotés, réveillent un pan entier de notre mémoire collective et nous donnent envie, lecteurs, de jouer à Je me souviens... D’ailleurs, ce livre est un pastiche des « Je me souviens » de Georges Perec qui lui-même s’était inspiré des « I remember » de l’Américain Jo Brainard. L’ouvrage est accompagné d’un DVD : un court métrage tiré du récit et réalisé par le photographe Gilbert Duclos.

Hélène de Billy est journaliste et auteure. Elle collabore depuis plus de vingt ans à nombre de publications, dont L’Actualité et Sélection du Reader’s Digest. Elle a signé trois biographies remarquées : Riopelle (Éditions Art Global, 1996), Maurice ou la vie ouverte (Boréal, 2005) et Le portrait d’André Mathieu (Les Éditions La Presse, 2007).

64 pages. DVD. 19.95$. Parution le 19 mars

photo : Suzanne Langevin
Mars 2008

Annie L’Italien

Petit guide pour orgueilleuse (légèrement) repentante

Petit guide pour orgueilleuse (légèrement) repentante

Aux yeux d’Anne, ses copines constituent le centre de l’univers – si on fait abstraction de son nombril, évidemment ! Mais justement, elle rêve de revoir ses priorités et elle n’attend pour cela qu’une chose, que l’Homme se présente enfin. Le vrai, le bon. Idéaliste, vous dites ? Orgueilleuse, surtout…

Bien qu’Annie L’Italien se soit sagement rangée du côté d’une carrière (relativement) stable en communications interactives, elle a toujours caressé l’idée d’écrire un roman. Le rêve est devenu réalité avec Petit guide pour orgueilleuse (légèrement) repentante, une comédie romantique aussi pétillante qu’un mimosa. Gageons que vous ne pourrez vous arrêter avant d’avoir vu le fond du verre.

ISBN : 978-2-7644-0599-4 Pages : 184 Collection : « Tous continents »
Mars 2008

Louise Deschênes

Porte dérobée

Porte dérobée

Entre la mère et la fille, le regard est un objet perdu, caché dans l’ombre des mots. Poèmes du dernier appel, ces textes s’approchent de la vérité fragile d’un amour trop longtemps voilé par la colère et la tristesse. Ils nous invitent à entrer dans le souvenir par la porte dérobée.

«Puis-je demander à la morte que tu es de dire enfin l’enfance de notre lien?
Toi qui ne demandais qu’un sourire à la place d’un mot. Une fille sans histoires.
Dis-moi d’où vient la noirceur des aubes sur mes mains?»

Louise Deschênes est née en 1957 à Québec. Romancière et poète, elle travaille comme bibliothécaire à la Bibliothèque nationale du Québec. Elle s’intéresse particulièrement au roman intimiste et à la poésie narrative. Elle a publié quatre romans parmi lesquels Compassion (2005, Trois) et deux recueils de poésie.

Porte dérobée

ISBN 978-2-89031-625-6, 64 pages, 16 $  Parution 31 janvier

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