Depuis 2001 • No 42 • Montréal • 15.02.2008
Février 2008

En taxi sous le soleil de Paris

Jean-Sébastien Ménard

Dans Un autre soleil, Joël Desrosiers et Patricia Léry racontent l’histoire d’un chauffeur de taxi qui vit au rythme des lieux, des fragments d’histoires empruntés aux passagers qui hèlent son taxi. Il recherche dans leurs gestes, leurs sentiments, leurs émotions «  non pas quelques similitudes avec [sa] propre vie, avec [ses] propres expériences, mais à les écouter bafouiller leurs secrets, il [lui vient] parfois des lueurs pour comprendre le sens de [ses] errances. Le tracé de [son] propre vagabondage. » Ainsi, il collectionne des « dizaines, voire des centaines de bouts de destin » qu’il retranscrit dans un cahier ou qu’il enregistre sur son MP3. 

Le personnage principal de Desrosiers et de Léry est un immigrant vivant à Paris. Avant de devenir chauffeur de taxi, il a travaillé en tant que maçon. Après que son entreprise a fait faillite, il s’est « recyclé » dans le transport. Au-delà de son métier, cet homme rêve de devenir écrivain et parfois, le soir, il se transforme en DJ dans une boîte de nuit du Marais, le Magnolia. Là, il aime « animer ces nuits où les corps, foudroyés par les remix torrentiels, [s’exaltent] dans le soulèvement général ».  

Un jour, pendant qu’il raccompagne dans son taxi une femme en pleurs, il se laisse charmer par la beauté de cette passagère. En sortant du taxi, celle-ci s’affaisse sur le sol. Il sort alors de son véhicule, la prend dans ses bras et la porte jusqu’à son appartement. Puis il prend soin d’elle jusqu’à ce qu’elle se sente mieux. À mesure qu’elle reprend ses esprits, ils discutent ensemble, se rapprochent. La conversation cède bientôt le pas à des contacts physiques; les nouveaux amants s’enlacent, se caressent, s’aiment.

La femme, comme lui, est immigrante. Elle vient des Antilles. Aux yeux du chauffeur, elle représente l’élégance noire. Toutefois, sous le couvert de l’origine et de la beauté se cache une tragédie, celle du destin qui font se rencontrer deux personnes de clans farouchement opposés. Elle appartient à une famille de dictateurs, dont les régimes ont fait couler le sang de sa famille à lui. Les suites d’un drame qui s’est joué dans leur pays d’origine se dessinent sous un autre soleil, celui de Paris. Les déchirements continuent, les blessures ne guérissent pas.  

Ce récit fait ressentir au lecteur une énorme douleur, celle des blessures qui n’arrivent pas à se cicatriser et dont on ressent la profondeur. En fait, grâce à Joël Desrosiers et à Patricia Léry, on s’interroge sur la possibilité de réconciliation entre des gens de mêmes origines, déchirés par des drames sociaux et politiques, et réfugiés dans un autre pays. Ces personnes peuvent-elles parvenir à cohabiter, à fraterniser, à s’unir enfin ?  

Il faut déguster Un autre soleil avec lenteur. Ce texte est un pur bijou et propose une vision totalement différente du métier de chauffeur de taxi que celle de Patrick Huard dans Taxi 22. Ce livre remarquable rappelle par ailleurs Chicago Cab, de l’américain Will Kern, film inspiré de la pièce Hellcab du même auteur, dans lequel les destins de plusieurs personnages se croisent dans un véhicule jaune de Chicago. À croire que le taxi serait pour certains auteurs contemporains ce que le train était pour Tolstoï, soit un lieu de rencontres inspirant… 
 

Un autre soleil, de Joël Desrosiers et Patricia Léry. Triptyque, 2007

Février 2008

L’archipel Chatillon

Jean-Sébastien Ménard

Avec Île était une fois : carnet d’un écrivain, Pierre Chatillon se livre dans toute son intimité et sa musique. Au fil des textes oscillant entre nouvelle, poème en prose et journal intime, il fait part au lecteur de son voyage annuel en Floride, qu’il effectue afin de sortir du « ventre de l’hiver » pour aller écouter la symphonie turquoise de la mer. En se baladant sur les plages de l’île d’Anna Maria, calepin sous le bras, il y note des « fragments de phrases qui [lui] traversent l’esprit. Les jours de chance, [il revient] de [ses] promenades avec un poème entièrement composé ». En réalité, grâce à ses envolées sur l’art, la poésie, la peinture et la musique, Chatillon nous permet de goûter à la magie que provoquent chez lui ces disciplines.  

Pour Chatillon, « quand un écrivain dépeint un paysage, il ajoute à celui-ci les colorations de son âme ». De fait, lorsqu’il nous parle des grands compositeurs, de Brahms à Debussy, on apprend autant, sinon plus, sur lui que sur ceux dont il évoque les œuvres.  

En parlant de Mozart, Chatillon se remémore ainsi une histoire intitulée « La voix », qu’il a écrite il y a plusieurs années et qu’il nous offre. On y apprend qu’il habite sur une île près de Trois-Rivières, où il exerce le métier de disquaire (est-ce vrai?), lui qui est, par ailleurs, aussi compositeur et professeur d’université. Ce texte, qui est un des passages savoureux du recueil, contient par ailleurs le récit de sa rencontre avec Lucia del Sol, la cantatrice, dont il « captura [la] voix dans la cage de sa tête », ce qui explique pourquoi le concert de cette dernière à l’amphithéâtre de Lanaudière, ce soir-là, fut le dernier.  

Chatillon relate aussi sa rencontre avec Beethoven alors qu’il avait 29 ans, ce qui est « bon, car tout homme, pour échapper au désespoir, a besoin d’un Maître qui lui apprend à chanter une ode à la Joie ».  

Alors qu’il se laisse transporter par les œuvres de compositeurs comme Dvorak, qu’il écoute comme si sa musique peignait l’âme de l’Amérique, Chatillon se remémore des poèmes de Baudelaire ou de Rimbaud avant parfois de plonger littéralement dans les toiles de grands peintres tels Monet ou Turner.  

Pour tout dire, cet homme qui aurait « préféré vivre dans la Grèce antique ou à l’époque de la Renaissance », mais qui se considère chanceux puisque « c’est toujours la Renaissance, en effet, quand on est en amour », nous fait passer un excellent moment. Visiter son « archipel », lire sa musique, est une pure détente.  

En refermant le livre, avec lui, on s’interroge à savoir si nous sommes « plus réels dans l’univers de nos rêves que dans ces travaux qui constituent notre activité de tous les jours ». Et surtout, dans son sillage, on a envie de s’asseoir, de prendre le temps d’écouter un disque et de savourer la vie.

Février 2008

Claude Péloquin, l’homme qui vivait sa poésie

Jean-Sébastien Ménard

Claude Péloquin « vécrit » toujours avec la même sensibilité. Son dernier recueil de poésie, Sur l’îlot de Cupidon, s’avère ainsi, à nouveau, être une porte vers son univers intérieur. Le lire, c’est entendre sa voix nous parler et nous exposer une vision du monde qui lui est propre. Ses poèmes sont tantôt des souvenirs, tantôt des essais où il expose ses « théories », pour ne pas dire ses « prophéties », quant à l’existence.  

Péloquin est un être sans tabou, à l’opposé de toute rectitude politique, et il écrit tout ce qu’il pense, ne raturant jamais, au risque de provoquer, comme il l’a fait lors de son récent passage à l’émission radiophonique de Christiane Charrette. Il avait alors été à l’origine d’un débat à propos de l’immigration au Québec, où les réactions de l’animatrice et de ses invités, Franco Nuovo, Joël Le Bigot, ainsi que celles de nombreux auditeurs s’étaient enflammées. La grande majorité des gens étaient en fait outrés par ses propos qui appelaient à une fermeture des frontières du Québec, avant qu’il ne soit trop tard et que les francophones « finissent » dans des réserves comme les Amérindiens.  

Certes, Péloquin bouscule et fait régulièrement sursauter. Le lecteur est souvent en désaccord avec ce que celui-ci écrit, et il peut très rapidement refermer le livre et le laisser tomber sans dépasser cette houle, caractéristique de l’homme et de l’auteur, qui semblent se faire un devoir de toujours poser leur regard sur les dysfonctionnements de la société et d’écrire leur opinion sans détour, au risque de se faire bien des ennemis. Souvenons-nous, à ce titre, de sa fameuse phrase inscrite dans la murale du Grand Théâtre, à Québec : « Vous êtes pas tannés de mourir, bande de caves ! » Comme en témoigne un récent reportage diffusé sur les ondes de Radio-Canada, son affirmation dérange encore 40 ans plus tard. Certains vont même jusqu’à demander qu’on l’efface carrément de l’œuvre de béton de Jordi Bonnet. 

L’auteur ne se résume toutefois pas à son côté polémique. Derrière ce versant de son être et de son œuvre se cache un homme sensible, à fleur de peau, qui aime la vie et l’embrasse de toutes ses forces, à tout moment. Il est un être authentique se livrant sans voile dans une poésie articulée autour, entre autres, de souvenirs et de notes sur l’existence, l’écriture, l’amitié, l’amour, le sexe, la mort et le pourquoi de sa présence sur terre.  

Péloquin proclame : « Je ne suis libre que quand j’écris, je serai libéré quand j’arrêterai. » Sa voix, dans ce recueil, en est une fragile et empreinte d’une profonde mélancolie. Péloquin semble habité d’un mal de vivre que seule l’écriture peut apaiser.  

Il faut absolument lire cet ouvrage pour découvrir ou redécouvrir la sensibilité de ce poète qui affirme que « nous sommes tous beaux ». Et, pour compléter le périple Péloquin, il faudrait aussi lire Cœur Everest, un recueil publié en même temps que Sur l’îlot de Cupidon. Il présente l’homme et son œuvre; l’on y retrouve ses poèmes, parmi les plus beaux, écrits pour des entreprises telles le Cirque du Soleil, les restaurants Saint-Hubert, GL&V, Excentris, Vol de Nuit et VIA Rail Canada.  

Février 2008

Vu d’ici

Mathieu Arsenault

Vu d’ici

Comment peut-on continuer de vivre au quotidien devant le spectacle répété à chaque soir du chaos mondial au nouvelles télévisées? On peut toujours fermer les yeux, mais lorsque c’est le corps en entier qui se trouve modelé, avalé et recraché par le flot des actualités, il faut se mettre à chercher en soi un peu de cohérence, même langagière, pour recomposer une phrase qui permette de dire quelque chose de sensé.
Brillant pamphlet contre la télévision, ce roman satirique agit comme un cri d'alerte et nous permet de prendre conscience des effets pernicieux et dévastateurs de cet écran omniscient braqué sur nos vies.

« il ne se passe rien il n'y a pas d’intrigue pas de salut et ce qui est horrible c'est qu’on apprend plus rapidement à fréquenter les atrocités en changeant de chaîne ou en fixant le vide qu’à douter de tout devant le spectacle de l’effondrement du monde j’aime les sushis le beau temps l’odeur de l’herbe fraîchement coupée l’odeur de l’essence lâcher au bon moment la gachette de la pompe à essence pour que ça fasse un chiffre exact et pourtant qu'est-ce que cette sourde et minuscule angoisse »

Mathieu Arsenault est né en 1976 à Rimouski. Il a écrit dans Mœbius,  Jet d’encre, Ectropion et collabore régulièrement à la revue Spirale. Il est aussi slammeur. Il a fait paraître Album de finissant (2004), roman salué par la critique, et un essai, Le lyrisme à l’époque de son retour (2007).

ISBN 978-2-89031-619-5, 110 pages, 17 $

Février 2008

Le Grand Glossaire des anglicismes au Québec

Jean Forest

Le Grand Glossaire des anglicismes au Québec

Plus de 10 000 entrées - Un ouvrage complet appelé à devenir LA référence sur les anglicismes du Québec.
Les anglicismes de la vie quotidienne des Québécois, paru en 2006, présentait le phénomène de l’anglicisation de notre langue et en exposait les mécanismes essentiels sans pouvoir fournir la masse beaucoup trop imposante de nos emprunts. Cette lacune est maintenant comblée avec Le Grand Glossaire. L’ouvrage est composé d’un répertoire général ainsi que de huit répertoires spécialisés couvrant : a. les expressions et locutions; b. les exclamations; c. les emprunts de culture; d. les marques substituées aux substantifs; e. les anglicismes clandestins; f. les faux anglicismes.

Jean Forest est professeur de langue et de littérature à l’Université de Sherbrooke. Il a fait paraître de nombreux livres, dont L’incroyable aventure de la langue française (2002), les deux tomes de La terreur à l’occidentale (2005) et Les anglicismes de la vie quotidienne des Québécois (2006), aux Éditions Triptyque.

 

isbn 978-2-89031-615-7, 504 pages, 35 $
Janvier 2008

Felicia Mihali

Sweet, Sweet China

Vivre en Chine comme sur une autre planète

La mer de la Tranquillité

« Moi, Sakiné, la Déesse du regard, je suis le Narrateur de cette histoire. Moi, je suis la première personne de toutes les histoires. […]Je débute cette aventure aux côtés de Désirée, la Déesse du goût, et de Flora, la Déesse de l’odorat […] Nous allons donc suivre une femme en Chine afin de consigner un bref épisode de sa vie. »

Placée sous la surveillance de trois déesses, mais à son insu, Augusta entreprend de raconter son séjour de dix mois en Chine à titre de professeure de français pour les Chinois qui veulent émigrer au Canada. Vivre en Chine, c’est aborder une autre planète. Et bien qu’Augusta ait des rudiments de la langue chinoise, elle est constamment décontenancée par les codes d’une culture qui lui est totalement étrangère. Elle nous raconte donc de long en large sa difficile, sinon impossible, intégration. On ne s’étonnera pas, par ailleurs, qu’Augusta, pour se protéger de cette quasi impossible communication avec les Chinois, choisisse parfois de se réfugier dans un monde imaginaire. Et ces voyages, ils sont souvent magnifiques. Particulièrement ceux qui concernent Mei (Fleur de prune), une Chinoise de la Chine ancienne, dont Augusta nous raconte les péripéties.

Entrez dans ce livre étrange (accompagné de plusieurs photos de l’auteure). Découvrez un pays aussi insondable que l’abîme. Et puis lisez en prime les incursions de la narratrice dans la Chine ancienne du temps où les grands propriétaires terriens pouvaient voir leur nouvelle maîtresse disparaître dans le paysage d’un tableau !

L’auteure :
Journaliste, romancière et professeure, Felicia Mihali vit présentement à Montréal. Après des études en français, en chinois et en néerlandais, elle s’est spécialisée en littérature postcoloniale à l’Université de Montréal, où elle a également étudié l’histoire de l’art et la littérature anglaise. Son premier roman, Le pays du fromage, a été publié en 2002 chez XYZ éditeur, suivi par Luc, le Chinois et moi en 2004, et La reine et le soldat, en 2005.

Felicia Mihali,
Sweet, Sweet China,
roman,
Montréal, XYZ éditeur,
janvier 2008, 330 p., 28 $.
ISBN 978-2-89261-503-6
Photo : Miréla Ivanciu

Février 2008

Jean-François Beauchemin

Ceci est mon corps

Ceci est mon corps

Auteur de La Fabrication de l’aube (Prix des libraires 2007)

Dans la nuit tiède de l’Orient, un vieil homme murmure à sa femme mourante, plongée dans l’inconscience, des paroles sur le temps qui passe, le doute, l’amitié, la douleur, les enfants, le hasard, l’amour. Cet homme, on le déduira bientôt, s’appelle Jésus de Nazareth. Survivant à la croix romaine, il a vécu pendant plus de cinquante années auprès de Marthe, la soeur de son meilleur ami, Lazare de Béthanie. C’est cette longue confession, « l’aveu d’un homme que rien n’exauça mieux que l’amour », que nous sommes conviés à écouter au fil de ces pages bruissantes des murmures de la terre, et où est célébrée presque à chaque phrase la beauté tragique du monde.
Février 2008

Antoine Ouellette

Le chant des oyseaulx

Le chant des oyseaulx

Les musiciens ont souvent senti la parenté de leur art avec le chant des oiseaux. Simple vision d’artistes? Pas si sûr! Malgré quelques différences (mais lesquelles au juste?), les chants d’oiseaux et la musique humaine possèdent effectivement un domaine commun, plus large qu’il ne paraît à prime abord. C’est précisément ce domaine commun qui a mené des musiciens à s’inspirer des oiseaux, depuis la musique médiévale jusqu’à la musique électroacoustique, dans la musique vocale autant que dans la musique instrumentale, en musique populaire, en jazz comme en musique classique.
Ouvrage unique en son genre, Le chant des oyseaulx relate cette rencontre artistique entre oiseaux et humains, au confluent de l’ornithologie, de l’écologie, de la musicologie et de la création musicale, en un propos à la fois simple et riche, sérieux et ludique, rigoureux et audacieux, toujours émerveillé: enchanté! Et ce récit étonnant révèle le lien que la civilisation a tissé avec la nature, de même que l’évolution de ce lien essentiel mais souvent problématique.

Biologiste, compositeur et musicologue, Antoine Ouellette est titulaire d’un PH.D. en Étude et pratique des arts (UQÀM). Membre agréé du Centre de musique canadienne, il est l’auteur d’une quarantaine de partitions dont «Bourrasque», publiée par les Éditions Henry Lemoine de Paris. Il enseigne l’histoire de la musique et le chant grégorien.

ISBN 978-2-89031-618-8, 280 pages, 25 $ • Parution 31 janvier
Février 2008

Margaret Laurence

L’ange de pierre

L’ange de pierre

Dès février 2008, Alto s’associe aux Éditions Nota bene et aux Éditions Gallimard pour faire enfin (re)découvrir une oeuvre classique de la littérature canadienne anglaise, méconnue et condamnée à un injuste silence depuis un quart de siècle : le cycle de Manawaka de Margaret Laurence. C’est avec fierté que la maison d’édition établie à Québec, dont le fer de lance constitue la publication en français de la crème de nos auteurs s’exprimant dans la langue de Shakespeare (Thomas Wharton, CS Richardson, Rawi Hage...), pilote ce projet de publication dans sa collection CODA. Reconnue de par le monde comme l’un des plus ambitieux cycles romanesques jamais écrits au Canada, cette série de cinq romans indépendants et tous situés dans la ville inventée de Manawaka sera rééditée sur une période de trois ans. Le 12 février 2008, L’ange de pierre ouvre ainsi le bal et, à chaque nouvelle saison littéraire, un autre volet verra le jour. La réédition du cycle culminera au printemps 2010 avec la traduction de The Diviners, roman le plus complexe et le plus profond de Laurence.

Afin de démontrer combien l’oeuvre de l’écrivaine a bien vieilli et à quel point les thèmes qu’elle a abordés ont conservé toute leur savoureuse pertinence malgré les années, chaque tome sera préfacé par une écrivaine québécoise qui aura été séduite par le caractère intemporel de cette oeuvre, qui d’ailleurs a influencé Robertson Davies, Alice Munro et Margaret Atwood. C’est à Marie Hélène Poitras, auteure de Soudain le Minotaure et La Mort de Mignonne et autres histoires, que revient l’honneur de signer le texte de présentation de L’ange de pierre, récit poignant traitant de la solitude, de l’amitié, de la vieillesse et de la mort. Les noms des écrivaines choisies pour signer la préface des traductions de A Jest of God (automne 2008), The Fire-Dwellers (printemps 2009), A Bird in the House (automne 2009) et The Diviners (printemps 2010) seront révélées au fur et à mesure de cette ambitieuse entreprise de réédition. Fait à noter, une adaptation cinématographique de L’ange de pierre mettant en vedette Ellen Burstyn et réalisée par Kari Skogland a été présentée au dernier Festival du film de Toronto. Sa distribution sera assurée par Alliance Atlantis Vivafilm en 2008.

Février 2008

Julien Brault

Péladeau. Une histoire de vengeance, d'argent et de journaux

La mer de la Tranquillité

Un séparatiste, un maniaco-dépressif, un ex-alcoolique et un antisémite, voilà comment Pierre Péladeau fut introduit par certains journalistes de la presse anglophone. Au Québec, ses nombreuses conquêtes amoureuses et les journaux à potins qu’il publiait retenaient davantage l’attention. Dix ans après la mort du personnage, un portrait de l’éditeur s’imposait. Un portrait non autorisé et révélateur du baron de la presse et de son empire.

Fruit du méticuleux travail journalistique de Julien Brault, Péladeau. Une histoire de vengeance, d'argent et de journaux révèle les différentes facettes de cet homme controversé et raconte l’évolution des journaux québécois au XXe siècle. Cette surprenante biographie nous entraîne au-delà de la simple marque de commerce qu’est devenu Péladeau dans l’imaginaire collectif, pour nous faire voir un homme incroyable, invivable mais surtout visionnaire.

Février 2008

J. P. April

Mon père a tué la Terre

(roman-nouvelles)

Mon père a tué la  Terre

À l’ère du World Trade Center
« C’est alors que j’ai vu les larmes rouler sur ses joues. Mariannick ne les essuyait pas, comme si elle ne s’en rendait même pas compte. Je me demandais si elle n’avait pas un peu de parenté dans la tour trouée. Ou peut-être qu’il y avait plus de vingt, trente, quarante morts. »

Jimi est un jeune garçon qui vit à la campagne. Celle des vaches industrielles, à l’heure de la mondialisation et des jeux vidéo. Une vie marquée par une dinde volante, la disparition du centre du monde et la mort violente d’une truie sympathique, son amie Juliette. Un jour, Jimi prend conscience que son père est un extraterrestre. Ou plutôt un écrivain de science-fiction. Quand Jimi lira ses anticipations, il y découvrira l’agonie de l’avenir. La Terre est en péril, de même que la famille de Jimi, menacée par le divorce. Déjà, c’est la fin de l’enfance et des fictions. Bientôt, le père, la mère et leur fils exploreront la Terre des Femmes… Tour à tour tendre et tonique, émouvant et humoristique, ancré dans le présent et porté vers l’avenir, J. P. April confronte les narrations d’un jeune et de son père dans une fusion inusitée de la nouvelle et du roman.

L’auteur
J. P. April revisite ici un chapitre de sa vie selon la vision de son jeune fils. Après avoir exploré l’univers cybernétique dans sept livres d’anticipation (1980-1995), après un retour au Bas-du-Fleuve pour explorer son passé dans Les ensauvagés (XYZ, 2006), April inscrit cette auto-science-fiction au coeur de sa vie dans le Centre-du-Québec.

J.P. April ,
Mon père a tué la Terre,
roman-nouvelles,
Montréal, XYZ éditeur,
coll. « Romanichels »,
février 2008, 168 p., 22 $.
ISBN 978-2-89261-509-8

Février 2008

Sergio Kokis

Le retour de Lorenzo Sánchez

(roman)
La nostalgie des origines

Le retour de Lorenzo Sánche

«Lorenzo ne pouvait plus se cacher que quelque chose d’important était
arrivé à bouleverser son existence telle qu’il la connaissait jusqu’alors.
Cette propension à plonger dans des événements passés était à la fois
insolite et trop intense pour n’être que la conséquence d’un hasard
passager. »

Tout commence par une nouvelle plutôt décevante : Lorenzo Sánchez apprend que son poste de professeur d’arts plastiques a été aboli. Il en est à la fois fâché et soulagé : il avait de toute façon l’impression que l’art figuratif n’avait plus sa place dans l’enseignement des arts. Cette mise à la retraite est pour lui l’occasion de faire le point. Étrangement, ce n’est pas l’avenir qui se présente en force à lui mais le passé, surtout que son frère Alberto Sánchez veut le voir alors que Lorenzo a coupé les ponts avec sa famille depuis des décennies. En fait, il a quitté son pays en catastrophe, poursuivi par l’armée pour activité révolutionnaire. Pire encore : il a ulcéré sa famille, lui, le fils adopté et, de surplus, de sang mêlé noir et indien– un moreno comme on dit là-bas –, en ayant eu la mauvaise idée de prendre pour maîtresse sa demi-soeur Sonia. C’est sur ce fond que se déroule le roman: un va-et-vient entre le présent de Lorenzo, vivant de son art, d’alcool et de bonne bouffe, et le passé qui semble le rattraper alors que Lorenzo croyait en avoir fini avec l’idéal révolutionnaire et l’emprise de la famille. En fait, Lorenzo ne sait pas qu’en revenant à Santiago sur les pas de son enfance et de son adolescence, il s’engage sur une pente glissante. Ce qu’il en apprend est loin de correspondre à ce qu’il croyait en savoir. À coup sûr, il ignorait qu’on pouvait revivre le passé comme si l’on vivait une nouvelle vie ! Un cauchemar?

L’auteur
Sergio Kokis est devenu, au fil des ans, l’un des chefs de file de la littérature québécoise. Brésilien d’origine, psychologue à la retraite et peintre, Kokis a fait de la langue française son laboratoire d’écriture. Le pavillon des miroirs, son premier roman, a été unanimement salué par la critique (quatre prix littéraires). Puis les titres se sont succédé à une cadence qui remplit d’aise les lecteurs, car Sergio Kokis a l’art de charmer ceux-ci par des récits toujours captivants et sans cesse renouvelés. Le retour de Lorenzo Sánchez est le seizième titre qu’il signe depuis 1994. Les oeuvres de Kokis sont également publiées en France, au Brésil, en Pologne et au Canada anglais.

Sergio Kokis,
Le retour de Lorenzo Sánchez,
roman,
Montréal, XYZ éditeur,
coll. « Romanichels »,
février 2008, 352 p., 25 $.
ISBN 978-2-89261-507-4

Droits de reproduction et de diffusion réservés © TERRA NOVA 2007. Tous droits réservés