REMISE EN SCÈNE PAR FERRUCCIO SOLERI AVEC LA COLLABORATION DE STEFANO DE LUCA
AVEC FERRUCCIO SOLERI
UNE PRÉSENTATION DE LA PLACE DES ARTS ET DU THÉÂTRE DU NOUVEAU MONDE
EN COLLABORATION AVEC L’INSTITUT CULTUREL ITALIEN DE MONTRÉAL ET LA CHAMBRE DE COMMERCE ITALIENNE AU CANADA
La Place des Arts et le Théâtre du Nouveau Monde, en collaboration avec l’Institut Culturel Italien de Montréal et la Chambre de commerce italienne au Canada, sont heureux de s’associer pour présenter Arlecchino servitore di due padroni de Carlo Goldoni, la mythique production du Piccolo Teatro de Milan, l’un des théâtres les plus prestigieux au monde, dans une mise en scène signée par le maestro Giorgio Strehler. Jouée à peu près sans relâche depuis 1947, cette production virtuose, époustouflante de liberté et d’invention, est rendue de manière éclatante par seize acteurs, accompagnés de cinq musiciens sur scène. Arlequin est interprété par nul autre que l’acteur Ferruccio Soleri qui, depuis plus de quarante ans, joue d’un méridien à l’autre le rôle voltigeant du coquin serviteur de deux maîtres, insufflant son éternelle jeunesse au personnage le plus célèbre de tout le théâtre italien. Trois cents ans après la naissance de Goldoni, soixante ans après la recréation de cette pièce immortelle, dix ans après la mort de Strehler, cette production, présentée partout à travers le monde et qui prendra l’affiche à Montréal du 7 au 11 mai au Théâtre Maisonneuve, est l’occasion unique de voir ou de revoir ce classique du théâtre italien, mené allegro vivace par le grand maître de la commedia dell’arte.
TEATRO GIGANTISSIMO!
Le Piccolo Teatro, fondé en mai 1947 par Giorgio Strehler et Paolo Grassi, représente hors de tout doute un chapitre incontournable de l’histoire du théâtre italien et européen. Ce lieu de création a connu au fil des décennies une histoire riche d’exploits : plus de 200 mises en scène, plus de 20 000 représentations et surtout, au-delà des chiffres, un répertoire réunissant des dizaines de spectacles qui ont fait date pour la grande nouveauté et l’importance des mises en scène ainsi que pour le succès obtenu lors des tournées internationales. En Italie, le Piccolo a représenté un nouveau modèle de théâtre pour la société de l’aprèsguerre et, grâce à Strehler, il a vite dépassé les frontières nationales. Théâtre populaire exemplaire, son caractère exceptionnel vient de la défense et illustration d’un théâtre de qualité, mais destiné à un vaste public.
MAESTRO STREHLER
L’Italie a donné au monde Leonardo da Vinci, Michelangelo, Vivaldi, Verdi, Fellini
et… Giorgio Strehler! Le répertoire que ce metteur en scène hors du commun a
exploré au fil de ses cinquante ans de carrière est vaste, très vaste. On retiendra,
parmi ses mises en scène célèbres, Le Roi Lear et La Tempête de Shakespeare,
La Cerisaie de Tchekhov et Le Balcon de Jean Genet, sans oublier La Grande
Magia d’Eduardo De Filippo, présenté au Théâtre Maisonneuve de la Place des
Arts à Montréal en janvier 1991. Car il ne faut pas oublier que jamais Strehler
n’aura cessé de proposer des relectures des classiques du théâtre italien, à
commencer bien sûr par les chefs-d’oeuvre de Goldoni. Strehler partage la
direction du Piccolo jusqu’en 1969 puis il en devient l’unique directeur en 1972.
Dès lors, au Piccolo ou ailleurs dans le monde, il enchaîne une série de
spectacles mémorables, qui ont fait l’un des grands maîtres de la mise en scène,
récompensé du prix Europe, la plus haute distinction internationale remise à un
artiste de théâtre.
♦♦ EN SCÈNE DEPUIS 60 ANS! ♦♦
Mis en scène par Giorgio Strehler pour la première fois en 1947, année de
fondation du Piccolo, Arlecchino servitore di due padroni est devenu au fil du
temps l’ambassadeur de ce théâtre sur les scènes du monde. Tel le phénix
renaissant de ses cendres, ce spectacle, à la fois toujours le même et toujours
différent, est un pied de nez lancé au caractère éphémère du théâtre sans pour
autant être devenu une oeuvre de musée. L’idée d’un spectacle comme
« organisme vivant » revient tel un leitmotiv dans les déclarations de Strehler
comme pour signifier la nécessité de son évolution, qui a abouti à onze versions
différentes, jouées presque en continuité depuis soixante ans et dont la dernière
version a survécu à la mort du metteur en scène.
Communiqué de presse (suite)
♦♦ ARLEQUIN, MON COQUIN! ♦♦
Écrite en 1745, Arlequin serviteur de deux maîtres n’est d’abord qu’un canevas,
une série de situations types servant de guide aux improvisations des comédiens,
avec des personnages réduits à des « masques ». La pièce fut ensuite
entièrement rédigée et publiée en 1753. Ainsi Goldoni a-t-il pu intégrer un certain
nombre de trouvailles issues directement des représentations : Arlequin qui sert
deux repas à la fois avec une frénésie déchaînée, lutte avec une mouche, fait,
défait et mélange deux malles, mime la préparation d’un festin, etc. La pièce, qui
se passe à Venise, n’est qu’une succession de rebondissements : une jeune
femme, Béatrice, travestie en homme, sème le désordre dans les arrangements
matrimoniaux de Pantalon et du docteur Lombardi; un impétueux provoque des
duels; des amants ne cessent de se croiser sans parvenir à se retrouver; et
Arlequin, valet fantasque et perpétuellement affamé, sert à leur insu deux maîtres
à la fois. Mais ce ne sont là que les principales composantes de l’oeuvre,
destinées à laisser le champ libre aux lazzi, ces morceaux de bravoure
clownesques rendus de manière éclatante par les acteurs.
♦♦ ALLEGRO VIVACE! ♦♦
On a dit d’Arlequin qu’il était « toujours en l’air ». La virtuosité et les qualités
acrobatiques des acteurs italiens qui ont pris en charge le rôle restituent tout à fait
la tradition de la commedia dell’arte. Mais s’il en est un qui a poussé cette
incarnation jusqu’à la perfection, une perfection renouvelée depuis des décennies,
c’est bien Ferruccio Soleri qui, depuis plus de quarante ans, interprète le rôle
voltigeant d’Arlequin dans la mise en scène de Giorgio Strehler. C’est lui qui, lors
de cette visite exceptionnelle du Piccolo Teatro à Montréal, jouera Arlecchino, lui
qui est « entré en Arlequin » comme on entre en religion! Déjà, durant les
répétitions de l’édition « des adieux » en 1987, Giorgio Strehler disait à Soleri une
chose que l’acteur n’est pas près d’oublier : « Ferruccio, je ne comprends pas. Toi,
tu vieillis, mais ton Arlequin est toujours jeune. Comment fais-tu donc? » Ultime
vision du chef-d’oeuvre de Goldoni, cette production acrobatique et virtuose,
bondissante et enlevante, présentée dans les grandes villes du monde et à
Montréal dans les années soixante, jouit maintenant de cinq représentations
exceptionnelles !
ARLECCHINO SERVITORE DI DUE PADRONI
de Carlo Goldoni
Mise en scène de Giorgio Strehler
dirigée par Ferruccio Soleri, avec la collaboration de Stefano de Luca
Pantalone de’ Bisognosi Giorgio Bongiovanni
Clarice, sa fille Annamaria Rossano
Docteur Lombardi Tommaso Minniti
Silvio, son fils Stefano Onofri
Beatrice, Turinoise en habit masculin sous le nom de Federigo Rasponi Giorgia Senesi
Florindo Aretusi, son amant Sergio Leone
Brighella, aubergiste Enrico Bonavera
Smeraldina, femme de chambre de Clarice Alessandra Gigli
Arlecchino, serviteur de Beatrice puis de Florindo Ferruccio Soleri
Un valet de l’auberge, un porteur Francesco Cordella
Valets Giorgio Sangati, Giulia Valenti
le Souffleur Stefano Guizzi
Musiciens Gianni Bobbio
Franco Emaldi
Paolo Mattei
Francesco Mazzoleni
Elisabetta Pasquinelli
Décor Ezio Frigerio
Costumes Franca Squarciapino
Musique Fiorenzo Carpi
Chorégraphies Marise Flach
Éclairages Gerardo Modica
Assistante aux décors Leila Fteita
Masques Amleto and Donato Sartori
Régisseur Andrea Levi
Accessoiriste Valentina Lepore
Machiniste Agostino Biallo
Opérateur d’éclairage Claudio De Pace
Habilleuse Alice Agrimonti
Perruques et maquillage Monica Capitanio
Directeur de tournée Andrea Cortiana
Crédits photos Diego et Luigi Ciminaghi
Arlequin et le Piccolo
Un spectacle peut-il devenir
l’emblème d’un théâtre ?
Peut-il en symboliser cinquante
ans de vie? La réponse est oui si
l’on prend le cas d’Arlequin, un
Arlequin toujours jeune, un
Arlequin magnifique, l’Arlequin débordant d’humanité qui porte l’empreinte incomparable de Giorgio Strehler, l’Arlequin de Marcello Moretti qui, depuis tant
d’années, est celui de Ferruccio Soleri. Ce spectacle, cependant, ne doit pas être considéré comme une pièce de musée, figée dans une perfection glaciale et lointaine. Au contraire, ce qui a fait l’incroyable fortune d’Arlequin serviteur de deux maîtres (son véritable titre) c’est justement une inépuisable vitalité qui devient un langage universellement compréhensible. C’est un lieu commun, diront certains. N’est-ce pas
avec ce texte que Goldoni abandonne le filon traditionnel de la commedia dell’arte pour se consacrer avec bonheur au théâtre de caractères ? Sans doute. Le secret de la fortune d’Arlequin dans le monde entier, de son irrésistible pouvoir, que nous qualifierions aujourd’hui de médiatique, de captiver les spectateurs, jeunes ou vieux, quelle que soit leur culture ou leur niveau social, est peut-être dans le « secret » de Goldoni : savoir concentrer la génialité de l’expression théâtrale en prenant ses personnages dans les « livres de la Vie et du Théâtre ». La Vie et sa représentation, donc, à l’intérieur du cercle magique de la scène, miroir du monde dans lequel des générations d’acteurs et de spectateurs se sont reconnus. Il faut chercher l’autre motif de ce succès dans la créativité exceptionnelle de son metteur en scène, capable de réinventer chaque fois, pour lui et pour les autres, cette histoire
d’intrigues et de masques, de faim et de difficultés sentimentales. En outre, Strehler a toujours su trouver les interprètes qu’il fallait, cueillir l’esprit du temps en présentant ce spectacle comme un travail en devenir. Goldoni, dans son esprit, était un auteur « stratégique » dans la production du Piccolo Teatro, car il pouvait restituer aux spectateurs l’apparente facilité de transformer le Monde en Théâtre. (…)
C’est donc un spectacle exceptionnel, un fil conducteur dans la genèse bouillonnante du théâtre italien moderne, un véritable « roman » qui jalonne les principales étapes de l’histoire du Piccolo, mais aussi celles de l’homme et de l’artiste Strehler. (…) Inoubliable la représentation parisienne de mars 1998, quelques mois après la disparition de Strehler, au Théâtre de l’Odéon où le public a applaudi à tout rompre pendant un quart d’heure les jeunes et les vieux interprètes d’Arlequin
dans une immense ovation à la mémoire de son créateur et à la jeunesse indestructible du spectacle. (…) En cette lointaine année 1947, Strehler recherche ce qui reste des techniques oubliées des acteurs comiques italiens d’autrefois, leur manière de ponctuer et de synchroniser l’action avec la voix, essayant de retrouver la force expressive du geste dans des rythmes joyeux et effrénés, non pas dans une répétition servile de schémas, mais comme invention absolue. Si certains ne
voient dans ce premier Arlequin qu’un spectacle haut en couleurs, d’autres le considèrent comme une véritable recherche anthropologique. Ce spectacle donne à l’acteur une occasion extraordinaire de s’entraîner, car il doit aussi se mesurer avec le masque. Il représente la première incursion, peut-être involontaire, de Strehler dans l’effet de distanciation que la simplicité des décors de Gianni Ratto accentue : une estrade délimitée par des toiles de fond et des coulisses peintes, que les acteurs changent eux-mêmes sous les yeux des spectateurs.
Marcello Moretti a été le premier Arlequin de l’après-guerre. Ancien élève de l’Académie de Silvio D’Amico, il représente un nouveau modèle d’acteur qui a rompu avec la tradition et qui est à la recherche consciente de lui-même. (…) En 1961, entre la troisième et la quatrième édition, la mort de Moretti constitue une douloureuse rupture. Mais le jeune Ferruccio Soleri est déjà prêt à prendre la relève. Il sort, lui aussi, de l’Académie et il a pu profiter de l’expérience de Moretti.
Après une sévère période d’apprentissage, c’est désormais un Arlequin à part entière (…)
Plus tard, Arlequin, à qui Moretti a insufflé son souffle vital et dont il a intériorisé le calme et l’équilibre, le goût pour la réflexion, la mélancolie, un Arlequin qui a grandi, emporté par l’élan poétique et les prouesses acrobatiques, rencontrera Ferruccio Soleri. Ce jeune acteur toscan réalisera un exploit apparemment impossible: remplacer dans le coeur, dans le regard, dans l’imaginaire des spectateurs, mais aussi de Grassi et de Strehler, l’Arlequin de Moretti. Ce personnage n’était pas un étranger pour lui, car, à l’époque où il jouait le rôle du ga rçon d’auberge, il restait dans les coulisses pour l’épier (suivant un conseil de Moretti lui-même). (…) La personnalité, la jeunesse, le physique plus impétueux de Soleri, son penchant pour les acrobaties, poussent le metteur en scène à chercher de nouveaux lazzis et à remplacer ceux, désormais archi-connus, de Moretti. Pour Soleri, Strehler a dû revoir entièrement l’organisation du spectacle. L’Arlequin de Soleri a peu à peu pris forme, symbole d’une évolution personnelle, mais aussi d’une sensibilisation à une situation
humaine particulière, à une époque donnée. (…) Et le spectacle continue, Arlequin est parti en tournée à travers le monde car les spectacles vivent leur vie, au-delà de celle de leurs créateurs et de leurs interprètes. Aujourd’hui, le voici de retour, toujours sous le regard attentif de Soleri qui est l’incarnation vivante de ce spectacle, tout à la fois mythique et bien ancré dans le réel. Témoin d’une longue histoire humaine et artistique, où les triomphes sont la juste récompense d’un travail acharné, où la mélancolie se mêle à la tendresse, Arlequin, avec sa resplendissante
théâtralité, dit adieu au vingtième siècle et, par l’un de ses bonds prodigieux, fait une entrée joyeuse et impatiente dans le nouveau millénaire.
Maria Grazia Gregori
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Arlequin serviteur de deux maîtres ou le lumineux objet du désir is en scène pour la première fois en 1947 par Giorgio Strehler, Arlequin serviteur de deux maîtres est
devenu au fil du temps l’ambassadeur du Piccolo Teatro de Milan sur les scènes du
monde entier. Ce spectacle, toujours le même et toujours différent, est un défi à
l’éphémère du théâtre sans pour autant être un spectacle-musée. Au contraire, la
conception de ce spectacle comme « un organisme vivant » revient tel un leitmotiv dans les déclarations de Strehler pour signifier la nécessité de son évolution, de ses changements, de ses relectures qui ont abouti à dix versions différentes : celles-ci intègrent l’évolution d’une pratique, testent les innovations au niveau de l’écriture scénique expérimentées ailleurs, racontent les transformations d’une troupe et le regard toujours nouveau de son metteur en scène, mais lui lancent aussi des défis. Les nouvelles versions proposées sont donc fondamentales pour la continuité et la vitalité d’un spectacle qui est à la fois exemplaire d’une forme de théâtre typiquement italienne mais aussi, pour parler comme Goldoni, « une mémoire mise en action ». (...)
Au commencement donc de l’histoire du Piccolo, il y a Arlequin. Le texte de Goldoni fut, en fait, appréhendé comme un prétexte pour réinventer une tradition perdue, une tradition qui privilégiait le jeu, le masque, la virtuosité des acteurs et comme Strehler l’a souvent dit « le bonheur de jouer » et le « bonheur d’exister » (...) Alors la scène de cet Arlequin toujours recommencé, exprimera « l’enfance de l’art du théâtre » que le public du monde entier comprend et ne veut pas
abandonner. Car si ce spectacle continue aujourd’hui comme hier, c’est que le public ne veut pas le lâcher parce qu’il y reconnaît, dans les péripéties, les facéties, les naïvetés, les inventions et les ruses du personnage d’Arlequin, une partie de lui-même qu’il croyait perdue. Le fait que, en plus de soixante ans de présence de ce spectacle sur les scènes du monde entier, le rôle d’Arlequin n’ait été interprété que par deux acteurs, Marcello Moretti et Ferruccio Soleri, accroît encore son caractère exceptionnel et sa dimension singulière d’art de la mémoire. Mais cette particularité met surtout en évidence le rapport intrigant entre l’acteur et le masque. (…) Moretti et Soleri sont deux virtuoses de la scène qui ont travaillé et qui travaillent leurs corps et leur voix comme des musiciens.
Depuis 1963, Soleri a remplacé Moretti. S’il a repris à son compte des jeux de scène qu’il a reçu en héritage, il a forgé son propre Arlequin en nous signifiant ainsi que la tradition et la fidélité au modèle ne sont pas, dans ce cas, un obstacle à l’invention.
Aujourd’hui, Ferruccio Soleri est le seul acteur de la troupe qui a travaillé toute
sa vie avec Strehler et qui est, lui aussi, « entré en Arlequin » comme on
embrasse une vocation : en ce sens il est devenu le passeur, pour les jeunes
acteurs qui l’entourent et qui se sont formés à l’école du Piccolo, de l’énergie
et des secrets que lui a transmis le metteur en scène. Son corps, qui à force d’exercices et d’imagination a appris à montrer ce que son visage masqué ne pouvait exprimer, est porteur de la mémoire du travail accompli. Ainsi, le spectacle peut continuer malgré la disparition de Strehler en décembre 1997 et continuer à être pour le public ce lumineux objet de son désir de spectateur. (…)
Myriam Tanant
Université Sorbonne de Paris