J’ai d’abord détesté ce pays
m’y trouvant à l’étroit, sans identité
entouré d’horizons qui me coinçaient la gorge
encore quand j’y pense
ce vide m’habite
Tout semblait venir d’ailleurs
Je ne comprenais pas
En moi ce désir
toujours
de vouloir être autre.
À la télévision, je regardais le hockey et le baseball
mes clubs favoris étaient les Astros de Houston et les North Stars du Minnesota.
Le Québec m’intéressait par défaut : j’y étais né
Pour moi, les plaines d’Abraham, c’était un terrain de jeu,
un endroit où jouer au football et au rugby.
La neige, c’était pour skier en rêvant aux Rocheuses et aux Alpes
tout en dévalant les pentes du Mont-Sainte-Anne.
Je me souviens : le château Frontenac, Charlevoix, le rocher Percé :
ma langue, ma vie, mon pays
Il m’a fallu partir pour devenir
Et je m’étais juré de ne jamais revenir
Là où j’arrive si souvent
Je regarde mon grand-père sur le balcon - j’ai dix ans
J’écoute encore ce qu’il me dit
C’est un phare - même mort, ses récits me bercent
alors que le ciel tombe dans sa chaise avec l’odeur de son cigare
il m’habite toujours
La nature où je me fonds
parc musée où je paie avant d’entrer, où je me promène dans mon enfance
dans les toiles de Jean-Paul Lemieux qui me hantent comme cette langue
dont j’ai peur
mon amour, je pense à ce que tu m’as dit
à l’existence de ce pays que j’ai d’abord appris à séparer de l’ailleurs
somnambule sans ancre hanté par l’autre,
invité à imiter ce continent fou où l’on refuse d’être autre chose qu’un murmure
parce que nos mots tombent dans le vase
creux des frontières de notre propre regard
j’aimerais me rendre loin du rivage
sur une scène de théâtre dans la tête de Wajdi Mouawad
et devenir le vent qui caresse l’œil, qui fait cheminer
le dernier souffle dans la traduction de ton corps le bout du chemin
qui n’est pas à vendre je me souviens j’ai appris je n’ai pas peur
je veux le monde
dans ma rue où je vais où je m’émerveille
La géographie de la pensée
mon Amérique en quête
je suis amoureux
toujours là où j’arrive
à la recherche des autres et de moi-même
des tremblements d’encre
des vagues du fleuve
qui discutent entre elles
tout est là
mon pays, c’est mon enfance.
C’est de là que je viens.
- Transcender l’origine

