Depuis 2001 • No 41 • Montréal • 15.01.2008
Janvier 2008

Là où le fleuve rétrécit

Jean-Sébastien Ménard

J’ai d’abord détesté ce pays
m’y trouvant à l’étroit, sans identité
entouré d’horizons qui me coinçaient la gorge
encore quand j’y pense
ce vide m’habite
Tout semblait venir d’ailleurs
Je ne comprenais pas
En moi ce désir
toujours
de vouloir être autre.

À la télévision, je regardais le hockey et le baseball
mes clubs favoris étaient les Astros de Houston et les North Stars du Minnesota.

Le Québec m’intéressait par défaut : j’y étais né
Pour moi, les plaines d’Abraham, c’était un terrain de jeu,        
un endroit où jouer au football et au rugby.
La neige, c’était pour skier en rêvant aux Rocheuses et aux Alpes
tout en dévalant les pentes du Mont-Sainte-Anne.

Je me souviens : le château Frontenac, Charlevoix, le rocher Percé :
ma langue, ma vie, mon pays       

Il m’a fallu partir pour devenir

Et je m’étais juré de ne jamais revenir
Là où j’arrive si souvent

Je regarde mon grand-père sur le balcon - j’ai dix ans
J’écoute encore ce qu’il me dit
C’est un phare - même mort, ses récits me bercent
alors que le ciel tombe dans sa chaise avec l’odeur de son cigare
il m’habite toujours

La nature où je me fonds
parc musée où je paie avant d’entrer, où je me promène dans mon enfance
dans les toiles de Jean-Paul Lemieux qui me hantent comme cette langue
dont j’ai peur

mon amour, je pense à ce que tu m’as dit          
à l’existence de ce pays que j’ai d’abord appris à séparer de l’ailleurs   
somnambule sans ancre hanté par l’autre,
invité à imiter ce continent fou où l’on refuse d’être autre chose qu’un murmure
parce que nos mots tombent dans le vase
creux des frontières de notre propre regard

j’aimerais me rendre loin du rivage                             
sur une scène de théâtre dans la tête de Wajdi Mouawad
et devenir le vent qui caresse l’œil, qui fait cheminer
le dernier souffle dans la traduction de ton corps le bout du chemin     
qui n’est pas à vendre je me souviens j’ai appris je n’ai pas peur
je veux le monde
dans ma rue où je vais où je m’émerveille

La géographie de la pensée

mon Amérique en quête

je suis amoureux

toujours là où j’arrive

à la recherche des autres et de moi-même

des tremblements d’encre 

des vagues du fleuve
qui discutent entre elles

tout est là

mon pays, c’est mon enfance.
C’est de là que je viens.

- Transcender l’origine

Janvier 2008

hiver, mon amour

Cerasela Nistor

La fumée de l’hiver monte doucement dans mes narines assoifées de l’air. De l’air… de l’air… J’attends l‘hiver chien à briser mes lèvres, jusqu’au sanglement. Et que ma bouche devienne bleue. Hiver, mon amour. Long et lourd. Sans fin. Je ne crois jamais que je vais respirer encore l’air du printemps, que je vais compter encore les explosions des magnolias.  Les lumières cruelles allument dans la nouvelle neige. J’attends l’hiver chien que mon sang irompe, chaud…

Ce n’est pas le bon moment maintenant. J’essaie toutes les probabilités et les permutations possibles. Je t’ai perdu. Ce n‘est plus le bon moment. Je t’ai égaré quelque part entre des sensations passées et futures. Je t’ai perdu. Je te saisis entre ces deux mondes, j’e tends la main, mais je n’arrive plus à te trouver. Quand j’ouvre les yeux, je me retrouve stupide. Viellie de cent ans. Je me plie dans mon nid. C’est chaud. C’est bien. Oui, ça va, des fois ça fait du bien d’être tout seul. Oui, des fois, ça fait du bien d’ être vulnerable. La journée s’est écoulée, bitch, pareille. J’ai été en ligne. Alexei dit que la mort est quand tu attends en ligne, avec les autres ou peut- être c’est pas ça .... Ton passage me frappe. Je te reimagine heurex, je te reconstruis des miettes, des souvenirs passagers. Je te vois passer à pas forts, fonçant vite l’espace. Toujours pressé. Le cri du train, effrayant. En écrasant le matin. La lumière fausse. L’air climatisé nous étouffe. J’ai chaud. Assise à côté de toi, je lis un livre étranger. L’histoire se passe loin. Banale. En fait, c’est rien qui se passe.  Il n‘y a que quelques personnages qui se cherchent et qui boivent du vin de temps en temps... On discute sur les lois et sur les convenances.  Sur l’état social du mariage, de la société, sur le niveau des taxes et des impôts. À côté de moi, tu dessines des graphiques. Je mords mes lèvres jusqu’au sanglement.  Et ce maudit train nous porte quelque part, j’ai aucune idée où..............

rouge folie de novembre

Cerasela Nistor

Sans toi, je glisse dans la journée, j’ai des problèmes avec mon équilibre. Je vais survivre jusqu’à demain, je me dis, je vais être encore, je chuchote. C’est comme ça le futur, prise dans cette longue et inexistante histoire d’amour. Moi avec moi, imaginant le bonheur. Imaginant les touches. Oui, je sais, pardonne-moi, t’es si... réel. Tu veux être touché. Et entendre tous ces mots. Oui, pardonne-moi, éphémère est la beauté de cet instant. Je veux me le rappeler toujours. Et toujours. Te dire comme je t’aime. Folie de Novembre. Toutes ces feuilles rouges et mortes m’étouffent. L’air froid, creusant, aussi. Et ta respiration étouffée. Embrasse-moi de loin, écris-moi des lettres, je vais te répondre, je te le promets. Quelque part, il doit exister un monde pour toutes ces injustices, impossibilitéés, imperfections. Quelque part il doit exister une place pour que je reste dans tes bras. L‘agonie s’approche, je n’arrive plus à embellir la journée, je l’écrase sous mes pieds. Et je pleure. C’est ici que moi, je finis. Je ne peux plus arriver jusqu’à toi. Je t’en prie, trouve-moi quelque part, je t’en prie, ne me laisse pas me briser en miettes. J’ai les mains rouges. Et les paumes  sanglantes. Chaque fois que je te vois je me dis que c’est la dernière. Et qu’on doit partager ce baiser mortel. Les lèvres bleues. Chaque fois que je te vois. De proche. Et de  loin. Mon coeur se retrécit. La beautéé se dissipe en petites miettes, noires-rosâtres. Je l’écrase sous mes pieds et je pleure. Je ferais mieux de n’y pas être.

de trance

Cerasela Nistor

Moi, je crois qu’ à la mort, tout mon corps va se résorber, particule en particule. Les mains vont finir par être doigts, les doigts par ongles.  Oui, moi, je crois, qu’ à la fin, le sang va devenir de l`eau, puis le soleil va mourir dans le noir, à la tombée. Est-ce que je dois compter tout ce mélange de la journée où j’ai erré? Ou bien t’embrasser comme pour la dernière fois? Ça passe par ce temps des clubs, du hachisch, de coca, de mari.  Dis-moi si je me trompe. Est-ce que le samedi est une journée quelconque ou bien est exactement celle-ci où moi, je devrais commencer, peu à peu, rentrer dans la forêt, dans l’herbe, dans le ciel? Comme dans une magique synergie, un baiser, la plus belle nuit d’amour de ma vie. Par dessus de l’océan. Transposés dans des personnages désuets... La seule chose qui me rend contente est que tu vas vieillir en même temps que moi. Je triche. Je vais faire mon sommeil de beauté, je vais passer du rouge à lèvres et le crayon sur les sourcils....

Janvier 2008

Zbor oprit

Ioana Gherman

Mi-am înghiţit aripile
Dintr-o singură îmbucătură.
Şi am simţit visul
lipindu-se de stomacul flămând.
Mii de stoluri învolburate
s-au prăbuşit în carnea-nfierbântată
Şi mii de ceruri nezburate
Şi-au adunat zorile-nfrigurate.

Plimbându-mă rebegită de toamnă
Sorb, înecându-mă, câte un strop
Din beţia anotimpului părăsit.
Îmi târăsc picioarele
în singurătatea mea dezaripată,
şi plâng un zbor oprit
şi-ncremenit în raţiunea deşartă.

Oare

Ioana Gherman

Am pierdut un joc de copil
Şi mă măsor în ochii tulburi
din tremurătoarele
suveniruri de ieri.
Mă reinventez zi de zi,
Îmbucurător şi tern totodată,
Urzind dintr-un caier de vis,
Spălând un păcat sufocat,
Mestecând iarba vârtoasă,
Ferecând în lacăte sunetul
Încâlcit pe apele sumbre...
În balanţă de viaţă
pierd un surâs şi mă-ntreb
dacă merită totul
sau totul se merită-n sine?

Existenţial

Ioana Gherman

Căutări…întrebări…
Care mă-mping spre zări si mări
si vise-adesea nevisate,
mă zmulg din zbor şi mă adapă
în orizonturi neumblate.

privirea cea crepusculară,
splendidă şi seducătoare,
şi făcătoare de minuni,
din cele ce aduc culoare.

aşa plecaţi mai suntem noi
din lumea asta fără voi
să facem drum clădit, sublim,
să căutăm şi să-mbrâncim
ca să vedem, ca să găsim...

mă simt bătrân, chiar inutil
în lungul meu pelerinaj
şi ce-o mai fi, ce-o mai veni
se-adună-n pumnii rebegiţi,
rupţi din decorul nemişcat
şi ruminat între stihii
de mii şi mii de gânduri vii.

Fântâni

Ioana Gherman

Sunt multe răspunsuri ce vin siluite
Din proaspăt adânc de fântână
Şi între păduri şi falduri de lună
Păstrez în secret mări strivite.

De-acuma şi cântecul poate să soarbă
poemul boltit într-o poartă,
Doar gândul, sărmanul, învaţă cu greu
În deşert să se-adape din soartă.

Janvier 2008

Pictopoème de Janvier

Oana-Maria Cajal

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