Avec Île était une fois : carnet d’un écrivain, Pierre Chatillon se livre dans toute son intimité et sa musique. Au fil des textes oscillant entre nouvelle, poème en prose et journal intime, il fait part au lecteur de son voyage annuel en Floride, qu’il effectue afin de sortir du « ventre de l’hiver » pour aller écouter la symphonie turquoise de la mer. En se baladant sur les plages de l’île d’Anna Maria, calepin sous le bras, il y note des « fragments de phrases qui [lui] traversent l’esprit. Les jours de chance, [il revient] de [ses] promenades avec un poème entièrement composé ». En réalité, grâce à ses envolées sur l’art, la poésie, la peinture et la musique, Chatillon nous permet de goûter à la magie que provoquent chez lui ces disciplines.
Pour Chatillon, « quand un écrivain dépeint un paysage, il ajoute à celui-ci les colorations de son âme ». De fait, lorsqu’il nous parle des grands compositeurs, de Brahms à Debussy, on apprend autant, sinon plus, sur lui que sur ceux dont il évoque les œuvres.
En parlant de Mozart, Chatillon se remémore ainsi une histoire intitulée « La voix », qu’il a écrite il y a plusieurs années et qu’il nous offre. On y apprend qu’il habite sur une île près de Trois-Rivières, où il exerce le métier de disquaire (est-ce vrai?), lui qui est, par ailleurs, aussi compositeur et professeur d’université. Ce texte, qui est un des passages savoureux du recueil, contient par ailleurs le récit de sa rencontre avec Lucia del Sol, la cantatrice, dont il « captura [la] voix dans la cage de sa tête », ce qui explique pourquoi le concert de cette dernière à l’amphithéâtre de Lanaudière, ce soir-là, fut le dernier.
Chatillon relate aussi sa rencontre avec Beethoven alors qu’il avait 29 ans, ce qui est « bon, car tout homme, pour échapper au désespoir, a besoin d’un Maître qui lui apprend à chanter une ode à la Joie ».
Alors qu’il se laisse transporter par les œuvres de compositeurs comme Dvorak, qu’il écoute comme si sa musique peignait l’âme de l’Amérique, Chatillon se remémore des poèmes de Baudelaire ou de Rimbaud avant parfois de plonger littéralement dans les toiles de grands peintres tels Monet ou Turner.
Pour tout dire, cet homme qui aurait « préféré vivre dans la Grèce antique ou à l’époque de la Renaissance », mais qui se considère chanceux puisque « c’est toujours la Renaissance, en effet, quand on est en amour », nous fait passer un excellent moment. Visiter son « archipel », lire sa musique, est une pure détente.
En refermant le livre, avec lui, on s’interroge à savoir si nous sommes « plus réels dans l’univers de nos rêves que dans ces travaux qui constituent notre activité de tous les jours ». Et surtout, dans son sillage, on a envie de s’asseoir, de prendre le temps d’écouter un disque et de savourer la vie.



