Depuis 2001 • No 40 • Montréal • 15.12.2007
Décembre 2007

Neuronal

Ioana Gherman

Les plis jumelés du cerveau
Se sont étendus dans un rythme adéquat
Lent et vif, pur et simple
Murmuré par le chant de mon éternité.
J’ai parsemé d’une fréquence enivrante
Chaque pensée, chaque murmure et vertu
Créés dans ce tissu fin et vivant
Dans un ordre historique phénoménal.

De cette architecture de la mémoire
Des rues et boulevards de la raison,
Dans une lucidité déchirante et perplexe
En pesant chaque neurone à la fois
J’improvise toute sorte d’images
Des contes adjacents, nuancés
Par la délicate respiration du souffle cosmique.
Dans cet univers je me tourmente et j’Existe.


Choice

Ioana Gherman

I found that death was waiting for me,
Patient and ubiquitous.
I saw it in the wheel of the bus,
In the twine of the river,
In the kitchen knife,
In the shattered pieces of a bottle,
On the staircase,
Or hidden away in the pills
Stacked on the shelves
Of the pharmacy.
It was residing also within
The cement that lay
In front of the building
Or in the hanged shawl
in the hallway…

I walk aloof amongst
All these possibilities
And I choose, inherently,

To exist.
Décembre 2007

Rendez-vous décalé

Antoaneta Roman

Je ne croyais pas en être là
Mon bel échec
Je t’attends encore le cœur serré
Prêt à exploser sur mes lèvres tremblantes
Comme les pétales d’une rose mûre dans le vent
La peau d’un fruit palpitant sous un soleil incandescent.

Je ne croyais pas en être là
Une femme remplie de souvenirs et blessures
Prêtes à refaire surface en toute innocence
Le temps m’a marquée, quand même
J’étais supposée de devenir moins vulnérable, je crois.

Je ne croyais pas en être là
A un pas de te demander pardon pour avoir pleuré
Sur ton épaule d’homme fragile
Il y a quelques ans
Te demander pardon pour un baiser trop exigé
Te demander pardon de te rappeler tout ça
Car si je t’aime je devrais te laisser tranquille
Te laisser m’ignorer avec mes lassitudes, mes élans
Mes oscillations de boussole romantique
Te laisser à une autre qui te ferait flotter sur des eaux plus calmes
Qui apaise ton front à la place de t’enflammer sans espoir,
Mon bel échec, quelle peine de te revoir.


Ame

Antoaneta Roman

Mon amour fait de soleil et quelques goûtes de pluie
Entrevu à travers quelques ouvertures dans les portes du temps
Tu refais surface dans ma vie
Mais ce n’est plus que le souvenir de la lumière qui brûlait
Dans l’ombre qui nous cachait des fois
Qui me trouble,
On n’est plus les mêmes.


Cet été

Antoaneta Roman

Trouvé, perdu, aussitôt retrouvé
L’été en toute légèreté, ses amours volage
L’ombre d’un doute
Dans la sérénité saisonnière
Amourettes à temps partiel
A la recherche de la pleine intensité
D’un temps perdu des mensonges qu’on croyait

Tu me touches d’une part de réalité
Qui s’envole avec ta présence
Ton regard me cloue au mur du présent
L’espace d’un instant
Veux-je y rester?
Mon existence m’enferme entre ses murs carrés
Tout est si évident
Comme la clarté de l’aube
Quand je te regarde dormir
Vouloir y croire encore
Titubant dans la clarté écrasante
Je m’accroche à ta main
Si forte quand elle est là
Vague dans le souvenir

Du jour au lendemain
J’oublie ton regard qui me supplie de rester réelle
Charnelle et charnue
Le fruit permis de cet été douteux
J’existe aussi parce que je suis ton rêve
Et mon rêve aussi
Jusqu’au bout des longs jours chauds et palpitants
Qui nous achèvent
Avec la promesse des nuits qui suivent.


Comme une fin

Antoaneta Roman

Juste dormir, tirer les rideaux
Cacher mon désarroi sous mes propres paupières
Malgré ce soleil
Ne pas admettre un autre échec
Un autre amour qui aurait pu être
Mais dont l’équilibre précaire
A fait un avorton de plus
Taire mon passé, taire mon futur
Et surtout ce présent soudain si vide
Que son écho m’écrase toute volonté de bouger
Dormir, oublier que je suis
Ne plus regarder mes mains incapables de donner plus
Ne plus regarder ma bouche incapable de dire plus
Ne plus regarder mon regard incapable de se perdre dans le tien
Quand tu me cherches au bout des mes gémissements
Faire taire toutes ces voix dans ma tête, toutes ces têtes dans ma tête
Qui me disent que quand même
ton sourire, ta peau brune, tes mains
vont me manquer, peut-être un temps, peut-être longtemps
mais pas assez
jamais assez
Pour faire demi-tour
Mais suffisamment
pour qu'ils se glissent parmi les plus beaux souvenirs doux-amers
de mon passé érotique.
Personne n’en sort indemne, ni gagnant
Lourdement,
Je constate être vide de ce que je ne peux pas donner.


Atunci si acum (ro)

Antoaneta Roman

Dorm pe salteaua trecutului
Si fanul pe-atunci aromitor al campiei
Ma inteapa acum invechit in paie uscate
Amintirile au incremenit colbuite
Orasul, al meu si strain, le arunca in putul trecutului trans-oceanic
Tu nu mai poti fi el
Si nici eu, ea
Pentru ca amandoi jucam atunci in alt decor si timp.
El imi aminteste, vag
De niste paduri, de o plaja
Bere rece la Motoare si vin rosu la Laptarie
Gemete si sudori
Istovire erotica
Patul fost al bunicilor scartaind
Eu explodand, eu devenind…
Sex pe mese, pe scaune, pe podele
Teatru si jazz
Discutii savante
Sex lent la cinci dimineata
Un copil nenascut
O plecare
O alunecare lenta si sincopata
Spre A fost odata
Ce-a ramas? Ce-am ramas?
Cernuta prin sita timpului
M-am imprastiat prin lume
M-am adunat pe un tarm strain
Si contemplu un ciob de trecut, starnita
de o intalnire intamplatoare pe un trotuar.

 

Februarie 05

Décembre 2007

Note finale

Lucie Poirier

(ce poème rappelle la tragédie survenue à l’école Polytechnique, à Montréal; ces faits sont relatés sur le site www.fr.wikipedia.org )

La vie s'arrêterait avec l'ampleur de sa colère.
Il établirait le territoire des ailes coupées.
Sa vengeance avait besoin de silence.
Sa haine réclamait l'exécution des insoumises.
Il proclamerait le juste retour des choses,
la hiérarchie naturelle, les droits du sexe fort.

La raison du plus armé est toujours la meilleure.
Le masculin l'emporte sur le féminin.

La pluie rouge a giclé dans l'après-midi neigeux.
Le temps a rétréci.
L'espoir est devenu impossible.
L'horreur a submergé la patience.
Les apprentissages n'auront pas d'aboutissement.
Les connaissances ne seront pas utiles.

Son apothéose fut de les anéantir.
Guerrier frustré, héros misogyne,
il s'est immolé sur son charnier.
Son violent triomphe le laissait-il insatisfait?
Pourquoi un homme veut-il tuer des femmes?

Le souvenir s'est installé.
Les pleurs ravagés perdurent.
La douleur est imprégnée.

Elles voulaient savoir,
et, le 6 décembre 1989, à l'école,

il leur a donné une leçon.
Décembre 2007

Tenochtitlan…recherche d’amour
pour combler
Un vide

Luz Garcia de Zielinski

Tenochtitlan…..recherche d’amour pour combler Un vide

Amour désiré, partagé, renié,
Amour des princesses, des solitaires, des mercenaires
Amour éphémère, de passage, de longue date,
Amour des mendiants, des sages et des pirates
Amour ingrat, amour trahi, amour platonique
Amour des unicornes, des fées et de sirènes
Amour sincère, amour hypocrite, amour sans limite
Amour de Dieux et des déesses
Amour universel, amour spirituel,
Amour des artistes, des fous et des poétesses,
Amour individuel, amour occasionnel
Amour des ivrognes et des putains de Luxembourg
Amour sans barrières, amour pervers
Amour des morts et des vivants
Amour sans races, sans âges, sans couleur et sans visages
Amour des pauvres et des nobles
Amour sans limite et sans sexe
Amour des enfants, amour des sages
Amour des grands, amour traître
Amour d’amis, amour fraternelle
Amour cosmique
Amour des âmes
Amour des corps
Amour des esprits
Amour terrestre
Amour des coccinelles
Amour des passionnés
Amour de délivrance

Amour flash flash du passage
Naissance de la pomme de l’existence
entrée somnambule au passage
du chemin de l’errance
recherche dans la coquille du désire pour combler ce vide
recherche dans l’eau spirituelle pour attendre son sommet
recherche de la coupe de coupe dans le moindre coin pour
ouvrir tes ailes
Amour martyr
Amour idéal
Amour banal
Amour sensuel
Amour  transcendantal
Amour fidèle
Amour des hirondelles
Amour des hypocrites
Amour animal et bestial
Amour loyal

Amour intense des arbres et des racines
Recherche et souffrance dans la colline
Longue marche du chemin 21
Commencement du sentier
Qui mène vers la montagne du Popocatépetl
longue quête vers la femme enfantée qui doit accoucher
longue quête vers Quetzalcóatl pour accomplir la promesse,
pour redonner, remplir et rassasier, à nouveau, la bouteille..
du précieux liquide
perdu par des siècles et des siècles
par les fourmis du Sphinx

Amour Suprême
Amour Éternel
Amour Conscient
Amour Clair
Amour Céleste
Amour honnête
Amour des aigles
Amour Mystique de l’ange Gabriel

Espoir et foi dans la pyramide
Dernier chemin vers Le scarabée sacré
Long sentier pour atteindre l’Équateur abandonné
Long sentier pour remplir l’Équateur assoiffé
Longue attente pour le délivrer de ses souffrances
Amour conscient
Amour rempli
Amour satisfait
Merci grande dame à la longue silhouette
Amour éternel
Amour Universelle
Amour Cosmique
Merci grande dame aux chrysanthèmes
Amour Étoile
Amour Soleil
Amour Christique
Merci grande dame aux yeux noirs et cernés
Amour Mystique
Amour Lumière
Amour Perpétuel
Merci grande dame aux serpents à TENOCHTITLAN

Décembre 2007

Pictopoème de Décembre

Oana-Maria Cajal

Droits de reproduction et de diffusion réservés © TERRA NOVA 2007. Tous droits réservés