Depuis 2001 • No 40 • Montréal • 15.12.2007
Décembre 2007

Sylvain Trudel vient de remporter

Le Prix littéraire du Gouverneur général pour le recueil
La mer de la Tranquillité

La mer de la Tranquillité

Ce que les membres du jury, Anne Dandurand, Monique Proulx et Pierre Karch, en ont dit : Ce recueil est un embrasement, une traversée d’univers déchirants que le verbe magique de Sylvain Trudel hisse dans la lumière. La lecture de La mer de la Tranquillité est un voyage inoubliable, foudroyant, dont on ne sort pas indemne.

Extraits de presse : Peu de livres aujourd’hui obligent à ces arrêts sur page, respiration nécessaires après l’émerveillement du langage. C’est cela qu’offre Trudel, dont l’écriture, d’une grande lucidité poétique, le place dans
la lignée des enchanteurs, celle de Réjean Ducharme. Valérie
Marin La Meslée | Le Monde

Les fleurs de ruines que disperse Sylvain Trudel ont la beauté amère de vérités secrètes. Christian Desmeules | Le Devoir

Neuf nouvelles comme autant de talismans contre l’abattement et le

renoncement. Aimé Ancian | Le Magazine littéraire
Décembre 2007

Ilustrate din America,
de Florin Oncescu

Nicolae Coande

Ilustrate din America

Florin Oncescu, prozator român stabilit în Canada, la Montreal, unde lucrează în industria aviatică, este autorul unei proze reconfortante. „Miza“ povestirilor sale nu o reprezintă eul auctorial, cu ale sale volute şi divagaţii orgolioase, ci este dată, mai degrabă, de o fraternă şi simpatetică îmbrăţişare a lucrurilor şi a oamenilor cu care vine în contact. Oncescu scrie o proză de notaţie directă, cu priză la cititorul leneş de astăzi, prea obosit de evenimentele din jurul său ca să mai citească romane „groase“, baroce, precum cele scrise la noi de Breban sau Cartarescu.

Eroii prozelor sale sunt, ca de obicei (autorul este la a patra carte de proză scurtă), anonimi cu care vine în contact în diferite împrejurări sau cunoscuţi din România ori din Canada, ţări între care stabileşte o punte prin chiar scrisul său. Autorul a mai publicat până acum trei volume de proză scurtă: „Dispoziţie depresivă“ ( 1994), „La umbra unui enciclopedist“ (1999) şi „Întoarcerea“ (2003). Deşi născut la Constanţa, autorul a copilărit de la şapte ani în Craiova, unde a absolvit Liceul (pe atunci) „Nicolae Bălcescu“. Aşa se face că destule dintre prozele sale se referă la momente trăite în Craiova, oraş care se regăseşte cu întreg spiritul său „cobiliţar“ în paginile unei cărţi ce vorbeşte subtil despre România „e-ternă“.

Spuneam că miza povestirilor sale cu tâlcul „la urmă“ nu este dată de intruziunea eului scriitor, deşi autorul vorbeşte întotdeauna la persoana întâi, ceea ce ar părea pentru unii semn de egolatrie sau de... lipsă de imaginaţie. Numai că Florin Oncescu este unul dintre cei mai participativi autori de proză scurtă pe care-i cunosc, iar personajele sale au acea notă de autenticitate dată de întâmplări petrecute în (i)realitatea imediată. Personajul narator este astfel în miezul a ceea ce scrie, iar nota particulară a prozelor sale este dată de „sinceritatea“ cu care relatează ceea ce i s-a întâmplat în contexte dintre cele mai diferite: la poliţie, unde trăieşte o adevarată odisee pentru radierea unei placuţe de înmatriculare a unei maşini; pe autostradă, unde, într-o relatare de o remarcabilă savoare, se înfruntă, din Dacia lui veche, cu posesorii aroganţi ai unui jeep negru; la slujbă, în America, unde are succes cu făcutul cafelei în ibric sau ca în scurta schiţă în care narează despre tribulaţiile prin care trec vorbitorii din ce în ce mai rari de franceză din mediul său de muncă, preocupaţi să-şi perfecţioneze engleza şi să se adapteze canonului universal al jobului spre limba lui Shakespeare tocmit.

Povestaşul lui Oncescu are umor şi bună dispoziţie, chiar şi atunci când se confruntă cu stereotipurile celor cu care vine în contact sau cu prostia umană, care poate lua forme dintre cele mai diverse. Acordul fin al naraţiunilor sale îţi stăruie în urechi mult timp după ce ai citit proza, pe care o scrie cu detaşarea unui profesionist şi cu simplitate de meseriaş care ştie că lumea e făcută din amanunte decisive.

„Ilustrate din America“ este o carte pe care o recomand rafinaţilor degustători de proză scurtă, dar şi cititorilor obişnuiţi care ar putea fi surprinşi să se vadă creionaţi ca personaje ale prozatorului Florin Oncescu.

 

Editura Limes, 2007

Décembre 2007

L’éthique du vampire : Notre guerre en Afghanistan

Lucie Poirier
Journaliste-analyste

Dans les 379 pages de son ouvrage dense et documenté, Francis Dupuis-Déri revoit les versions officielles, élargit l’énumération des faits, récapitule la chronologie des hécatombes qui ont décimé les populations en Afghanistan, Iran, Irak, Liban et Palestine. Il précise les déterminismes capitalistes qui ont mené aux décisions guerrières. Il met en évidence la docilité des peuples manipulés qui participent et même se sacrifient pour maintenir une hégémonie qui aggrave toujours les inégalités sociales, les ségrégations misogynes, les discriminations racistes, les valeurs machistes et les contrôles basés sur la force destructrice pour faciliter le commerce et le profit d’entreprises privées, principalement celles du pétrole, de l’armement et de la drogue. Il se démarque du discours généralisé, médiatisé, publicisé en faveur de la guerre, il donne à lire une rare analyse (qui diffère de l’habituel reportage filmé devant le Tim Horton de Kandahar).

Francis Dupuis-Déri débute son livre par la métaphore du vampire qu’il applique aux empires profitant des peuples qu’ils « vampirisent ». Il affirme ses convictions antimilitaristes, réfère à 475 notes bibliographiques et cite le visionnaire George Orwell qui avait annoncé la perversion du langage par les militaires, les politiciens et les journalistes dans son roman 1984 où l’on déclare « la guerre c’est la paix ».

L’auteur rappelle le passé tumultueux de l’Afghanistan convoité pour son opium(1) et sa position géostratégique : émancipé en 1919 par le roi Amir Amanullah qui, avec des lois, libéra les femmes du voile et ouvrit des écoles pour filles, dominé par des Islamistes et la Grande-Bretagne, influencé par des marxistes, rebellé contre les Britanniques, envahi par l’armée soviétique en 1979 dans la convoitise du pétrole de l’Iran, accablé en 1992 par l’arrivée des Moudjahidin (pluriel de Moudjahid), armé à même les fonds de la CIA car les Américains voulaient se venger du Vietnam en guerroyant contre les Russes.

Les États-Unis,  en contrôlant l’Afghanistan, se placent avantageusement par rapport à la Chine et la Russie. Ils avaient un projet d’oléoduc avec Unocal, Union Oil Company of California, pour acheminer du gaz naturel à travers l’Afghanistan vers le Pakistan. Ils ont donc financé des écoles coraniques et l’armement des Taliban mais les Américains ont constaté que le régime taliban ne parvenait pas à diriger le pays. Après le 11 septembre 2001, Bush exigea que l’Afghanistan lui remette Oussama Ben Laden. Le 1er octobre les Taliban ont proposé de le livrer pour qu’il soit jugé par un tribunal international. Le 22 octobre les États-Unis ont envahi l’Afghanistan avec leur armée ainsi que des mercenaires d’agences privées dont Blackwater et, éventuellement, l’armée canadienne car le Canada devait se racheter de n’être pas allé guerroyer en Irak avec les Américains en mars 2003.

Aucune guerre n’est justifiable car aucune guerre n’est juste. Celles et ceux qui ont proclamé cette conviction se sont mises en péril. Ainsi, Helen Keller sourde, muette et aveugle mais aussi instruite, féministe et pacifiste a été surveillée par le FBI.

Les forces de l’ordre ne tolèrent pas les mots en faveur de la paix mais favorisent les crimes au nom de la guerre. La mentalité qui se répand en temps de guerre amplifie le clivage entre les pauvres et les riches; l’argent est monopolisé et gaspillé pendant que des coupures sont effectuées dans les services sociaux. Au Québec on veut abolir les soins dentaires gratuits pour les enfants. Il faut beaucoup d’argent  pour entraîner, équiper et envoyer des soldats à l’étranger. À travers le monde, depuis 10 ans, les dépenses militaires ont augmenté de 37%. Faire la guerre c’est faire de l’argent et faire des morts.

Francis Dupuis-Déri le résume bien lorsqu’il écrit :
« les modifications apportées au régime d’impôts qui favorisent de plus en plus les riches, alors que les sans-emploi et les pauvres sont défavorisés par des restrictions de plus en plus rigides à l’admissibilité à l’aide sociale (…) la guerre justifie aujourd’hui de dépenser des milliards de dollars de fonds publics, empochés par des entreprises privées (…) alors que 800 000 enfants vivent dans la pauvreté au Canada (…) La guerre est une fois de plus une affaire d’hommes et une affaire d’hommes d’affaires (…) Non seulement les militaires tuent mais certains aiment tuer ».

Les femmes prouvent qu’elles peuvent faire « comme un homme », être copieuses et pratiquer une hargne masculine déniée par une distorsion du langage. Catherine Déri, la sœur de l’auteur, majore dans l’armée canadienne, a déclaré qu’elle allait en Afghanistan avec 2500 autres militaires pour:  « faire 2500 actes de bonté » selon les directives du chef d’état-major de la Défense nationale, Rick Hillier : « notre travail est d’être en mesure de tuer ».

Les orphelins, les violées (2), les veufs, les gens ordinaires à la maison saccagée (3), les torturés, les handicapés, les mutilés du peuple afghan attribuent-ils leurs malheurs à des actes de bonté? Des meurtres par compassion? Pour Noël, la brasserie Molson envoie 7 000 canettes de bières à nos militaires. Imaginez les actes de bonté de nos soldats festifs (peut-être saouls) à l’étranger.

Les pacifistes n’ont pas d’impact; ils sont ignorés ou insultés, dénigrés, mésinterprétés, matraqués, battus, arrêtés, emprisonnés (comme les féministes quoi!) mais ne sont surtout pas influents avec leurs marches, leurs pétitions et leurs vigiles à la chandelle. Bien que le comité des droits de l’homme de l’ONU ait blâmé la police de Montréal pour ses pratiques d’arrestations de masse (2 500 depuis une dizaine d’années) aucune enquête n’a été tenue.

On ne peut nier le sentiment d’impuissance devant l’ampleur du contrôle exercé par des décideurs avides de pouvoir et d’argent.

On ne peut nier l’ampleur des peines, des traumatismes, des pertes humaines, écologiques, matérielles nécessaires au profit des entreprises guerrières.

On ne peut nier qu’à défaut d’être conscientisés et sensibilisés, nos politiciens, nos journalistes et nos militaires savent être menteurs et convaincants..

Alors, s’ils le sont autant, peut-on nier que c’est peut-être à cause de notre crédulité et de notre apathie?

Dupuis-Déri, Francis : L'éthique du vampire : de la guerre d'Afghanistan et quelques horreurs de notre temps  Montréal Lux 379 pages impression 2007

  1. L’ONU a publié à Vienne en 2007 un rapport mentionnant que l’opium représente 53% du PIB de l’Afghanistan. Ces revenus croissent d’un milliard par an. Les soldats canadiens présents dans le pays devaient contribuer à instaurer la paix, reconstruire l’économie, refaire le pays. Est-ce réussi?
  2. Les fausses-couches, les viols, les décès à l’accouchement, la prostitution, les crimes d’honneur, les auto-immolations augmentent sans cesse en Afghanistan pendant que notre armée canadienne déploie efficacement ses actes de bonté envers les afghanes.
  3. Pour trouver et exécuter des Taliban, nos soldats ont mis à sac des maisons de civils. En septembre 2007, cette mission de paix et de bonté a entraîné une manifestation du peuple afghan dans les rues de Kandahar contre la présence canadienne sur leur territoire.
Décembre 2007

Tamas Dobozy

Prix littéraire du Gouverneur général pour la traduction du recueil
Last Notes and Other Stories

Dernières  Notes

Lori Saint-Martin et Paul Gagné sont lauréats du Prix littéraire du Gouverneur général pour Dernières Notes, leur traduction du recueil Last Notes and Other Stories, de Tamas Dobozy,

C’est la deuxième fois que Lori et Paul remportent le Prix du
Gouverneur général !

Ce que les membres du jury, Yolande Amzallag, Annie Brisset et Robert Paquin, en ont dit :  Les traducteurs Lori Saint-Martin et Paul Gagné ont transposé avec succès la diversité des registres narratifs (reportage, introspection, remémoration…) et celle des styles de Dernières notes, allant de l'ironie jusqu'au grotesque. Ils ont recréé ainsi la distanciation d'une écriture de l'exil où l'étrange se mêle au familier.

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