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Novembre 2007
Sonia Anguelova
Sonia Anguelova est née à Sofia, capitale de la Bulgarie. Elle y a vécu jusqu'à l'âge de seize ans. Après avoir complété ses études à La Havane, Cuba, elle demande l'asile politique au Canada. Apprentissage du français, deux enfants, suivi d'un baccalauréat en
arts et littérature.
Elle écrit pour le théâtre, la radio et publie poésie et prose dans divers magazines.
Abécédaire des années d'exil (Lanctôt éditeur) sort en 2001 et Eux autres (Christian
Feuillette éditeur) est lancé en 2006.
A l'emploi de la Grande Bibliothèque depuis son ouverture en 2005 comme d'agente
culturelle, Sonia est membre de l'Union des écrivaines et écrivains québécois.
Amours Emportements
Je vous imagine
Je vous imagine vous éveiller au temps des moissons
Virevolter dans ma mémoire et sourire au confluent des vents
Je vous imagine parmi les oliviers
Écorce et demeure
Je vous imagine vous pencher pour parler au feu
Et faire taire la fumée
Je vous imagine lancer des semences vers le lointain
Et attendre la naissance des étoiles
Je vous imagine somnoler
Les bras en palissade sur vos secrets
Je vous imagine sauter dans mes rêves
Vous qui avez l’agilité des lianes et la fougue des ouragans.
Vous avez souhaité
Vous avez souhaité un silence d’albâtre
Pour y célébrer des rites apaisants
Pour secouer l’amertume qui lie vos poignets
Vous avez souhaité avidement
Le roucoulement des vignes
Sur le sentier du sommeil
Des coquillages pour tombe
Et vos mollets fredonnant dans les vasques
Une mélopée indolente
Vous avez souhaité les délices de l’ivoire, du cuivre et des épices
Pour que les baobabs maternent l’horizon fuyant
Vous avez souhaité rougeoyer dans les ornements des robes Océanes
Vous voilà en lobe de Lune.
J’étais mosaïque
J’étais mosaïque de Byzance
Énigme au cœur des fossiles de Miguasha
Agate gaspésienne
Douce et salée
Tu as déroulé tes hanches de kora
Jeté des herbes et des fleurs
Coriandre cardamome et bisap
Gingembre et quinqueliba
Avec une seule main
Tu as fait sonner les rimes de mon nom
Avant de les accrocher
Talisman et gri-gri
Au cou des horloges
Tu m’es levain
Là où je plante mes racines
Dans le mélange
Cacao et miel sur la neige
Ni anneau ni promesses chuchotées
Coriandre cardamome et bisap
Gingembre et quinqueliba
Nous savons ce qu’est l’Amour.
J’ai longtemps fréquenté
J’ai longtemps fréquenté le cœur du mystère
Son arôme en marées rouges
Étreignait mes paroles vagabondes
Sur le fleuve de promesses
Valse Shéhérazade
Sa lampe accroché au figuier
Le sol s’allume à chacun de ses pas
Les jours incertains embrassent les fruits
Et leurs donnent la rosée en présage
Tu t’endors dans le lit de mes mots
Buvant à mains avides
Le lait du désir
Au sein de l’Amour
Je veuille
Je fredonne.
Mon jardin
Mon jardin s’est vêtu en dimanche
Sur son seuil vermeil les siècles s’attardent
Dans les allées coulent en ruisseaux mauves
Les chagrins tombés des toits
Les roses trémières montent vers les lucarnes
La maison marche avec élégance parmi les arbres
Qui lui sourient en la frôlant.
Novembre 2007
Ioana Gherman
Scrutând viitorul
Şi dintr-o dată m-am trezit
Îmbrăcată în realitatea prozaică
Şi prozodică a cotidianului.
Am înghiţit ca pe o avalanşă
Veştile matinale
Sperând că, mai târziu, le voi repera
Şi reorganiza în liniştea
Unei după-amiezi meritate.
Dar nu am avut timp
De atâta confort neuronal
Deoarece pleiada înrâurită
De truisme şi evenimente
Suburban convingătoare
A luat locul ce speram să-l ocupe
Mai târziu o siesta burduhănoasă.
M-am împăturit fără să vreau
în verva colocvială ce mă-mbrâncea
la fiecare colţ de stradă,
în magazine, în privirile lor,
până şi-n dialogul din tăcerea ta.
Mă sufocam încet şi cu migala,
În intemperia aceasta trivială,
De lipsa unui viitor relevant
Şi m-am îngrozit,
Îmbrăţişându-mi tâmplele,
Ca pe nişte comori nepreţuite,
În speranţa infima de a salvgarda
O ultimă firidă de vers creator
Şi totuşi
durdulii ne mai sunt dorinţele
rostogolindu-se-n spumoasa
imensitate-a prezentului tern.
cu toţii ne regăsim, permanent,
incompetenţi in faţa dezastrului cosmic
al propriei existenţe.
şi nu dezvaluim decât o fărâmă din noi,
o urmă apusă de vis îngrădit,
măcelarit în speranţa că tu,
şi eu, şi pană la urmă toţi
ne vom strecura prin viaţă
fără să ne cerem iertare şi
fără să ne privim conştiinţa în faţă.
şi aşa, muţi şi singuri ne minţim zi de zi
învăluiţi în aura duioasa şi inerentă
a unui trai distant dar atât de comun.
Zeu adormit
Inspiraţia unui zeu adormit
s-a prelins in iatac, amăgindu-ne
şi frângându-ne suflul.
Am ajuns să privim stupefiaţi
Fiece pas în zarea-ntunecată.
Frica ne macină, rând pe rând
Şi nemiloasă ne mai este vorbirea.
Aruncăm otrava asta aburindă
Prăbuşindu-se ca o mare de fluturi
Pe trupurile ce freamată
Disecate de gânduri.
Imagini
Mâncăm muzică pe pâine
Şi ne descăltăm de gândurile grele
Adunate-n cuiburi fumurii de sfârşit de drum.
Ne îmbătăm cu argumente tari
Şi ne zgâlţâim simţurile, îmbătaţi cum suntem,
Fără să mai ţinem seama de siesta de ieri.
Ne pleznim dorintele de ziduri
Dintr-o credinţa născută de-un realism feroce.
Mimam fericirea cotidian,
Marionete secate de ritm şi alură.
Dar suntem...
Şi asta mă susţine azi.
Novembre 2007
Linda Maria Baros
La Maison en lames de rasoir, Cheyne éditeur, 2006, Prix Apollinaire 2007
Le fonds principal de mots
Si tu n’écris pas tous les jours mon nom,
oh, que ta main soit écrasée par l’étau des phrases !
Raidie, la bouche
avec laquelle tu gribouilles les mots !
Fouettée la parole
qui ouvre des pièges pour les loups
entre toi et nous !
Et qu’elles soient inguérissables à jamais, tes blessures,
que tu laves de mes larmes
amenées en ville dans une barrique !
Et que ton visage
soit éternellement souillé dans les fenêtres,
si tu ne taillades pas tous les jours
mon nom sur le bidon de l’amour !
Oh, mais si, en dormant, tu n’écris pas mon nom,
avec des lettres douces,
délicates, comme à nos débuts,
alors, je te le coudrai sur les lèvres
profondément, avec du catgut !
D’amour et de cyanure !
Ne m’appelle pas chez toi, dans ta mansarde,
tournant – comme un écervelé tournant ! –
les boutons de la cuisinière,
pour te défaire une fois pour toutes
des hurlements des vieux loups du four,
de leurs poils mués,
qui te poussent sans cesse sur les bras,
la nuit, comme des furoncles, alors que tu éteins
les cigarettes profondément dans ta chair.
Ne m’appelle pas chez toi, dans ta mansarde,
fendant – comme un écervelé fendant ! –
entre les barreaux du lit,
dans la porte, sous la botte,
ton tibia et ton péroné
– je les entends craqueter dans mon portable –,
comme si tu fendais
le vieux fusil de chasse de ton père,
trop poisseux pour que tu puisses le charger à nouveau,
après qu’il s’eut brûlé la cervelle
et, pris de spasmes, qu’il eut cassé ta porte
à coups de pied.
Ne m’appelle pas chez toi, dans ta mansarde,
puisque j’y viendrai !
Et je m’arracherai le cœur de la poitrine,
je l’entaillerai avec les dents
et je le saupoudrerai de sel
extrait avec une rivelaine
de mes glandes lacrymales
et je le jetterai,
comme l’on jette une meule,
pour qu’il brise ton tibia et ton péroné,
– en de menus morceaux ! –,
pour qu’il entasse profondément dans le four
ton souffle d’ammoniaque
et pour qu’il fende à jamais
ta tête de bête sauvage !
Les chevaux de mine
La maison qui t’a nourri te racontait peut-être,
la nuit, l’histoire des chevaux de mine :
Les chevaux de mine naissent et vivent dans les profondeurs ;
c’est entre les murs de la galerie que se trouve leur maison,
leur table.
C’est là qu’ils se nourrissent d’énormes quartiers d’obscurité,
de houille.
Ils se nourrissent à tâtons, à la lumière des lampes.
Et, comme des forçats, ils tirent aveuglement les wagonnets.
Ils charrient encore et toujours,
tant que dure la vie d’un cheval.
Ils charrient la lumière à la surface.
Mais eux, à la surface, dans la lumière, ils ne peuvent pas vivre,
même pas à la retraite, quand on les libère de la mine.
Puisqu’ils sortent dans le monde les yeux bandés.
L’obscurité collée au front.
Et c’est comme ça qu’ils vivent encore un peu, dociles.
Les brises et les arômes les font frémir,
dans le hangar délabré, dans la cour de la mine.
Les yeux bandés,
jusqu’à ce qu’ils descendent à nouveau dans les profondeurs.
Leur maison est à jamais l’obscurité.
Genèse
Le mot fut au début un récipient
– svelte, odorant son pistil si pur !
De lui s’écoulèrent jadis l’univers
et les murs, qui se croisent au-delà de tout point.
D'abord, à l’est, le mur lumineux,
(sur lequel, on a égratigné plus tard la porte) ;
au-delà de lui – la crémaillère du monde,
la fiction des marches, l’arrivée.
Puis, le mur sud
(sur lequel on a égratigné plus tard la fenêtre).
Il cache le vide scalaire de l’après-midi,
le double du vol de ses démons et sa résorption.
Après, le mur nord, aveugle,
(sur lequel on a égratigné plus tard
les silhouettes oblongues – d’ascètes – des parents).
Ce mur-ci, mince comme un placenta,
est celui qui nous défend.
Son être monte la garde.
Ensuite, le mur ouest
(sur lequel on a égratigné plus tard
les voix aiguës des enfants).
Il cache la géométrie variable de l’inquiétude,
les failles, le mécanisme du jardin.
Et, enfin, le mur d’en haut
au-delà duquel se font place les rares dents du ciel,
ses dents de cheval,
et le mur d’en bas,
l’ombre invisible des autres,
et le vide du milieu – la chambre, la pause (zéro).
Le premier mot fut donc un cube
formé de six lettres et d’un espace :
maison.
Une sorte de mère et une sorte de père.
Le masque à gaz
Jusqu’à toi,
les tailleurs de marches s’écroulent par endroits
regardant au loin vers l’horizon,
jusqu’à toi.
Engouffrés et mous dans la cage visqueuse de l’escalier.
Les couvertures des portes, jusqu’à toi,
– des peaux de veau, déchirées
par les broches des sangliers.
En terre aromatisée (kieselguhr), ton œil sauvage,
ta bouche de mercure.
Jusqu’à toi, il y a le coin de la rue
où dorment immobiles, dans un nuage de cristal,
ceux qui n’ont ni maison, ni dieux.
Comme à travers la bouche ternie d’un canal,
à travers leurs vêtements troués,
les regarde Celui d’en Haut, avec une pitié infinie.
Jusqu’à toi, il y a le grand boulevard,
au-dessous duquel pend
à de longs crochets d’acier,
comme un masque à gaz,
le scalp des jours passés.
Et la mitrailleuse avec laquelle tu tires longuement.
Les balles bourdonnent, la caravane ne vient pas.
Jusqu’à toi – les paroles dites. Le faux pas.
Tu tires à travers les fenêtres sur toi.
Novembre 2007
Oana-Maria Cajal
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