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Magazine mensuel de dialogue culturel Depuis 2001 • No 39 • Montréal • 15.11.2007

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Novembre 2007

Felicia Mihali

Les immigrants et le mouvement séparatiste au Québec

Il y a quelques semaines, j’ai été invitée à donner une conférence devant un groupe d’immigrants. À la fin de la séance, la personne qui m’avait invitée m’a soumis une question qui fait peur à chaque nouvel arrivant qui devient personne publique, car quoiqu’on dise on tombe, et parfois de très haut même. J’apprécie toutefois cette personne pour son courage de m’avoir posé cette question et qui me montre que les Québécois eux-mêmes ne veulent plus éviter les vraies questions et qu’ils nous incluent dans leurs préoccupations.

La question était donc : « Que pensez-vous du mouvement séparatiste au Québec? » Ou, autrement dit : « Pourquoi les immigrants ont-ils peur de la séparation? »
Voilà ma réponse, qui reprend mot pour mot ce que j’ai dit lors de cette conférence.

Grosso modo, les immigrants peuvent être partagés en deux catégories : les immigrants en provenance de petits ou de grands pays, et les immigrants qui fuient des dictatures, religieuses ou politiques.

Pour les immigrants originaires des pays restreints comme surface, ce qu’ils envient le plus est d’appartenir à un grand pays. Dans le mental collectif, un grand pays, du point de vue géographique, représente toujours un grand pouvoir. (Historiquement parlant, les grands colonisateurs mais qui n’étaient pas de grands pays comme étendu, tels que l’Angleterre, la France, la Hollande, l’Espagne, le Portugal n’ont pas survécu à la révolte populaire des colonisés. Le Québec est devenu anglophone, car la France a cessé d’envoyer des soldats et des munitions.) Cette catégorie d’immigrants veut plutôt appartenir à un pays de 30 millions d’habitants, avec une armée capable de défendre son territoire et ses idées. Dans cette catégorie j’inclus aussi les immigrants qui viennent de grands pays, comme la Chine, la Russie ou l’Inde. Il est incontestable la fierté qui réside dans le cœur de ces gens-là, vu l’histoire de leur pays. La Chine est le seul empire qui dure depuis quatre milles ans, et qui a survécu grâce à son étendue et sa forte armée. La Chine ou la Russie sont des pays qui détiennent toujours un argument de force pour défendre leurs idées devant les superpuissances modernes : l’armée. Demandez donc à cette catégorie d’immigrants  de se prononcer en faveur d’un pays de sept millions d’habitants sans défense militaire, car comme on le sait bien c’est le gouvernement fédéral qui gère l’armée.  

Dans la deuxième catégorie, il y aurait les refugiés politiques, les ressortissants des républiques islamiques, ou en provenance des pays ex-communistes, ou encore communistes. Ces nouveaux arrivants ont vécu dans des idéologies extrêmement contraignantes. Au lieu des berceuses, ils ont grandi en écoutant des discours prônant soit la grandeur de Dieu soit celle de son leader bien-aimé.

Prenons le cas de l’Europe de l’Est. L’année 1968 a été celle de la naissance des nationalismes de toute sorte. Les pays du bloc communiste se sont renfermés dans un patriotisme bon marché qui exacerbait surtout la spécificité nationale et linguistique. Cela n’était parfois qu’un moyen de se défendre contre l’influence soviétique. L’identité nationale était la pierre de David contre le Goliath soviétique.  En Roumaine par exemple, Ceausescu a été le seul leader communiste, qui en 1968, a refusé de se joindre aux troupes russes pour envahir ses voisins. Ce geste l’a transfiguré en héros aux yeux des Occidentaux, bernés par son courage et son esprit fonceur. À l’intérieur, Ceausescu a épuré l’identité nationale de toute trace étrangère. Du côté racial, nous étions purement Daces, une petite tribu vivant à l’intérieur des Carpates, alors que du côté linguistique nous étions purement Latins. On oubliait volontairement l’influence slave, bulgare, serbe, hongroise, allemande. Notre école, notre télévision et tous les discours publics chantaient la pureté nationale et linguistique. Les frontières étaient jalousement gardées car elles nous assuraient notre spécificité.  

Depuis une vingtaine d’année, l’Union Européenne fait le contraire : les pays ne réclament plus une frontière contre les influences étrangères. Une monnaie unique et un marché commun ne menacent ni la langue ni les coutumes des petits pays qui  en font partie.
Pour cette catégorie d’immigrants donc la demande de séparation est vue comme un pas en arrière à l’ère de la mondialisation qui tend justement à dissoudre les frontières. Ils ne peuvent surtout pas être enchantés avec des discours nationalistes, car ils en ont trop écouté. 

Il y a quelques mois, deux grands artistes du Québec se sont révoltés contre le nouveau discours séparatiste  qui au lieu de placer la culture à l’avant-scène parle plutôt d’argent. Le Québec est le pays où la musique et la poésie ont fait la révolution : maintenant ce n’est plus possible. La culture est tributaire de l’argent et un pays riche jouira d’ une grande culture aussi. Le fait que le PQ parle maintenant d’argent c’est justement un signe de maturité qui pourrait effectivement rendre les gens plus attentifs à leurs propos. Ce que le PQ doit craindre le plus ce n’est pas la couche immigrante, mais la jeunesse québécoise. Au moment de son apparition sur la scène politique, la société québécoise était moins éduquée qu’aujourd’hui et plus facile à exalter. Depuis vingt ans, grâce aux universités publiques, l’accès aux études est accessible à tout le monde ce qui fait que la jeunesse québécoise est une des plus éduquées au monde.

C’est à eux que le PQ doit s’adresser, aux étudiants en économie, en sciences politiques, en sociologie, en commerce, en finances, etc. Ce sont eux que le PQ doit convaincre que leurs enfants bénéficieront des mêmes facilités et avantages que leurs grands-parents. Cette jeune génération veut savoir noir sur blanc comment le nouveau pays leur assurera le même confort, le même standard de vie, les mêmes bas coûts de la vie, du loyer, des études, la même assistance sociale, médicale, etc.

Personnellement, je dois dire qu’un Québec indépendant ne me fait pas peur. La raison principale est que je parle assez bien français et que j’exerce mon métier à travers cette langue. Je pense que ceux qui s’opposent farouchement à la séparation sont d’abord ceux qui ne parlent pas bien français et sont effrayés par le discours linguistique qui parfois tourne en fondamentalisme. Moi, j’ai choisi le Canada pour des raisons économiques, et le Québec particulièrement pour des raisons linguistiques et culturelles. Je ne me suis pas trompée dans mon choix. Je fais mon chemin à ma façon, et je suis contente de ma petite vie. Je ne demande pas trop pour ne pas être déçue par des refus. Et avant de réclamer quoi que ce soit, je m’assure que moi aussi j’ai quelque chose à donner.

La question reste toutefois : comment être à côté de ceux pour qui je n’existe pas? Je sais que partout au monde les politiciens sont versatiles et que leurs discours sont souvent truffés de fausses promesses. J’accepte qu’on me berce, mais qu’on le fasse quand même intelligemment. Je demande au PQ qu’il me promette des choses concrètes, même s’il n’a pas l’intention de les tenir. Qu’il me mente, mais qu’il me mente de belle façon, qu’il me montre que j’existe dans ses préoccupations quotidiennes et non pas dans des slogans abstraits. Je veux voir que j’existe pour eux à temps plein et non pas en tant que Québécoise de second ordre. Qu’il me trompe, mais qu’il ne m’ignore plus.

Dans son roman La Peste, Camus disait : « Cette histoire nous concerne tous. » Tout immigrant rêve qu’en écoutant les discours des politiciens québécois, il puisse dire un jour la même chose.

Novembre 2007

Iulia-Anamaria Salagor

Canada, 11 noiembrie 2007- Remembrance day

De fiecare data cand deschideam usa camerei de oaspeti ma intampina privirea lui. O privire senina, umbrita doar de chipiul de parada, inalt ca un coif si impodobit cu franjuri verzi  de matase. Un barbat frumos, « cel mai frumos dintre frati », cum tinea sa-mi precizeze de fiecare data bunica, « eroul Nicolae », cumnatul ei (fratele mai mic al bunicului meu dinspre mama) pomenit in toate acatistele de duminica. Despre cei morti spunem ca au fost cei mai buni, cei mai viteji. Despre cei scapati cu viata, ca au fost norocosi. Bunicul era de buna seama extrem de norocos. Ranit in muntii Tatra, decorat cu medalia « Barbatie si Credinta », dupa « 7 ani de  stat pe front » (razboiul a inceput cu o luna inainte de eliberarea lui din serviciul militar de 3 ani), se intorsese acasa doar cu o schija in brat (brat salvat ca prin minune doar de frica de a-l pierde si de inversunarea de a nu se lasa operat). Si cu amintiri despre camarazii de lupta : romanii lui din batalionul de genisti – « pontonerii » cu care a ridicat poduri peste Mures si peste Tisa, nemtii- « feciorii aia frumosi, cu ochi albastrii, alesi unu si unu » care imparteau ciocolata cu el, aliatul, si rusii-« cei care i-au lasat fratele doua zile in ploaie, cu maruntaiele scoase si nu au vrut sa-l impuste ca sa-i usureze chinul », caci le devenise aliat.

In luna noiembrie, calendarul meu canadian indica pentru data de 11 o sarbatoare: Remembrance Day (in traducere « Ziua Rememorarii »). In aceasta zi sunt comemorate toate vicitmele militare si civile ale razboiului, in special incepand cu primul razboi mondial, caci 11 noiembrie 1918 (ziua armistitiului) reprezinta sfarsitul primei conflagratii mondiale.

Pierderile de vieti omenesti din anii 1914-1918 au fost enorme (circa 9.700.000 morti si 20.000.000 raniti).  Romania a pierdut aproape 1 milion de militari si civili. Din cei  aproximativ 600 de mii de soldati canadieni mobilizati, peste 60 de mii si-au pierdut viata.De aceea, pentru supravietuitori s-a impus ca o datorie morala comemorarea, in fiecare an, a celor care au pierit pe campurile de lupta. La nivel de natiuni, acest lucru s-a materializat prin Tratatul de la Versailles. Acest document, semnat de fostele tari beligerante, prevedea, printre altele, obligativitatea intretinerii mormintelor ostasilor ingropati pe teritoriile statelor respective, precum si a operelor comemorative de razboi dedicate acestora.
 
Concretizarea prevederilor actului de la Versailles s-a facut prin aparitia Decretului-lege nr. 1693/4 mai 1920 - care a stabilit ca « Ziua Eroilor » sa fie sarbatorita cu prilejul Zilei Inaltarii Domnului Iisus Hristos - Romania devenind astfel primul stat care i-a asimilat pe eroii straini celor nationali.

Pierderile omenesti in cel de-al doilea razboi mondial se situeaza în jurul cifrei de 72 de milioane de victime. Din acestea, in jur de 47 de milioane au fost victime din cadrul populatiei civile, incluzand aici si 20 de milioane de morti proveniti din foametea si bolile cauzate de razboi. Aliatii au pierdut 61 de milioane de persoane, in timp ce Puterile Axei au inregistrat circa 11 milioane de morti.

Participarea Romaniei la cel de-al doilea razboi mondial s-a caracterizat prin doua campanii: cea din est pentru eliberarea Basarabiei si Bucovinei, pierduta in final, si cea din vest pentru eliberarea Transilvaniei. La 12 septembrie, Romania semneaza Armistitiul cu Natiunile Unite, asumandu-si obligatia de a contribui cu 38 de divizii la efortul de lupta antihitlerist. La 25 octombrie, sunt eliberate ultimele localitati romanesti: Carei si Satu-Mare. Romania participa la eliberarea Ungariei şi Cehoslovaciei, mobilizand pentru aceasta peste 600 de mii de soldati in 37 de divizii. Cele mai grele lupte s-au dat in asediul Budapestei si in muntii Tatra, soldate cu mari pierderi umane. Cele 260 de zile de participare la razboiul antihitlerist se incheie la 12 mai 1945, lasand loc intaririi influentei sovietice in Romania.

Canada a declarat razboi Germaniei in primele zile ale conflagratiei, pe 10 septembrie 1939. La fel ca in timpul primului razboi mondial, unitatile canadiene au luptat sub comanda britanica si au jucat un rol de prima importanta pe scena teatrului de lupta european. Fortele militare canadiene au avut o contributie majora in timpul bataliei Angliei, bataliei Atlanticului, campaniei din Italia si bataliei din Normandia si in raidurile de bombardamente aeriene impotriva Germaniei. Efectivele totale canadiene s-au ridicat la aproximativ 1 milion de luptatori de-a lungul întregului razboi, din care peste 40 de mii si-au pierdut viata.

In Canada,  Ziua  Rememorarii este cunoscuta si ca Ziua Macului. Inspirindu-se din legenda franceza a florii de mac, ce rasare purificand campul de lupta, un medic militar canadian, locotenent-colonelul John McCrae  a scris un poem intitulat „In Flanders fields”. Acest poem a contribuit la raspandirea macului ca simbol al amintirii celor care au cazut in razboaie:

In Flanders fields the poppies blow
Between the crosses, row on row,
That mark our place; and in the sky
The larks, still bravely singing, fly
Scarce heard amid the guns below

We are the Dead. Short days ago
We lived, felt dawn, saw sunset glow,
Loved, and were loved, and now we lie
In Flanders fields.

Take up our quarrel with the foe:
To you from failing hands we throw
The torch; be yours to hold it high.
If ye break faith with us who die
We shall not sleep, though poppies grow
In Flanders fields.

Comercializarea micilor maci din catifea rosie - pe care canadienii ii poarta in piept an de an, timp de doua saptamani inainte de 11 noiembrie-  constituie una din cele mai importante actiuni ale Legiunii Regale Canadiene. Din fondurile obtinute se ofera sprijin financiar veteranilor de razboi si se subventioneaza si alte actiuni caritabile.

In 1916, prin Legea privind instituirea Ordinului militar „Mihai Viteazul”, s-a prevazut ca Medalia „Barbatie si Credintasa fie conferita cu spade, devenind cea mai uzitata medalie care se acorda pentru rasplatirea faptelor de arme ale militarilor si subofiterilor romani. Si in al doilea razboi mondial, medalia „Barbatie si credinta” a fost acordata “cu spade” la zeci de mii de militari romani si aliati. Ea a fost, ierarhic, cea mai mica decoratie pentru trupa care s-a acordat in al doilea razboi mondial si, ca atare, si cea mai acordata distinctie intre anii 1941 si 1945.  Cine sunt si ce motive au cei care ofera astazi spre vanzare pe Internet medalia, la preturi cuprinse intre 50 si 100 RON?  Ce rezonanta mai au astazi versurile poetului Ioan Nenitescu?

Eroi au fost,eroi sunt inca
Si-or fi in neamul romanesc!
Caci rupti sunt ca din tare stanca
Romanii orisiunde cresc

-----------------------------------
Au fost eroi, si-or sa mai fie,
Ce-or frange dusmanii cei rai,
Din coasta Daciei si-a Romei
In veci s-or naste pui de lei.

Novembre 2007

Iulia-Anamaria Salagor

Un automne culturel à Montréal

11 personnes d’exceptions

6 octobre : Les Prix du Québec sont la plus haute distinction décernée chaque année par le gouvernement du Québec en reconnaissance d'une carrière remarquable soit dans le domaine artistique et culturel, soit dans un domaine scientifique ou encore pour couronner une carrière dédiée à la gestion et au développement de la recherche ou à la promotion de la science et de la technologie. Pour plus de détails et pour visionner des entrevues avec les lauréats, veuillez visiter le site www.prixduquebec.gouv.qc.ca.

Les cinq prix scientifiques:

Le prix Léon-Gérin (sciences humaines) est attribué à Richard E. Tremblay. Psychologue reconnu à l'échelle internationale et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur le développement de l'enfant, Richard E. Tremblay est l’instigateur d'une véritable école de développement moral et social de l'enfant, particulièrement sur l'origine de l'agressivité de l'être humain.

Le prix Armand-Frappier (développement d’établissements de recherche, administration ou promotion de la recherche) souligne la carrière exceptionnelle d'Yves Morin. Éminent cardiologue, M. Morin a dirigé l'Institut de cardiologie de Québec et a été chef du Service de cardiologie de l'Hôtel-Dieu de Québec durant plus de 15 ans. Il a joué un rôle de premier plan dans l'administration et le développement de la recherche, notamment dans la création des instituts de recherche en santé du Canada. Sa découverte de la toxicité cardiaque du cobalt a rapidement fait du Dr. Morin un cardiologue reconnu internationalement.

Le prix Wilder-Penfield (sciences biomédicales) est accordé à Jacques Y. Montplaisir, psychiatre et chercheur en neurosciences, spécialiste des maladies du sommeil.

Le prix Lionel-Boulet (recherche et développement en milieu industriel) est attribué à Maher I. Boulos, professeur, ingénieur et président-fondateur de la compagnie Tekna Systèmes Plasma Inc., devenue rapidement leader mondial dans la technologie des plasmas inductifs. Depuis bientôt 40 ans, Maher I. Boulos se passionne pour ce quatrième état de la matière, le plasma, dont il exploite le potentiel industriel.

Le prix Marie-Victorin (sciences de la nature et du génie) est décerné à Yves Bergeron, sommité internationale dans le domaine de l'écologie forestière et ardent défenseur de la forêt boréale.

Les six prix culturels:

Le prix Paul-Émile-Borduas (arts visuels, métiers d’art, architecture et design) est remis au romancier, musicien, dessinateur et performeur Rober Racine dont l’œuvre, placée sous le signe de la démesure, entretient un dialogue constant entre les mots et les images. L’artiste, par ses productions titanesques, oblige le spectateur à remettre en question son rapport au temps.

Le prix Denise-Pelletier (arts de la scène) rend hommage au comédien et metteur en scène Paul Hébert qui a rassemblé les forces vives du théâtre à Québec tout en menant une carrière remarquable sur la scène nationale. Convaincu du rôle social du théâtre, il a fondé plusieurs compagnies et a monté des pièces qui ont eu une forte résonance sur le public québécois.

Le prix Athanase-David (littérature) est attribué à l'écrivain Paul Chamberland, poète et essayiste, qui a exprimé la prise de conscience des écrivains québécois dans des œuvres marquantes comme Lafficheur hurle et qui continue de réfléchir à l’avenir de l’humanité dans des essais percutants comme En nouvelle barbarie.

Le prix Gérard-Morisset (patrimoine) est décerné à l’historien Jacques Lacoursière, vulgarisateur hors pair qui s'attache à transmettre à ses compatriotes la connaissance de l'histoire du Québec. Homme aux multiples talents, il s’est fait animateur d'émissions de radio et de télé, auteur de best-sellers, conférencier sollicité et concepteur d'expositions muséales pour communiquer la passion de l’histoire qui l’anime.

Le prix Albert-Tessier (cinéma) est attribué au directeur de la photographie Pierre Mignot, un artiste de l’éclairage et de la lumière qui, grâce à sa sensibilité, a donné une image de marque, un label de qualité aux films québécois auxquels il a collaboré depuis plus de trente ans, que ce soit J. A. Martin, photographe, Anne Trister ou, plus récemment, C.R.A.Z.Y.

Par son choix de 2007, le jury du prix Georges-Émile-Lapalme montre qu'il y   différentes façons de payer tribut à la langue française. Cette fois-ci, en effet, c'est en consacrant à la poésie québécoise son travail d'éditeur que le lauréat Gaston Bellmaire aura bellement servi la langue française. J’ai eu cet automne la chance de rencontre à Trois-Rivières M.  Bellemaire, et de faire une entrevue avec lui, entrevue, publié dans le dernier numéro du  Terra Nova (www.terranovamagazine.ca/38/pages/interview/interview2.html#iulia)

Michel Tremblay- l’esprit québécois véritable 

15 octobre : J’ai assisté au théâtre-lecture « Encore une fois si vous le permettez » de Michel Tremblay, présenté par le Théâtre du Mitan au Centre Communautaire de Loisir de la Côte-des-Neiges, dans le cadre du programme « Les Lundis Québécois ». Ces soirées, organisées par les bénévoles du comité interculturel, ont pour but de faire connaître le Québec sous différents aspects. Mon premier contact avec l’œuvre de Michel Tremblay, un des dramaturges québécois les plus connus, s’est passé à Bucarest, il y a 5 ans, quand j’ai assisté au spectacle «Les  Belles sœurs » au Théâtre Odeon. J’ai été ravie dès le début de ses répliques savoureuses… L'auteur québécois a lancé le 6 novembre à Montréal son nouveau roman, La traversée du continent et il est présent à la 30e édition du Salon du livre du Montréal (www.salondulivredemontreal.com). 
 

25 octobre- des coïncidences surprenantes… 

11h00: Le facteur sonne à la porte pour me donner  un petit colis avec une lettre, une lettre d’une artiste plastique écrite avec… la bouche ! Dans le calendrier d’art 2008 j’ai pu admirer quelques reproductions des œuvres des plusieurs peintres canadiens, membres d’Artistes Peintres de la bouche et du pied (APBP). Fondée en 1956 et au Canada depuis 1961, l'APBP est une association internationale à but lucratif qui appartient à ses membres. Les artistes s'occupent eux-mêmes de la gestion de l'association qui leur permet de subvenir à leurs besoins financiers. Les membres peignent en tenant leur pinceau avec la bouche ou le pied, car ils sont privés de l'usage de leurs membres depuis la naissance ou à cause d'un accident ou d'une maladie. Vous pouvez aussi admirer la ténacité et le talent des ces gens en visitant le site  www.mfpacanada.com

20h00 : Je suis assise confortablement dans un fauteuil de la salle Claude-Champagne, un des trois lieux de diffusion de la Faculté de musique de l’Université de Montréal. Reconnue comme une des seules véritables salles dédiées exclusivement à la musique au Québec, la salle Claude-Champagne est forte de sa tradition et de sa réputation d’excellence au niveau acoustique. L'Orchestre de Chambre de Montréal (OCM), un orchestre de découverte autant en matière d'interprètes qu'en matière de répertoire, a donné son premier concert (tous ses concerts sont gratuits grâce à ses donateurs et commanditaires !) de la saison 2007-2008 (pour la programmation d’Orchestre de Chambre de Montréal voir le site www.mco-ocm.qc.ca/accueil.htm), Concerto pour violon en mi majeur de J.S.Bach et le soliste Adrian Anantawan monte sur scène pour la première fois avec l'Orchestre de Chambre de Montréal, faisant ainsi son début montréalais. Fait remarquable, Anantawan est né sans main droite. À titre de membre et porte-parole du Programme pour enfants amputés (LES VAINQUEURS) des Amputés de Guerre Canada et du Centre de réadaptation Bloorview, il motive les jeunes enfants handicapés à poursuivre leurs rêves. Anantawan est reconnaissant envers le programme LES VAINQUEURS qui lui fournit ses prothèses, particulièrement celles lui permettant de jouer de la musique. Depuis 2001, Anantawan a été invité comme soliste par des orchestres à travers le Canada et les É.-U. Il a figuré dans la Revue culturelle canadienne aux Jeux paralympiques d'Athènes en Grèce.

Sous la direction de Madame  Wanda Kaluzny, l'OCM s'est taillé une réputation pour l'excellence et est reconnu dans le monde entier. J’ai eu la chance d’obtenir l’accord du Maestra pour faire une entrevue qui va paraître dans Terra Nova.

«Faire beaucoup avec peu…. »  

31 octobre : Aprs plusieurs années d’études en marketing et management culturel, je peux me considérer une jeune actrice dans le grand spectacle nommé « arts et culture » et je n’aurais pu raté la Journée-conférences Infopressse consacrée au marketing des produits culturels au Centre Mont-Royal. 

L'Orchestre symphonique de Montréal, le Musée des beaux-arts de Montréal et le prestigieux Museum of Modern Art de New York  ont font partie des organisations qui ont dévoilé leurs stratégies  de marketing et communication.

Lors de cette journée, intitulée "Faire beaucoup avec peu: défis et enjeux de la culture", Patrick Beaudin, vice-président du Groupe Cossette Communication, a identifié les défis particuliers à Montréal en matière de marketing culturel.

La force des images et des mots

2-8 novembre : Le Festival du Film Roumain a débuté le 2 novembre au Cinéma du Parc à Montréal. Lors de sa première édition, Le Festival du Film Roumain – FFR a  offert  le panorama d’un cinéma qui est en plein essor, une véritable explosion spirituelle qui a été longtemps prisonnière d’une histoire tumultueuse. Cette semaine dédiée au cinéma roumain a été  pour le public une image claire du 7e art de ce pays d’Europe de l’Est, et en même temps, une fête « nationale » pour la communauté roumaine de Montréal.

7 novembre

18h30:J’ai participe au Cinéma du Parc a une rencontre privilégiée avec l'écrivaine et graphiste Oana-Maria Cajal qui a lancé son volume de pictopoèmes « Solenodon », où la poésie et le dessin se composent ensemble d’une manière très inspirée. Pour plus de détails sur l’écrivaine Oana-Maria Cajal veuillez consulter le site Internet www.dramatistsguildweb.com/members/ocajal

21h00 : En présence de M. Marcel Tremblay, responsable des services aux citoyens, 
Comité exécutif de la Ville de Montréal et les invités de Roumanie- le réalisateur de film Nicolae Margineanu et l'actrice Tamara Cretulescu, protagoniste principale, j’ai assisté à la projection du film « Logodnicii din America » ( Les Fiancées de l’Amérique » (Roumanie 2007).  

9 novembre

19h00 : Beaucoup du monde au Théâtre Gesu pour participer au lancement du recueil de poésie de Yves Alavo- « Bleu de lune et soleil d'or »  (édition Christian Feuillette) avec une présentation par l’écrivaine Felicia Mihali  et un récital de l’interprète Céline Vincent. Si vous avez manqué cette rencontre, vous pouvez aller le 15 ou le 16 novembre au Salon du Livre du Montréal pour un autographe.  Un jour après l’événement, j’ai reçu un message du poète: « Nous avons vécu vendredi 9 novembre 2007, au Centre de créativité Le Gésu dans l’espace d’accueil, grâce à votre participation, à votre don de temps, à votre long travail préparatoire et la prestation extraordinaire réussie; un univers d’amour, de tendresse, de qualité artistique unique. Merci! » 

20h00 :J’ai assisté au Théâtre Gesu au spectacle de musique urbaine - électronique avec le groupe Shukar Collective, venu de Roumanie. Pour écouter des chansons du groupe Shukar Collective, veuillez visiter le site Internet www.myspace.com/shukarcollective  

Un rendez-vous stratégique : Montréal, métropole culturelle  

Les12 et 13 novembre ont été deux jours bien chargés pour moi,  quand j’ai vécu  des moments historiques pour ma ville d’accueil. J’ai participe au Rendez-vous novembre 2007-Montréal métropole culturelle, une rencontre qui a regroupé  1200 participants.

« Fruit d'un processus de concertation entre le gouvernement du Canada, le gouvernement du Québec, la Ville de Montréal, la Chambre de commerce du Montréal métropolitain et de Culture Montréal, Rendez-vous novembre 2007 veut concrétiser la vision de Montréal comme une métropole culturelle du XXIe siècle qui mise prioritairement sur sa créativité, son originalité et sa diversité. » (Gérald Tremblay, maire de Montréal et président du Rendez-vous novembre 2007) (www.montrealmetropoleculturelle.org/accueil.htm)

Dans le cadre du Rendez-vous novembre 2007,  le premier ministre du Québec, Jean Charest, a annoncé une contribution du gouvernement du Québec pouvant atteindre 40 millions de dollars, afin de soutenir l’important projet de réaménagement urbain mis de l’avant par la Ville de Montréal dans le secteur nord-ouest du Quartier des spectacles.

Les projets et initiatives concrètes qui ont été proposé lors du Rendez-vous visent les  cinq grandes orientations 1. Améliorer l’accès à la culture ; 2. Investir dans les arts et la culture ; 3. Enrichir la qualité culturelle du cadre de vie ; 4. Favoriser le rayonnement de Montréal au Canada et à l’étranger; 5. Fournir à Montréal les moyens d’une métropole culturelle.

Je vais développer chacun de ces cinq aspects dans de futurs articles. En fin, une seule conclusion s’impose pour moi : J’adore Montréal!

Novembre 2007

Antoaneta Roman

Mexique – Voyage au Pays des Nuages

Mixteca  - zone montagneuse, sèche, parsemée d’agaves et d’arbres d’ocote, casuarina, genévrier, frêne, chêne, dans les états de Oaxaca, Guerrero et Puebla. Son nom vient de Mixtlán, qui en nahua, langue des aztèques, signifie Lieu des Nuages. Ñuu Savi en mixtèque – peuple de la pluie. Les pyramides mixtèques sont plutôt des légendes, enterrées par les natifs à l’arrivée des espagnols. Du Seigneur Huit Cerfs Griffe de Jaguar (Ocho Venado Garra de Jaguar, 1063 – 1115 et la Dame Six Singes Blouse de Guerre (Seis Mono Quexquémitl de Guerra) on sait à peine qu’ils étaient des puissants gouverneurs, dont les destins se sont croisés, selon les codiques découverts. Ocho Venado est arrivée à dominer les trois zonez de la Mixteca, Alta (Haute), Baja (Basse) et de la Costa (de la Côte).  

Mais la langue survit, comme beaucoup d’autres langues pré-coloniales, dans des villages aux noms sonores : Chazumba, Tlaxiaco, Teposcolula, Chalcatongo, Cosoltepec, Tonalá, où on tisse encore des huipil (robes brodées à la main) en couleurs vives, on fabrique des jolis pots en céramique, on tresse des chapeaux et des sacs en paille bleus, jaunes, rouges, violets ou bariolés, on peint des fleurs sur les sandales en cuir et surtout on suit le mouvement des nuages qui caressent les cimes des montagnes, les enveloppant des fois dans un brouillard épais. Le Pays de Nuages et l’état de Oaxaca sont la petite patrie de la chanteuse-anthropologue Lila Downs, qui a visité Montréal à deux reprises et a des racines zapotèques. 

Mon voyage avait un but et portait un nom : « Mujeres Poetas en el Pais de las Nubes » (Femmes poètes au Pays des Nuages), XVème édition d’une rencontre entre la poésie en espagnol de tous les coins du monde et les communautés mixtèques de Oaxaca, organisée par le Centre de recherche de la culture mixtèque de Huajuapán de Léon, dont le principal animateur est le directeur du Centre, Emilio Fuego. La rencontre a eu lieu du 7 au 14 novembre, la soirée de clôture ayant lieu dans le magnifique Palais de Beaux Arts de la Ville de Méxique. 

En participant au cercle trilingue de poésie montréalais « Noches de poesía », j’ai appris d’une ancienne participante, Yolanda Duque, qu’ils acceptent des poètes de partout dans le monde, pas seulement des pays hispanophones. Après une correspondance assidue avec la poète et éditrice mexicaine Lina Zerón, qui fait partie depuis plusieurs années du comité d’organisation, j’ai été acceptée, entre autres 65 femmes de 20 pays, choisies parmi les 400 qui ont envoyée une sélection de dix poèmes, leur curriculum vitae et un essai sur la poésie. Puisque j’écris en plusieurs langues, j’ai envoyé des poèmes en français, espagnol et roumain. Le comité en a sélectionné quatre, en français et espagnol, qui sont apparus dans l’anthologie de la rencontre, pour laquelle chaque poète a payé $100 pour en avoir dix exemplaires. 

Mercredi le 7 novembre - J’ai quitté Montréal un matin frisquet, pour arriver au Méxique sous un soleil resplendissant, en atterrissant j’ai pu reconnaître Ixtaccihuatl, la montagne qu’on appelle « La femme endormie », amoureuse du guerrier Popocatepetl, devenu volcan à la tête enneigée. Le taxi « officiel » coûtait environ $15 et m’a amenée en toute sécurité à l’hôtel situé au centre-ville. 

Le grillage de la belle église baroque avoisinante, San Hipólito, était somptueusement décoré. Sur l’autel se trouve l’image de San Judas Tadeo, grand faiseur de miracles on nous a dit, même protecteur des migrants. Des étalages remplis de statuettes, bidons d’eau bénie, cierges et images saintes assurent le commerce de la foi dans la cour. À l’intérieur des petites affiches annonçaient la collecte de dons pour la région de Tabasco, durement frappée par les inondations. Des fidèles s’approchaient de l’autel à genoux. Le bâtiment contigu à l’église, ex-couvent, monument historique du XVIème siècle, abritait des cafés Internet et l’Hostería del Bohemio, très pittoresque, avec des petites tables et chaises rustiques et de la musique en direct, dans l’ancien cloître. Une petite plaque mémoriale signalait l’endroit comme le premier établissement pour les personnes démentes en Amérique Latine. 

Là j’ai tout de suite fait la connaissance de Nina Thürler d’Argentine et Eva Cabo d’Espagne et dans ma chambre de Oana Avasilichioaei, poète canadienne d’origine…roumaine, comme moi, et montréalaise d’adoption aussi. Le premier soir 25 poètes ont lu sur la scène du For Culturel "Hugo Arguelles" dans le joli quartier de Coyoacán. Gabriela, une chanteuse d’origine mixtèque très douée, d’à peine 13 ans, a assuré les intermezzos musicaux entre les groupes, avec des chansons d’Oaxaca, accompagnées par deux guitares.  

La moitié des participantes étaient mexicaines de tous les états, y compris d’adoption, d’origine salvadorienne, colombienne ou espagnole, voire galicienne. L’autre moitié comprenait aussi des poètes d’origine mexicaine, portoricaine, colombienne ou vénézuelienne qui vivent dans les États-Unis.  Plus trois espagnoles, une franco-espagnole de New York, des costaricaines, argentines, chiliennes, une brésilienne, la Bolivie était présente aussi. Deux canadiennes d’origine roumaine, moi et Oana. 

Jeudi le 8 novembre - Le matin suivant on a pris la route vers le bourg de Huajuapán de Léon, siège principal de la rencontre. Nous y sommes arrivées après 7 longues heures parmi les collines, les montagnes et les cactus, avec des ânes ça et là. Le Mexique profond, à perte de vue. Après avoir été reparties chez des familles on a ouvert le festival avec une lecture au Musée régional. Vendredi le 9 nous sommes reparties par groupes de 6-7 personnes vers des communautés pour y passer deux jours en rencontres, lectures et atelier de création littéraire. J’étais dans le groupe de Tlaxiaco, nous étions 7, du Méxique – Lizbeth, 20 ans; Karen, 28 ans; Yamilé, 60 ans ; de la Colombie/Los Angeles – Antonieta, 45 ans; du Salvador/Ville de Méxique – Carmen, 30 ans, de l’Espagne - Lola, 50 ans; enfin, de la Roumanie/Canada, moi-même, 33 ans. Ensemble on couvrait 5 décades et 3 continents, tellement d’expériences de vie.  

Vendredi le 9 novembre - La première journée nous l’avons passée dans le village de Chalcatongo, « Lieu du Chacalli » (une espèce de crevette qui n’existe plus, comme la lagune qui était son habitat). J’ai été ravie d’apprendre que la fabuleuse chanteuse-anthropologue méxicaine  Lila Downs a des racines à Chalcatongo. Vers 11h30, nous sommes arrivées directement à l’école où étaient ramassés des élèves de primaire et secondaire de plusieurs écoles (300 – 500 personnes), tous en uniformes différentes : vert, bordeaux, rouge, marron, dans une immense cour couverte où le vent passait à sa guise. Juste devant nous des petites filles en uniforme rouge de la primaire « Melchor Ocampo » et…un chien. À la table d’honneur  - des enfants qui avaient gagné le concours de récits de la région de Tlaxiaco, âgés de 7 à 13 ans, nous avons alterné la lecture de nos poèmes avec celle de leurs contes, des histoires du lieu, qui dégageaient un charme naïf et ancestral en même temps : La sorcière, Le diable du bassin de Boquéron, Le pauvre monsieur…ce qui nous permettait de voir le monde à travers les yeux et l’imagination d’un enfant mixtèque. Puisque nous n’avions pas eu le temps de déjeuner, nous avons dévoré les petits biscuits sur la table sous les regards compréhensifs ou amusés de l’audience. Après la lecture Antonieta a fait un appel au public de venir lire leurs propres poèmes, si quelqu’un en avait, et 2-3 enfants et adultes sont venus. Nous avons même eu le plaisir d’entendre quelques enseignantes chanter a cappella en mixtèque.  

Vers 14h00 nous étions affamées et essoufflées, en train de donner des autographes, de faire des photos avec tout le monde et de danser sur la musique des mariachis « Los chapulines » (les cigales, en langages local), dont les chemises portaient l’image de la Vierge traditionnelle de Guadalupe. Finalement on nous a amené manger, j’ai essayé la sopa caldosa – une soupe de tomates avec des pâtes bouillies et les « entomatadas », tortillas avec une sauce tomate pas trop piquante, garnies d’un filet de bœuf très fin. À boire – jus de melon d’eau. Ils font des jus de tout là-bas! 

L’après-midi a été consacré à un atelier littéraire avec les « maestros » (enseignants) – 23 qui étaient restés. Nous avons passé 20 minutes avant dans une salle à préparer la stratégie : recours à la mémoire, avec les yeux fermés en laissant couler le flot des mots sans les choisir; une histoire à partir d’une phrase : Je viens d’un lieu qui…; pluie de mots, pour laquelle chaque personne présente suggère un mot; lecture de poèmes desquels chacun doit choisir un mot; cadavre exquis – poème pour lequel chacun écrit une phrase sans connaître les autres contributions. Les résultats ont dépassé de loin nos attentes, tous les participants se sont impliqués, ils ont tous écrit, tous ont lu, laissant s’entrevoir des vrais talents, des âmes sensibles à la nature et à leurs proches. Ils ont parlé de leurs joies, de leurs chagrins, de la contemplation et de la rudesse de la vie dans les montagnes. Une petite fille qui avait écrit juste des récits auparavant nous a fait un joli petit poème. Nous étions euphoriques, nous n’avions aucune idée de ce que nous allions faire ce matin-même et nous étions arrivées à émouvoir et toucher des gens qui ne nous connaissaient même pas, qui vivaient dans un monde complètement différent du nôtre. C’est ce que nous croyions au moins, car après l’atelier nous nous sentions tous si proches. Hélas, il fallait retourner à «L’héroïque ville de Tlaxiaco » - nom officiel.  

Nous avons pris un souper léger chez Eufemia, celle qui nous logeait toutes dans une énorme maison vers la périphérie de la ville, pendant ce qu’elle habitait au centre. Angél, notre guide prodigieux, nous a montré un peu le centre d’une ville qui était appelée dans son temps, au début du XXème « el Paris chico » - le petit Paris, pour la vive activité commerciale qui s’y déployait et contribuait au fleurissement urbain. Autour de la grande place – les étalages fumants des taquerias, la plupart étalent aussi une télé pour ne pas perdre un seul épisode de la dernière « novela » où des femmes blondes pleurent leurs amours et se font persécuter par des ennemis impitoyables sous les yeux noirs des mixtèques basanés pour la plupart. 

Samedi, le 10 novembre – le matin, jour de tianguis (marché en nahua), après un déjeuner réconfortant, (même si le café mexicain me semble trop léger, les « enfrijoladas » farcies d’œufs ont beaucoup compensé) nous nous trouvions dans l’amphithéâtre d’une école secondaire à côté des enfants-écrivains  lauréats pour une autre lecture. Une fille de 13 ans nous a lu un poème dédié à son père, à qui elle pardonne après tout qu’il battait la mère, qu’il s’occupait de son commerce plus que de ses enfants et qu’il ne se mêlait pas des dépenses à la maison.  

Les nombreux enseignants qui sont restés pour l’atelier nous ont fait nous repartir dans deux groupes, dans le mien un monsieur s’est mis à pleurer lors de l’exercice de descente dans la mémoire, car il avait fait revivre le souvenir de la mort de sa mère. Les gens mettaient leur âme sur table avec une innocence désarmante. Encore un fleuve de beaux mots, de regards brillants de la joie de partager. À la réunion qui fermait l’atelier on nous a même lu des poèmes en mixtèque. Quelle expérience!

 Après un repas au poulet piquant que j’ai généreusement garni d’haricots noirs (qui allaient me tourmenter par la suite) nous avons fait un tour du marché, en admirant l’abondance des fruits, la variété des chilis et des vêtements qui se rangeait des plus traditionnels au plus généralisés. J’ai acheté des blouses brodées pour moi, ma mère et ma sœur. Même les mexicaines ont cédé aux charmes des couleurs et du travail à la main. Arrêt obligatoire dans un magasin de pots et autres articles de cuisine où on vend plus ou moins officiellement des « compuestos » - alcools obtenus d’un mélange de fruits et mezcal 50%, fait de pur maguey (espèce d’agave). Après avoir goûté trois ou quatre nous décidons emporter celui de membrillo (une espèce de coing, en plus petit) et de capulin (semblable à la mûre).  

À peine une heure plus tard – récital dans la belle Maison de la culture, récemment rénovée, dans une salle presque pleine qui nous a retenu pendant trois heures avec des questions sur la poésie, nos racines et sources d’inspiration, occasion pour moi de parler de la dictature communiste en Roumanie qui a marqué mon enfance et adolescence et du monde multiculturel dont je m’imbibe chaque jour à Montréal, où se côtoient québécois, anglophones et immigrants de tous les coins du monde.  

Le souper tardif  m’a retrouvé tordue par les haricots de l’après-midi, j’ai pu à peine goûter au pozole – soupe de poulet et maïs blanc à laquelle on rajoute de la laitue, des radis et oignon frais et du jus de lime. Je n’ai pas pu donc faire la fête avec les compuestos de membrillo et capulin avec Antonieta, Lizbeth, Karen, Carmen, Yamile, Lola et Angél.

Dimanche, le 11 novembre - le matin, avant de repartir à Huajuapan, on nous a encore offert du pozole (à 9h00!!!) dans l’accueillante maison de Eufemia. Je me suis contentée du pain de yema (délicieux petits pains sucrés aux jaunes d’œufs), fromages locaux et chocolat à l’eau. 

À 10h00 – émission duplex avec la Floride à la Radio Mixteca, petite lecture rapide, puis émission pour les adolescents, traitant de la tolérance, que celles de nous qui ont parlé ont fortement critiquée comme concept comprenant une acceptation forcée, on tolère ce qu’on ne peut pas éviter. Lola a parlé de l’Espagne qui a donné des immigrants et maintenant en reçoit, pas toujours gentiment, j’ai parlé des accommodements raisonnables au Québec, Yamilé des populations indigènes du Méxique.  

À la sortie un monsieur zapotèque nous attendait pour faire notre connaissance avec ses deux filles et a offert $50 à Angél pour nous offrir le dîner, que nous lui avons cédé pour tous les repas déjà offerts. 

Finalement – de retour à Huajuapan de Léon, à peine changée j’ai couru à la réunion de travail du Musée régional, après un repas dans un jardin sous les orangers et les hibiscus, entourées par des cages remplies d’oiseaux, nous nous sommes rendues à 19h00 au Parc de l’Indépendance pour un autre récital, animé aussi par un groupe de danses folkloriques et la voix envoûtante de Gabriela. Petit incident final – une poète d’origine mixtèque, Betty Cariño, nous a raconté qu’on ne la laissait pas lire, puis est montée sur scène toute seule, toute fière, en nous lisant deux poèmes très engagés et très bien reçus, l’un dédié aux femmes de Oaxaca, l’autre aux immigrants qui essayent de passer la frontière aux Etats-Unis. Elle nous avait raconté qu’elle était «luchadora social » (guerrière sociale) auparavant. Beaucoup d’entre nous se sont senties solidaires à ce moment-là. 

Moi et Oana, l’autre montréalaise et colocataire temporaire, attendions la fin pour aller à la maison goûter au mole, plat typique de la zone que je n’avais essayé auparavant que dans des restaurant, sauce faite avec du chocolat amer, plusieurs espèces de chili, amandes, sésame, sucre, autres herbes et épices qui lui donnent une saveur inimitable. Il avait été préparé par la mère de Pedro, notre amphitryon, car sa femme, venant d’une autre zone, ne  maîtrisait pas tous les secrets. 

Lundi, le 12 novembre - partagé entre une magnifique école secondaire, érigée dans une zone verte et fleurie et autre session de travail (à vrai dire pas très fructueuse). Puisque dans l’école il y avait 18 classes, à chacune des 14 qu’on était nous a touché de faire l’atelier toute seule. Moi, une roumaine de Montréal, devant toute une classe de mexicains, leur parlant en espagnol de la poésie, en essayant de les stimuler, de les faire écrire! Ouf, quel soulagement, environ la moitié ont lu leur production, et cinq étaient à retenir. À la lecture commune dans la grande cour deux de « mes » enfants ont partagé leurs mots avec les autres – quelle joie! Oana avait fait un exercice fort intéressant, en leur donnant un poème en roumain qu’ils ont « traduit » selon l’inspiration, en reconnaissant à peine quelques mots. Tous des poèmes différents! Soirée spéciale aussi, une vingtaine d’entre nous réunies dans un bar, en partageant nos poèmes, mais aussi en chantant ou en jouant de la guitare. Moments uniques. 

Mardi, le 13 novembre – dernier jour dans la Mixteca, le matin dans une autre « réunion de travail » plutôt administrative, en parlant du voyage de retour à Mexico, à midi dans l’Université Technologique de la Mixteca, très réputée, devant un public plus mûr et éduquée, tout aussi attentif et intéressée, à peine une dizaine d’entre nous avait lu ses poèmes, mais l’organisateur Emilio Fuego a demandé à quelques unes qui étaient dans la salle de partager leurs impressions. J’ai pu donc raconter à quel point il est merveilleux de partager, de donner et recevoir, combien nous nous sommes enrichies parmi les mixtèques et combien pèsent les mots qui sont à nous tous et nous sommes libres de prodiguer aux autres. 

Après une dernière « réunion » je me suis promenée un peu avec Oana, en prenant des photos, en regardant les magasins d’artisanat, les églises, le marché, les montagnes et en commentant les expériences vécues, si intenses, parmi ces gens simples, sensibles et chaleureux. Le soir nous avons soupé une dernière fois avec Pedro, Flor et leur quatre enfants – quelle famille exemplaire! Nous avons parlé du Méxique, de la pauvreté et la richesse, la Roumanie, le Canada, ils nous offert de la céramique de Oaxaca, du mole à préparer et du mezcal artisanal, car on était dans ses terres, la famille de Pedro étaient de mezcaleros par tradition. Lui, il est agronome et sociologue, s’occupe de la terre et des gens, que peut-on demander de plus? 

Mercredi, le 14 novembre – réveil forcé à 6h30, départ à 7h15…arrêt à 7h45 pour un déjeuner d’adieu presque dans les champs, offert par le gentil Don Paulino et sa femme, qui ont des parents à Toronto, qu’ils ont déjà visité (la pauvreté pousse beaucoup de mixtecas de quitter leur terre). Une abondance de tortillas, œufs, sauces, chocolat, thé, café, tout préparé selon les traditions. Des dindes couraient au loin (pavo en Espagne, guajolote au Mèxique, sa patrie), parmi les plantes d’agave.  

Finalement, on a repris la route vers 10h00 pour arriver à l’hôtel à 17h30 – récital au Palais des Beaux Arts programmé à 19h00. En passant en bus à côté du Palais on a pu « admirer » une manifestation nudiste, dirigée contre le Sénateur Dante Delgado Rannauro « oppresseur des paysans ». La photo de l’inculpé couvrait certaines parties du corps que je m’abstiens de nommer.  

Après - la course folle pour une dernière fois, lecture éclair de 50 poètes (certaines étaient rentrées déjà). Alex et Ada, parents de mon amie équatorienne Karla, résidante de Montréal aussi, étaient dans l'auditoire. J’ai suivi leurs réactions à travers leurs visages, tantôt amusés, tantôt touchés, tantôt surpris (il y avait des poèmes érotiques au vocabulaire très direct). Ils habitent Mexico, alors avec Lola la española, Oana, son copain arrivé de Montréal et Maria-Luisa (franco-espagnole, professeure à New York) nous avons atterri émerveillés ensemble au magnifique Café Sanborn « Casa de los Azulejos » – somptueux édifice du XVIème siècle, ancien palais du Marquis del Valle de Orizaba, exhibant une magnifique peinture murale, des poutres et des couleurs sur les plafonds et admirables carreaux de faïence peinte (azulejos). On a profité pour déguster  une traditionnelle margarita et ungoûter. Décidément, les desserts ne sont pas le fort de la cuisine mexicaine! De retour à l’hôtel, moi et Maria-Luisa cherchions un endroit pour une dernière bière et avons embarqué avec Carmen la méxicaine et Gabriela la chicana de California en direction de « Rio de la Plata », bar relax à l’ambiance étudiante où nous avons retrouvé autres « compañeras poetas » profitant des bières « Bohemio », « Indio » et « XX » (dos equis!) à 1.10 pesos (1 dollar! Viva Mexico!). Les discussions pour et contre le programme chargé et le manque d’orientation versus les rencontres merveilleuses entre nous et avec les communautés nous ont retenu jusqu’à minuit passé. Nous avons quitté en pensant à la matinée qui sera notre seul temps libre au Méxique. 

Jeudi, le 15 novembre – la course touristique avec Maria-Luisa et Brenda (mexicaine de Morelia, Michoacan). Retour photo au Palais de Beaux-Arts, hélas, les visites individuelles ne sont pas permises et celle programmée à 13h00 était trop tard pour nous. La Casa de los Azulejos encore, puis le Zocalo (la Place principale dans toute ville mexicaine), pour la Cathédrale – que j’ai trouvé ravissante, bel exemple du foisonnant baroque mexicain, une fois de plus, accès interdit au-delà d’une certaine limite pendant la messe (franchement, quelle malchance!) et le Palais du Gouvernement où nous avons vu une partie des peintures murales de Diego Rivera remémorant la période pré-hispanique et un montage très kitsch illustrant la Fête des Morts. Nous avons pensé ne pas avoir le temps pour le musée du Templo Mayor (le Grand Temple), on juste regardé les quelques pierres restées debout, décorées encore de têtes de serpents fabuleux. Les yeux pleins de couleurs nous avons fait un petit tour dans les vieilles ruelles autour du Zocalo. De poupées nues, des uniformes de police et écolières, des vêtements de poupée, des tacos, des culottes, des peignes et des brosses, des chaussures bon marché, jusqu’à un bonhomme de neige gonflable, le tout accroché aux murs des édifices anciens, sous les yeux d’un Christ statufié au coin de la rue. Le surréalisme en fleur.  

Malheureusement on a du finir vite notre balade, car les avions n’attendent pas, même pas après les poètes des nuages.  

Pour finir en beauté - le taxi nous a coûté 60 pesos, un peu moins de $6.  

Je fis mes adieux à Ixtaccihuatl lui promettant de revenir…un jour. 

http://aleph2at.free.fr/index.html?http://aleph2at.free.fr/hommes/mixteque/general.htm

http://www.bellasartes.gob.mx/INBA/Template12/index.jsp?secc_cve=2

http://www.exconventosanhipolito.com

Novembre 2007

Irina Diana Mădroane

Pledoarie pentru o minoritate

 Trăiesc, de vreo patru-cinci zile încoace, alături, probabil, de toţi românii care au acces la un mijloc de comunicare în masă, sentimente care, deşi au început cu o nesfârşită tristeţe şi părere de rău pentru crima comisă de un cetăţean român în Italia, s-au transformat pe parcurs într-o neputinţă cumplită, în cazul meu, însă, nu de a salva imaginea neamului românesc, pentru multă vreme compromisă în Europa visurilor noastre, ci de a-i convinge pe mulţi dintre cei apropiaţi că nu ne merităm în chip fatal soarta de răi şi corupţi moral ce suntem.

      În faţa clocotului isteric în care a dat nu doar Peninsula, ci, într-o bună măsură, şi  spaţiul carpato-danubiano-pontic, unii împotriva românilor-rromi, iar alţii împotriva rromilor-români, e greu să aduci argumente raţionale care să liniştească spiritele într-atât de înfierbântate.

      Nu are niciun rost, aşadar, să discutăm despre cum nenumărate comunităţi de imigranţi, în toate epocile în care s-a manifestat acest fenomen, au fost blamate şi ostracizate pentru fărădelegi reale sau imaginare, transformate în infamul Celălalt, alteritatea hidoasă, care ameninţă, destabilizează şi distruge. Antropologii ştiu că aceste stigmatizări ale Celuilalt sunt un proces cât se poate de firesc pentru întâlnirea dintre culturi diferite, oamenii fiind supuşi din fire nevoii de a crea categorii şi de a impune graniţe imaginare între grupuri, astfel încât să poată descifra lumea din jur fără să intre într-o panică a lipsei de repere. Exemplele abundă, dar, ca să rămânem în temă, comunităţile de italieni din State nu au scăpat nici ele de stereotipuri negative, mărturie stând de pe acum celebrul film „Naşul”, în trei părţi.  Şi, tot ca să rămânem în temă, să recunoaştem că drepturile omului şi legislaţia multiculturalei Uniuni fac cu greu faţă acestui instinct de apărare a sinelui prin stigmatizarea Celuilalt, european sau nu.

      În egală măsură nu are rost să pomenesc aici despre cum statele din Balcani „sperie” Occidentul încă de prin secolul optsprezece cu sălbăticia şi înapoierea lor, după cum o dovedesc multe dintre însemnările de călătorie ale vesticilor iluminişti şi iluminaţi, ajunşi prin zonă pentru comerţ, din curiozitate, sau ca să se joace de-a eroii. Discursul despre primitivismul şi violenţa care îi stăpânesc pe albanezi, sârbi, bulgari, români şi chiar greci răbufneşte cu regularitate, şi în presa, şi în politica europeană, şi, mai ales, în industria de divertisment internaţională, unde, vrei, nu vrei, nu ai cum să scapi de Dracula, figură emblematică, răsărită din negurile Transilvaniei barbare.

      Ca să nu mai spun că românii, ca naţiune, privesc cu mândrie nu mai în urmă de anul 1918, iar, în vâltoarea celui de-al doilea război mondial, urmat de crunte decenii comuniste şi de o tranziţie şi mai amară, valorile care ar putea să-i alăture în mileniul trei bătrânelor civilizaţii europene, cu mult mai aşezate pe făgaşul lor, au fost răsturnate de nenumărate ori. De ce să ne mirăm că transnaţionalismul european din zilele noastre, care îi nedumereşte pe francezi sau pe olandezi, şi care face aşa încât partidele de extremă dreaptă să răsune din ce în ce mai puternic chiar în inima Bruxelles-ului, s-a adăugat, la români, ca o pojghiţă identitară destul de subţire, peste aceste valori balcanice, ex-comuniste şi „de tranziţie,”  gata acum de scos la plimbare prin toată Uniunea?

      Mergând mai departe cu inutilitatea demersului meu logic, de ce aş mai aminti oare că mass media funcţionează, potrivit multor studii făcute de cercetători mai pricepuţi decât mine, după mecanisme care, deşi teroretic asamblate fără fisuri şi rele intenţii, selectează şi evidenţiază doar anumite aspecte ale realităţii, pe criterii definite adesea în funcţie de impactul la public, într-un context instituţional şi sociocultural prea puţin scutit de raţiuni de ordin politic sau economic ori de influenţa mentalităţii colective. Ce rost are să mai adaug că, de multe ori, un subiect care devine ştire rămâne în atenţia jurnaliştilor zile şi săptămâni întregi, se umflă şi prinde chiar viaţă, cum se întâmplă acum în Italia, când românii s-au reîntrupat în ucigaşii şi violatorii din Est şi sunt fără de preget atacaţi pe străzi. În cazul imigranţilor, subiectul se conturează în presa italiană de vreme îndelungată, românii dându-i numai retuşurile finale, din păcate în nuanţe cât se poate de vii. Asta deşi majoritatea se îndeletnicesc cu munci umile, asupra cărora italienii nu se mai apleacă de ani buni, şi, la fel cum există procente de necontestat care atestă numărul sporit de infracţiuni comise de ei, vor fi existând, mă gândesc, şi ceva procente care să arate la fel de necontestata lor contribuţie la veniturile statului italian.

      Ca ultim argument cu totul nedemn, aş vrea să pomenesc şi de atmosfera din viaţa politică italiană, îndelung comentată şi pe la televiziunile din România, cu o dreaptă puternică în opoziţie şi cu organizaţii neofasciste care îşi scuipă fierea xenofobă cu o forţă cât se poate de (ne)obişnuită. Să-i adăugăm şi pe cetăţenii-italieni-viitori-alegători, înfricoşaţi de fantasmele transnaţionalismului, dar şi de invazia de europeni care se hotărăsc pe nepusă masă a face uz de dreptul lor la liberă circulaţie în spaţiul comunitar, şi avem tabloul complet al situaţiei din Peninsulă, cum ar zice analiştii noştri. N-ar trebui, poate, trecut cu vederea nici faptul că aceşti cetăţeni sunt pe bună dreptate nemulţumiţi de legislaţia neadecvată şi de prea sfidătoarea delăsare a autorităţilor în a rezolva problema – ce păcat că ei nu ştiu cât de mult se înfrăţesc astfel cu românii.

      Chiar nu vreau să mai spun nimic despre reacţia întârziată, talmeş-balmeşul de declaraţii, mai mult sau mai puţin la curent cu legislaţia comunitară şi cu drepturile cetăţenilor europeni (susţin iar unii comentatori), şi de propuneri în care s-au întrecut vajnicii reprezentanţi ai Guvernului României. Noroc cu intervenţia salvatoare a Preşedintelui din seara aceasta, mi-a mai venit inima la loc.

      M-am lăsat, prin urmare, pe deplin convinsă de părerile exprimate de apropiaţii mei, precum şi de unii intelectuali de prestigiu din România, dacă mi se permite un clişeu, neclintiţi în aprecierile lor de niciunul dintre argumetele mele (pe drept cuvânt neîntemeiate), enumerate mai sus. Să nu ne victimizăm, aşadar. Suntem, fără îndoială, un popor lipsit de orice principii morale şi de orice simţ civic, care-şi alege conducători corupţi şi se bălăcăreşte dimpreună cu ei în mocirla post-decembristă, adâncindu-se de-a valma într-o gaură neagră a existenţei naţionale, unde peste singura portiţă de lumină  către restul universului se coboară sumbru figura lui Romulus Mailat, aşa cum este ea încă difuzată de toate televiziunile din UE. Şi se aşterne bezna. După îndelungate sforţări, am reuşit să le smulg prietenilor mei încuviinţarea, printre dinţi acordată, că există şi medici care nu cer mită, şi profesori univesitari care nu plagiază, şi studenţi care nu-şi cumpără lucrările de diplomă de la coordonatori, şi politicieni care nu-şi vâră mâinile până la cot în banii publici, şi rromi care nu tâlhăresc, şi imigranţi care se duc în Europa să muncească, nu să se căpătuiască peste noapte. Câţiva, puţini, mă rog...

      Ca una care prin anul 1996 stârneam uimirea unui vânzător francez restituindu-i o bancnotă de o valoare considerabilă pe care mi-o înmânase din greşeală ca rest, îndrăznesc, şi din alte motive pe care modestia mă împiedică a le înşirui aici, să mă aşez, umilă, printre puţinii români de care făceam vorbire mai sus. Şi, cum minorităţile par a se bucura de mai multă bunăvoinţă în zilele noastre când vine vorba de drepturile omului, propun instituirea unei minorităţi a românilor cinstiţi şi plini de virtuţi, care să lupte pentru dreptul de nu mai fi discriminată prin presa naţională şi internaţională şi de a nu mai fi împovărată de obligaţia de a-şi asuma, cu umerii plecaţi, actele iresponsabile ale majorităţii corupte. O minoritate cu partid, ziar, organizaţii nonguvernamentale şi tot ce-i mai trebuie, unde să se înscrie toţi românii care se ştiu a nu fi călcat (prea) strâmb vreodată, cu gândul, dar, mai ales, cu fapta. Cred că imaginea României ar avea mult de câştigat dintr-o asemenea iniţiativă. Se va auzi astfel în Europa că există, vorba unei emisiuni, şi altfel de români. Vor fi impresionaţi de meritele noastre de necontestat, de manierele, educaţia aleasă, şi spiritul nostru cetăţenesc, ne vor recunoaşte şi respecta drepturile, şi ne vor întâmpina cu sinceră bunăvoinţă peste tot. Cine ştie? Poate că într-o bună zi, ni se vor alătura şi majoritarii deveniţi invidioşi şi dornici să se reformeze. Acceptăm şi discriminare pozitivă. 

5.11.2007 

création et réalisation par Cristian Nistor

graphique et mise-à-jour Bogdan Malaelea-Toropu

Droits de reproduction et de diffusion réservés © TERRA NOVA 2005. Tous droits réservés

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