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| Magazine mensuel de dialogue culturel | Depuis 2001 • No 38 • Montréal • 15.10.2007 |
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Felicia Mihali Parfum de poussière, de Rawi Hage Chanson de guerre Il est difficile d’écrire sur un livre qui ne mérite que des louanges. Ce n’est pas que ces derniers temps on lit peu de livres traitant de la guerre : bien au contraire. Toutefois, il est rare que la violence et la cruauté dans laquelle grandissent les enfants soient aussi poignantes que dans le premier roman de Rawi Hage, Parfum de Poussière, publié par la maison d’édition Alto, traduit de la version originale De Niro’s Game par Sophie Vaillot. C’est bien le cas de George et Bassam, deux adolescents qui grandissent et qui vivent côte à côte les horreurs de la guerre civile du Liban. Une guerre qui n’empêche pas les gens de s’aimer et de se haïr, de rêver, de bien manger, d’écouter de la musique et de faire la fête. Ce qui règne dans ce chaos est le mal que les proches s’infligent. Pour un démêlé d’argent, George envoie quelqu’un tabasser Bassam et de plus il lui prend sa bien-aimée Rana. Ces découvertes changent à tout jamais Bassam à qui la guerre aiguise le sens du danger et de la survie. Dans la ville de Beyrouth, déchirée par le conflit entre chrétiens et musulmans, par la présence des Palestiniens et des Syriens et, finalement, par l’intervention d’Israël, il vit jour et nuit sur le qui-vive. Dorénavant il fait partie de la caste des guerriers antiques enterrés sous les décombres de cette ancienne ville romaine, de ceux qui dorment avec le danger comme coussin, qui réagissent vite à la moindre menace, qui sortent le pistolet et tirent pour qu’on ne leur tire pas dessus. Aucun sentiment ne tient devant la mort, sinon le respect. Bassam, il peut se dispenser de tout mais non de respect. Pour cela, la trahison de Georges et son adhésion à des camps adverses, ainsi que sa dépendance à la drogue, alimentent son désir de partir, de quitter ce pays où les jeunes savent qu’il n’y a plus rien pour eux. La France, le Canada, l’Italie, n’importe quelle terre peut leur offrir un meilleur accueil. Les parents sont morts, les maisons en ruine, les amis sont des traitres. Il n’y a rien à regretter, sinon à craindre. Malheureusement, une fois parti on découvre très tôt que où qu’on aille, la guerre vous suivra partout : « Les chambres de tortures sont en nous » dit Georges lors de leur dernière rencontre. Les femmes se font partout maltraitées, en tant que simple objet du pouvoir de l’homme. De la drogue, de l’espionnage, aucune ville du monde n’échappe à ces pièges. Même à Paris, Bassam doit continuer sa carrière de gangster. Rhéa, la demi-sœur de George ne vit pas sous les bombes, toutefois sa vie n’est pas plus dépourvue de soucis et des yeux en cocarde. À Paris comme à Beyrouth, Bassam ne peut renoncer à son pistolet. La plus grande qualité de ce roman est de ne porter aucun jugement moral sur la vie de ces petits gangsters des ruines qui volent, tuent, mentent et font la fête à côté des cadavres. Ils pleurent plus la mort d’une fillette inconnue, le corps déchiqueté par une bombe dans la rue, que celle de leur propre mère. On a souvent l’impression qu’on lit le récit de quelques êtres déshumanisés : toutefois, le livre de Rawi Hage nous rappelle que lorsque ces mêmes individus sont au plus bas, rien ne peut leur enlever le désir de faire de leur mieux pour sauver les autres, malgré tout. Felicia Mihali L’enfance et la guerre perpétuelle Cochon d’Allemand, de Knut Romer Combien douce est l’enfance même lorsqu’elle est affreuse! Combien captivante est l’histoire de chaque individu, même lorsque sa vie est bouleversée par une guerre qui n’en finit plus. Tel est le cas de la mère du petit Knut, une Allemande qui décide venir vivre dans une petite ville de Norvège. Son existence sera une guerre sans fin et sans trêve qu’elle mènera à sa façon pour l’amour de celui qui est arrivé pour la sauver et pour donner un peu de beauté à sa jeunesse gaspillée en fuites et cachettes. Le petit enfant de l’histoire s’appelle Knut, ce qui fait penser que Cochon d’Allemand est un roman autobiographique. Peu importe. Les histoires que Knut Romer raconte ont la brièveté et l’intensité des romans policiers; on les lit à bout de souffle sachant qu’elles auront toutes le même dénouement: la mort, le désespoir, la déchéance, parfois la folie. Le petit Knut traverse un siècle où tout le monde est dans l’attente d’autre chose, où chacun semble fait pour autre chose. Grand-père paternel échoue dans ses innombrables essais pour accueillir le progrès, progrès qui arrive toujours trop tard pour ceux qui le prophétisent. Grand-mère paternelle est épuisée par les efforts pour arriver à nourrir ses enfants, alors que son mari s’épuise dans des entreprises infructueuses. Grand-père Schneider, le grand-père maternel, sévère et autoritaire, meurt après la guerre, lorsque les choses semblaient bien tourner pour lui et sa famille. Grand-mère maternelle vivra le visage couvert à cause des terribles brulures provoquées par l’explosion d’une bombe. Tout autour, il y a une faune extrêmement bigarrée de tantes, oncles, cousins, eux aussi avec leurs histoires, leurs échecs, leur haine. Par-dessous tout, il y a la mère, la magnifique Hilde, qui refuse d’avoir honte d’être Allemande, qui refuse de se laisser abattre par la haine des anciennes victimes. Elle porte la tête haute le fardeau de la faute nationale et identitaire. De son côté, son fils, le petit Knut forge sa vie à lui, en manque de l’amitié de ses pairs, s’isolant dans ses petits loisirs et à l’écoute de Radio Luxembourg. Cochon d’Allemand est un ravissant livre sur l’enfance avec ses horreurs et son pouvoir renouvelé de passer à travers. C’est un livre sur une Europe déchirée par la guerre et par les conflits ultérieurs, générés par l’esprit de vengeance des victimes et par leur refus de pardonner. Un livre écrit dans un style aussi fluide que les temps qui courent et qui portent en eux la trace de ce que nos grands-parents et parents ont vécu il n’y a pas longtemps. Felicia Mihali Le désert de l’âme The Desert Lake de Linda Leith Il semble que chaque Occidental à sa Chine à lui : ce pays multiforme retourne à chaque voyageur une image inusitée de soi-même, de ses pertes, de ses interrogations. On puise parfois dans le mystère de Chine ce qu’on ne trouve pas ailleurs, et d’autant moins dans les pays où l’on vit. Cela est bien le cas de Barbara Crossie, l’héroïne du roman The Desert Lake, de Linda Leith, publié par Signature Editions, disponible pour le moment uniquement en anglais. Une jeune écrivaine Montréalaise répond à l’invitation d’un ami de visiter la Chine à condition que son agent et amoureux l’accompagne. Rien d’inusité, si Josh avait été au rendez-vous dans l’hôtel de Beijing. Son absence inattendue plonge Barbara dans une véritable détresse qui la fait se tourner contre ceux qui l’entourent et qui ont l’aire de ne pas comprendre son état d’âme. Au font, ses amis Harry et Joie sont venus voir leur Chine à eux, rappelés par les souvenirs d’un passé troublant et douloureux. Que vaut les peines d’amour d’une belle femme comparativement aux souvenirs de Joie qui a vu son mari périr lors de la Révolution culturelle, incapable de lui porter secours vu les lois en vigueur concernant les étrangers? Barbara est plus malheureuse de ce malentendu, et elle se résigne mal que le passé des autres pourrait peser plus lourdement dans la balance de la souffrance humaine. Finalement, que deviennent les drames personnels reflétés dans ce miroir agrandissant qui est l’Empire du Milieu? Comment la détresse d’un individu change la perception d’un nouveau pays, et comment ce pays même va contribuer à quérir son âme? Comment un individu apprend-t-il à cesser de se mettre au centre de l’univers pour se tourner vers ceux qui l’entourent et y chercher du réconfort ? The Desert Lake est un livre sur le réveil à la réalité des autres. L’héroïne commence à regarder d’un autre œil ce qui ne sont au début que des descriptions abstraites dans un guide touristique, telles que les magnifiques dessins dans une grotte de l’ancienne ville de Dunhuang. Au bout de quelques jours, Barbara Crossie apprend à ouvrir son cœur aux autres drames que le sien. Ces découvertes, ainsi que les événements qui s’en suivront, l’aideront à trouver une solution à sa vie à elle. Felicia Mihali La punition de l’exil Salah Benlabed - Notes d’une musique ancienne « On ne s’exile pas impunément » : cette petite phrase concentre pleinement l’essence du dernier livre de Salah Benlabed, publié par Pleine Lune, tout comme son premier recueil de nouvelles La valise grise. Parler du sujet de ce roman ne prend pas plus de quelques mots : un Algérien, menacé par l’assassinat, quitte son pays en quête d’une vie paisible et sécuritaire pour lui et sa petite fille. Mais combien difficile est de surprendre tous les états d’âme d’un immigrant, car ce qui se révèle le plus difficile est non pas de vivre dans le présent mais de cesser de vivre dans le passé. L’exil punit toujours, même ceux qui y recourent par manque de choix. Et tout comme dans les nouvelles de La valise grise, Salah excelle surtout dans les choses non dites. Il se contente plutôt de détailler longuement leurs conséquences néfastes dans la vie d’un individu : la mort du père, la perte de la mémoire de la mère, les amis qui disparaissent dans des attentats. Ce qui fait le plus mal dans le passé d’un dépaysé est ce qu’on n’en connaît pas, comme la vérité sur sa propre famille. Le pays d’origine de l’héros n’est pas véritablement l’Algérie, mais un pays ravagé par la guerre d’Indépendance, ainsi que par les conséquences engendrées par la décolonisation, un pays abstrait, un summum de peur et de terreur. Le pire est que de l’autre côté, le nouveau pays est un pays du silence, où on apprend à vivre en tant que Personne. Votre nouvelle adresse ou votre nom impossible à prononcer par les autres ne vous rendent pas une nouvelle identité. « Être Personne fait tenir en vie ». Le livre de Benlabed est un des plus troublants écrits sur la détresse d’être Personne dans un pays qui exalte justement les valeurs de l’individualité. Il excelle surtout dans les portraits des marginaux qui y vivent : des Polonais, des Roumains, des Africains. A travers son héros sans nom, Salah Benlabed nous assure avec amertume que « la démocratie est versatile, elle n’est pas universelle ». Un récit exquis. Felicia Mihali Gary Victor – un sorcier du récit Dans la préface de son dernier livre publié au Québec, Alain Mabanckou disait que la réputation précède toujours Gary Victor, un des auteurs haïtiens les plus lus au monde. Ce n’est pas pour cette raison que j’ai lu ce recueil de Treize nouvelles vaudou, publié par Mémoire d’encrier à l’automne 2007, mais parce que je ne crois pas au vaudou, et je m’étonnais que quelqu’un puisse même en écrire treize histoires. Après avoir lu la dernière nouvelle, je ne suis pas devenue plus confiante dans cet art sorcier, mais je suis devenu une adepte convaincue de Gary Victor. Je crois surtout dans son pouvoir magique de faire vivre des personnages qui croient au vaudou, dans un pays où la violence et la pauvreté incitent les gens à se fier plutôt aux forces du ciel et des mauvais esprits qu’à la nature humaine. Malgré le côté surnaturel du livre, les héros des histoires sont véritablement des êtres en chair et en os dont la vie verse brusquement dans des archétypes qui dépassent le quotidien. La tradition, les croyances anciennes font surface dans un pays déchiré par des conflits sanglants, des conflits qui estompent même le souvenir des affres du colonialisme français. C’est Danny Laferrière, un autre Haïtien célèbre, qui racontait qu’à chaque fois qu’il va en France il dit à son audience française : « Vous ne me devez plus rien ». Gary nous fait découvrir un Haïti qui exerce une grande attraction pour les étrangers qui, incapables de toucher aux tabous de leur propre pays, embarquent dans les idéaux des autres. Voilà ce qu’on lit dans la nouvelle intitulée Une heure dix-sept : « Brad était de ces étrangers qui se sentaient mal dans leur peau chez eux et qui cherchaient un autre lieu où leur mal-être pourrait se dissoudre dans une sorte d’engagement pseudo révolutionnaire… Il aimait l’opiniâtreté des Haïtiens de se battre continuellement contre les dictatures même s’il ne comprenait pas, ou ne voulait pas comprendre, pourquoi ces mêmes gens, qui descendaient dans les rues pour dire non à l’oppression, s’empressaient avec autant d’énergie à se choisir un autre débile comme dirigeant. » Reconnaissez que cela fait une bonne alliance avec l’art de la sorcellerie. Ce qui m’a étonnée chez Gary est son pouvoir de tenir l’attention du lecteur en état de veille permanent sachant que chaque nouvelle a une fin tout à fait prévisible. C’est comme si on lisait un roman policier, sachant dès le début le dénouement. Justement. Gary est un sorcier du récit, du suspense et de la retenue. Son livre est vraiment un régal. Gary Victor Treize nouvelles vaudou Mémoire d’encrier
Felicia Mihali La pivoine de jade – une histoire d’os et de chair Il y a deux ans, j’ai découvert, par pur hasard, l’histoire de la communauté des célibataires chinois de Vancouver, formée des ouvriers importés de Chine pour la construction de la voie ferrée Canadian-Pacific, acte de naissance de la nation canadienne. Toutefois, dans tout le pays on connaît encore peu le sort de ces hommes qui, en tant que résidents étrangers, après la fermeture du chantier sont restés, pauvres et seuls, dans un no man’s land inhospitalier, loin de la mère–patrie. Le livre de Wayson Choy, La pivoine de jade, outre ses excellentes qualités artistiques joue le rôle d’un document de premier ordre sur des réalités moins connues de ceux qui, à côté des Autochtones, peuvent être considérés comme une nation fondatrice du Canada. L’histoire de la famille de Poh Poh, une vieille Chinoise qui s’exprime encore en plusieurs dialectes et un rudiment d’anglais, compte tenu de ses états d’âme est une histoire banale dans le Chinatown de Vancouver : des enfants en provenance de plusieurs mères, des amitiés qui tiennent des souvenirs de la Chine ancienne, des traditions qui règlent une existence partagée entre modernité et Moyen Âge. À travers la voix des trois enfants de la famille, nous avons trois perspectives complexes sur une société régie par des lois sévères et par un amour inconditionnel pour l’ancien pays, là où tout Chinois rêve de voir enterrés ses os après sa mort. La grand-mère Poh Poh peut sembler une vieille mégère qui confine les petits-fils au cercle étroit des traditions. Mais après sa disparition physique, elle hante la vie de la famille comme une présence impossible à effacer. Même reniée, la tradition refait surface dans leur existence, comme une oasis de vérité et d’authenticité. Personne ne peut échapper à ce qu’il est pour de bon. D’un autre côté, la guerre sino-japonaise fait que l’amitié d’une fille chinoise et d’un garçon japonais soit impossible dans une communauté fermée au renouvellement : la transplantation des anciens tabous dans le nouveau monde engendre des tragédies inimaginables dans la vie des jeunes qui ont du mal à trouver leurs propres repères. Les histoires astucieuses des trois enfants cachent savamment les règles immuables qui gèrent la vie quotidienne dans les communautés immigrantes au Canada. Malgré les radotages de grand-mère, les enfants rêvent de devenir aussi célèbres que Shirley Temple ou le boxeur Joe Louis. La mère des enfants, appelée belle-mère par la volonté de Poh Poh, a finalement le courage de reprocher à son mari d’avoir accepté cette décision qui l’avait presque transmuée en une étrangère pour ses propres enfants. En même temps, avec le courage des femmes opprimées, elle cache l’aventure de la jeune voisine Meiying avec un Japonais, en lui confiant la garde de son jeune enfant comme alibi pour ses rencontres. Poh Poh est une présence rassurante dans la vie peu stable des immigrants. Toutefois, la disparition de l’Aïeule laisse place au renouveau. La pivoine de jade réconcilie la tradition et la modernité dans la vie d’un individu. Wayson Choy nous apprend que l’existence d’un être humain est accomplie uniquement si on n’essaie pas à tout prix de supprimer la place de l’une à la faveur de l’autre.
Linda Leith The Desert Lake The Desert Lake is a cool, smart, and subtle novel that is a literary feast while also being a page turner. Barbara Crossie is a relationships columnist who has been invited to join a Canadian delegation to China with her friend Harry, a publisher of political books, and Elizabeth Pearl Murray, head of the Writer's Guild. Barbara has only just published her first book - Mad About Men - and is unsure what she has to contribute, but agrees on condition that Josh, her agent and long-distance lover, meet them in China. The trip will give Barbara and Josh an opportunity to explore whether they are ready to make a serious commitment. Things go awry from the moment they arrive in China, though, for Josh simply doesn't appear. Deeply distressed, Barbara decides to continue with her companions on the Silk Road and eventually finds herself in the deadly Taklimakan Desert, known as the Ocean of Death. It is there, by the astonishing desert lake, that she sees the way past her crisis. "Danger," Barbara said finally, in desperation, pointing to the first word on her The Author Linda Leith, one of the most international of Canadian writers, is set to launch her third novel, The Desert Lake, which is set in northwestern China. Like the young protagonist of The Desert Lake, Leith herself has travelled the Silk Road to Lanzhou and the oasis of Dunhuang as part of a Canadian literary delegation. As she says, "Like every novel, The Desert Lake is true in part. I myself have traveled to Beijing and Lanzhou and further along the Silk Road to the oasis of Dunhuang and beyond. What my characters see in China has much in common with what I myself saw, and it is unlikely they would have found themselves there if I had not ventured there first." Born in Belfast, Leith then lived in London and Basel before coming to Montreal as a teenager. She spent two years in Budapest in the early 1990s, during which she wrote her first novel, Birds of Passage, which is set in Hungary. Her second, The Tragedy Queen, inspired by a real-life incident, was a "Canadians Recommend" title for Canada Reads in 2003. It was also translated into French by Agnès Guitard and subsequently won the 2003 Governor General's Award (as Un Amour de Salomé). Her non-fiction publications include the essay Introducing Hugh MacLennan's Two Solitudes and the memoir Marrying Hungary, which was commissioned for publication in French by Aline Apostolska as Épouser la Hongrie and later appeared in Serbian. Linda is founder and artistic director of the Blue Metropolis Montreal International Literary Festival. Rawi Hage Parfum de poussière Il pleut des bombes sur Beyrouth. Par légions de dix mille, les fléaux s’abattent sur cette ville déchirée par la guerre civile. Sous un soleil de plomb, on se livre une guerre sans merci pendant que les innocents se terrent dans les abris comme des rats. Bassam et Georges sont deux amis d’enfance qui ont grandi au milieu de cet enfer de gravats et de sang, dans l’écho assourdissant des détonations. Les deux voyous vivent de menus larcins jusqu’au jour où la dure réalité de la guerre vient les rattraper et les contraindre à un choix difficile : prendre les armes ou prendre la fuite. Tandis que Georges est séduit par les idéologies guerrières de la milice, Bassam, de son côté, rêve de s’enfuir en Europe. Mais ceux qui partent ne reviennent jamais… Salué par la critique anglo-saxonne comme l’un des romans les plus puissants jamais écrit sur la réalité de la guerre, Parfum de poussière a révélé un écrivain doté d’un talent de conteur brut et d’une plume sauvage, hallucinée. Cru et fort comme un direct à l’estomac, ce premier roman dresse un portrait cinglant de l’absurdité de la violence qui n’est pas sans évoquer L’étranger de Camus, dont le spectre flotte sur ses pages, tachées par la poussière et le sang des hommes. Né à Beyrouth, au Liban, Rawi Hage a survécu à neuf ans de guerre civile. Il a immigré au Canada en 1992. Il pratique avec succès l’écriture, les arts visuels, le commentaire politique et le métier de curateur. Son travail a remporté plusieurs prix. Ses textes ont été publiés dans les revues Maclean’s, Fuse, The Toronto Review, Montreal Serai et Al-Jadid. Il a participé à des expositions solos et collectives dans plusieurs pays. Son deuxième roman paraîtra en 2008. Finaliste au prix littéraire du Gouverneur général du Canada, au prix Scotiabank Giller et au prix du Commonwealth (premier roman), Parfum de poussière a remporté le prix McAuslan du premier roman et le prix Hugh MacLennan. Rawi Hage vit à Montréal. Pétri d’humour noir et d’urgence, Parfum de poussière est une chronique finement ciselée de l’absurdité de la guerre civile à Beyrouth. Les images évoquées explosent Dix mille cigarettes collées à mes lèvres, un million de gorgées de café turc versé dans mon gosier cramoisi. Je pensais à Nabila, aux machines à poker, à Rome. Je pensais à quitter cet endroit. J’ai allumé la dernière bougie, bu au seau d’eau, ouvert le frigo et je l’ai refermé. Il était vide et ça fondait à l’intérieur. Pas un bruit dans la cuisine ; ma mère était descendue dans l’abri avec sa radio ; étouffée par la distance, elle jouait pour les rats et les familles entassées les unes sur les autres. Roman traduit de l’anglais (Canada) par Sophie Voillot.
Knud Romer Cochon d’Allemand Traduit du danois par Elena Balzamo Avec la distance et l’humour des enfants qui sont plus raisonnables que ceux qui les maltraitent, KNUD ROMER compose l’émouvante histoire de sa famille, rejetée par les Danois de Nykøbing, à cause des origines allemandes de sa mère. Un enchaînement presque cinématographique de brèves séquences fait défiler les personnages en Allemagne et au Danemark des années trente jusqu’aux années soixante-dix. Le grand-père paternel, un entrepreneur fou et visionnaire dont tous les projets échouent immanquablement, le père assureur qui ne vit que pour éviter le pire, la grand-mère, beauté défigurée par une explosion, qui a la larme facile et qui fait un goulasch incomparable… Mais surtout la mère, une ancienne résistante, trop fière pour répondre à la bêtise de ses voisins qui la prennent pour une nazie, et qui dissout son chagrin dans l’alcool. Et cet enfant, témoin du mépris permanent dont est frappée sa mère, trop petit pour l’aider, malgré tout son amour. Lauréat de nombreux prix en 2006, Cochon d’Allemand dépeint dans un style dense et enlevé une époque teintée de rancœur et de culpabilité.
Knud Romer, né en 1960, a étudié la littérature comparée. Concepteur-rédacteur pour de nombreuses agences publicitaires, il a dirigé des campagnes qui ont été primées à plusieurs reprises. Il a aussi joué dans Les idiots de Lars von Trier et dans Allegro de Christoffer Boe. Avant ce premier roman, il a publié de nombreux traités d’histoire culturelle sur des sujets aussi diversifiés que les pastilles de menthe ou le suicide autoérotique. Extrait / Le village de Nykøbing Falster est si petit qu’il termine à l’instant où il commence. De l’intérieur, on ne peut pas en sortir ; d’en dehors, on ne peut pas y entrer. On le traverse en un rien de temps et la seule trace qu’on en garde, collée aux vêtements, c’est l’odeur du fumier en été et des betteraves à sucre en hiver. Je suis né là, en 1960 ; je n’aurais pas pu me trouver plus proche de l’inexistence. « Il a ce talent des rares romanciers qui par un coup d’essai réussissent un coup de maître. Outre un évident bonheur d’écriture, un don à rendre en peu de mots l’esprit d’une époque, et une façon de placer, dans l’évocation de situations dramatiques, l’once d’humour sans laquelle il n’est pas de grande œuvre, la façon dont sont campés les personnages donne son ampleur à l’histoire de ce fils. Pierre-Robert Leclercq | Le Monde des livres
Horacio Castellanos Moya Le bal des vipères Traduit de l’espagnol (Salvador) par Robert Amutio Pour tromper son ennui, Eduardo Sosa, un jeune homme désœuvré décide de suivre une sorte de clochard, Jacinto Bustillo, qui vit dans une voiture stationnée au pied de son immeuble. Après quelques heures et de nombreuses gorgées d’alcool, l’étudiant tue le clochard dans une ruelle et se glisse à la fois dans la Chevrolet et dans la personnalité de Jacinto, ou du moins celle qu’il imagine qu’il a. Dans la Chevrolet l’attend une divine surprise : Loli, Beti, Valentina et Carmela l’adoptent et ensemble ils prennent la route pour venger Jacinto : d’abord tuer sa méchante épouse et ensuite, sa domestique. Mais la soif persiste et les trois belles, sensuelles et cruelles, s’ankylosent. Ils prennent d’assaut une galerie marchande chic. Évidemment c’est la panique, le carnage : des quidams et des personnages importants. Puis l’équipée se poursuit, semant le chaos et la terreur dans la ville. Avec cette balade ophidienne qui allie le délire paranoïaque et réalisme cru, Horacio Castellanos Moya laisse place au fantastique, à l’hallucination, comme si eux seuls étaient à la hauteur de la critique de cette société sans avenir, où la révolution n’est plus à l’ordre du jour.
Horacio Castellanos Moya est né au Honduras en 1957, mais a vécu la majeure partie de sa vie au Salvador. Il est l’auteur de huit romans et de cinq recueils de nouvelles. Il a travaillé de nombreuses années en tant que journaliste au Mexique, au Guatemala et au Salvador. Après la publication en 1997 de son roman Le dégoût, il a reçu de nombreuses menaces de mort qui l’ont contraint à s’exiler. Il a bénéficié, entre 2004 et 2006, d’un programme soutenu par la Foire internationale de Francfort qui lui a permis de mener ses projets littéraires à plein temps. Après Le dégoût, La mort d’Olga María, L’homme en arme et Déraison, Le bal des vipères est son cinquième roman traduit en français et publié aux éditions Les Allusifs. Son oeuvre est parcourue d’un souffle rageur et brutal, heureusement apaisé par un humour jubilatoire, dernier rempart contre la bêtise des autres. « C'est un mélancolique, disait Bolaño, peu avant sa propre mort, et il écrit comme s'il vivait au fond de l'un des nombreux volcans de son pays." La lave refroidit son humour. Il donne l'impression de vivre seul depuis toujours et de promener son volcan avec lui. Castellanos Moya est un prince de la distanciation. Il épouse la conscience de ses créatures; leur parole, lue à plat, révèle en creux leur inconscience et l'horrible grimace du monde. On rit froid. Ses romans sont très divertissants, car, comme le disait Roberto Bolaño, "c'est un survivant, mais il n'écrit pas comme un survivant" ». Philippe Lançon | Libération Bill Gaston Les frères Baal Un roman plein de rebondissements et de cocasseries par lesquels Gaston s’amuse à poser un regard critique sur la révolution sexuelle du siècle qui vient de s’achever et sur la candeur de ceux et celles qui s’y sont engagés, les yeux fermés, payant parfois cher leurs frasques... L’humour et l’audace sont au rendez-vous. traduit de l’anglais par Ivan Steenout 308 pages, 28,95 $ Une journée haïtienne, collectif sous le direction de Thomas Spear 40 écrivains haïtiens racontent Haïti! Le 21 juin 2006, solstice de l'été boréal, un appel est lancé pour célébrer Haïti. Décrire une journée haïtienne de la saison en cours. Quarante auteurs haïtiens (du dedans et du dehors) ont répondu à cet appel consistant à composer un texte à partir des impressions prises sur le vif. Thomas Spear est né aux Etats-Unis, est professeur de littérature à Cuny. Il est le fondateur du site Ile en Ile, le plus important site d’auteurs de la francophonie. Publié par Mémoire d’encrier 220 pages - 20 $ Jean Florival La face cachée de Papa Doc. La dictature de François Duvalier Essais Témoignage de première main sur une des dictatures les plus sanglantes des Caraïbes. La dictature de François Duvalier (1957 – 1971) est un moment clef de l’histoire de Haïti. L’auteur, Jean Florival, journaliste, a vécu les évènements. C’est un témoin privilégié, proche des lieux et des gens du pouvoir, qui révèle des faits jusque là inconnus du public. L’horreur de la dictature a fait souvent oublier la passion, le désir et l’amour qui sont toujours en jeu. En homme de coulisse, l’auteur raconte et nous brosse avec un grand talent le profil de tous les artisans du pouvoir duvaliérien. Publiés par Mémoire d’encrier Avec 50 photos
Bruno Roy N’oublie pas l’été (roman) Quand les membres du clergé s’enfuyaient par les fenêtres ! Au cours de la Révolution tranquille, le Québec a vécu une crise religieuse sans précédent : les membres du clergé quittaient les ordres en si grand nombre que l’Église en fut ébranlée. Ça bouillonnait partout : tant en éducation que dans les centrales syndicales et même dans les rapports humains (c’était l’époque du peace and love). Un monde nouveau naissait… Bruno Roy a choisi les camps de vacances dirigés par les Frères pour illustrer la crise de conscience qui secouait la société québécoise tout entière au cours des années soixante et soixante-dix. Lieu fermé, le camp de vacances accuse, lui aussi, le coup de la Révolution tranquille. Car voici que les jeunes Frères s’opposent franchement à la vieille garde. Tout est remis en question, de la messe à la discipline rigide d’autrefois. Une petite révolution s’amorce. Elle est beaucoup plus grave et plus sournoise qu’on ne l’avait prévu. Non seulement les jeunes frères vivent-ils une remise en question de leur foi, mais les rapports plus chaleureux que les jeunes éducateurs établissent avec leurs pupilles ne sont pas sans danger. La vue de beaux corps et la quête d’affection des enfants créent des moments de désir et de tension parfois insupportables. Dans N’oublie pas l’été, Bruno Roy nous livre un roman radicalement différent des deux précédents. Ici, c’est la figure du Père qui est au centre de l’intrigue. Une figure dramatique parce que les jeunes détestent leur géniteur réel tout en transposant leur besoin d’affection sur des figures paternelles substitutives. Cela donne lieu à des descriptions d’une tendresse et d’une beauté extrêmes. Oui, il est possible de sauver de jeunes enfants du désespoir dans lequel leurs parents les ont plongés. L’auteur : Bruno Roy est né à Montréal en 1943. Essayiste, poète et romancier, il détient un doctorat en littérature et a publié des ouvrages sur la chanson québécoise. Professeur de littérature à la retraite, il donne depuis 1983 des ateliers d’écriture axés sur la poésie. Il a été président de l’Union des écrivaines et des écrivains québécois de 1987 à 1996, et de 2000 à 2004. Depuis 1994, il est porte-parole et président du Comité des orphelins et orphelines institutionnalisés de Duplessis (COOID). En 1999, le Département des lettres du cégep André-Laurendeau a créé le prix Bruno-Roy pour encourager la relève littéraire chez les étudiants. Il est présentement président du Camp littéraire Félix. Il a reçu le prix Félix-Antoine-Savard de poésie pour une série de poèmes parus dans la revue Art Le Sabord, intitulée Âmes portagées. Son roman L’engagé (XYZ éditeur) a été finaliste pour le Prix France-Québec/Philippe-Rossillon 2005. Bruno Roy, N’oublie pas l’été, roman, Montréal, XYZ éditeur, septembre 2007, 276 p., 25 $. ISBN 978-2-89261-496-1 Photo : Dominic Gauthier Mémoire d’encrier – poésie Anthologie secrète, de Ida Faubert Cette anthologie secrète de Ida Faubert présente l’œuvre d’une des premières femmes écrivaines en Haïti. Ida Faubert est un personnage «éblouissant dans la vie mondaine et littéraire de Port-au-Prince». Elle s’établit à Paris en 1914 et fréquente écrivains et artistes surréalistes comme André Desnos et Juan Mirò. Elle a entretenu des relations très intimes avec Anna de Noailles, qui l’a introduit dans les cercles littéraires et salons de la rive gauche. Une auteure et une œuvre que l’on découvrira avec un certain bonheur. Née à Port-au-Prince en 1882, fille du Président Salomon, Ida Salomon Faubert est l’une des premières femmes auteures haïtiennes. En raison de l’étroitesse d’esprit du milieu, elle s’exile à Paris en 1914 où elle prend une part active dans la vie littéraire. Elle y vivra jusqu’à sa mort en 1969. 200 pages, - 20 $ Sève et sang, sous la direction de Normand Baillargeon Sève et sang,, anthologie de la poésie révolutionnaire, rassemble des textes d’une cinquantaine d’auteurs dont Aristide Bruant, Aimé Césaire, Paul Éluard, Martin Luther King, Garcia Lorca, Louise Michel, Pablo Neruda, Jacques Prévert, Léopold Sedar Senghor, Boris Vian, … et les Québécois, Michèle Lalonde,Gatien Lapointe, Gilbert Langevin, Gaston Miron, Jean Narrache et Émile Nelligan. Avec cet ouvrage, Normand Baillargeon nous apprend que les plus beaux chants sont ceux qui disent le temps des cerises, l’amour, la révolution, le pain, le soleil, la liberté, l’amour, l’égalité. Normand Baillargeon est professeur en sciences de l'éducation à l'UQÀM, essayiste, militant libertaire et collaborateur de revues alternatives : À Bâbord et Le Couac. Il est notamment l’auteur de Petit cours d'autodéfense intellectuelle, Lux Éditeur, (2005). Sève et sang est son premier texte à être publié à Mémoire d’encrier et aussi son tout premier texte à traiter de poésie. 220 pages - 20 $ Varia – Rentrée 2007 Une saison chez Guy Borremans de Sébastien Hudon Guy Borremans est l’une des figures pionnières des arts photographiques et cinématographiques au Canada. Afin d’apprivoiser son imposant travail, le lecteur en découvrira ici quelques pièces charnières, retraçant ses premiers balbutiements, jusqu’à l’atteinte d’une indéniable maturité artistique. Étudiant à la maîtrise en Histoire de l’art, Sébastien Hudon travaille à la rédaction d’un mémoire portant sur la typographie dans l’œuvre de Tristan Tzara. 14,95 $ - près de 80 pages photos Thomas de Koninck Attiseur de consciences de Thierry Bissonnette Professeur à l’Université Laval, conférencier aguerri et diffuseur de l’attitude philosophique à travers la société, le philosophe Thomas De Koninck est une mémoire vivante et un authentique amoureux de la transmission. Faisant totalement corps avec une discipline qui déborde les spécialités, il entrevoit d’abord l’activité du penseur comme un mode d’existence. Thierry Bissonnette est professeur de littérature à l’Université Laurentienne. Il est également directeur littéraire des éditions Le lézard amoureux. COLLECTION MÉMOIRE VIVEsous la direction de Catherine Morency Mus par un vif désir de transmettre la parole d’hommes et de femmes dont l’investissement personnel s’avère remarquable, Mémoire vive est une invitations à partager l’essentiel du riche héritage – culturel, spirituel et intellectuel – que nous laissent ces piliers de la société québécoise contemporaine. 14,95$ - près de 80 pages |
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