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| Magazine mensuel de dialogue culturel | Depuis 2001 • No 38 • Montréal • 15.10.2007 |
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Interview avec «Cette exposition est le fruit de 4 ans d’exploration et d’introspection personnelle au cours desquels je me suis mise au monde après avoir enfanté 7 enfants » Par Luz Garcia de Zielinski Margot, une femme déterminée, passionnée, charismatique et d’une conscience sociale extrême, est membre du groupe artistique du sud-ouest « Festiv’Art » et du conseil d’établissement de l’école Marie-de-l’Incarnation où elle a réalisé une variété de projets, aussi originaux qu’artistiques et qui sont dédiés aux jeunes en laissant une grande place aux enfants. « Il y a beaucoup de jeunes qui vivent des difficultés et je pense que cette création artistique les aide à canaliser leur énergie de façon positive ». Avec son support, il y a quelques années, les jeunes ont crée une grande chenille, en utilisant une structure en bois et en métal. Cette pièce accueillait les œuvres d’au moins 160 enfants de l’école. Ils ont fait des exercices de graffiti dans les langues parlées par les différents groupes ethniques de l’école. Margot s’est donné comme mission de réunir des enfants dans des projets « d’art urbain». Avec ce genre d’initiatives, elle veut qu’ils s’expriment librement tout en respectant l’opinion de l’autre. L’énorme murale a été peinte sur un mur adjacent à la cour de l’école le 29 octobre 2006. Cela fut son initiative et ce mur appartient d’ailleurs à la maison où elle habite. Avec ce projet, elle voulait apporter des couleurs à Marie-de-l’Incarnation et ainsi faire renaître l’établissement qui avait été menacé de fermer ses portes l’année précédente, et de donner l’exemple aux enfants et à tout le monde : de partage, du respect et de légalité à travers l’œuvre d’un graffiti. Les idées et le parcours de Margot ne s’arrêtent pas là et elle propose la réalisation du Train de la Pensée Poétique, un projet réalisé l’an dernier sous la tutelle de Margot, d’un collègue muraliste (gagnant du concours Brahma 2007) et d’un organisme très impliqué dans le communautaire : CLS Culture Loisir et Société. Margot est émerveillée devant le talent de ces petits et de cette force d’équipe : « Les défauts disparaissent dans le groupe parce que la beauté du groupe est supérieure aux petites erreurs individuelles »! Elle a participé à plusieurs symposiums avec son groupe depuis quelques années et le 9 septembre dernier, elle a présenté aux Foufounes Electriques une rétrospective de trois dernières années de sa trajectoire avec une cinquantaine d’œuvres! ''Cette exposition est le fruit de 4 ans d’exploration et d’introspection personnelle au cours desquels je me suis mise au monde après avoir enfanté 7 enfants''. Margot vient de participer au projet Galt, le 22 septembre dernier, avec l’équipe de l’émission Gang de Rue, présentée par Dan Bigras sur les ondes de Télé-Québec. Marc-André Jutras fut également présent et ensemble, ils ont offert aux jeunes la possibilité d’exprimer leur créativité sur le pavé tout l’avant-midi. En plus de toutes ces activités, elle donne aussi des conférences sur l’art en général. Je vous invite à plonger dans son univers à travers cette interview! LUZ. : Pourquoi vous vous concentrez sur les projets artistiques où les jeunes sont impliqués? Margot : Parce que je connais les difficultés que j’ai eu à reconnaître et miser sur mon talent artistique donc je veux éviter que cela arrive à d’autres jeunes talents. Les projets sont des occasions de briser la glace et éveiller leur passion et éliminer la peur. LUZ. : Trouvez-vous que le programme d’enseignement primaire ou secondaire donne la chance aux enfants de découvrir leur talent à travers les arts? Margot : Le programme est très restreint. On coupe les budgets et les premiers cours qu’ont été éliminés sont les arts plastiques! En fait, à partir de la 3ème année, il n’y a plus de cours réguliers, seulement des projets optionnels comme ceux que je réalise. Je trouve que c’est déplorable. Nos jeunes bouillent en dedans et ont besoin de s’exprimer… c’est pour ça la montée de la violence (surtout à cet âge là), quand ça sort après la répression, ça explose! C’est comme une digue qui brise. LUZ. : Depuis quand exercez-vous votre art? Margot : J’ai découvert mon besoin de m’exprimer artistiquement en 1985… Je me souviens encore de l’occasion, je jouais avec mon fils de 2 ans et on dessinait au Crayola. LUZ. : Avec quels autres artistes avez-vous fait des projets pour les enfants? Margot : Je travaille en ce moment avec Marc-André Jutras, vidéaste, anthropologue, cinéaste, réalisateur, muraliste et artiste visuel. Il a réalisé des murales en Amérique Latine et il a gagné le concours Brahma 2007. La murale qu’il a réalisé pour Brahma se trouve au coin de St-Denis et Ontario. LUZ. : Avez-vous créez des projets à l’extérieur de la Province du Québec? Margot : J’ai collaboré avec les artistes et les artisans de la Bolivie pendant 7 ans et j’ai réalisé des projets des défilés de mode combiné avec de la danse et des costumes folkloriques. C’était très intéressant. J’aimerais réaliser un projet d’expression visuelle en Bolivie, comme la réalisation de murales à La Paz, mélangée avec des sports et de la musique. J’aimerais donner aux jeunes un exemple d’expression différente de celles auxquelles ils sont habitués et auxquelles ils ont accès. LUZ. : Combien des jeunes ont participé à votre projet de Chenille Géante? Margot : 160 élèves de tous les niveaux, même les enfants de la maternelle. LUZ. : Pourquoi avoir choisi de faire un graffiti? Margot : Une coïncidence… lorsque je suis allée montrer le projet de l’année précédente, un élève avait fait un tag sur le mannequin qui disait « Moi, j’aime…. » je me suis dit… Tiens… Tiens… ils aiment le graffiti et ont besoin de s’exprimer de cette façon… Très bien! LUZ. : Parlez-nous de Margot l’artiste? Margot : Comme toutes les artistes, c’est une femme qui se remet éternellement en question, qui cherche a s’améliorer constamment, qui est extrêmement critique d’elle-même et qui est insécure, qui vise à l’authenticité totale, qui est ouverte et attirée par différentes formes d’expression. LUZ. : Avez-vous eu l’appui de votre famille (enfants, etc.) pour développer vos projets? Margot : Ma famille sont mes enfants et ils m’appuient inconditionnellement, Dieu merci! Mes frères et sœurs m’appuient à distance. LUZ. : Quel sort d’art pratiquez-vous? Margot : Je fais de l’huile principalement mais je m’exprime sur trois dimensions. J’ai aussi créé la technique huile sur bois (plywood), GraffTag et, dernièrement, j’ai inauguré une forme d’expression qui se nomme Freestyle, réalisée avec des marqueurs Sharpie et qui est de l’improvisation pure! LUZ. : Parlez-nous de votre dernière exposition aux Foufounes Électriques? Margot : J’ai présenté 59 toiles qui couvrent mes 4 techniques : 3-D, Huile sur Plywood (anatomie et surréalisme) Grafftag et Freestyle LUZ. : En quoi consiste le Grafftag? Margot : Ce sont des toiles que je réalise sur des toiles d’aspirants artistes que je trouve abandonnées dans des ventes de sous-sol d’église, des ventes de garage… des genres d’exercices que l’on réalise durant les cours… alors je fais de l’art graphique par-dessus… avant d’appliquer du Gesso pour les re-utiliser! Un jour, je me suis dit : Pourquoi j’efface le talent aspirant d’une autre personne. Je peux faire voyager cette inspiration débutante à travers mon expression artistique… J’ai appris ainsi à lire le travail des autres, puis j’ajoute mon message. LUZ. : Est-ce qu’il y a un artiste que vous inspire plus que d’autres? Margot : Pour moi, Van Gogh est le plus grand artiste de tous les temps parce que son expression est totalement émotionnelle mais sa technique est parfaite. Il représente l’équilibre parfait entre le rationnel et l’émotionnel dans la création. C’est un maitre indiscuté et mon plus grand mentor et inspirateur. LUZ. : Quels médiums favorisez-vous et pourquoi? Margot : Je favorise l’huile… j’ai étudié aux beaux-arts de La Paz et c’était une école très rigide et traditionnelle… La peinture à l’huile ralentit mon expression mais apprivoise mon impulsion. LUZ. : Avez-vous d’autres projets pour les jeunes ou d’autres expositions en perspective? Margot : Oui, je présente cette année le projet « Casier artistique (au lieu d’un casier judiciaire)». Nous décorerons les casiers des élèves d’un firmament d’étoiles où les enfants signeront leurs noms et écriront de la poésie. Nous inviterons également les autorités et les artistes à s’impliquer et à apporter leur touche aussi. LUZ. : Racontez-nous votre parcours d’artiste? Margot : J’ai grandi dans des maisons familiales pleines de collections d’œuvres d’arts, qui ont rempli mon enfance de rêves et, indirectement, elles ont été ma première école d’art! Puis, j’ai étudié le design de mode et, dû à un échec sentimental, j’ai commencé à peindre et ça m’a inspiré pour sortir tout ce que j’avais à l’intérieur de moi et de l’exprimer à travers des peintures. J’ai eu d’autres tragédies dans ma vie et j’ai continué à créer. En 1995, ç’a été le comble et c’est là que je suis entrée aux Beaux-Arts de La Paz. J’ai donc appris une variété des techniques avec lesquelles je « joue » encore! LUZ. : Avez-vous gagné des concours ou des prix? Margot : Oui, j’ai reçu un prix de la CAPSC, Centre des Artistes Peintres et Sculpteurs du Québec, pour mon tableau « Solstice » par la technique mixte que j’ai utilisée. LUZ. : Pourquoi les arts dans votre vie? Margot : Pour me découvrir, pour grandir, pour me guérir, pour communiquer avec les autres et peut-être aussi pour avoir un échange avec le public. LUZ. : Est-ce que l’un de vos enfants pratique également l’art et êtes-vous d’accord ? Margot : Mes garçons jouent tous un instrument de musique et un est un DJ bien connu en Bolivie. Mes filles ont énormément de talent pour le dessin et ma fille Fabiola a été admise en Arts Visuels mais elle a préféré le théâtre. Je leur laisse le choix en ce qui concerne leur domaine professionnel. Je me contente de les appuyer et de les encourager. L’amour est le moteur… c’est la seule force qui nous permet de passer tous les obstacles.. Je suis tombée en amour avec l’art relativement tard dans ma vie, donc je ne mets pas de pression sur eux et je ne vais pas les obliger! LUZ. : De quelle façon l’art a-t-il apporté quelque chose de positif dans votre vie? Margot : Il m’a permis de me découvrir, de grandir et aussi de survivre aux pires tragédies. LUZ. : Avez-vous une peinture préférée et pourquoi? Margot : J’hésite entre le Jardin du Poète à Arles Champ de Maïs et Cyprès de Van Gogh. Je ne sais lequel des deux je préfère, les deux me fascinent. LUZ. : Racontez-nous votre démarche artistique et vos projets artistiques dans d’autres pays? Margot : J’ai commencé à étudier à l’école des Beaux-Arts de La Paz en 1995 après 10 ans d’art abstrait. Une voix à l’intérieur de moi me disait lorsque j’ai fait mon premier dessin :« Je pourrais faire ça toute ma vie… ». Après le décès tragique de mon époux, j’ai sorti mes pinceaux pour voir si le choc avait détruit ma capacité de peindre et j’ai eu un soulagement quand j’ai constaté que j’ai pu finir deux toiles! Mon cheminement dans le Design et la production de Mode Ethnique m’a enseigné la spontanéité et les symboles ancestraux ainsi que le mélange de couleurs « sauvages et flamboyantes». La Bolivie, où j’ai résidé pendant 16 ans, m’a inspirée énormément! La beauté et les couleurs de ses paysages ainsi que la force et la profondeur de la vie. LUZ. : Parlez-nous de vos prochaines expositions et de vos prochains projets. Margot : Je donne une conférence au “Woman’s Art Society of Montreal of the Musee Mc Cord” le mois d’octobre prochain. Je vais réaliser un projet d’un murale « Freestyle » avec des jeunes décrocheurs à la Ville d’Anjou le mois d’octobre également. Je vais exposer mes œuvres « Freestyle » à l’Usine 106U en décembre 2007. Nous espérons, également, réaliser le projet Casier artistique (au lieu d’un casier judiciaire) dans plusieurs écoles du Sud-ouest. J’ai présenté un projet d’aménagement artistique d’un couloir dans la rue à Verdun. Il y aurait des artistes et gens de tous les âges et disciplines qui seront impliqués. Le projet est en phase d’approbation et sera réalisé au printemps du 2008. J’aimerai réaliser aussi un défilé de mode où les vêtements seront transformés « artistiquement » avec des dessins ou de la peintures sur des toiles ou sur les vêtements comme tel. C’est un évènement multidisciplinaire où participeront des jeunes, des enfants et des adultes. J’aimerai offrir la possibilité de défiler et d’exposer aux jeunes qui n’auraient pas cette chance! Je prépare également une exposition « 14 chevaux en 14 techniques différentes », possiblement à la galerie d’art Contemporain à Hudson, en 2008. LUZ : Je vous félicite pour votre implication auprès les jeunes et continuez vos projets! Margot : Merci de l’intérêt que vous portez à mon cheminement. Photos: Margot avec Dan Bigras à son exposition. |
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