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| Magazine mensuel de dialogue culturel | Depuis 2001 • No 38 • Montréal • 15.10.2007 |
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« J’apprends un grand secret : le langage universel de l’émotion. » Interview avec l’écrivaine Oana-Maria Cajal, l’inventrice de nouvelles formules pour communiquer Par Otilia Tunaru La rencontre avec l’écrivaine Oana-Maria Cajal m’a fait comprendre, une fois pour toutes, que les mots sont conçus pour transmettre non pas seulement des messages, mais surtout des émotions qui allument l’esprit et la créativité. Toujours en quête d’un langage qui porte la fougue des émotions et la véracité de la vie, l’écrivaine se remarque surtout par son talent d’être authentique, juste et équilibrée. Son humour piquant n’est jamais méchant, son côté sentimental n’est pas démesuré, son intuition est surprenante. Elle parle ouvertement, sans détour; elle est généreuse à donner des explications et à partager ses idées. L’écriture dramatique lui donne l’occasion de synthétiser son érudition et son expérience de vie. Les personnages projetés dans les pièces de théâtre et dans les scénarios parlent avec parcimonie. C’est une concision du dialogue qui donne les moyens d'apprécier et de comprendre pleinement des significations. Oana m’a confiée que ses personnages sont au départ des personnes réelles rencontrées dans la vie de tous les jours. Leur univers se place entre l’absurde et le fantastique, soit dans les communautés immigrantes, dans la salle d’attente d’une gare ou dans toute autre situation. Ils demeurent dans une intarissable attente qui provoque des situations drôles et des dénouements inattendus, ils nous tiennent en haleine et ils nous incitent à réfléchir à notre condition. « Nous sommes tous, dans un sens, des touristes, des voyageurs, des immigrants. » a souligné l’écrivaine qui a créé et a travaillé dans des collectifs artistiques aux États-Unis et au Canada. Elle continue ses projets prochainement en Roumanie, aux États-Unis, en France et au Canada.
Oana-Maria Cajal a une formation de critique de théâtre en Roumanie. Comme les mots emprisonnés dans une dialectique populiste lui faisaient mal, par conséquence elle a cherché la liberté de la parole en allant vers d’autres horizons littéraires et géographiques. Elle quitte la Roumanie communiste et elle étudie intensément pour obtenir un Master in Playwriting dans le cadre de UCSD (University of California San Diego). Dans les années ’90, Oana s’affirme comme dramaturge en Californie et à New York. Ses textes multiculturels ont attiré les louanges de la critique américaine* et l'admiration pour son art de jouer avec les mots. À la parution du recueil ’’Ten Plays and a Screenplay’’ (’’Dix pièces et un scénario’’), Todd London** parlait d’un langage Oana-Lingua, un idiome de l’absurde ou un dialecte comique, qui entremêle le roumain, le français et l’anglais. Présentement, Oana vient de publier le livre ’’Solenodon’’ où la poésie et le dessin composent ensemble d’une manière très inspirée. Le volume s’inscrit dans le genre littéraire-artistique du pictopoème. La poésie des mots et le croquis de la pensée s’entremêlent allégoriquement, d’une manière qui pousse l’imagination à s’envoler. La grande majorité des poèmes sont en roumain; pourtant, l’alliage image-mot crée un langage très suggestif et universel, qui provoque une resplendissante représentation à chaque nouvelle page. Samedi le 10 novembre 2007, au Théâtre Gesu (1200, rue de Bleury), Oana-Maria Cajal sera au rendez-vous avec les lecteurs montréalais lors du lancement du livre ’’Solenodon’’. Cet événement clôturera une soirée de musique avec le groupe roumain Shukar Collective et ouvrira le dialogue avec l’écrivaine. OTILIA TUNARU : Après des années que vous avez consacrées à l’écriture dramatique, vous venez de publier un livre de croquis et de poésies. Pourquoi avez-vous abordé ce genre? O.T. : Le personnage principal donne le titre du livre : ’’Solenodon’’. Ce petit personnage est sorti de l’imaginaire de votre fille. Qu’est qu’il représente et comment est arrivé cette collaboration artistique mère-fille? O.T. : Dans vos pictopoèmes, la poésie et le dessin s’entremêlent d’une manière très inspirée. Comment êtes-vous arrivée à cette formule d’expression? O.-M. C. : Pour moi, la main qui écrit c’est la main qui dessine. Mes textes sont presque toujours accompagnés de dessins. Même les pièces de théâtre. Quand j’écris, l’impulsion de dessiner est toujours là. Cet été, à Bucarest, en travaillant avec Doina Uricariu*** qui m’a beaucoup inspirée, je suis parvenue à découvrir une interdépendance innattendue entre les mots et les images. C’est ma version personnelle et transculturelle en ce qui concerne le pictopoème. O.T. : Vous avez une disposition pour la création de nouveaux concepts et de nouveaux langages. Pouvez-vous nous expliquer comment cela arrive et pourquoi vous avez besoin de nouveaux procédés artistiques pour vous exprimer? O.-M. C. : J’avais 26 ans quand j’ai quitté la Roumanie communiste. Tout à coup je me trouvais à New York, seule au monde avec mon accablant bagage de mots roumains. Mon lourd vocabulaire roumain, ma déchirante mémoire – elle aussi roumaine-, mes rêves d’enfance dans la même langue maternelle. Bagage inutile. Je devais exister, fonctionner, m’exprimer dans une autre langue. Alors, je suis devenue (grâce à un Master in Playwriting) une écrivaine américaine d’origine roumaine. On admirait chez moi l’usage innovateur de la langue américaine. Mon secret: Je « voyais » les mots, je les regardais comme s’ils étaient des dessins énigmatiques qui attendaient de nouvelles destinations de sens. Sur la scène ils devenaient des objets tridimensionnels, ils dépassaient les clichés et provoquaient des situations insoupçonnées. C’est vrai que j’ai un permanent besoin d’inventer de nouvelles formules pour m’exprimer, pour communiquer. O.T. : Vous vous êtes spécialisée en critique de théâtre; pourtant, vous l’avez abandonnée pour l’écriture dramatique. Pourquoi? O.-M. C. : Oui, la critique de théâtre était ma «spécialité» en Roumanie. Je t’avoue que je n’aimais pas ma profession. La censure me frustrait et j’avais l’impression que j’écrivais avec des mots incarcérés, des mots qui suffoquaient. Je souffrais car j’aime les mots, pour moi ils sont des êtres vivants. O.T. : Vous réinventez l’absurde dans des vaudevilles politiques et vos personnages sont hétéroclites, surtout des réfugiés politiques, des immigrants, des touristes… D’où ce penchant?
O.T. : Est-ce que la culture roumaine a influencé votre style? O.T. : Vous avez collaboré avec des metteurs en scène éminents dans des pays différents. Comment voyez-vous le théâtre et la culture en général sur le continent américain et sur le continent européen? Et le théâtre roumain dans le contexte universel? O.T. : Le «rôle» d’immigrant peut produire des complexes et des frustrations chez l’artiste, a-t-il changé votre perception artistique sur la vie quotidienne? O.T. : Parlez nous de vos projets d’avenir. O.T. : Vous êtes venue de Roumanie dans les années ’80. Vous avez réussi a publier en anglais un recueil de dix pièces de théâtre et un scénario qui a été remarqué par la critique américaine. Maintenant vous préparez une pièce de théâtre en français. Comment avez-vous réussi une telle performance, comment un écrivain venu d’un autre pays peut-il transférer son vécu et ses émotions dans une langue d’adoption? O.T. : Le 10 novembre c’est le lancement du livre ’’Solenodon’’. Les lecteurs qui viendront, à quoi doivent ils s’attendre? O.T. : Et une dernière pensée… * Des prestigieux journaux comme New York Time, Los Angeles Time, etc. ** Todd London, homme de théâtre. Il est le directeur artistique de l’association «New Dramatists» à New York. *** Doina Uricariu, remarquable poète, essayiste, éditrice et présidente du groupe éditorial Du Style/Universalia Group. Pour plus de détails sur l’écrivaine Oana-Maria Cajal veuillez consulter les sites Internet : www.dramatistsguildweb.com/members/ocajal
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