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Magazine mensuel de dialogue culturel Depuis 2001 • No 38 • Montréal • 15.10.2007

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Octobre 2007

Felicia Mihali

L’enfant et la famille monoparentale

En mai 2006, lors d’une conférence à Sinaia, où le Conseil international d’études francophones tenait sa rencontre annuelle, quelqu’un m’a demandé pourquoi j’avais décidé d’immigrer au Canada. Depuis que je vis au Québec, j’ai dû maintes fois répondre à cette question, en diverses occasions. Je pense même que pour un écrivain migrant, sa biographie prend le dessus sur son art. J’envie beaucoup les écrivains qui sont questionnés sur leurs livres, alors que moi je dois plutôt justifier chaque fois un choix qui tient plutôt de la vie privée. Bon, disons que je me suis habituée, et que je prends le bon côté des choses : finalement, c’est toujours plus facile de parler de soi que des méandres de la narration, ou du choix de tel ou tel personnage tordu.

Cette fois-ci, la réponse m’est venue sans trop y réfléchir : « Parce qu’au Canada les femmes sont libres. » Une fois énoncée, j’ai dû évidemment justifier ma réponse. Et finalement, je me suis rendu compte que, d’une manière inconsciente, parmi d’autres raisons qui m’ont poussée à cet acte, celle-ci occupait une place importante : la condition de la femme dans mon ancien pays. Dans l’éditorial du mois passé, je parlais de la condition de la femme afghane. C’était cruel peut-être de ma part de dire que dans une société patriarcale les femmes sont soumises à une double oppression : celle des hommes et celle des femmes. Ce ne sont que les femmes immigrantes en provenance de telles sociétés qui peuvent me comprendre véritablement. Ce sont elles qui savent qu’une trop stricte tradition enseigne aux femmes à se regarder elles-mêmes à travers les yeux des hommes. « Le patriarcat commence à la maison », disait une femme afghane.

Arrivée au Québec, petit à petit, je me suis rendue compte des différences qui régissent la manière de vivre et la mentalité des femmes d’ici et d’ailleurs : j’ai compris surtout combien différente est la façon dont la société les regarde et les appuie. Prenons l’exemple de la mère monoparentale. Là d’où je viens, une femme divorcée est toujours quelqu’un qui a échoué. Un enfant qui vit uniquement avec sa mère est toujours pris en pitié et on doute de ses chances de réussite dans la vie. Au Québec, une femme divorcée jouit des mêmes droits et libertés que les femmes mariées et de plus, elle est assurée d’un généreux appui financier de la part du gouvernement afin qu’elle élève son enfant sans privations. Une femme n’est pas obligée de rester dans un couple qui ne lui convient pas et auprès d’un homme qu’elle n’aime plus. Certains peuvent dire qu’au Québec les gens se séparent trop facilement, mais il faut accepter l’idée que chaque individu a le droit de construire son bonheur comme bon lui semble. J’ai chantonné, donc, tout comme Louis Armstrong : What a wonderful world

Depuis deux ans, j’enseigne l’anglais dans une école publique, au premier cycle. Je ne vous parle pas ici du système d’enseignement en-soi qui a quelques petites failles. Je vous parle de la discipline, ce petit détail qui fait parfois que le processus d’enseignement devient parfois une dure épreuve pour les professeurs. Dans ces grandes classes de 30 élèves, obtenir le silence dans un cours tient parfois du miracle. J’ai été étonnée par exemple du fait que mes collègues de même spécialité achètent le silence des élèves avec des babioles, exercice qui ne tient pas du tout tant que les enfants n’ont que faire des choses en provenance de Dollarama. Dans un système compétitif, la véritable récompense devrait être la note et non pas des collants multicolores. Mais que voulez-vous, à Rome on fait comme les Romains.

Pour garder la discipline en classe, j’ai proposé mes propres règles qui, petit à petit, commencent à donner des fruits. Après deux ans de tortures, disons que je suis arrivée à un certain consensus avec les petits agitateurs. Afin d’arriver à une entente, j’ai cru utile de prévenir les élèves que pour toute mauvaise conduite, j’avertirais leurs parents. Et c’est ici que j’ai pris contact avec la réalité de la famille monoparentale. Au long de cette expérience, j’ai constaté que parmi les petits désobéissants, ceux qui sont le moins sensibles à cet avertissement, ce sont les enfants de couples divorcés. Chaque fois que je lance la terrible menace en classe, les élèvent cessent généralement de remuer, de parler aux voisins, ou de dessiner sur leur cahier alors que je leur explique les terribles rouages de la grammaire anglaise. Cela ne marche pas toujours avec les enfants vivant avec un seul parent. Aussi petits qu’ils soient, certains me répondent insouciants; « Vous devez appeler mon père, car cette semaine j’habite avec lui. » D’autres fois, ils me disent : « Ma mère rentre très tard à la maison, je ne sais pas si vous pouvez la joindre ce soir. »

Lorsque j’appelle les parents en question, je tombe parfois sur la nouvelle conjointe ou le nouveau conjoint. Un certain instinct me dicte de toujours adoucir ma critique, car on ne sait jamais quelles sont les relations entre les nouveaux partenaires et les enfants. J’ai eu des expériences où les nouvelles ou nouveaux conjoints des parents étaient plus fâchés que moi, et ils me parlaient de ces enfants dans des termes très virulents. Et alors, comment jouir de la collaboration des adultes si les liens au sein du couple sont déjà tordus, parfois justement à cause de l’enfant. Il y a évidemment de belles exceptions, mais je vous assure que la règle est grandement représentée.

Je dois conclure que la famille monoparentale est une grande réussite des sociétés civilisées. Il reste à voir si les enfants en provenance de ces familles-là seront aussi des réussites.

Octobre 2007

Calinic Toropu

Versuri de atarnat pe pereti

Poeti, iubitori de poezie, prieteni ai poetilor sau credinciosi ramasi dupa slujba de duminica ne-am intalnit in sala mare a Centrului Cultural Roman din Montreal atat pentru lansarea celui de-al treilea volum de versuri al lui Adrian ErbiceanuDe la Ana la Caiafa si al nu-mai-stiu-catelea volum al lui George FilipEliptica, cat si pentru un pahar de vin bun, in obisnuitele pahare de stirofon.

Prolog

Multi exegeti, temeinic pregatiti, si-au prezentat de pe multe pagini scrise marunt cu stiinta si profesionalism punctele teoretice si emotionale de vedere despre poezia erbiciana si filipiana (exprimarea acestora). Banuiesc ca textele le vor fi publicate – ar fi pacat sa nu fie asa – spre bucuria si implinirea celor care iubesc poemele cunoscutilor poeti romani in diaspora montrealeza, asa ca mie nu imi ramane decat sa mai adaug, cu modestie, un singur gand.

Tabloul numarul unu

Poezia este, spuneam celor aflati in sala, un act intim. In ciuda faptului ca se scrie enorm, si de catre foarte multi, si ca se publica intr-un ritm infernal si in cantitati care intr-un efect de bumerang ucig poezia. Cine mai poate tine pasul cu ce se publica chiar si numai, spre exemplu, pe agonia.ro sau poetry.com? Dovada? Numai in sala Centrului, la acel moment, douzeci la suta din cei prezenti erau poeti: cei doi mentionati, Ileana Mester Anghel, Carmen Poenaru, Mihaela Oncescu, Ionut Caragea, Traian Gardus. Si nu m-am socotit, pentru ca nu sunt foarte serios cu scrisul, asa cum nu i-am pomenit pe cei care nu-i cunosteam.

Tabloul numarul doi

In societatea occidentala, gandesc, din ce in ce mai mult a scrie si a citi poezie face parte din gesturile intime, individuale. Rareori, in festivaluri de poezie, vezi in acelasi loc mai mult de zece persoane. Iar intre acestia poetii insisi care isi asigura reciproc publicul. La editia din acest an a Festivalului International de Poezie din indepartatul de civilizatie Trois Rivieres, Quebec, Elenei Stefoi – exceptia in cazul unei poetese de exceptie – i s-a intamplat sa aiba si un plus de public romanesc: patru persoane.

Tabloul numarul trei

La cenaclurile Asociatiei Scriitorilor Romani din Canada, Caragea isi citeste poeziile lui Filip, Filip lui Erbiceanu si Erbiceanu lui Caragea. Noi, ceilalti, ii urmarim prin fumul micilor, ii deslusim in zgomotul paharelor ciocnite, dar le patrundem cu adevarat versurile acasa, singuri. Poezia nu exista libera in natura si nu poate trai intre zidurile unei aule mai mult decat timpul cat este rostita.

Tabloul numarul patru

Revin dintr-o calatorie in China unde am avut revelatia ca poezia poate fi un act public. Si aici poezia este cuvant, dar ea este in egala masura si imagine. Versurile, beneficiind de estetica unei caligrafii-desen extrem de sofisticata, sunt inramate si afisate precum tablourile (sau lozincile, imi sugera cineva din sala, dovada ca noua China este inca o necunoscuta) in cele mai publice locuri: de la birourile institutiilor guvernamentale sau intreprinderilor private, pana la restaurante, dar trecand prin sali de expozitii.

Epilog cu tablouri necesare

Exista versuri, in poemele din ulimele volume al lui Adrian Erbiceanu si al lui George Filip, pe care as putea sa le atarn alaturi de tablourile cu rame simple care imi innobileaza casa.

 

Treceai prin gandul meu tacut

Sperand ca nimeni n-o sa vada.

Se-ntunecase brusc pe strada.

Erai aici. Eram pierdut.

Adrian Erbiceanu

(Treceai; De la Ana la Caiafa)

 

si:

 

Atata oameni buni mi-a mai ramas:

Intr-un culcus urzit de Dumnezeu,

Ca un strain ce cauta popas

Sa dorm la umbra sufletului meu...

George Filip

(La stejarul meu; Eliptica)


Altii vor gasi cu siguranta (si) altele.

Montreal, 6 septembrie 2007

Octobre 2007

Sara Szabo

Antiquarian Bookfair in Montreal

Dream of a bibliophile

Antiquarian bookmarket is one of the interesting sections of the sparkling Montreal cultural life. A visit to the annual Montreal Antiquarian Book Fair – held now for the 24th time – always promises special intellectual adventures.

The organizers can proudly state that the fair is a real paradise for collectors. Montreal has witnessed a steady growth of book trade over the last few years: most ALERT pedestrians have noticed the growing number of general secondhand book shops, particularly along Ste. Catherine and St. Denis streets offering a wide palette of books of many different languages and cultures. Visitors can detect the intonations of 200 different languages on the streets of Montreal, and this diversity is truly reflected in the offerings of each and every secondhand bookstore.

This, however, is just the tip of the iceberg. The city is home to an increasing number of specialized dealers who, rather than having open stores, instead opt to issue catalogues, exhibit at book fairs, or turn towards the ever increasing online marketing. The Montreal booktrade has a growing reputation on the international scale: several members of the Confrérie de la librairie ancienne du Quebec (C.L.A.Q.) exhibit regularly in London and New York.

This year the association has organized the book fair 29-30th September – for the 24th occasion so far. The event has taken place at Concordia University, in the atrium of the McConnell Building, in the heart of Montreal. The fair lasts for two days, and is a perfect occasion for collectors to meet the traders of the catalogues and websites. The latter ones are always glad to share their knowledge and to offer precious pieces of their collections for sale.

The association has invited more than 30 practiced antiquarians from all over the province of Quebec and Ontario, who ensured the widest possible selection by bringing along almost 20.000 assorted ancient books. Since the prices suited all budgets, the event was popular amongst students as well. For $25 one could make fairly interesting purchases.

Let’s see, what can we usually find on the stands: there are children's books, travel books, military history, mysteries, Canadiana, ancient maps, photo archives as well as issues on decorative art and history of science, but the highlights of the fair are always the first editions, the fine bindings and the signed or illustrated books.

The greatest sensation of this year’s fair was the first American edition of The Origin of Species by Charles Darwin from 1860 (the original British edition is one year older) for $8500. However, the most expensive book was the sketch of James Joyce’s Finnegan’s Wake (the original title being Haveth Childers Everywhere – Fragment from work in progress by James Joyce). The price was $18.500. Canadian author, poet, songwriter Leonard Cohen’s signed book of poems The Spice Box of Earth was also regarded as special.

As for the ancient maps, the most alert experts stopped frequently in front of the stand of a bookstore named after Ptolemaios: here one could find a wide collection of ancient maps of the Holy Land, Palestine going back to the 16th century.

As Adrian King-Edwards, vice president of the association, explains C.L.A.Q. is a non-profit organization founded in 1987. Their main goal is to call attention to the value of ancient book rarities. The association unites dealers of great expertise who are passionate of trying to raise public interest in our common heritage, the ancient book. The association strives to maintain and continuously widen the knowledge of its members, and they are also building a bibliographic database of ancient issues. C.L.A.Q. usually takes part in the annual Montreal International Book Festival (Salon du Livre de Montreal), and organizes another antiquarian book fair in Quebec city as well. In the summer season they also run a store in the outskirts of Montreal offering more than 10.000 ancient books – the oldest ones going back to the 17th century.

Several of the bookdealers visit the fair in each year. There are some who came for the twentieth time this year. As they say a good income is rare, it is rather the opportunity to meet the fellow professionals that attracts them – and certainly the returning visitors. As one of the visitors puts it: ”It’s like a candyshop. You have to come back regularly and each time choose another of the specially assorted sweets.”

Octobre 2007

Andrei Moldovan

La génération ’80-seulement une génération ?

Comme il arrive souvent dans l’espace de communication de la langue roumaine, on se trouve en face d’une notion qui a au moins deux sens, sinon plusieurs, voire des nuances de plusieurs sens. En tout cas, avec pas mal d’ambiguïté.
          « Génération ‘80 », «  mouvement ‘80 » sont des mots si souvent utilisés qu’on ne pourrait pas abandonner à un langage approximatif, utile uniquement aux contextes poétiques mais pas à un discours limpide, comme il serait nécessaire dans le cadre des éclaircissements, même en se rapportant au monde artistique.
          Il est assez évident pour tout le monde que dans les années ’80 s’est consommé un phénomène extrêmement important dans la littérature roumaine, notamment dans la poésie. Il a été généré par une crise des moyens littéraires et ce serait opportun de s’y pencher un peu. Les contraintes de la censure communiste ont obligé les écrivains(et j’exclue ici la suite de « textiers » encomiastiques que la permanence de l’opportunisme  fait aujourd’hui moraliser et donner des leçons d’éthique sur toutes les voies dont ils, malheureusement, disposent) de développer des modalités d’expression « de résistance », destinés à les approcher des vérités à communiquer.
          La prose a été contrainte de cultiver quelques directions qui se sont avérées intéressantes pour cette époque-là. Tout d’abord, l’allégorie permettait à l’écrivain de s’approcher des sujets « tabou ». De nombreux volumes de prose ont été écrits et lus pour remplacer ce que n’avaient pas fait ( et ne le pouvaient pas) les publications périodiques : l’approche, quoique extrêmement alambiqué, des problèmes sociaux et politiques qui préoccupaient en grande mesure les gens de cette période-là, avides plutôt d’information que de délices esthétiques. Je prends en considération la littérature parue entre les frontières politiques du pays.
          Pour les mêmes raisons la prose aussi  en a appelé, en grande mesure,  aux moyens du poétique. La « lyricisation » de l’épique est néanmoins un phénomène d’une aire beaucoup plus généreuse de diffusion seulement que, dans la littérature roumaine, le ressort qui a déterminé la poétisation d’un certain segment de la prose a des connotations spécifiques. Il y a ici aussi une question de survie.
          Il est nécessaire de remarquer que presque toutes les modalités auxquelles a appelé la prose roumaine dans les moments de crise réelle ne sont pas spécifiques au narratif. Personne ne niera qu’une telle expérience peut enrichir l’épique. C’est vrai, mais, à l’occurrence, les directions mentionnées, elles, ne peuvent pas constituer en exclusivité une solution.
          Voilà pourquoi, peu après 1990, lorsque le discours parabolique, l’allusion ou le parapluie des images poétiques n’avaient plus de justification dans les conditions de la liberté de la parole, notre prose s’est retrouvée de nouveau dans une situation délicate, surtout qu’il n’ y avait pas eu beaucoup d’ouvrages « de tiroir », comme il aurait été normal. La posture légèrement incommode du narratif n’a pas été observée immédiatement, grâce à l’édition généreuse de plusieurs livres destinés à condamner l’époque du communisme, surtout dans le domaine qui se rapporte aux mémoires historiques.
          La prose ne peut pas changer de moyens historiques d’un jour à l’autre. Pour cela il est besoin de temps, d’accumulations, d’expérience, de force créative. Il y a un potentiel important  dans la littérature roumaine et les signes de la ré acquisition de l’identité prennent déjà contour.
          Même dans les périodes de crise il y a eu des écrivains qui, bien qu’engagés dans l’une des directions mentionnées, en ont dépassé le cadre par une force d’exception. Il convient de mentionner quelques-uns d’entre eux, en courant le risque de quelques omissions. Tout d’abord j’oserais nommer Mircea Horia Simionescu, Ştefan Bănulescu et Sorin Titel comme « précurseurs » ensuite Ioan Groşan, Mircea Nedelciu, Gheorghe Crăciun, Bedros Horasangian,
Alexandru Vlad, Sorin Preda, Ştefan Agopian, Stelian Tănase, Radu Ţuculescu, Adriana Bittel.
          Quant à la poésie, la situation semble avoir été différente dès le début. A l’abri de la métaphore, les auteurs lyriques se sentaient moins exposés que les prosateurs, plus protégés et ayant en même temps la possibilité  de communiquer, malgré les contraintes politiques, grâce à l’ambiguïté, l’une des caractéristiques fondamentales du langage poétique. Ils ne se trouvaient pas nécessairement devant une crise de la communication poétique. Les moyens spécifiques du lyrisme moderne leur rendait service et les justifiaient assez bien surtout que la poésie roumaine a eu aussi une étape d’accomplissement de son propre modernisme après la strangulation proletcultiste.
          L’état d’accomplissement ensuite celui de justification ont abouti dans une lassitude des textes, fatigue qui se sent dans la plupart des cas lorsque le phénomène se répète d’une manière inadmissible, lorsque « la déviation », si nécessaire à l’esprit créateur, se laisse trop longtemps attendre ou devient mimétique. La poésie peut exister aussi entre ces coordonnées, mais sa force reste modeste, l’intérêt pour elle est assez réduit et se dirige lentement uniquement vers l’espace de la survie.
          En ayant sur leurs épaules le fardeau de la lassitude générale, quelques poètes ont décidé de renoncer au parapluie de la métaphore et de jeter une provocation majeure à la poésie, de la soumettre à un vrai « test de résistance », de la descendre dans la rue, de la traîner parmi les stéréotypies du banal, de lui couper les ailes diaphanes et de l’écarter du socle qui risquait de la transformer en statue. Traînée dans le quotidien, arrosée de boue, promenée parmi des ventres qui criaient famine, obligée d’ironiser son propre statut, devenue rebelle par l’écartement de soi, obligée de sentir la transpiration ou de trembler de froid, pieds-nus et cheveux en désordre, ouvrant les portes des grands salons, changeant les idéaux qui flottaient sur la misère du jour, cherchant plusieurs fois le langage dans la poche du jean, la poésie a vaincu. Le défi a eu comme résultat l’affirmation d’une nouvelle conception sur le texte lyrique, d’une nouvelle esthétique.
          La perception d’une telle orientation s’est fait sentir pour la première fois sous la forme de mouvement de groupe dans les années ’80, Le Cénacle de lundi, dirigé par Nicolae Manolescu.D’où le nom de mouvement ’80 .Cela a été la plus importante hérésie d’après la deuxième guerre mondiale.
          Toutefois, il est nécessaire de préciser que même avant les années ’80 et ailleurs qu’à Bucarest ont existé de telles présence poétiques. Elles se retrouvent dans le mouvement de la revue Echinox de Cluj, dans le groupement de la revue Dialog de Iassy, dans Orizont de Timişoara ou chez des poètes moins attirés par les manifestations de groupe
          Dans L’histoire tragique&grotesque de la sombre décennie neuf (Éditions Eminescu, 1993), Radu Ţeposu insiste sur  les racines du mouvement’80 en citant plusieurs fois des articles appartenant à Mircea Martin et Ioan Pop ainsi que les opinions de Nicolae Manolescu dans România literară de l’année 1979. On retient l’une des affirmations citées par Mircea Martin :”On dirait que la métaphore se fait plus rare, elle étant remplacée par l’anecdotique et la parabole.”
          Dans le même ouvrage Radu Ţeposu classifie les directions de la poésie des années’80 avec les réserves qui lui appartiennent, en six catégories: le quotidien prosaïque et bouffon; les gnomiques et les ésotériques; les maniéristes; le fantaisisme abstrait et hermétique; la crise de l’intériorisation, le Pathos sarcastique et ironique;criticisme théâtral et histrionique; la comédie de la littérature; les sentimentaux, les raffinés.
          Les aspects définitoires de ce qu’allait être nommé mouvement’80 sont évidents dans les textes de quelques poètes qui ont précédé la génération mentionnée: Virgil Mazilescu, Emil Brumaru, Nichita Danilov.
          Remémorons: au diable administrateur, c’est moi la réalité,hé,la réalité palpable/la manifestation de l’idée dans le sensible(hegel conférences la phénomenologie)/je suis celle aux petites oreilles, avec des lapins et des marmottes en pâte à modeler/je suis celle aux mots doux et si je m’énerve je passe sur le trottoir de vis-à-vis en te disant au préalable;administrateur je ne veux plus habiter avec toi, que vas-tu devenir?...”(V. Mazilescu)
          Ou:”ton amour viendra viendra je me dis /sur le rails du tram passent des Christs désespérés /le corps baigné en réclames:Tâchent de maintenir leur équilibre/l’un après l’autre tombent dans l’abîme”(Nichita Danilov)
Voilà également Matei Vişniec qui écrit avant la consécration du Cénacle de lundi :
          « Il y a un jour où le papillon arrive /et s’assoit sur ma cigarette allumée / je le regarde ébloui devenir cendres / je me rends compte qu’il s’agit d’un suicide / au substrat politique, mais je ne comprends pas pourquoi il a choisi ma cigarette... »
          La direction qu’a imprimée à la poésie le cénacle conduit par Manolescu est le résultat des accumulations dans la lyrique roumaine, des directions plutôt soupçonnées qu’éclaircies. Le mérite du Cénacle de lundi (Traian T. Coşovei, Ion Stratan, Florin Iaru, Al. Muşina, Mircea Cărtărescu, Bogdan Ghiu, Magdalena Ghica, Liviu Ion Stoiciu) est celui d’avoir synthétisé les tendances poétiques de plus en plus insistantes, de leur avoir donné une orientation, un programme, d’avoir réclamé une place distincte dans la littérature roumaine, mais aussi d’avoir ouvert de nouveaux voies littéraires.
          Il est évident que dans les années’80 on a écrit aussi une poésie d’une autre facture, voilà pourquoi le terme de”mouvement’80” exprime plutôt une direction qu’une identification en fonction de critères de temps. De même, beaucoup d’entre les jeunes poètes appelés par maints commentaires du phénomène lyrique roumain,”génération’80” sont en fait des auteurs qui illustrent la même orientation poétique. Une orientation littéraire essentielle, telle que la génération’80 a réalisée, ne naît pas tous les dix ans. La littérature roumaine reste encore sous le signe du mouvement’80, car les ouvertures qu’il a offertes ont été extrêmement généreuses.
          La force de certains textes consiste dans le fait qu’après s’être identifié dans un système ont continué d’écrire sans courir le risque de s’autopasticher. Voilà Ion Stratan en 1993:” entre ceux qui croient gagner ce qu’ils ont perdu / ta-bu-tam-ta-ku, ta-bu-tam-ta-ku / et celui qui espère perdre tout ce qu’il a  gagné / ta-bu-tam-ta-ku, ta-bu-tam-ta-ku / entre ce qui rêvent l’avenir qu’ils ont fait / ta-bu-tam-ta-ku / et ceux qui font l’avenir que nous n’avons pas rêvé / ta-bu-tam-ta-ku, ta-bu-tam-ta-ku / entre ceux qui ne rêvent plus rien / ta-bu-tam-ku, ta-bu-tam-ku / et ceux qui rêvent tout / ( Totem).
Et , en un autre registre, Liviu Antonesei, en 1996 : on a regardé stupéfaits l’éclat inattendu, on a fermé les yeux. Et nous nous sommes retournés. On creuse des galeries, des galeries étroites à travers les couches denses de calcaire avec le son des eaux sombres  / en tâtonnant les tympans. Nous, ici, nous resterons ici / dans la cloaque auguste, au-dessous, dans les intermundes”(Underground)
          Il convient de tirer au clair deux choses importantes pour la direction de la génération’ 80. La première serait celle que l’entier renouveau ne s’est laissé pas tenter par l’avant-gardisme, bien que l’expérience du décadentisme fût assimilée ou justement pour cela. Si le premier contact avec le texte laisse soupçonner la présence de l’avant-garde, une lecture plus attentive prouve que l’avant-garde est une étape assimilée et dépassée:
” N’aie pas peur / d’avoir été publié, n’aie pas peur, / des choses comme ça sont déjà arrivées même aux poètes  / à partir de maintenent / le problème est d’apprendre / parce que tu es Alexiu / juste le verbe „ écrire”: il écrit- je l’écris / n’aie pas peur, au moins cette année / parce que tu es Lucian.” (Lucian Perţa)

Un deuxième problème serait celui de la relation qui existe entre le mouvement ’80 et le postmodernisme roumain. Ceux qui mettent le signe d’égalité entre les deux notions sont assez nombreux. En ce qui nous concerne, il faudrait d’abord éclaircir le terme de postmodernisme, car il y  en a plusieurs acceptions dans différentes littératures, en fonction de l’accomplissement du modernisme en différentes périodes. Nous n’insisterons pas sur un fait qui a été débattu pleinement dans notre presse culturelle. Nous remarquons le fait que l’affirmation du mouvement ’80 coïncide avec l’apparition du postmodernisme. Les poètes de la génération ’80 sont, sans doute, des promoteurs du postmodernisme. Seulement qu’il ne peut pas y avoir une superposition totale des deux notions, mais d’un phénomène d’inclusion du mouvement’80 dans le postmodernisme. Par le phénomène généreux de récupération de certaines formes  abandonnées par le modernisme (le narratif, le dialogue, l’anecdotique etc.) et leur reconsidération d’une autre posture, le postmodernisme est un peu plus vaste.

Octobre 2007

Marius Dobrin

Nicolae Parvulescu

De cand am inceput sa citesc romanul”Instante” mi-am dorit sa stau de vorba cu autorul, profesorul Nicolae Parvulescu.

Profesor de romana la un liceu nu departe de casa mea, acum pensionar. Auzisem de el inca
din anii de liceu cand i se dusese faima ca a fost studentul lui George Calinescu si vorbea deschis. Nu stiu de ce imi aparuse atat de extraordinar, doar era atat de lesne... Poate unde ma gandeam pe atunci ca figurile istorice sunt imposibil de atins in lumea reala.

In 1987 am cumparat primul sau roman, “Fotoliul vacant”. Apoi am ratat celelalte aparitii. Mi-a placut stilul sau, o asociere cu pictura naiva. Dar sinceritatea textului si povestea plauzibila si cu detalii recognoscibile, m-au cucerit definitiv.

L-am intalnit personal mult mai tarziu, cand mi-a aparut cartea cu Craiova. Am schimbat amabilitati, am fost magulit cand, intersectandu-ne pe strada, tinea sa-mi spuna ca-mi citeste articolele din Mozaicul.

In primavara, la Gaudeamus, grabiti amandoi, ne-am oprit fata in fata pret de o clipa, cat sa-mi ofere cele doua volume ale romanului sau recent lansat, ‘Instante’.

Volume masive, un roman clasic, as zice. Am inceput tarziu sa citesc la el, in ritm lent, abia dupa ce terminam de citit toate celelalte printuri.

Pe masura insa ce am avansat cu lectura am fost tot mai prins si legat de paginile acelea incat spre final am lasat deoparte orice altceva numai ca sa raman in lumea cartii acesteia.

Pt ca in roman autorul isi creeaza un alter-ego...apare un personaj cu numele lui, prieten cu naratorul care isi ia numele de Nicu Tomescu. Pentru ca sotia naratorului e un personaj fermecator. Pentru ca pot recunoaste oameni si locuri.

Mi-am dorit sa-l intalnesc spre a sta de vorba si am reusit.

Duminica dimineata am petrecut aproape doua ore intreband una sau alta si inca multe altele uitand a cerceta.

Un om extraordinar... Un destin interesant. Nu am insistat prea mult pe propria sa poveste de la cap la coada, am vorbit despre cateva personaje si despre cateva episoade din roman. De aici am dezvoltat subiectul si am simtit ca multe altele asteapta.Ar trebui sa recitesc cartea si sa iau sistematic punct cu punct pt o discutie ampla, atat de bogat e textul.

Profesorul Nicolae Parvulescu a fost intr-adevar studentul lui Calinescu, a fost coleg cu Nicolae Manolescu, desi mai mic decat acesta. Au impartit acelasi dormitor de 50 de persoane din Drumul Taberei.A fost coleg si bun prieten cu Laurentiu Ulici. A ajuns sa-l intalneasca pe Vlad Mugur si pt ca acesta urma sa monteze un spectacol Eschil, a citit totul despre subiect si l-a impresionat pe marele regizor incat au ramas intr-o relatie fructuoasa. Drept care i-a facut rost de legitimatie de student la teatru spre a putea vedea gratis toate spectacolele din Bucuresti. Profesorul povesteste ca avea un costum de haine special pt teatru, il pastra cu sfintenie. A fost un cronicar si un observator scrupulos in slujba lui Vlad Mugur.

Profesorul povesteste in carte cum a descoperit in podul liceului in care invata un munte de carti retrase de comunisti din biblioteci. Intamplarea a facut sa deschida una la intamplare si sa vada un text despre Creanga. Avea lectia la romana despre humulestean si a invatat ce scria acolo. La lectie l-a impresioant pe profesorul sau care a ghicit ca citise din istoria lui Calinescu, fara sa stie de unde. Tanarul Parvulescu a fugit repede in pod si a luat cartea, a mai avut o tentativa reusita si cu un volum de Vianu. Astfel a salvat o comoara pe care a pastrat-o ca atare zeci de ani.

In roman apare un personaj real, avocatul Vasilescu. Licentiat a doua facultati, detinut politic, paria dupa eliberarea din inchisori, ajutat de profesor pana la acceptarea in
barou, Vasilescu este un personaj impresionant prin cultura, comportament si atitudine.

La un moment il suplineste peprofesor la o ora de romana. De fapt nu mai era nevoie insa daca tot se pregatise, i-a fost drag sa tina acea lectie, asistat de Parvulescu. Care insa a inghetat in ultima banca atunci cand suplinitorul isi incepe lectia despre schita lui Caragiale, ‘Vizita’, intrebandu-i pe copii despre prilejul vizitei naratorului, daca stiu ce este aceea onomastica si daca ei si-o serbeaza, cand anume. Lectia aceasta s-a tinut in 1968 cand, desi era aparent un timp al dezghetului, imprejurarile nu erau linistitoare deloc. Apoi copiii sunt intrebati daca stiu ce este acela un “mare agricultor”, asa cum este descris tatal micului Ionel. Elevii se intrec in raspunsuri de genul: inginer, tehnician agricol, brigadier, presedinte de CAP... Cu blandete Vasilescu le explica simplu ca e vorba de un mosier, ca de Sf Ion acesta nu avea vreo treaba legata de muncile campului si deci era absent de acasa in mod inexplicabil, chiar de onomastica odorului sau. Ba chiar de neexplicat este si absenta oricaror alte rude sau prieteni intr-o asemenea zi de sarbatoare. Cu argumente din acestea logice Vasilescu a venit si in cazul Baltagului... Cum era sa plece la drum lung, pt o cumparatura atat de importanta, Nichifor Lipan, fara a-si asigura tovarasia unor apropriati de incredere? Fara niste masuri de protectie?

Apoi profesorul mai mosteneste o observatie interesanta: nici un scriitor roman, dintre
cei importanti, nu a creat mai mult de trei romane semnificative, in niciun caz nu peste varsta de 60 de ani.

Dar despre Vasilescu poate voi reusi sa adaug ceva cand voi scrie despre roman.

Probabil ca aceia care lucreaza in invatamant oltean vor recunoaste multe alte personaje mai aproape de timpurile noastre.

Eu nu am indraznit sa intreb anumite lucruri, am lasat cu discretie doar gandul sa se
joace cu anumite presupuneri.

Unele dintre cele aflate le mai pastrez si eu nespuse.

Pentru clubul palmofililor din studentie, descris cu verva, a cerut acordul unui membru de atunci care ma itraieste si azi, dar cand nu a mai avut cui cere acordul, a pastrat tacerea oficiala.

Cate inca asteapta sa fie spuse... Sper sa reusim sa ne revedem spre a mai deslusi
altele..

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graphique et mise-à-jour Bogdan Malaelea-Toropu

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