Magazine mensuel de dialogue culturel Depuis 2001 • No 37 • Montréal • 15.09.2007

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Cristina Iovita
Pauline Bonaparte reçoit Shakespeare à la Villa Borghese (fr)

Septembre 2007

L’Iliade – Une histoire de femmes

Par Felicia Mihali

 La nouvelle représentation jouée au Théâtre du Nouveau Monde me convainc de plus en plus que l’Iliade reste une histoire de femmes. Le metteur en scène Alexis Martin, qui signe aussi cette nouvelle interprétation du fameux texte classique, parle de la rage comme étant le noyau de cette pièce, la rage qui pousse les hommes aux actes les plus insensés. Il parle aussi du fait que le plus fort fait toujours la loi. Selon le schéma bien connu, les Grecs sont venus abattre la florissante ville de Troie ayant comme prétexte le ravissement d’une femme, la belle Hélène. (L’histoire nous apprend que les Grecs se battaient pour la suprématie commerciale dans la région.) Au bout de neuf ans de guerre, un incident décide du destin des deux armées : Agamemnon, le plus fort des rois, prend de force une prisonnière, butin de guerre, qui de droit revenait à Achille. Cela est en fait le moment déclencheur de l’Iliade.

Comme on le voit, l’histoire est faite de beaux prétextes qui cachent les véritables intentions des envahisseurs.  

Il y a, toutefois, une belle revanche dans cette histoire d’hommes, de guerre, de viols, de crimes contre les plus faibles. La guerre de Troie n’est qu’une manigance de Déesses, ces femmes tendres et féroces en même temps qui savent conduire de leur alcôve le destin des êtres humains et de leurs cités. On sait que le conflit qui déclenche le siège de Troie n’est qu’un concours de beauté qui oppose les trois beautés olympiennes : Héra, Aphrodite et Athéna. Le malheureux Pâris, flânant dans les parages, est nommé arbitre du jeu. Son goût raffiné le pousse à choisir Aphrodite, car qui aurait mis son dévolu sur une épouse hargneuse ou une guerrière féroce? Malheur! Cela déclenche la terrible colère des deux autres qui se mettent en tête de détruire tout ce qui touche à Pâris, remontant jusqu’à son brave père, le roi Priam.

Au moment de l’histoire racontée par Homère, au pied de Troie, les pauvres guerriers des deux côtés ne sont que des marionnettes dans les mains des trois harpies qui continuent leur dispute malgré les larmes des veuves et les cris des enfants. Les deux armées se battent, perdent ou vainquent uniquement lorsque les déesses le veulent. Pauvre Zeus, lorsqu’il veut prendre la relève, il est charmé par sa soeur-épouse Héra et enfermé sous clé dans une chambre forgée par son fils infirme Héphaïstos. Patrocle va mourir ainsi que le brave Hector. Même Achille, avec son talon vulnérable, n’échappera indemne. En ce qui concerne Hélène, elle réintégrera la couche de Ménélas, son époux, car semble-t-il, à cette époque-là les hommes étaient moins sensibles aux questions de trahisons. Agamemnon sera tué par son épouse Clytemnestre. Ulysse errera dix ans en mer avant d’atteindre les côtes d’Ithaque. Triste destin pour les vainqueurs! Reconnaissons-le, les anciens étaient moins scrupuleux que les auteurs d’aujourd’hui.   

Dans le spectacle monté par Alexis Martin, il y a deux niveaux bien suggérés par le décor. En bas, c’est le monde des mortels, là où les guerriers se disputent pour des riens. En haut, c’est l’Olympe dominé par des Dieux qui reproduisent en détail les disputes les plus banales des couples : les hommes semblent faire la loi mais ils tremblent devant leur épouse. Sur terre, un monde de force et de sang, insinué par des durs combats corps à corps : dans le ciel, la coulisse du pouvoir, là où on met en branle la machine de la guerre avec des manigances subtiles, des rires, et des caresses. N’est-elle pas bien drôle la revanche de la modernité contre ce qui depuis trois millénaires a passé pour la bible de la masculinité?  

L’Iliade est un spectacle à voir pour ce mémento aux temps anciens, mais aussi à la guerre moderne : les soldats changent de décors et d’armes, mais pas de mœurs. L’histoire se répète toujours : en haut, les machinations; en bas, les meneurs et les victimes.  

Jusqu’au 6 octobre au TNM. 

Avec : Vincent Bilodeau, Gary Boudreault, Stéphane Brulotte, Stéphane Demers, Patrick Drolet, Alexandre Fortin, Tania Kontoyani, Jacinthe Laguë, Jean Maheu, Marie Michaud, François Papineau, Marthe Turgeon

Conseiller dramaturgique : Georges Leroux 
Assistance à la mise en scène et régie : Claude Lemelin 
Décor : David Gaucher 
Costumes : Judy Jonker 
Éclairages : Martin Labrecque 
Musique : Denis Gougeon 
Mouvement : Francine Alepin 
Conception vidéo : Yves Labelle 
Accessoires : Vincent Deronde 
Maquillages : Claudie Vandenbroucque 
Perruques : Rachel Tremblay

Septembre 2007

Le théâtre, ça se fête!

Par Iulia-Anamaria Salagor

 En dictature…

Je me souviens de mes soirées au théâtre à Bucarest, avant 1990. Toujours un régal! Un mois avant, mes parents commençaient à se renseigner sur la possibilité d’avoir des billets. De fois, pour les spectacles très sollicités, quand il n’y avait plus de places, nous allions à « un billet de plus ». Bien habillés, nous commencions à faire une promenade autour du théâtre visé - une amie malade ou une urgence et, voilà, une personne qui a un billet de plus et nous entrions à la dernière minute dans la salle!

Je me souviens aussi d’une soirée d’hiver, à l’occasion d’une production de Tchekhov -La mouette. Il faisait tellement froid dans la salle de spectacles qu’on était obligés de garder nos manteaux; cependant, la comédienne principale devait jouer dans une petite robe…On était en pleine « époque d’or», on devait économiser l’énergie afin de bâtir « la société communiste multilatérale développée » et, au milieu d’un spectacle, la lumière s’est éteinte. Personne ne voulait rentrer chez soi, les comédiens ont continué le spectacle à la lumière des chandelles…

Toujours ma mère préparait l’aspect extérieur : il faut être soigneusement habillés. C’est un signe de respect pour les comédiens et aussi pour le reste du public. Mon père s’occupait de  la préparation intellectuelle : « On va voir Shakespeare, voilà ma chérie, tu peux trouver la pièce dans notre bibliothèque.  C’est mieux de connaître l’histoire un peu d’avance afin de pouvoir accorder plus d’attention au jeu des comédiens, au décor, et aux costumes. »

Les premiers mois de 1990, le spectacle théâtral a été remplacé par le spectacle politique et par celui de la rue. On était bouleversé par la liberté de la parole et trop préoccupé de dire que d’écouter des histoires. Peu à peu, les jeunes ont commencé à redécouvrir le théâtre dans les salles. En jeans et t-shirt, ils étaient dans les salles de spectacle. Ainsi commença l’époque du théâtre expérimental, du théâtre en espaces non conventionnels : café-bar, terrasses, vieux palais, foyers des musées. Toujours la même joie pour moi!  C’était confirmé l’idée de l’historien des religions et romancier roumain Mircea Eliade, qui pense que la culture est une condition spécifique de l’être humain et que la signification politique de la culture est celle de répondre sur un autre plan à un moment historique difficile.

Au Canada…

Fondée en septembre 1993, l’Académie québécoise du théâtre (AQT) regroupe l’ensemble des praticiens du milieu théâtral québécois et a pour mandat de promouvoir le théâtre, de favoriser son développement et de mettre en valeur l’excellence de ses praticiens. L’Académie organise chaque année le gala la Soirée des Masques qui, par le biais d’une remise de prix, récompense les artisans du théâtre et leur rend hommage.

Cette année, le 26 août,  la 14e édition du Gala des Masques, s’est déroulé dans une nouvelle formule, comme une grande pièce en deux actes : la remise des prix dans le cadre d’un spectacle théâtral en matinée, au Théâtre Denise-Pelletier à Montréal et l’émission spéciale de Bons baisers de France (télévision de Radio-Canada) en hommage aux lauréats en soirée.

Les 127 productions qualifiées pour la quatorzième remise de prix ont été inscrites par leurs producteurs dans l’une ou l’autre des sept catégories déterminées par l’Académie: production franco-canadienne, productions langue anglaise, production étrangère, production régions, production jeunes publics, production Québec et production Montréal. 

La pièce Les Mains sales de Jean-Paul Sartre, produite par le Théâtre du Trident, a gagné le Masque de la production à Québec, celui de la mise en scène (Marie Gignac) et celui de l’interprétation masculine (Hugues Frenette). Elle a aussi enlevé le Masque de la conception du décor (Michel Gauthier).

Le prix de la production de Montréal a été décerné à la pièce Coma Unplugged, de Pierre-Michel Tremblay, réalisée par le Théâtre de la Manufacture. Cette production a été récompense aussi pour la conception sonore (Ludovic Bonnier).

Danielle Proulx a été la lauréate dans la catégorie de l’interprétation féminine (Vincent River). Macha Limonchik (Du vent entre les dents) et Michel Perron (Assorted Candies) ont partagé les Masques de l’interprétation dans un rôle de soutien.

Le Masque de la production de langue anglaise a été remis au Leanor & Alvin Segal Theatre pour la réalisation de la pièce I Am My Own Live de Doug Wright.

Jean-Michel Déry a reçu le Masque de la révélation de l’année pour sa prestation dans la pièce On achève bien les chevaux.

La production L’année du Big-Mac, de Marc Prescott, réalisé par Théâtre populaire d’Acadie, a enlevé le Masque de la production franco-canadienne et Los Mundos de Fingerman, de la Péruvienne Ines Pasis a reçu le Masque de la production étrangère.

Finalement, l’Académie a salué la contribution de Claude Michaud en lui décernant le prix hommage. Ce comédien exceptionnel et animateur infatigable de théâtre d’été va célébrer l’année prochaine ses 50 ans de vie artistique.

Vincent Bilodeau, le président de l’Académie québécoise du théâtre a précisé dans la conférence de presse : « Claude Michaud a consacré sa vie au théâtre.(…) Il est un modèle pour illustrer les exigences du travail en théâtre privé.(…) Cette année, malheureusement, le théâtre privé n’a pu faire l’objet d’une évaluation aux fins d’une remise de prix pour cette 14e édition du Gala des Masques qui se déroula le 26 août. Il nous fait d’autant plus plaisir de rendre hommage à l’un de ses plus illustres représentants.»

 

 Et même en pleine forêt…

J`ai vu cet été, dans une grange intimiste au cœur du Parc du Domaine Vert à Mirabel, la pièce Semi-détaché mise en scène par Philippe Lambert. C`était la 10e production du Petit Théâtre du Nord, et la façon pour Louise Cardinal, Luc Bourgeois, Sébastien Gauthier et Mélanie St-Laurent, les quatre acteurs-entrepreneurs,  de célébrer cette année une décennie de création en région. Les quatre membres fondateurs du Petit Théâtre du Nord ont décidé de relever le défi d’établir un lieu de création théâtrale dans les Basses-Laurentides et après dix ans on peut affirmer qu’ ils ont réussi.

Le Petit Théâtre du Nord donne la parole aux jeunes créateurs, fait vivre des textes inédits et n’arrête jamais de chercher. Il est lauréat du Masque de la Production Région 2004 et du Grand Prix de la Culture des Laurentides – Prix de la Création en arts de la scène 2004. Le Petit Théâtre du Nord s’est également vu décerner le prix Roseq-Rideau lors de l’événement de la Bourse Rideau présenté à Québec en février 2006 pour son spectacle Les envahisseurs. Voilà un théâtre d’été diffèrent, qui suscite la réflexion à cause de ses textes dramatiques inédits, toujours empreints d’humeur et qui démontre qu’on peut gagner le cœur des critiques et des spectateurs et en même temps qu’on peut assumer le risque financier d’un théâtre privé.

Pour partager l’amour du théâtre on ne se pose pas la question sur l’époque, le pays, la langue, la saison ou l’argent. Le théâtre, ça se fête toujours!

création et réalisation par Cristian Nistor

graphique et mise-à-jour Bogdan Malaelea-Toropu

Droits de reproduction et de diffusion réservés © TERRA NOVA 2005. Tous droits réservés

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