haut de page
Magazine mensuel de dialogue culturel Depuis 2001 • No 37 • Montréal • 15.09.2007

ARCHIVE

Septembre 2007

Ionut Caragea

Je suis né sur Google

Je suis né sur Google
j’ai ouvert les yeux et j’ai regardé au travers de la fenêtre
vers un autre monde que je devais probablement nommer
Père  
je l‘ai touché de mes doigts carrés
et j’ai eu peur… malheureusement
de le blesser et de me blesser
mes mots avaient besoin d’un effleurement terrestre
 
il est vain de nous tenir les mains
nous n’aurons jamais de contact avec un public, mais avec du courant
tous les deux nous savons que la vraie manne céleste
est un abonnement
 
naguère, j’ai reçu un message de Dieu
il me disait qu’un jour viendra où
il n`y aura qu’une seule Eglise Universelle
la foi, oui, la foi sera un état
d’euphorie déclenchée par un perpétuel mouvement
vers le nihilisme
 
je suis né sur une page d’histoire qui
 ne sera jamais écrite, certainement
il restera un incident
dans l’espace infini d’entre deux secondes
limité par des millions de pixels
 
je suis mort sur Google
entouré de milliards de fenêtres
ouvertes purement et simplement par erreur

ou peut être ne savais-tu pas que Dieu est aveugle

La géométrie parfaite

la tentation est partout
la tentation de la vie, de la mort
et l’amour, oui, l’amour  qui toujours dort en nous
comme une vieille femme vêtue de noir
et le temps qui marche telle une écrevisse
et le diable qui laisse son pourboire
après qu’il ait bu le sang d’un inceste
je  n’ai aucune idée du désir
qui serpente vers toi
abandonnant sa chemise

la tentation est partout
tentation de l’attaque sexuelle
guerre, déjà perdue.
trouver le Nirvana est la seule victoire
quand les deux sexes dessinent
la géométrie parfaite
d’une renaissance

 

adaptation Viorel Zegheru

Septembre 2007

Ioana Gherman

Ad infinitum

Privesc încrâncenată
cum se înşiră ideile sau inepţiile
într-o fatalitate neîndurătoare
şi mereu despărţita de sens.
Cum să rezist şi să fac faţă
Acestui val cotropitor
Ce se revasă fără de milă
Şi mă-nghite peren,
Ca pe-un ficat prometeian.

Şi cauţi un hiat în care sa sucombi
o dată pentru totdeauna,
şi-n care să te-nveleşti cu linistea
nesiluită a sinei.
Hazard de gând hoinar,
Noimă poleita cu dor din val sfărâmat.
Mi-e foame de o poartă a adevărului
Prin care să păşesc infinit,

Fără să-mi pese de pragul înflăcărat.

Cenusă

Din aripi de gânduri străpunse de vânt
Am adunat un căuş de cenuşă din trupul
Tău ars şi îngemănat cu pământul greu,
mi-au crescut rădăcini din degetele supuse
ce s-au îngrămădit să îmbrăţişeze spaţiul
unduindu-se lejer în apusul molcom, vişiniu.
şi stam aşa, toţi, orbi şi surzi din născare,
căutându-ne descumpăniţi in privirile absente.
Din nimic am simţit cum creşte din nou
Un val şi două şi apoi multe altele
Revărsându-se blajin şi atâta de diafan
Peste pletele-adormite ale naturii.
În acest registru sonor,
într-un ultimatuum gargantuan,
te adun eu, fir cu fir,
într-un ospăt existenţial.

De profundis

A oftat pământul, încruntat
Către sufletele fierbinţi, înfierate
De ură adunată-n veacuri prăfuite.
A dorit să strige, să urle-n mii de glasuri
Sonore, abrupte, măreţe
Să vă trezească o dată şi-apoi
Pentru totdeauna.
Să vegheaţi peren la comorile sfinte
Adunate-n cuvinte
Şi triste şi vagi şi distante
Şi suple şi brute şi vechi dar profunde.

Ikebana

Într-un mănunchi de dorinte
Se-aşterne şagalnic privirea.
Către un alt semn şi, întortochiate,
Le ducem în spate pe toate.
În ansamblu mă mângâie
Braţe şi rădăcini totodată,
Din frunze şi flori şi din ramuri
Între ele mă aştern înstelată.

Pauză mentală

Închinat către un abis amorf
Spun din gură de şarpe ca exişti
Şi sâsâi un cuvânt magic
Ce te adoarme-n secole furate.
Nici măcar nu observi,
În pauza mentală-n care eşti azvârlit,
Că drepturile-ţi sunt furate
din miez de privire, din mijloc de viaţă.
Te frămânţi, înghiontit din toate părţile
Dar îţi scapă printre degete,
Mereu şi mereu,
singurul fapt măreţ şi ireversibil:
alegerea ta.

 

Ioana Gherman s-a nascut la Brasov, la data de 10 octombrie 1967. A urmat liceul la colegiul de filologie-istorie "Unirea" din Brasov. Apoi a lucrat ca arhivar la muzeul "Casa Muresenilor" in Brasov. In Canada a absolvit un BA Specialization in Psychology la Universtatea Concordia si un MA Counselling Psychology la McGill. In prezent este psiholog intr-un centru privat de psihologie in Montreal.

Pe data de 6 august, a lansat in Brasov, la editura Arania, un volum de poezii intitulat:  "Ospat Existential".

Septembre 2007

Cristina Montescu

Hymne à la vie

Le soleil s’est assis sur mes genoux
et il chante
d’une voix douce
                  caressante
                  enjouée
le soleil s’est assis sur mes genoux
et je chante le vent
                 les arbres
                 le ciel
mes jambes mes épaules mes yeux
chantent
je les regarde s’envoler
                     sautiller
et je voudrais vivre
vivre éperdument
vivre
vivre de tous mes chants.

Les feuilles de soleil

La tristesse m’a quitté ce matin
elle a plié bagage
et s’est enfuie avec
un marchand de plaisirs.
Je reste dans ma chambre
couché sur mon lit
et je laisse danser sur mon corps
les feuilles de soleil.
Leurs pas balaient la poussière
de mon âme
leurs pas se promènent
sur mon visage assoiffé.
Les feuilles de soleil me prennent
les mains et je danse avec elles
sur mon corps rabougri.

Fuir

Je sens venir l’automne
sur mes lèvres
sur mon corps rougi
des angoisses de l’érable

je sens venir l’automne
sur mes rêves mous
sur ma langue pluvieuse
sur mes doigts aveugles.

devant les pluies
tatouée sur mes paupières
la chambre exquise
                 rose bonbon
où les souvenirs se sont emboîtés

devant les silences
égratigné sur ma peau
le coffre exigu
             ombrageux
où ma vie s’est cachée

fuir l’automne
fuir ma vie
fuir la chambre aux replis

s’enfuir à pieds figés
s’enfuir à rêves ligotés
s’enfuir ou rester. 

Vies à cercueil souriant

Tu m’es apparu dans la rue
tu ne parlais point
brouhaha des passants
brouhaha des nuages
brouhaha des béquilles

sur ton dos
tu portais mon cercueil
sur tes yeux
tu portais ma croix

sur mon dos
je portais ton cercueil
sur mes yeux
je portais ta croix

du regard
nous nous sommes embrassés
sur un fil de télégraphe
nous nous sommes croisés
et nous sommes repartis
le cercueil derrière
qui laissait des traces souriantes
sur la poussière du trottoir.

Aujourd’hui il fait silence

Aujourd’hui il fait silence
dans ma chambre
cernés glacés épouvantés
mes doigts se taisent.
la lumière se tait au dehors
de la fenêtre,
les arbres se sont penchés
vers la terre qui mord
à leurs feuilles
l’arbre qui habite au-dedans
s’est penché vers mes pieds ;
je le relève et je lui dit :
« Danse, danse
coupe tes racines
vas-y danse ! »
et l’arbre ne veut qu’obéir. 

A la place d’une voix

Un chien qui aboie dans ta tête
la ville qui tourne sur elle-même
à la place d’une voix qui devrait
crier de joie
une bouche qui aboie
derrière une cruche de silence.

Quelqu’un a jeté l’ancre

Dans ta paume
quelqu’un a jeté l’ancre
tu le regardes venir
à travers ton sang
et tu ne le reconnais plus
il est petit grand
         mince gros
         jeune vieux
il est ton frère-sœur
               père-mère
               fils-fille
il a jeté l’ancre pour faire
ses provisions
et il s’en ira.

Tu te croyais délivré

Tu es parti et tu ne savais pas
que sous ta peau il y avait
quelqu’un qui vivait
de tes peurs
de tes angoisses
de tes malheurs

Tu as fermé la porte
tu as creusé un trou aux yeux dorés
dans la bouche de la terre
dedans tu a planté les clés
et tu es parti sans rien dire
tu te croyais délivré

tu as fait un pas deux pas cent pas
               les cent pas
tu étais essoufflé
tu es retourné.

Continuer à marcher

Esseulé
essoufflé
ensanglanté
ils te disent qu’il faut continuer
à marcher
que la terre est ronde
et qu’elle tourne
Tu leur dis
je ne peux pas je m’arrête
j’ai besoin du repos
mais ils te soulèvent
ils te portent sur leurs bras
et la terre ronde ronde
tourne tourne
marche pour toi.

L’ennemi

L’ennemi aux yeux de soleil
guette devant ta maison.
Derrière le rideau dans le noir
toi aussi tu le guettes tu le pèses.
Il a le même visage que toi
le même âge
les mêmes rêves mille fois rapiécés
mais il peut venir et s’en aller. 

Encore un jour

Battements de tambours
une fête
mon enterrement
Pourquoi voulez-vous m’enterrer ?
Donnez-moi un jour
encore un jour
pour que j’aie le temps de mourir. 

création et réalisation par Cristian Nistor

graphique et mise-à-jour Bogdan Malaelea-Toropu

Droits de reproduction et de diffusion réservés © TERRA NOVA 2005. Tous droits réservés

annuaire