Magazine mensuel de dialogue culturel Depuis 2001 • No 37 • Montréal • 15.09.2007

ARCHIVE

Otilia Tunaru
Interview avec Shola Doummar (fr)

Septembre 2007

Interview avec
Jocelyne Langlois

«Cultivez la persévérance et l’enthousiasme : ces clés vous aideront à franchir tous les obstacles…»

Par Luz Garcia de Zielinski

Mon invitée, Jocelyne Langlois, est une artiste multidisciplinaire, fondatrice et l’actuelle présidente du Groupe Festiv-Art Express.  Son implication dans la vie culturelle de son arrondissement lui a valu une résolution des félicitations de la  Ville de Montréal.  Jocelyne se définit comme « une artiste d’atmosphère qui tente, par ses effets d’ombre et de lumière et son jeu de couleurs, de faire ressentir la beauté de la vie en général».  Récipiendaire de divers prix, elle a participé à plus de 100 expositions individuelles et collectives, ici et à l’étranger. Ses créations couvrent un éventail de styles, du figuratif à l’abstrait.  Elle aime agrémenter ses oeuvres visuelles des poèmes.  Jocelyne a organisé et participé à plusieurs soirées de poésie.  Très active, elle fait partie de plusieurs autres  groupes d’artistes comme :  Empreintes d’artistes de Verdun, l’ACSO, l’Association des artistes de la Salle,  etc.  Ses tableaux se retrouvent dans plusieurs collections corporatives et privées au Québec, au Manitoba, en Colombie-Britannique et à l’étranger.

LUZ :  Comment êtes-vous arrivé aux Beaux-Arts?

Jocelyne Langlois :  J’ai toujours aimé les arts mais pour toute sorte de raisons, je n’ai jamais pu concrétiser mes rêves d’être artiste.  C’est en 1989, que je fus atteinte de fibromyalgie et pendant ma longue convalescence, une question me revenait en leitmotiv : quelle leçon dois-je apprendre pendant ma convalescence? Mon conjoint Louis, un jour me dit : " Jocelyne, j'aurais aimé avoir ton talent en dessin ". Cette révélation pour moi qui n'étais même pas consciente de mon habileté fit boule de neige. La réponse à mon questionnement se présenta d'elle-même par la suite : la leçon que je devais tirer consistait à développer mes talents, en dormance jusque là.

Je travaillais alors et travaille toujours comme secrétaire juridique. Je me suis dit que je pourrais réorienter ma carrière vers les arts lorsque sonnerait l'heure de la retraite. Un - présumé - hasard fit en sorte qu'il n'y avait pas assez d'inscriptions au cours de dessin que je désirais suivre et mit sur ma route Marguerite Pronovost qui devint mon premier professeur de peinture à l'huile. Professeur extraordinaire, elle enseignait au Centre de loisirs St-Justin, en donnant le meilleur d'elle-même et partageant ses connaissances des secrets du métier avec une extrême générosité. Plusieurs fois encore le sort a mis sur ma route des personnes et circonstances m'ayant permis d'approfondir mes connaissances et d'explorer toutes sortes d'avenues dans cette maîtrise artistique. En 1996, j'ai été acceptée comme étudiante à l'Université Concordia où j'y ai étudié entre 1996 et 1998, en m'amusant à sortir des sentiers battus. Toutefois, je n'y ai pas trouvé ce que je cherchais. Ma réponse, je l'ai obtenue en visitant la rétrospective des oeuvres de Jacques Hurtubise, au Musée des Beaux-arts de Montréal. Sur vidéo, l'on pouvait voir cet artiste de grand talent expliquer que depuis que les Beaux-arts étaient entrés à l'Université, les artistes se sont mis à parler au lieu de peindre, enchaînant par " Moi, je suis un artiste et par définition un artiste, ça peint, alors moi je peints au lieu de parler. Il faut savoir ce que l'on aime faire : peindre ou parler ". Cela m'éclaira sur le fait que moi, ce que j'aime faire, c'est peindre et exposer mes oeuvres. Alors, à la fin de ma session, j'ai abandonné mon programme à l'Université et suis retournée aux enseignements initiaux de Marguerite Pronovost, en les enrichissant d'autres notions apprises par l'entremise d'autres professeurs importants, tels Wang Chui, maître en peinture à l'huile. En 1998, je me suis enfin reconnue comme artiste. La boucle est bouclée. Je souffre de moins en moins de fibromyalgie, les crises devenant épisodiques; du moins, j'ai appris à vivre avec la douleur. Je ne prends aucun médicament à cet égard. L'art, au service de la santé, c'est formidable!

L.  :     Est-ce que vous saviez depuis longtemps que vous voulez être artiste?  

J.L. :    Oui, depuis ma plus tendre enfance, je savais déjà que je voulais être artiste, écrivaine et à l’âge de 18 ans, ayant vécu jusque là en vase clos, surprotégé(e) par vos parents, donc encore empreint(e) de naïveté et d’innocence, en 1970, en pleine révolution culturelle, réforme scolaire, crise de l’enseignement et ayant dû faire vos études secondaires dans 4 écoles différentes à cause du bas taux de natalité, les professeurs vous déclarant à répétition : «  Oubliez les Beaux-arts - il n’y a pas de travail dans ce domaine-là ! ».   «  Oubliez la littérature - il n’y a aucun débouché ! ». «  Oubliez la pédagogie car il n’y aura pas assez d’élèves d’ici CINQ ANS pour vous garantir un poste à la fin de vos études UNIVERSITAIRES ! » Donc, tous mes rêves se sont écroulés, l'un après l'autre. Moi qui rêvais de gagner ma vie comme artiste peintre, écrivain célèbre ou professeur admiré, j'ai dû renoncer à tout projet personnel, puisque les figures d’autorité condamnaient mes choix. De surcroît, personne au monde n'avait remarqué que j’avais un certain talent. C’est ainsi que je me suis résignée tant bien que mal à essayer de me conformer au moule de la société de l’époque. La tristesse m’accompagnait tous les jours.

Heureusement, j'étais dotée de ténacité et, quelque part en mon for intérieur, jamais je ne renonçai vraiment à mes rêves, tenus secrets. Je m'exprimais tantôt par l'écriture, tantôt par des gribouillis ou des croquis rapides. L’âme d’artiste ne pouvait renoncer à sa force vitale et se manifestait tantôt par une attitude parfois rebelle, tantôt par un esprit plutôt indépendant. Bien que de façon douloureuse, la vie fit en sorte que je pris enfin conscience de ma destinée et me voici à vous la partager.

L. :       Qu’est-ce que vous aimez peindre?

J.L. :     Surtout les paysages :  La nature en général.  Lorsque je peints, je dois d'abord aimer ce que je peints, je garde toujours à l'esprit qu'un jour une personne désirera acquérir une de mes oeuvres; et, par conséquent, je respecte les règles de l'Art, oui, ces fameuses règles de l'Art qui feront en sorte que mes peintures pourront être transmises de génération en génération.

L. :       Est-ce que vous regrettez de n’avoir pas pu commencer plus jeune votre carrière artistique?

J.L. :     Oui, sincèrement et parfois, j'ai éprouvé beaucoup de chagrin lorsque j'ai réalisé que cette tristesse profonde m'ayant habitée pendant de trop nombreuses années résultait de mes propres choix de vie. J'avais fait fausse route en me fiant aux mauvais conseils de professeurs sans doute bien intentionnés. Je me suis dit que si j'avais vraiment eu la vocation, j'aurais poursuivi ma voie en dépit des difficultés et que c'est tant pis pour moi si je n'ai pas fait les sacrifices dans la fleur de l'âge. Mais je ne vais pas vous raconter toute ma vie, d'autres facteurs sont aussi entrés en ligne de compte. Lorsque la tristesse m'assaille, je me réconforte en me disant qu'à 18 ans, je manquais de maturité et que ma timidité extrême m'empêchait de m'épanouir. Qui dit que j'aurais eu du succès entre l'âge de 18 et de 40 ans ou que j'aurais eu une production valable et intéressante? Face aux échecs ou aux lenteurs, j'aurais sans doute manqué de courage et cédé au découragement. J'aurais peut-être même cessé de peindre et je ne serais sans doute pas en train d'écrire ces lignes. Par contre, de par mon travail de secrétaire juridique, j'ai pu acquérir de la discipline et des connaissances qui me sont d'un grand secours dans ma carrière artistique actuelle.

L. :      Qu’est-ce que vous inspire?

J.L. :    Je crois au droit à la beauté universelle, en la sérénité et au rôle passager de l'homme sur cette terre. Étant d'une nature plutôt magnanime, j'ai plus d'une fois " donné la chance au coureur " et il en va ainsi dans la majorité de mes oeuvres. Je crois fortement que tout être humain a le pouvoir de se transformer et de s'améliorer, comme cela se passe dans la nature. Le temps passe, l'homme passe, tout passe, et je crois que c'est mon rôle en tant qu'artiste d'évoquer ces moments fugitifs où l'on saisit au vol notre dernière chance avant que tout ne soit terminé. Dans mes oeuvres, j'évoque ainsi le passage du temps, dépeignant souvent des instantanés volés au continuum, aux dieux de la vitesse et de l'urbanité. J'essaie d'immortaliser ces pauses grâce à l'illusion de la peinture, entre l'aube et le crépuscule, ces moments où l'on respire profondément par le ventre cet air pur revigorant, savourant ces instants précieux, lorsqu'on fait un avec les vibrations de la terre, lorsqu’on profite de l'occasion unique qui nous est offerte dans une journée d'être témoin de cette lutte amicale entre les forces du jour et de la nuit où, continuellement, l'ombre s'avère vainqueur, forçant la lumière à se retirer dans son sillage. J'aime reproduire avec mes couleurs ce rapport de force entre les puissances des ténèbres et la vigueur de cette énergie lumineuse livrant son dernier combat quotidien. J'aime également peindre ce qui me rappelle notre rapport avec l'univers et le créateur, reproduire à ma façon la beauté surnaturelle des charmes sylvestres, l'impression d'éternité qui m'envahit chaque fois que j'observe le flux et reflux de l'océan, celui de notre majestueux Saint-Laurent, les flots et clafoutis de nos innombrables lacs québécois, les couchers de soleil majestueux qui transforment nos cieux et lacs en kaléidoscopes incandescents. De plus, j'aime les évocations de la vie d'autrefois :  les vastes demeures ancestrales de la région de Québec pouvant abriter de grandes familles aujourd'hui disparues et la route de la Nouvelle-France, bordée de caveaux, me rappelant combien la vie d'autrefois était menée par le dur labeur et la discipline au rythme des saisons tandis que notre vie est facilitée par la technologie, un peu vide, avec nos familles éclatées et la disparition de nos rites religieux et familiaux. Les vieilles granges abandonnées et les fermes subsistantes me servent de leçon d'humilité face à nos besoins primordiaux. J'aime les grands espaces de la région du Baskatong, les rivières impétueuses, les boisés enchantés de Mascouche où se cachent sans doute des elfes et farfadets, et ceux des Laurentides plus pragmatiques. J'aime peindre les derniers soubresauts de lumière évanescente avant que l'illusion de la vie ne s'éteigne à tout jamais. J’ai vu cet été le plus beau coucher de soleil de ma vie : il s’est couché face au fleuve Saint-Laurent, à Kamouraska. Un tableau en témoignera. On trouve rarement des personnages dans mes paysages, pour mieux évoquer un moment d'évasion dans la solitude et la " sainte paix " régénératrice, mais, il me fait plaisir d'en inclure, à l'occasion, lorsque je désire évoquer l'amitié. Je ne peints jamais lorsque je me sens triste, de mauvaise humeur, frustrée ou en colère car je crois fermement que toute oeuvre véhicule dans ses pigments et jusque dans les fibres du canevas, l'énergie de son créateur. À l’abri du négativisme, j'espère ainsi apporter quelques moments paisibles à toute personne qui regarde mes tableaux. Chacun d'entre nous a une mission à accomplir sur cette terre. Si je peux apporter un peu de beauté, de paix et de sérénité en ce monde tourmenté, qu'il en soit ainsi, mes efforts n'auront pas été vains et j'aurai accompli ce qui est peut-être ma mission de vie sur cette terre!

Il m'arrive également de m'inspirer de photos prises en plein air et que j'utilise ensuite à l'atelier. J'interprète le paysage en conservant ce qui me plaît, en éliminant ce qui me déplaît et en ajoutant tout détail selon mon imagination. J'essaie surtout d'interpréter au moyen des couleurs l'émotion exacte qui m'habitait au moment de la prise photo. Comme on vit au 3e millénaire, ce sont de pratiques références, mais sans de solides connaissances en composition, dessin et couleurs, toute photo ne me servirait guère à grand' chose.
En plein air, je fais souvent des pochades que je complète ensuite en atelier, à l'abri des moustiques et de l'éblouissement du soleil pour éviter que mes couleurs ne soient trop foncées. Bien que peignant en général de façon traditionnelle, je consacre une partie de mon temps à étudier l'impact de nouveaux produits, tels médiums à peindre, solvants et liants qui sont constamment mis en vente sur le marché, afin de savoir s'ils me conviennent et s'ils permettront une meilleure conservation de mes oeuvres

L. :    Je sais que vous aviez été très active cet été où vous aviez organisé et participé à plusieurs symposiums de peintures mais préparez-vous d’autres activités ou expositions pour ce qui reste de l’année 2007?

J.L. :  Oui, on pourra me voir peindre en plein air avec des amis artistes de GFAE jusqu’au début de l’automne; le sud-ouest de Montréal regorge de sites d’une beauté magique comme la saulaie du parc des Rapides, les étangs du parc Angrignon et les plans d’eau du parc Félix-Leclerc.  Grâce au partenariat avec l’arrondissement de LaSalle, je verrai se concrétiser un de mes projets les plus chers : l’événement EXPOÉSIE aura lieu le samedi 29 septembre, de 13h à 16h.  Une dizaine d’artistes membres de GFAE exposeront leurs tableaux tout en lisant leurs poèmes dans le mini-théâtre en plein air du parc du Moulin Fleming, site historique et patrimonial situé en face du fleuve St-Laurent.  Le lendemain, toujours dans le cadre des Journées de la culture, je recevrai les visiteurs à mon atelier pour une exposition commentée et leur expliquerai différentes techniques.  Sur une note personnelle, j’exposerai en solo à la galerie d’art de la gare de Prévost tout le mois d’avril 2008 – la nature et l’eau y seront à l’honneur.  J’aime consacrer du temps aux échanges avec les membres, à la planification et l’administration de Groupe Festiv-Art Express qui est en voie d’accréditation par l’arrondissement de LaSalle.  À ma connaissance, GFAE est le seul organisme dédié à la promotion d’activités de peinture en plein air et qui offre à ses membres la possibilité de participer à un symposium de peinture (PincEaux en berge), des excursions de peinture et les Journées de la culture.  En 2008, je prévois offrir également aux membres des ateliers sur l’art de peindre en plein air.

L. :     Pour finir, voulez-vous partager quelque chose d’autre avec nos lectrices et nos lecteurs?

J.L. :   Sans vouloir être moralisatrice, je vous encourage à poursuivre tout rêve positif.  Même si l’art fait vivre très peu d’artistes, vivez votre art pleinement. Expérimentez!  Ayez du plaisir à créer!  Croyez au synchronisme (« synchronicité »).  Cultivez la persévérance et l’enthousiasme : ces clés vous aideront à franchir tous les obstacles.

L. :     Merci Jocelyne et félicitations!

J.L. :   Au contraire merci à vous et à la revue Terra Nova!

Septembre 2007

Brandingul inseamna mai mult decat publicitate

Interviu cu Marius Ursache, creatorul “Grapefruit Design”, una din cele mai active agentii de advertising din Romania

Par Cerasela Nistor

Marius Ursache este o persoana foarte serioasa. El este Chief Creative Officer pentru Grapefruit, una dintre cele mai mari agentii de branding din Romania, dar cunoscuta mai ales in afara… Romaniei. De curind a luat multe premii la Moscova, la festivalul de identitate Identity: Best of the Best 2007 si la New York la Rebrand 100. Clientii agentiei sint raspanditi in tari de pe mai toate continentele­—Statele Unite, Brazilia, Dubai, Marea Britanie, Belgia si, bineinteles, Romania. Marius ar fi trebuit sa fie medic, daca ar fi urmat traditia familiei sau ar fi vrut “sa arunce pastile”, ca sa-l citez. El, insa, nu si nu, dupa ce a inceput sa deseneze caricaturi pentru ziarele locale, pe cind avea 17 ani, si-a facut un grup de muzica rock in citeva rinduri, a inceput sa lucreze in domeniul publicitar, a cistigat concursuri in Marea Britanie si Statele Unite, a plecat sa lucreze pentru o companie americana si… s-a intors in Romania unde, cu alti doi “medicinisti”, si-a inceput propria afacere in domeniul crearii de imagine. A conceput site-ul fostei Connex (azi Vodafone), compania lui a construit de asemenea brandul ziarului Gandul, doar ca sa amintesc doua dintre proiectele lui de anvergura. Insa motivul pentru care i-am solicitat acest interviu este jurnalul lui de calatorie, Noile aventuri ale lui Habarnam, o incursiune extravaganta, exotica si plina de suspens in India, Maroc sau Peru. Marius Ursache lasa totul deoparte si exploreaza, cu “ochii mintii”, cu sufletul si mai ales cu mult curaj tinuturile acelea nebanuite, pe care noi le cunoastem  din cartile de aventuri ale copilariei. Eu i-am reprosat, prieteneste, un soi de detasare, el insa, ma asigura ca e doar inceputul unei mari aventuri. Daca nu ma credeti, mergeti pe www.mariusursache.com, lasati grijile deoparte, caci plecati in vacanta….

Cerasela Nistor  -. Nu prea stiu cu ce sa incep. In cei citiva ani de cind nu ne-am vazut (si acum vorbim doar on-line), nu ai stat deloc degeaba. Am facut o simpla cautare pe Google cu numele tau si mi-a luat ceva vreme sa citesc despre “ispravile” tale…Cum merge Grapefruit, agentia cu nume de fruct…? Este deci cea mai mare agentie de branding din Romania la ora actuala? Sa te intreb si eu ce este branding atunci?

Marius Ursache - Hei, imi pare bine ca avem, dupa atatia ani, ocazia sa stam de vorba mai pe indelete. Nici eu nu stiu cu ce sa incep, asa ca o sa-i dau drumul cu ce ma intrebi despre Grapefruit. Merge bine, merci. Suntem in crestere, ceea ce inseamna mai multi clienti (si mai buni), o cifra de afaceri si un profit in crestere, oameni mai talentati si mai buni. Nu suntem cea mai mare agentie de branding din Romania, insa in curand vom fi.

“Ce este brandingul” e una dintre intrebarile la care trebuie sa raspund cel mai des. Branding inseamna procesul prin care se construieste un brand. Si asa ajungem la definitia brandului.  Sunt multe definitii, care de care mai academice sau mai atotcuprinzatoare, insa ajung sa fie destul de complicate si greu de inteles. Cea mai simpla definitie e cea care spune ca brandul este suma conexiunilor mentale pe care oamenii le fac referitor la un produs, o companie sau un serviciu. Daca spun imagine sau perceptie suntem pe aproape, insa brandul e un pic mai mult. Noi privim brandul ca fiind o relatie (nu e ceva care apartine companiei producatoare sau consumatorului, ci e ceva care exista intre ei). Brandingul inseamna mai mult decat publicitate (advertising), pentru ca nu se ocupa doar de campanii de promovare. Se ocupa si de design, dar si de strategia manageriala, de comunicare, de strategia si actiunile de resurse umane si de multe altele, astfel incat imaginea proiectata in afara sau interiorul companiei sa fie unitara si relevanta pentru public.

C.N. -  Ce au adus Marius Ursache si Grapefruit nou in Romania? Reinventarea conceptelor de publicitate? Adaptarea unor concepte universal-valabile la specificul romanesc? Crearea unor noi modalitati de exprimare, generate de “vidul” pe care construieste aceasta “cultura”, a publicitatii, la noi?

M.U. - Dupa cum iti spuneam, publicitatea e doar o parte din construirea unui brand. Publicitatea se ocupa cu promovarea si construirea de notorietate pentru un brand. Brandingul e facut, in echipa, de client, agentia de brand, designeri, consultanti in resurse umane si in relatii publice, agentii de publicitate sau de organizare evenimente… foarte multi participanti, ca si la un film la Hollywood.

Grapefruit a fost prima agentie din Romania care a vorbit despre branding in acceptiunea actuala a acestuia, de proces complex, cu implicatii in managementul si strategia de dezvoltare a unei organizatii. Am initiat o comunitate online de branding, care la momentul actual este una dintre cele mai active la nivel international. Datorita ei, cunostintele si perspectiva asupra brandingului s-au raspandit mai mult inclusiv in Romania si Europa de Est—din acest motiv Romania e privita ca un centru regional de competente in acest domeniu. Pentru Romania, metodologia si modul nostru de abordare sunt inca privite ca fiind noi si ‘altfel’, chiar daca in vest ele sunt deja consacrate.

C.N. - Grapefruit ii invata pe oameni ce e brandingul sau actioneaza mai mult ca un jucator in industria de profil? De ce n-ai vrut, d-le Ursache, sa cazi la un acord cu SDPR? Ma amuza putin atitudinea pe care ai avut-o, caci voiam sa te intreb mai mult despre Aventurile lui Habarnam…, jurnalul tau “extravagant” de calatorie. Vezi, eu de fapt, voiam sa stiu cum s-a decis absolventul de Medicina, caricaturistul, muzicianul (n-am uitat…), designerul, sa scrie? E unul din cele mai interesante jurnale de calatorie pe care le-am citit. Pe linga faptul ca are o valoare documentara, “usurinta” cu care scrii m-a uimit. Te gindesti sa te faci si scriitor, Marius Ursache? Si de ce dismulezi ca “habar n-ai…” atunci? Te salveaza  atitudinea “ludica” asta de, sa zicem, niste “responsabilitati” scriitoricesti?

M.U. - Grapefruit e unul dintre cei mai importanti si mai cunoscuti jucatori de pe piata agentiilor de branding in Romania. In 2007 suntem si cea mai premiata agentie de acest tip din Romania, cu multele premii luate la New York si la Moscova. Insa munca noastra include si educarea clientilor si a pietii in ceea ce priveste modul in care se face brandingul. Vezi tu, o piata inca tanara, ca cea a Romaniei, nu e foarte obisnuita sa gandeasca pe termen lung si are putini profesionisti in domeniu. De aceea, companiile se orienteaza mai des catre agentii de publicitate si catre campanii de scurta durata, nu catre un proces care sa asigure unitate si consecventa in comunicare pe termen lung. Prin modul nostru de lucru, seminariile cu clientii, respectiv evenimentele pe care le organizam (pana acum doua conferinte internationale la Bucuresti—Brandworks in 2004 si Brandcamp in 2006), incercam sa crestem nivelul de intelegere al clientilor. Situatia se schimba greu, insa avem rezultate si asta cred se observa si la nivel de piata.

In ceea ce priveste SDPR, m-a deranjat atitudinea de “casta” pe care o promoveaza, care dauneaza profesiei de designer in Romania. Atat timp cat o diploma in design nu valoreaza decat foarte putin (datorita calitatii slabe a invatamantului in acest domeniu si a lipsei de interes guvernamental pentru educatia in design), nu poti sa stabilesti si sa restrictionezi aceasta profesie prin acest artificiu. O asemenea organizatie ar trebui sa lupte pentru cresterea calitatii designului, nu pentru promovarea unor false valori. De aceea am refuzat sa sprijin aceasta initiativa.

Daca revenim la Habarnam, a fost o decizie intamplatoare. Am plecat in India si m-am gandit ca e mai comod sa scriu un jurnal si sa pun poze, decat sa trimit mailuri sau sa povestesc odata ajuns acasa aceleasi lucruri la cateva zeci de prieteni. In plus, am vazut atat de multe, incat mi-a fost frica sa nu uit. Scrisul m-a ajutat sa le pastrez vii. Am avut surpriza, la intoarcerea acasa, sa primesc nenumarate complimente la adresa jurnalului si sa fiu indemnat sa scriu. Ceea ce am facut si in anul care a urmat, in Maroc, si in 2007 in Peru. Stilul nu e “gandit” sau “fabricat” ci e modul in care simt sa scriu. De aici si peculiaritatile si inconsecventele care apar—uneori sunt mai sumar si mai plictisit, alteori exuberant sau chiar enervant cu detaliile.

C.N. - Mai cinti, mai pastrezi pasiunea pentru chitara? Ti se mai intimpla sa desenezi ca pe vremuri? Sau esti doar prins cu conceperea “conceptelor”, “identitatilor”, a conferintelor si simpozioanelor pe diferite teme?

M.U. - Incerc sa pun mana pe chitara cel putin de cateva ori pe saptamana. Uneori nu prea reusesc. Insa pasiunea ramane. De desenat, in schimb, apuc foarte rar. De obicei concep, coordonez si ii las pe altii sa termine ideea. In plus, am multe responsabilitati manageriale care imi “mananca” mult din timp.

C.N. - Crezi ca exprimi o generatie “rebela”, un spirit de fronda? Ti-am vazut pozitia oficiala fata de SDPR, risti chiar sa lucrezi “in ilegalitate”, numai sa-ti pastrezi coloana vertebrala? Unde vezi tu apropierea asta dintre cultura, media, advertising? “Industriile Creative constituie un concept relativ nou ce acopera diverse domenii ca designul, pictura/ artele vizuale, web-ul si noile tehnologii de comunicare, publicitatea, teatrul, filmul, muzica, radio/ TV, arhitectura/ regenerarea urbana. Sint acele sectoare ale creatiei si dezvoltarii tehnologice ce genereaza profit si vizibilitate intr-o comunitate si care regindesc cultura ca un motor al dezvoltarii regionale si nationale.”, este un citat dintr-un discurs de-al tau al un eveniment de lansare a unui proiect iesean. Poti sa dezvolti un pic aceasta idee pentru cititorii unui magazin on-line, cum e Terranova?

M.U. - Nu vad in jurul meu o generatie rebela, ci mai degraba una resemnata. Probabil e o generatie care, pe de o parte, a fost obisnuita cu obedienta de sub comunism, iar pe de alta parte nu s-a adaptat suficient la aceasta schimbare care a survenit ca o ruptura in perioada de formare ca om (adolescenta). Nu ma consider un membru tipic al acestei generatii, din fericire, asa ca incerc sa schimb lucrurile, atat cat pot.

In ceea ce priveste industriile creative, ele sunt un subiect de discutie foarte larg. Ce pot sa adaug e ca vad in ele un mod de revigorare a Iasiului si a altor orase din Romania (fapt reafirmat de consultanti de management in strategie de dezvoltare urbana). Din pacate, interesul si sprijinul autoritatilor e foarte redus, el indreptandu-se spre zone mai “profitabile” cum ar fi imobiliarele sau comertul.

C.N. - Esti increzator in cultura asta a Internetului, a blog-urilor, din care faci parte si pe care o promovezi. Unde crezi tu ca va duce imbinarea asta de grafica, informatie, traire, fotografie etc.? Fotografiile completeaza fericit scriitura, de multe ori continua  « detasarea » pe care o abordezi, sfirsind intr-un un amestec de culori, simtiri, amintiri si adnotari foarte usor de urmarit.

M.U. - E o era noua, asa-zisa “Web 2.0” in care continutul creat de indivizi ca mine sau ca tine are mai multa relevanta si e mai de incredere decat ce scrie o companie de turism sau un guvern al unei tari. E un “trend” care va continua si se va amplifica.

C.N. – Si care e urmatoarea destinatie?

M.U. - Habar n-am. Poate Asia de Sud-Est. Inca nu stiu, dar te anunt imediat cum iau o decizie.

Septembre 2007

La fille qui rêve d’un avenir meilleur pour son pays, l’artiste qui provoque des débats et qui cherche des solutions, la promotrice d’une autre vision sur Haïti

Interview avec Fabienne Colas

« Haïti n’est pas complètement sombre. Ä côté du chaos il y a des gens qui rêvent.» 

Par Otilia Tunaru

Elle est belle, jeune et charmante. Elle est la fille qui aime danser et qui lutte contre l’injustice tout en encourageant la création et la production des films de son pays. Elle est la comédienne passionnée par sa profession, la présidente d’une fondation culturelle, la directrice du Festival international du film haïtien à Montréal et l’organisatrice d’autres événements artistiques à saveur haïtienne. Quand j’ai rencontré Fabienne Colas, j’ai été éblouie non seulement par sa joie de vivre, mais surtout par sa détermination de changer la vision sombre que l’on a de son pays et de trouver des solutions concrètes aux problèmes qui existent.

         Personnellement, quand je pense à Haïti, je me rappelle instantanément le combat courageux que les journalistes mènent pour échapper à la censure du pouvoir. Afin d’offrir au peuple haïtien une information libre et en créole et de se permettre de critiquer les injustices des politiciens, ils sont forcés de s'exiler ou de faire face aux menaces de mort. Le grand journaliste Jean Dominique, qui a milité toute sa vie pour la justice et pour les valeurs de son peuple, a fini par être assassiné en 2000 devant sa station de radio. Son épouse Michèle Montas a repris la radio, mais elle a dû définitivement s'exiler en 2003 après une nouvelle tentative d'assassinat. L’acteur et publiciste haïtien, François Latour, a été assassiné dans la nuit du 22 au 23 mai, après avoir été enlevé par des individus armés. Cet assassinat s'ajoute à celui d'Alix Joseph, directeur administratif et animateur de la station Radio-Télé Provinciale des Gonaives, assassiné par balle lui aussi, le 16 mai 2007.

         Les droits humaines dont la liberté d’expression sont des idéaux qui coûtent très chers. Dans certains pays, pour ces idéaux, tous les gens engagés dans ce combat acharné font face aux nombreux écueils de la censure politique et risquent leurs vies.

         Fabienne Colas œuvre pour le développement du cinéma de son pays et pour mettre en valeur son potentiel d’outils culturel et social. En même temps, elle apporte un souffle rafraîchissant de changement, puisqu’elle envisage de faire redécouvrir Haïti. Tout en rendant hommage aux sacrifices faits au nom de la liberté et en faisant appel aux débats sur les problèmes actuels, elle mettra en valeur l’effervescence créative et la chaleur humaine qui sont bien particulières en Haïti.

         Depuis 2000 Fabienne a mis sur pied dans son pays une fondation qui porte son nom, contribuant par sa notoriété au développement du cinéma haïtien. Au début, sa vocation était de soutenir les jeunes qui s’intéressaient au cinéma. Ses buts sont devenus multiples et plus audacieux : être une intervenante majeure dans la promotion du cinéma, de l’art et de la culture d’Haïti sur la scène internationale et devenir une source de financement significative pour la réalisation de projets.

         Fabienne Collas organise à Montréal de nombreuses activités culturelles : Haïti en folie - une activité multidisciplinaire en plein air, organisée chaque été au Théâtre de verdure; le Festival international du film haïtien en septembre, suivi toujours des ateliers et des colloques qui valorisent l’expérience acquise; Le Week-end du film haïtien en décembre pour diffuser les films qui ont reçu des prix dans le festival; une soirée de levée de fonds pour la fondation en mai; et en juin un spectacle dans le cadre de la fête du quartier Ahuntsic-Cartierville.

         La troisième édition du Festival International du Film Haïtien débutera le 19 septembre. L’an passé, le festival nous a agréablement surpris par son atmosphère de fête créole; au bal de clôture, les invités ont dansé jusqu'aux petites heures du matin. Fabienne m’a déclaré que cette année,  le thème n’est pas à la danse... La présidente du festival a l’audace d’aborder le sujet sensible de l’esclavage contemporain par le biais de l’exposition des photos Esclaves au paradis. Elle a organisé un colloque dans les locaux de Radio Canada avec des experts en droit de la personne dans le but de forcer les gouvernements haïtien et dominicain à prendre des mesures. Le public est invité à participer aux débats.   
 

 www.fondationfabiennecolas.org

 www.festivalfilmhaitien.com

 http://haitienfolie.com/ 

 OTILIA TUNARU : La troisième édition du Festival International du Film Haïtien de Montréal débutera bientôt. Quelle est la spécificité du FIFHM en général et quelle est la spécificité de l’édition de cette année? 

 FABIENNE COLAS. : Premièrement, c’est un festival où le cinéma haïtien est à l’honneur. C’est aussi un festival international puisqu’il y a des films de partout -Brésil, France, Canada, États-Unis, Haïti. Il faut que les films aient un rapport avec Haïti, soit comme réalisation, production ou sujet, soit qu’ils mettent en valeur les artistes haïtiens dans la distribution. Nous sommes très ouverts; c’est pour ça que nous avons une section de films invités qui ne se rapportent pas spécialement à Haïti.  L’exposition de cette année appartient à une photographe franco-péruvienne qui parle d’une réalité haïtienne.

         Un autre objectif important est de favoriser la diversité culturelle au Québec et en même temps de favoriser la formation de nouveaux talents. Il y a pas mal de jeunes talents qu’on doit encourager et faire connaître. On veut favoriser les rencontres entre les artistes d’Haïti, d’ici et d’ailleurs. J’ai eu l’appui de plusieurs personnes depuis le début du festival, surtout des personnalités de la communauté haïtienne comme Danny Laférière et Luc Mervil. La porte-parole de la troisième édition est Francine Grimaldi, chroniqueuse à Radio Canada. C’est très important d’échanger et de  rencontrer, de diversifier. Nous avons commencé à faire des partenariats avec d’autres festivals, par exemple avec le festival du film en Haïti, le festival Nuits d’Afrique de Montréal.

     L’un des buts principaux est de changer la vision diffusée dans les médias sur Haïti. Haïti n’est pas complètement sombre. On veut montrer qu’à côté du chaos il y a des gens qui rêvent, qui sont créatifs. Ils trouvent les moyens de produire des films et d’explorer. 

 OT. : À votre avis, il est possible que les petits festivals puissent survivre dans les conditions d’une concurrence coriace des grands festivals qui en sont rendus, par exemple à leur 35e édition?

 F.B. : Un petit festival est comme un magazine spécialisé qui garde sa programmation et sa couleur. Il y a des gens qui cherchent à couvrir un aspect particulier d’une cinématographie ou d’une culture. Dans notre cas, la communauté haïtienne est la plus grande communauté noire ici au Québec. On peut parler même d’un besoin. Dans le cadre du Festival Nuits d’Afrique il y avait un volet créole… mais deux ou trois films, ce n’était pas suffisant. Dans le cadre du FIFHM nous présentons environ une quarantaine de films.

         J’ai lu un article dans La Presse signé par Jean Christophe Laurence qui s’intitulait : Festivals de cinéma: la surdose ? Le journaliste a pris cas par cas et après une analyse minutieuse, ce qui ressortait, c’était la conclusion claire : il faut que les petits festivals existent. Il faut montrer sa spécificité. Il y a les grands festivals qui font un mélange des cultures de plusieurs pays. Mais je crois qu’il est nécessaire d’avoir de petits festivals qui ciblent quelque chose de particulier : que ce soit un autre festival du film de Montréal, Fantasia, Nuits d’Afrique ou EUROfEST, il faut que chacun prenne sa place parce que la réalité culturelle et sociale à Montréal est rendue de plus en plus diversifiée. 

 OT : Dans le cadre du FIFHM, vous avez développé d’autres volets que le film?

 F.C. : En fait,  le Festival international du film haïtien veut aussi être un lieu de débat. Que ce soit sur l’avenir du cinéma haïtien, que ce soit sur les nouvelles technologies ou sur les problèmes sociaux. Cette année le thème dont on va discuter, c’est l’esclavage contemporain; il y a plusieurs films sur cette question. Parallèlement, l’exposition Esclaves dans le Paradis –présentée à la Galerie d’art haïtien MosaikArt sur la rue Saint Laurent coin Saint Joseph- et le colloque Sang, sucre et sueur soutiendront ce débat. Si on regarde les photos de l’exposition, on découvre une réalité bouleversante : des gens avec le regard vide qui ont le bras coupé mais qui continuent à travailler, des enfants qui n’ont rien à manger d’autre que la canne à sucre... Pour réaliser ce projet, la photographe Céline Anaya Gauthier a risqué sa vie parce qu’elle est entrée illégalement dans les plantations de canne à sucre grâce à deux prêtres.

         Lors de la soirée d’ouverture on va présenter en première canadienne le film documentaire Les enfants du sucre du réalisateur cubain Amy Serreno. C’est un film controversé; cette année le festival se propose de sensibiliser, de favoriser les débats, d’amener les gens à réfléchir. Un festival, c’est la joie, mais en même temps il y a des thèmes sociaux lourds et importants qu’on ne peut pas ignorer.  

 OT : Croyez-vous que vous trouverez une solution à ce problème complexe de l’esclavage contemporain?

 F.C. : Nous l’espérons. C’est pour ça que dans le colloque nous avons invité des experts en droit humain et en droit de la liberté de la presse. Nous invitons au débat des gens du public aussi. Nous avons des partenaires comme Amnesty International, le Centre international des droits de la personne et du développement démocratique, Oxfam-Québec. C’est un débat qui cherche à trouver une partie de cette vérité et à proposer des solutions aux gouvernements haïtien et dominicain.

O.T. : Est-ce qu’il y a en dehors du pays une diaspora haïtienne formée de journalistes et d’artistes réfugiés qui militent toujours pour les valeurs de la liberté et des droits de l’homme?

 F.C. : Il n’y a pas nécessairement de réfugiés politiques, mais il est vrai que beaucoup d’intellectuels haïtiens sont en exil. Dans notre petite équipe nous travaillons avec Nancy Roc; c’est elle la coordonnatrice de l’exposition et du colloque. Nancy est une grande journaliste qui a 20 ans de carrière, et qui a travaillé à Paris, à Montréal, en Haïti ou en Afrique. Elle est une exilée.

         En Haïti, il y a parfois des situations politiques délicates, la presse et la télévision sont des instruments de propagande parce qu’elles passent par le pouvoir. Dernièrement, les choses ont changé, il y a une certaine liberté de la presse et on aperçoit une certaine bonne volonté de la part du Gouvernement. Mais ce n’est jamais gagné d’avance; il faut que nous, de l’extérieur, continuions les colloques et les dialogues constants pour la liberté de la presse en Haïti. L’un des partenaires de notre festival est  l’organisme Réseau Liberté qui fait de la formation en journalisme dans les pays où la démocratie n’est pas respectée. En Haïti, en Iraq, au Kosovo, dans certains pays d’Afrique, il y a des d’ateliers de formation où les journalistes apprennent la déontologie de ce métier et leurs droits. Moi, j’ai compris une chose : le journalisme est une vocation, comme métier il n’est pas payant. Si les journalistes trouvent des enveloppes budgétaires pour qu’ils fassent de la propagande, c’est difficile de garder l’objectivité. C’est une réalité dure, caractéristique à tous les pays où il y a des problèmes économiques et de petits salaires.  

 O.T. : On peut parler d’une nouvelle génération qui rêve d’avantage?

 F.C. : (en riant) Je fais partie de cette génération, mais je ne veux pas prêcher pour ma paroisse… Quelqu’un comme l’écrivain et journaliste Danny Laferrière est mieux placé que moi. Il a dit, l’an passé, dans la conférence de presse, que les gens qui viennent d’arriver au Québec font beaucoup plus de choses et plus rapidement que les gens qui sont ici depuis 40 ans.

         Moi, j’essaie de contribuer à ma façon pour que les choses changent en Haïti. La culture est le patrimoine d’un pays, c’est une richesse à transmettre à ses enfants. La culture haïtienne est très riche et variée; les medias ne reflètent  pas cette réalité. J’ai créé un créneau pour montrer qu’on n’a pas juste des problèmes; on a une danse folklorique très coloriée, on a un cinéma émergeant, jeune, dynamique et prometteur. On n’oublie pas les problèmes, c’est pour ça que nous présentons l’exposition Les esclaves du paradis. Je crois que la diaspora en général peut faire beaucoup pour son pays. Les outils sont différents, mais il est important d’avoir une volonté commune.  

 O.T. : Quelles sont vos forces pour faire tout ce travail et surtout pour monter un festival?

 F.C. : Je suis une artiste, d’abord comédienne, mais j’ai un autre côté entrepreneur dans le sens que j’aime faire arriver les choses. Les choses ne m’arrivent pas, j’arrive aux choses, c’est comme ça que je me définis. Les artistes sont dans leur monde; c’est bien pour faire de la création pure. Mais ça prend des gens qui doivent mettre en marche les projets, qui vont plaider leur cause, qui vont dépasser les barrières. La première année on était deux personnes et une troisième personne qui était peu impliquée. Deuxième année on est passés à une équipe de 5 ou 6 personnes. Aujourd’hui on est une équipe de 8 à 10 personnes. On est encore une petite équipe mais chacun fait le travail de plusieurs personnes.

         Quand je suis arrivée à Montréal il y a trois ans, j’ai compris qu’en plus de me consacrer à ma carrière d’artiste, je devais absolument continuer ce que j’avais commencé dans mon pays. J’ai continué d’une façon plus large, j’ai dépassé le format atelier et maintenant le but principal de la fondation est de faire rayonner le cinéma haïtien à l’extérieur du pays. Mettre en valeur la culture cinématographique haïtienne, faire connaître les artistes haïtiens et donner l’opportunité à tous les québécois d’origine haïtienne de se reconnecter à leur culture, voilà d’autres objectifs qui nous caractérisent.   

 O.T. Quand j’ai lu sur le site web la présentation du festival, j’ai trouvé que la manière de s’adresser au public est originale et très authentique: « Comme un bébé, Le FIFHM a besoin de vos applaudissements pour continuer à faire ses prouesses! Merci de l’encourager en participant activement à cette 3e édition. Venez souffler avec lui ses 3 bougies du 19 au 23 septembre 2007! »

 F.C. : (en souriant) On n’a pas la prétention d’être un grand festival; on est un très jeune festival. On a trois ans, l’âge où on veut bouger, prouver, épater, faire plaisir. On doit se développer. On compte beaucoup sur le public, on est arrivé à la troisième édition grâce au public. Je ne parle pas seulement du public haïtien, mais également du public québécois en général qui nous a soutenus pendant tout ce temps. On a crée un forfait spécial pour cet anniversaire, une carte-passeport qui donnera l’occasion de voir tous les films. 35 films pour 40$. On veut que tout le monde puisse profiter du festival d’une façon illimitée. Aidez-nous à répandre la nouvelle; on a besoin que chaque personne transmet à une autre personne, c’est important pour nous. L’événement commence le 19 septembre et le colloque a lieu le même jour. Il faut garder le contact avec le site web pour voir comment les choses évoluent ou pour s’inscrire.

 http://www.festivalfilmhaitien.com/  
 

 PHOTO : Courtoisie Fabienne Colas

création et réalisation par Cristian Nistor

graphique et mise-à-jour Bogdan Malaelea-Toropu

Droits de reproduction et de diffusion réservés © TERRA NOVA 2005. Tous droits réservés

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