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Magazine mensuel de dialogue culturel Depuis 2001 • No 37 • Montréal • 15.09.2007

ARCHIVE

 

Septembre 2007

L’homme de Londres : Simenon au cinéma

Par Lucie Poirier
Journaliste-analyste

Plus de 50 films ont été réalisés à partir de romans écrits par Georges Simenon (1903-1989). 88 épisodes ont été tournés pour la télé-série Les enquêtes du Commissaire Maigret de 1967 à 1990. Auteur  prolifique, Simenon  a signé une œuvre de 252 titres sous patronyme et 190 romans sous 17 pseudonymes. Il est l’auteur le plus adapté au cinéma. 

À deux précédentes adaptations (1) du roman de 1934 L’homme de Londres, s’ajoute la version du réalisateur Béla Tarr avec Miroslav Krobot et Tilda Swinton qui sera projetée lors du  Festival du Nouveau Cinéma dans la section Présentation Spéciale. 

Malgré l’énormité de sa contribution au 7e art, Simenon conservait une amertume relative au cinéma. Lors d’une entrevue, Normand Daigneault, collectionneur et connaisseur de l’œuvre de Simenon m’a souligné : « Après de l’enthousiasme, il a été désabusé parce que ses romans étaient trop déformés par les réalisateurs.(2) Son écriture est tellement cinématographique que ça semble facile mais ça ne l’est pas. » 

Nous ne pouvons oublier la magnifique Romy Schneider dans Le train, le couple fusionnel de Simone Signoret et Jean Gabin dans Le chat, l’attachant Philippe Noiret dans L’étoile du Nord. Le monde cinématographique doit à Simenon des personnages humains et des situations dramatiques. 

« Souvent chez Simenon, ajoutait Normand, les personnages sont des êtres ordinaires auxquels il arrive quelque chose d’extraordinaire. Dans L’homme de Londres, le personnage principal Louis Malouin, aiguilleur dans un port maritime, voit ce qu’il n’était pas supposé voir, il assiste à un assassinat. À partir de là sa vie va être bouleversée ». 

Aujourd’hui, les écrivains deviennent cinéastes (Emmanuel Carrère, Éric-Emmanuel Schmitt) sans que ce passage leur soit reproché; auparavant, il y avait moins de flexibilité, de facilité, on n’offrait pas aux hommes de lettres la possibilité de devenir des hommes d’images. Simenon n’a pas été réalisateur. 

C’est donc dans une coproduction Hong-Kong-France-Allemagne-Royaume-Uni que nous verrons The man from London, preuve de l’inspiration intarissable que Simenon a su insuffler au cinéma. 
 

(1) L’homme de Londres 1943 Fr. Réal. Henri Decoin dial. Charles Exbrayat avec Fernand Ledoux , Suzy Prim, Jules Berry

et Temptation Harbour  Le port de la tentation 1946 Brit. 1er film adapté de Simenon en langue anglaise Réal. Lance Comfort avec Robert Newton, Simone Simon, William Hartnell 

(2) La romancière Marguerite Duras ressentait un tel dépit devant les adaptations cinématographiques de ses livres qu’elle est devenue réalisatrice et a créé le chef d’œuvre India Song avec la sublime Delphine Seyrig 

The man from London sera projeté  le mardi 16 octobre à 17:15h et à 15:00h le mercredi 17 octobre 07 au cinéma Impérial lors du Festival du Nouveau Cinéma.

Pour informations :www.nouveaucinema.ca

Septembre 2007

Révérence : Le serviteur indispensable

Par Lucie Poirier
Journaliste-analyste

Récemment, un jeune homme d’affaires m’exprimait sa conviction : il ne peut y avoir d’économie sans exploitation. L’économie est donc basée sur la pauvreté, la misère, des conditions qui frôlent l’esclavagisme et qui mènent à la destruction humaine et planétaire. 

Au cours du 20e siècle l’obsession du profit a supplanté la possibilité de se contenter de la rentabilité et l’humanité s’est donnée les moyens de s’auto-éliminer, de ruiner la planète et de polluer l’environnement planétaire. Actuellement, autour de la Terre gravitent tellement de satellites et de détritus qu’il est difficile d’envoyer de nouveaux satellites et que parfois des morceaux d’engins que nous avons laissé traîner dans l’Espace retombent sur Terre en blessant ou en tuant. Après avoir épuiser les ressources terrestres, on veut exploiter l’hélium 3 de la Lune. Éthique, morale, scrupule n’entrent pas dans les considérations des promoteurs et des décideurs. 

Il n’est pas étonnant que plusieurs créateurs d’anticipation dans la littérature et le cinéma nous supposent un avenir plutôt sombre.  Ainsi, Martin Rodolphe Villeneuve qui a scénarisé Révérence,  un court-métrage réalisé par Patrick Bourchard, a imaginé une planète de désolation où malgré les ravages se perpétue une discrimination socio-économique. On n’entend que les essoufflements d’un petit être asservi qui déroule sans cesse un tapis rouge pour le seigneur et maître. Mais le sacrifice du serviteur le mène à la mort pendant l’indifférence de son patron. Toutefois, celui-ci est désemparé quand il se retrouve seul, sans qui que ce soit pour obéir à ses ordres, pour le combler de prévenances, pour assurer sa suprématie. 

Que feront les riches et les puissants quand ils ne se valoriseront plus en infériorisant des individus défavorisés, quand ils ne se défouleront plus en utilisant des personnes vulnérables, quand ils n’exploiteront plus des êtres dociles sans coalitions ni réactions, sans solidarités ni idéaux? 

On peut supposer qu’ils n’admettront pas leurs torts et surtout qu’ils ne pleureront pas sur le sort des employés, des domestiques, des victimes restés démunis dans une organisation basée sur l’iniquité, l’exploitation et l’injustice. 

Révérence de Patrick Bouchard et Martin Rodolphe Villeneuve, animation avec marionnettes 3-D sans paroles, sera projeté dans la section Focus Québec/Canada avec d’autres courts-métrages mercredi 17 octobre à 17 :20h et samedi 20 octobre à 19 :20h à l’Ex-Centris lors du FNC.

Pour informations :www.nouveaucinema.ca

Septembre 2007

California Dreamin’ : Stratégies américaines

Par Lucie Poirier
Journaliste-analyste

Alors qu’il était dans un taxi le 24 août 2006, le jeune réalisateur Christian Nemescu est décédé laissant une version de 155 minutes de son film California Dreamin’ qui sera présenté dans la section Panorama International lors du Festival du Nouveau Cinéma à Montréal. Déjà, le film s’est mérité le Prix Un certain regard à Cannes. 

Avec une alternance de scènes en noir et blanc pour le bombardement d’une maison en Roumanie en 1944 et en couleurs pour l’arrêt forcé d’un train dans le village de Capalnita en mai 1999, un obus non-explosé et fabriqué en Californie symbolise la menace cachée dans une cave. 

Dans la poésie d’Andreï qui déclare à Monica « Tu es douloureusement belle », l’inutilité de la grève des manufacturiers, la pauvreté des Gypsies qui volent du charbon et l’immuabilité des vaches sur la route, un train militaire, avec des Américains transportant un radar sous les ordres du Capitaine Jones (Armand Assante), est stationné pour des raisons bureaucratiques par le chef de gare, le père de Monica, Doiaru (Razvan Vasilescu).  

Le maire du village veut séduire les Américains pour qu’ils investissent dans son bled; quand il constate que Jones refuse d’aller avec une jeune fille, le maire lui-même s’offre au Capitaine qui n’a qu’une idée : faire repartir le train. 

Elles aussi, les étudiantes sont pâmées devant les soldats américains. 

Constatant que le temps passe sans règlement de la situation, Jones s’adresse aux villageois dans un discours politique. Il prétend qu’il faut s’unir pour détruire Doiaru, il est l’ennemi de tous et avec l’aide de Dieu, il sera anéanti. Sous la directive de Jones, la foule scande « Unis ». 

Alors s’amplifient des batailles, Doiaru est poignardé, des gens crient : « Il faut appeler les Américains »; eux, qui ont attisé les tensions, sont appelés à la rescousse comme des sauveurs. En fait, ils ont repris leur train et s’éloignent pendant que continuent les combats dans le village. Jones fournira un radar opérationnel deux heures après le cessez-le-feu du Kosovo. 

Christian Nemescu a démontré l’efficacité des stratégies américaines : manipulation des mentalités, galvanisation des foules, direction des forces ennemies qui se retournent contre elles-mêmes. Jones n’a pas utilisé d’armes, ni aucune force physique, il a influencé les esprits et, dans la gravité du conflit, il est devenu le messie. 

Nemescu a étalé le fonctionnement de la politique américaine; à travers l’Histoire, de Néron à Hitler, ces vils procédés ont été maintes fois repris. Le mérite du réalisateur est de l’avoir démontré, prouvé, clairement. 

Nemescu savait tourner des scènes intimistes et des plateaux grandioses, des gros plans tremblants et des ensembles larges. Son mélange des genres ajoutait un détail authentique aux apparences fallacieuses. De sa brève carrière, il aura laissé un inestimable héritage. 
 

California Dreamin’ de Christian Nemescu d’une durée de 155 min. sera présenté au Festival du Nouveau Cinéma à Montréal les 11-13-19 octobre 07 au cinéma Impérial.

Pour informations :www.nouveaucinema.ca

Septembre 2007

Le Festival du nouveau cinéma :
Une place pour les marginaux

(1e partie)

Par Lucie Poirier
Journaliste-analyste

Les handicapés et les drogués 

Dans le documentaire Le dernier envol, le réalisateur Yves Langlois a été attentif au message que Claude Messier voulait livrer alors qu’il lui restait deux ans à vivre. Cet homme sans bras ni jambe a été un des premiers québécois autorisés à fumer de la marijuana. Malgré les difficultés à trouver du financement, Yves m’a dit avoir consacré 6 ans à son film. Il y a intégré des scènes de L’envol du monarque, un reportage pour Zone libre, et Je ne veux pas aller à St-Charles Borhomé. Lorsqu’il m’en parlait, Yves était encore impressionné par Claude Messier qui a été un grand défenseur des personnes handicapées.  

Messier a mis à l’ordre du jour la question de la légalisation de la drogue qui concerne, entre autres, les policiers.  

Les policiers sont-ils des personnes rassurantes? Inspirent-ils la confiance? Croyons-nous qu’ils peuvent nous protéger et nous aider? Plusieurs d’entre eux aux États-Unis et au Canada ont accepté de témoigner pour le documentaire Damage done :The Drug War Odyssey de la réalisatrice de la Nouvelle-Écosse, Connie Littlefield. Ces policiers ont une caractéristique qu’ils partagent avec les magistrats, les Chrétiens, les politiciens, les Républicains et tous les intervenants du film, ils disent : Non à la prohibition de la drogue parce qu’interdire la drogue est une terrible erreur. 

Le documentaire suscite beaucoup de questions : Puisque l’industrie de la drogue est si grosse, faut-il la combattre? Puisque la répression échoue, faut-il la continuer? Puisque nous avons laissé ce commerce aux mains des criminels et que c’était le pire choix, ne faudrait-il pas que le gouvernement le prenne en main?  

Les policiers ont une image entachée et réfractaire à laquelle ils ont contribué; à Montréal, ils ont déclaré qu’en majorité ils préfèrent l’action aux « chicanes de voisins et de familles ». À qui pouvons-nous crier : « Au secours »? Récemment, alors qu’une femme était battue dans le métro de Montréal et qu’ils étaient présents, ils ne sont pas intervenus. Or, des policiers dans le documentaire regrettent tellement la réputation qu’ont maintenant les policiers que l’un d’eux Cele Castillo III a confié : « They took my dream away, we were the bad guys ».  

De plus, la prohibition a entraîné la corruption policière et Frank Serpico, qui s’y est tellement opposé, relate le jour où, atteint d’une balle au visage, ses collègues policiers l’ont laissé sur le sol, se vidant de son sang. 

Est-ce que, comme moi, vous appréciez la série Da Vinci’s Inquest avec l’excellent acteur Nicholas Campbell, qui a grandit à Montréal avant d’aller dans l’ouest canadien? Est-ce que vous aussi vous avez l’impression que c’est sur cette série qu’a été basée CSI Miami? Ajoutez à vos connaissances qu’elle est écrite par l’Honorable Larry W. Campbell, un ancien de la Gendarmerie Royale du Canada, un ex-membre du « force's Drug Squad », un coroner, un politicien élu à Vancouver et qui a ouvert le centre Insiste parce qu’il croit que la drogue peut être prescrite par des médecins et être accessible de façon sécuritaire. On le voit dans les rues, invitant les drogués à se rendre à Insiste pour y recevoir des soins. Il est innovateur et pro-actif. 

J’ai été émue en regardant ce film parce que ces hommes sont eux-mêmes  émus, sensibles, idéalistes et actifs. Un agent d’infiltration pleure en racontant une arrestation qu’il a effectuée devant le fils d’un vendeur de drogues. L’image du dur à cuire inflexible qui veut que son travail de policiers lui fasse vivre des scènes d’action, des sensations fortes et des « power trip »  a d’inconsolables conséquences pour certains de ceux qui l’ont incarnée. 

Le juge James P. Gray considère qu’il faut responsabiliser les gens pour leurs actions et non pour ce qu’ils injectent dans leur système alors que Walter MacKay renchérit en disant que c’est déjà une telle punition qu’ils se font en s’injectant cela,  pourquoi les condamner?. 

Ce n’est pas l’alcool qui a créé Al Capone, c’est la prohibition. Ce qui est interdit un jour, est permis le lendemain. Le nombre d’alcooliques n’a pas augmenté en 1934 quand la prohibition a été levée. 

Il est facile de se conformer, de reprendre des modèles usités, toutefois, se dissocier des tendances, des préjugés, des idées reçues et même de son groupe d’appartenance est plus exigeant. 

Les propos que tiennent ces hommes sont inattendus, leur compréhension et leur empathie surprennent. Au delà d’exécuter une fonction, ils ont été capable de la repenser et de la dépasser, de remettre en question les lois qu’ils appliquaient et même, maintenant, de militer pour les changer. 

Il est inconcevable que les pauvres drogués trouvent des alliés chez les policiers; d’anciens policiers le sont pourtant et avec une étonnante compassion. Ils admettent que lorsqu’il s’agit de drogues, et particulièrement depuis Nixon, « It’s all about the money. It’s not a war, it’s a business ». 

Effectivement, c’est une « business » énorme : avocats, juges, policiers, infirmiers et médecins des cliniques de désintoxication, prisons, gardiens, employés; que ferions-nous de tous ces gens si la drogue était légale? 

Je soupçonne l’influence d’un autre aspect dans cet acharnement médiatisé contre les drogués et les petits vendeurs : pendant que les gens blâment les drogués (et parfois avec raison en ce qui concerne le vol et la prostitution), ils ne blâment pas le gouvernement pour son laxisme et son inefficacité dans les domaines de l’éducation, de la santé, de la justice, des droits sociaux. Qui sont les vrais ennemis dans une société? 

L’hypocrisie dans les arrestations des petits vendeurs cache l’impunité des gros trafiquants, pendant qu’au bulletin de nouvelles vous regardez la table pleine de sachets de drogues et de liasses d’argent, le vendeur est déjà remplacé par un autre au service du même gros réseau.  

L’hypocrisie réside aussi dans le fait qu’un vendeur important lors de son arrestation va négocier sa liberté en identifiant des petits vendeurs; ceux-ci ont moins d’informations à échanger et se retrouvent avec de lourdes peines pendant que les plus gros, ou les plus violents, retournent à leurs affaires. Des tueurs ont des sentences plus légères que des petits vendeurs de mari. 

Le coût exorbitant de la lutte contre la drogue n’a pas empêché que cette industrie est sans cesse croissante. Tout cet argent pourrait être consacré à soigner au lieu d’interdire et de réprimer. 

Quand aux objecteurs qui imaginent que la légalisation répandrait l’usage de la drogue, Walter MacKay vous répond : « There is already drugs everywhere ». 

L’envol du monarque et Damage done :The Drug War Odyssey seront présentés au Festival du Nouveau Cinéma entre le 10 et le 21 octobre à Montréal.

Pour informations :www.nouveaucinema.ca

Septembre 2007

Le Festival du Nouveau Cinema

Une place pour les autistes

(2e partie)

Par Lucie Poirier
Journaliste-analyste

Les autistes

La belle actrice danse avec sa sœur cadette, une jeune fille fascinante dont le regard sonde un univers inaccessible. Sandrine Bonnaire a laissé un souvenir impressionnant de son interprétation dans Sans toit ni loi d’Agnès Varda qui lui avait d’ailleurs valu le César de la meilleure actrice en 1985. Très jeune, à 15 ans, issue d’une famille de 11 enfants, avec une mère Témoin de Jéhovah, elle s’est immiscée dans le milieu du cinéma où elle a poursuivi un parcours de qualité; elle tourné pour Pialat, Doillon, Leconte, a eu des Prix, une fille, Jeanne, avec un acteur et a épousé un scénariste.

Elle utilise donc les moyens qu’elle connaît, ceux du cinéma pour présenter sa sœur, affectée par l’autisme, dans le documentaire Elle s’appelle Sabine. J’ai vu quelques séquences prometteuses de cette œuvre intimiste qui comporte des extraits de films de familles et qui sera présenté lors du FNC dans la section Panorama International.

Au Festival des Films du Monde, je m’étais entretenue avec Nic Balthazar qui a scénarisé et réalisé le film Ben X (1) suite au suicide d’un jeune autiste intimidé par des « bullies ». Les autistes ne peuvent pas mentir, leur élaboration cérébrale ne leur permet pas. Ils ont leur monde, leur authenticité n’inclut pas le mensonge. « La mère de Ben, elle, était infiniment touchée de voir parler son fils avec autant d’enthousiasme. De le voir s’entretenir depuis au moins cinq minutes avec un espace vide, un espace qu’il avait rempli lui-même ».

Après la version scénarisée de Nic Balthazar, il sera intéressant de voir le documentaire de Sandrine Bonnaire qui veut faire connaître la vie souvent ingrate et incomprise, même inconnue,  des autistes et qui sera à Montréal pour la projection de son film que je prévois à la fois émouvant et intéressant.

(1) voir article Ben X : faire sens sur terranova no 36 section cinéma.

Elle s’appelle Sabine de Sandrine Bonnaire sera présenté au Festival du Nouveau Cinéma à Montréal les 17-18-19 octobre à l’Ex-Centris.

Pour informations :www.nouveaucinema.ca

Septembre 2007

Wapikoni Mobile : Les Autochtones se filment

Par Lucie Poirier
Journaliste-analyste

Le 12 octobre aura lieu le 4e lancement annuel de Wapikoni Mobile, un projet par et pour les Autochtones. Depuis 2004, le Wapikoni Mobile, studio ambulant de formations et de créations audiovisuelles et musicales, visite les communautés Autochtones des régions éloignées du Québec : algonquines, atikamekw, innues, mohawk, cries.

Une femme a été inspirée par une autre femme : Manon Barbeau, réalisatrice émérite, a initié le projet en honorant la mémoire de Wapikoni Awashish, jeune leader atikamekw décédée en 2002.

Depuis, 120 courts-métrages ont été réalisés et présentés à travers le monde, 15 prix ont été décernés et des jeunes de la communauté prennent en charge la suite du projet.

Certes, des jeunes s’y impliquent mais il m’importe de relever que des adultes aussi trouvent à travers le Wapikoni une occasion de faire savoir leur réalité souvent cachée, niée, ignorée. Ces révélations permettent de connaître les injustices et les traumatismes, les tentatives et les succès qui jalonnent leur vie.

Les peuples Autochtones expriment eux-mêmes leurs difficultés à travers les conséquences de ce qui leur fut infligé et de ce qu’encore aujourd’hui on leur fait subir. L’alcoolisme et la violence sont clairement identifiés.

Dans le court-métrage L’amendement, Kevin Papatie confère un traitement artistique au propos documenté et relatif à l’obligation pour les Autochtones de fréquenter l’école des Blancs à partir de 1920.

Ce déracinement causera le syndrome du pensionnat transmis de génération en génération et dont des hommes témoignent dans Les enfants perdus de Dalhya Newashish. Ils ont appris et transmis le mensonge jusqu’à avoir des préjugés envers leurs parents. Ils ont été victimes de viols au pensionnat. « Quand je veux pleurer, quand je veux dire des affaires c’est dans les bois ». Ces hommes démontrent la nécessité de la parole pour échapper à la violence, à l’alcoolisme, au suicide et pour amorcer une libération « Notre guérison c’est un cadeau qu’on fait à la future génération ».

Cette nécessité a aussi été ressentie par Ron Simard qui admet être passé par 2 thérapies, la prison, l’alcoolisme avant de s’accomplir à travers la musique et le culturisme. Il était toujours « violent, susceptible ou gêné ». L’homme le plus fort d’Oujé-Bougoumou confie sa sensibilité dans The strong man.

La vie cachée des femmes

À la gravité de la dépossession de sa langue, de l’extinction de sa culture, de la dévalorisation de sa Nation s’ajoute la cruauté de la rupture des liens familiaux.

Plusieurs documentaires, reportages et le film Les voleurs d’enfance de Paul Arcand ont prouvé les abus commis par la Direction de la Protection de la Jeunesse qui détruit des familles et brise des vies depuis des décennies à travers le Québec. Les communautés Autochtones ne sont pas épargnées. Le vécu des femmes est souvent occulté des versions officielles et, pire encore, exclu des dénonciations provenant même de groupes marginalisés.

Or, les femmes Autochtones vivent de tels dangers que récemment Amnistie Internationale s’est intéressée à elles dans le rapport La situation des droits humains dans le monde insistant sur le fait que pour elles les risques de mort violente sont 5 fois plus élevés que dans l’ensemble de la population féminine canadienne. Il importe qu’elles prennent la caméra.

À travers le Wapikoni, des femmes ont eu accès à des moyens de montrer ce qui particularise leur vie. Ainsi, Cherilyn Papatie dans Le rêve d’une mère filme les brèves retrouvailles avec ses enfants placés en famille d’accueil. 10% des familles Autochtones se voient retirer la garde de leurs enfants. Y a-t-il pire méchanceté que séparer l’enfant et la mère?

Pour les femmes les défis sont plus nombreux. Erica Lepage les a relevés et le prouve dans Fighter. La femme battue s’est transformée en boxeure. Et en réalisatrice. « Mes ennemis vont me voir réussir » proclame-t-elle. Effectivement, elle est championne des 66 kg et a obtenu ses « Gants d’argent ».

La possibilité de se refléter dans des accomplissements procure un renforcement positif, fournit une preuve d’existence et contribue à une possibilité d’épanouissement. C’est ce que le Wapikoni Mobile a donné aux femmes, aux hommes, aux jeunes Autochtones qui en avaient besoin.

Vendredi le 12 octobre la projection des films, dont certains impressionnent par leurs qualités artistiques et leurs forces documentaires, sera accompagnée d’un rituel de purification à la sauge, de performances musicales hip hop et folk avec Samian, rappeur  algonquin et la présence de plusieurs de ces cinéastes qui permettent de connaître la vie d’un peuple ancestral dont l’affirmation et la reconnaissance commencent à peine.

L’événement se déroulera lors d’un 5 à 7 , de 17 à 19 heures à la S.A.T. 1195 boul. St-Laurent dans le cadre du Festival du Nouveau Cinéma grâce à une coproduction de l’office National du film du Canada et une collaboration des Productions des Beaux Jours.

Pour informations :www.nouveaucinema.ca

Septembre 2007

Le Festival du nouveau cinéma :
Une place pour les marginaux

(1e partie)

Par Lucie Poirier
Journaliste-analyste

Les handicapés et les drogués 

Dans le documentaire Le dernier envol, le réalisateur Yves Langlois a été attentif au message que Claude Messier voulait livrer alors qu’il lui restait deux ans à vivre. Cet homme sans bras ni jambe a été un des premiers québécois autorisés à fumer de la marijuana. Malgré les difficultés à trouver du financement, Yves m’a dit avoir consacré 6 ans à son film. Il y a intégré des scènes de L’envol du monarque, un reportage pour Zone libre, et Je ne veux pas aller à St-Charles Borhomé. Lorsqu’il m’en parlait, Yves était encore impressionné par Claude Messier qui a été un grand défenseur des personnes handicapées.  

Messier a mis à l’ordre du jour la question de la légalisation de la drogue qui concerne, entre autres, les policiers.  

Les policiers sont-ils des personnes rassurantes? Inspirent-ils la confiance? Croyons-nous qu’ils peuvent nous protéger et nous aider? Plusieurs d’entre eux aux États-Unis et au Canada ont accepté de témoigner pour le documentaire Damage done :The Drug War Odyssey de la réalisatrice de la Nouvelle-Écosse, Connie Littlefield. Ces policiers ont une caractéristique qu’ils partagent avec les magistrats, les Chrétiens, les politiciens, les Républicains et tous les intervenants du film, ils disent : Non à la prohibition de la drogue parce qu’interdire la drogue est une terrible erreur. 

Le documentaire suscite beaucoup de questions : Puisque l’industrie de la drogue est si grosse, faut-il la combattre? Puisque la répression échoue, faut-il la continuer? Puisque nous avons laissé ce commerce aux mains des criminels et que c’était le pire choix, ne faudrait-il pas que le gouvernement le prenne en main?  

Les policiers ont une image entachée et réfractaire à laquelle ils ont contribué; à Montréal, ils ont déclaré qu’en majorité ils préfèrent l’action aux « chicanes de voisins et de familles ». À qui pouvons-nous crier : « Au secours »? Récemment, alors qu’une femme était battue dans le métro de Montréal et qu’ils étaient présents, ils ne sont pas intervenus. Or, des policiers dans le documentaire regrettent tellement la réputation qu’ont maintenant les policiers que l’un d’eux Cele Castillo III a confié : « They took my dream away, we were the bad guys ».  

De plus, la prohibition a entraîné la corruption policière et Frank Serpico, qui s’y est tellement opposé, relate le jour où, atteint d’une balle au visage, ses collègues policiers l’ont laissé sur le sol, se vidant de son sang. 

Est-ce que, comme moi, vous appréciez la série Da Vinci’s Inquest avec l’excellent acteur Nicholas Campbell, qui a grandit à Montréal avant d’aller dans l’ouest canadien? Est-ce que vous aussi vous avez l’impression que c’est sur cette série qu’a été basée CSI Miami? Ajoutez à vos connaissances qu’elle est écrite par l’Honorable Larry W. Campbell, un ancien de la Gendarmerie Royale du Canada, un ex-membre du « force's Drug Squad », un coroner, un politicien élu à Vancouver et qui a ouvert le centre Insiste parce qu’il croit que la drogue peut être prescrite par des médecins et être accessible de façon sécuritaire. On le voit dans les rues, invitant les drogués à se rendre à Insiste pour y recevoir des soins. Il est innovateur et pro-actif. 

J’ai été émue en regardant ce film parce que ces hommes sont eux-mêmes  émus, sensibles, idéalistes et actifs. Un agent d’infiltration pleure en racontant une arrestation qu’il a effectuée devant le fils d’un vendeur de drogues. L’image du dur à cuire inflexible qui veut que son travail de policiers lui fasse vivre des scènes d’action, des sensations fortes et des « power trip »  a d’inconsolables conséquences pour certains de ceux qui l’ont incarnée. 

Le juge James P. Gray considère qu’il faut responsabiliser les gens pour leurs actions et non pour ce qu’ils injectent dans leur système alors que Walter MacKay renchérit en disant que c’est déjà une telle punition qu’ils se font en s’injectant cela,  pourquoi les condamner?. 

Ce n’est pas l’alcool qui a créé Al Capone, c’est la prohibition. Ce qui est interdit un jour, est permis le lendemain. Le nombre d’alcooliques n’a pas augmenté en 1934 quand la prohibition a été levée. 

Il est facile de se conformer, de reprendre des modèles usités, toutefois, se dissocier des tendances, des préjugés, des idées reçues et même de son groupe d’appartenance est plus exigeant. 

Les propos que tiennent ces hommes sont inattendus, leur compréhension et leur empathie surprennent. Au delà d’exécuter une fonction, ils ont été capable de la repenser et de la dépasser, de remettre en question les lois qu’ils appliquaient et même, maintenant, de militer pour les changer. 

Il est inconcevable que les pauvres drogués trouvent des alliés chez les policiers; d’anciens policiers le sont pourtant et avec une étonnante compassion. Ils admettent que lorsqu’il s’agit de drogues, et particulièrement depuis Nixon, « It’s all about the money. It’s not a war, it’s a business ». 

Effectivement, c’est une « business » énorme : avocats, juges, policiers, infirmiers et médecins des cliniques de désintoxication, prisons, gardiens, employés; que ferions-nous de tous ces gens si la drogue était légale? 

Je soupçonne l’influence d’un autre aspect dans cet acharnement médiatisé contre les drogués et les petits vendeurs : pendant que les gens blâment les drogués (et parfois avec raison en ce qui concerne le vol et la prostitution), ils ne blâment pas le gouvernement pour son laxisme et son inefficacité dans les domaines de l’éducation, de la santé, de la justice, des droits sociaux. Qui sont les vrais ennemis dans une société? 

L’hypocrisie dans les arrestations des petits vendeurs cache l’impunité des gros trafiquants, pendant qu’au bulletin de nouvelles vous regardez la table pleine de sachets de drogues et de liasses d’argent, le vendeur est déjà remplacé par un autre au service du même gros réseau.  

L’hypocrisie réside aussi dans le fait qu’un vendeur important lors de son arrestation va négocier sa liberté en identifiant des petits vendeurs; ceux-ci ont moins d’informations à échanger et se retrouvent avec de lourdes peines pendant que les plus gros, ou les plus violents, retournent à leurs affaires. Des tueurs ont des sentences plus légères que des petits vendeurs de mari. 

Le coût exorbitant de la lutte contre la drogue n’a pas empêché que cette industrie est sans cesse croissante. Tout cet argent pourrait être consacré à soigner au lieu d’interdire et de réprimer. 

Quand aux objecteurs qui imaginent que la légalisation répandrait l’usage de la drogue, Walter MacKay vous répond : « There is already drugs everywhere ». 

L’envol du monarque et Damage done :The Drug War Odyssey seront présentés au Festival du Nouveau Cinéma entre le 10 et le 21 octobre à Montréal.

Pour informations :www.nouveaucinema.ca

Sortie : 24 août 2007

The Nanny Diaries

Durée : 1h45

Distribution : Scarlett Johansson, Laura Linney, Donna Murphy, Nicholas Reese Art

Scénario et réalisation : Robert Pulcini et Shari Springer Berman, d’après le roman d’Emma McLaughlin et Nicola Kraus

Scénario : Sarah Williams, Kevin Hood

Production : Etats Unis

Photo : www.allianceatlantismedia.com

Par Tina Armaselu

Annie (Scarlett Johansson) est une jeune fille récemment graduée du collège, passionnée par l’anthropologie et en quête d’un emploi et de soi-même. Contrairement aux aspirations de sa mère (Donna Murphy), qui veut la voir lancée dans le monde des affaires, Annie se laisse embarquer dans une job de « nanny » auprès d’une famille riche, génériquement appelée les « X », de Manhattan, à New York. Bientôt confrontée aux exigences du petit Grayer (Nicholas Reese Art) et surtout de sa mère, Mme X (Laura Linney), et aux problèmes de la vie de famille des X, Annie, devenue entre temps Nanny, transforme cette expérience en un journal d’observation anthropologique sur les autres mais aussi sur elle-même.

Inspiré par un livre tiré d’une vraie expérience de baby-sitters pour des familles de Manhattan, le film transpose habilement le filon classique du genre “Mary Poppins” ou “The Sound of Music” sur le terrain de la satire sociale, tout en pointant sur le thème ancien du trajet initiatique d’un jeune à la recherche de sa propre identité et de sa place dans le monde. Le tout, sous le signe de la métaphore de « l’observateur » (qui n’exclut pas le spectateur), i.e. celui qui observe et s’observe en se plaçant dans un environnement non familier, bien appuyée par l’assortiment musical, comportant de la musique provenant de plusieurs pays, et par l’image-symbole des dioramas du Musée d’Histoire Naturelle.

Sortie : 31 août 2007

Prête moi ta main

Durée : 1h30

Distribution : Alain Chabat, Charlotte Gainsbourg, Bernadette Lafont

Réalisation : Eric Lartigau

Scénario : Laurent Zeitoun, Philippe Mechelen, Laurent Tirard, Grégoire Vigneron, Alain Chabat

Production : France

Photo : www.allianceatlantismedia.com

par Tina Armaselu

Luis (Alain Chabat), 43 ans, créateur de parfums et célibataire par choix, n’a qu’un seul souhait, rester célibataire. Ce n’est pas de même pour le « conseil de famille », sa mère et ses cinq sœurs qui décident, sans droit d’appel, qu’il est venu pour lui le temps de se marier, et cela … le plus vite possible. Afin de s’échapper à cette décision, Luis élabore le plan parfait mais pour le mettre en pratique il lui faut louer une partenaire. C’est là que la sœur de son meilleur ami, Emma (Charlotte Gainsbourg), arrive à Paris, en cherchant du travail. Les jeux sont faits mais, comme dans la vraie vie, les plans ne fonctionnent toujours comme prévu …

Bien que pas tout à fait imprévisible du début jusqu’à la fin, le film est à voir pour l’inédit de l’intrigue, le comique des situations et du langage, ainsi que pour le naturel du jeu des acteurs.

Sortie : 17 août 2007

The Last Legion

La dernière légion

Durée : 1h41

Distribution : Colin Firth, Ben Kingsley, Aishwarya Rai, Peter Mullan, Kevin McKidd, Thomas Sangster

Réalisation : Doug Lefler

Scénario : Jez et Tom Butterworth, insipiré par le livre de Valerio Manfredi

Co-Production : Grande Bretagne, France, Slovaquie, Tunisie, Italie

Photo : www.allianceatlantismedia.com

par Tina Armaselu

Inspiré par le livre éponyme de Valerio Manfredi, « The Last Legion » raconte l’histoire de la fin de l’empire roman de l’Occident au temps de l’empereur enfant Romulus Augustus (Thomas Sangster), détrôné en 476 après J-C par Odoacre (Peter Mullan), le chef des Goths. Exilé sur l’île de Capri, Romulus trouve l’épée mythique de César, qui porte la prophétie : «Un côté pour défendre, un côté pour conquérir ... Destinée à celui… né pour régner ». A l’aide de sa garde personnelle dirigé par Aurélius (Colin Firth) et de son maître magicien Ambrosinus (Ben Kingsley), Romulus essaye de débarquer en Angleterre, à la recherche de la neuvième légion, la dernière restée fidèle à Rome.

Bien que selon les sources historiques, la neuvième légion soit disparue au 2-e siècle après J-C, le filme tente de relier le destin de Romulus et de cette dernière légion à la légende du roi Arthur, d’Excalibur et du sorcier Merlin. Si l’idée centrale ne manque pas d’intérêt, le film reste plutôt au niveau des stéréotypes sur le plan de l’action et surtout sur celui du développement des personnages. Deux choses à remarquer cependant : l’expressivité et la  figure charismatique du guerrier Goth Wulfilla (Kevin McKidd) et la réflexion d’Ambrosinus selon laquelle toute prophétie est finalement une question de foi.

création et réalisation par Cristian Nistor

graphique et mise-à-jour Bogdan Malaelea-Toropu

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