Magazine mensuel de dialogue culturel Depuis 2001 • No 36 • Montréal • 15.08.2007

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Août 2007

Un genre non populaire

par Camil Moisa

On sait que la série des concerts populaires a été crée pour rendre la musique classique plus accessible au publique de Montréal. Il est clair que, peu à peu, ce genre musical a perdu du terrain face aux autres genres. Au début des années ’90, un sondage effectué aux États-Unis a montré que seulement 3% des Américains écoutaient du classique. Mais, la musique classique a-t-elle jamais été un genre populaire?  

Au moins deux caractéristiques de cette musique font en sorte que l’obstacle qui se dresse devant l’auditeur soit profond : premièrement, sa difficulté intrinsèque et deuxièmement son esprit.

La difficulté est liée à la ligne mélodique qui est souvent très complexe, à l’écriture savante (harmonie, contrepoint et  coloris orchestral). Quelques-uns de ces traits peuvent apparaître, sans aucun doute, dans d’autres genres musicaux. Mais ce qui différencie un genre musical par rapport à un autre c’est justement la concentration de ces caractéristiques-là et, surtout, l’esprit vers lequel elles convergent. 

L’esprit métaphysique fait la différence entre la musique classique et les autres genres. Méditative et analytique, elle projette dans la métaphysique les états (les humeurs) et les sentiments de l’auditeur. Nous nous découvrons une nouvelle complexité, dans un espace irréel,  impossible à identifier dans « la réalité ». L’esprit de la musique classique s’adresse à notre côté individuelle qu’il approfondit bien. Mais, afin que son effet sur l’auditoire soit complet, il faut croire à ce prolongement de notre être.  Or, aujourd’hui, ses parents naturels, Dieu et la métaphysique, se sont déjà ternis. Comment pourrait-on  les ressusciter à présent, après plus d’un siècle de technique et psychanalyse?  Le réel lui seul est resté  où nous sommes des maîtres absolus et où, selon les scientifiques, la science et la techniques résoudront tous les problèmes.

C’est pour cela que, face à d’autres genres musicaux, la musique classique apparaît comme un genre anachronique. L’avantage des autres en est un évident : ils s’adressent à ce qui est commun chez les humains sur le terrain du réel visible de l’être, tout en étant, en conséquence, un meilleur compagnon de notre vie quotidienne. Et alors, à quoi bon  retourner, même d’une manière occasionnelle, au sein de solitaires chefs-d’œuvre classiques?

Mais, en fin de compte, quel sorte de publique se tourne vers la musique classique dans le cadre des concerts populaires montréalais? Pour ce qui est du concert qui a eu lieu le soir de 18 juillet 2007, il a réuni dans la salle du Centre Pierre Charbonneau un public presque entièrement âgé. Ce serait facile et superficiel de conclure que le temps dont ces gens-là disposent expliquerait leur présence en si grand nombre à un concert comme celui-ci. Tout en suivant la logique des propos antérieurs, nous affirmerons que l’intérêt du public âgé pour la musique classique est lié davantage à la quantité de temps intérieur consommé et moins au temps extérieur, objectif. Et cela parce que la musique classique comprend l’expression de notre entendement rétrospectif à l’égard du temps qui s’est écoulé à l’intérieur de notre être. L’irréalité de notre passage à travers le temps est une vérité qui demeure dans l’esprit de cette musique et dans laquelle nous pouvons encore  nous retrouver l’être parachevé.

Donc, la musique classique doit être envisagée comme une philosophie sonore à laquelle nous pouvons avoir recours lorsque nous sommes sorties de l’esclavage du réel.

Sous le générique « Invitation au voyage », le concert du 18 juillet a compris des pièces appartenant à des périodes différentes : une irrésistible valse de Johann Strauss (« Valse des mille et une nuits »), une aire de Mozart (« Rivolgete », extrait de « Cosi fan tutte »), deux pièces romantiques de Félix Mendelssohn Bartholdi (l’ouverture « Mer calme et heureux voyage » et La symphonie no 4) et les lieds postromantiques de Gustav Mahler (« Chants d’un compagnon errant »). Mentionnons que, à l’ouverture du concert, une fanfare a interprété une œuvre commandée au compositeur Louis Babin tout spécialement pour « les Concerts populaires de Montréal, un hommage à l’Expo ’67 ».

Présent dans chaque détail des partitions, Yannick Nézet-Séguin a dirigé l’Orchestre du Grand Montréal d’une manière convaincante. À son tour, le jeune baryton Alexandre Dobson, le possesseur d’une voix remarquable, a offert à l’auditeur une interprétation nuancée des pièces signées par Mahler et Mozart. Cela prouve que, malgré le désintérêt du public, la musique classique a toujours des représentants d’une grande valeur.

création et réalisation par Cristian Nistor

graphique et mise-à-jour Bogdan Malaelea-Toropu

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