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Magazine mensuel de dialogue culturel Depuis 2001 • No 36 • Montréal • 15.08.2007

ARCHIVE

Août 2007

Felicia Mihali

Cuba, destination soleil

Chaque fois qu’on visite une nouvelle place, on aime croire qu’on a appris quelque chose sur l’endroit en question. Même lorsqu’il s’agit de nos vacances annuelles, destinées généralement au repos, on n’accepterait jamais d’aller quelque part seulement pour dormir et manger. Le but non déclaré de chaque congé est de compléter un peu notre culture, de remplir les lacunes depuis nos études secondaires ou tout simplement de découvrir des choses qui ne nous avaient jamais effleuré l’esprit.

J’ai mis comme titre de mon article la réclame d’une agence de voyage de Montréal, car elle correspond parfaitement à la réalité. Quand on va à Cuba, la seule chose palpable qui nous reste après coup est le soleil. Je suis incapable de décrire ce que j’ai vécu lors de mon premier voyage organisé à Cuba, et pour cela je me résume à quelques notes. La raison pour laquelle je ne peux pas être cynique est que je suis triste. Ayant vécue longtemps dans un système communiste, je me demande encore une fois pourquoi un système si beau en théorie ne fonctionne pas une fois mis en pratique. Pourquoi les meilleures doctrines au monde forgent des individus douteux d’une côté et une masse asservie, pauvre et humble de l’autre. C’était le cas de ma Roumanie natale et je pense que ce n’est pas différent à Cuba. Je dis je pense car je n’ai rien appris. À part le soleil, ce voyage ne m’a rien enseigné de plus sur le pays de Fidel, une des plus fascinante personnalité de ce siècle. Et encore une fois on se demande pourquoi ses idéaux étaient si beaux à l’époque du Che, et pourquoi son peuple vit dans un tel état déplorable?  

Subversion?

Oui, la subversion est possible à Cuba, mais uniquement si elle est dirigée contre les États-Unis. La seule chose sur laquelle on peut se moquer à partir des blagues les plus innocentes jusqu’aux accusations les plus farfelues, c’est le pays de George W. Bush. Aucun animateur de spectacle ne laisse passer une occasion de vous dire que si on se sent si bien en cette soirée c’est parce qu’il n’y a aucun Américain dans l’audience. Le journal Grama, qui a une variante hebdomadaire en anglais, vendu dans les hôtels, accorde beaucoup d’espace aux discours de Fidel qui traite Bush et son pays de tous les noms.

L’institution du pourboire

Depuis ma jeunesse dans un pays communiste, je sais par un de mes oncles que la pire espèce de la société communiste sont les serveurs, et surtout ceux qui travaillent avec les étrangers. Là- bas, ils étaient presque la seule catégorie sociale qui avaient contact avec les étrangers et avec leur devise, et qui s’enrichissaient à une vitesse foudroyante. Ceux qui travaillaient dans l’hôtellerie, parés de gros bijoux en or, faisaient l’envie de tous, car comme chez tout peuple affamé, l’or était la preuve de la réussite. Plus on en avait, plus on était haut placé. À Cuba, presque tous les fonctionnaires qui vous accueillent, de la réception jusqu’au porteur de bagages portent des bijoux en or, plus ou moins gros. Évidemment que les plus gros sont portés par les réceptionnistes. Dans un régime en pénurie, le serveur est quelqu’un qui a accès à la nourriture, et pour cela il est une personne extrêmement importante. Qu’est-ce qu’on met sur la table des touristes, mais qu’est-ce qu’on cache et qu’on distribue ailleurs est toujours comme le triangle des Bermudes : personne n’en connaît le secret. La bienveillance des serveurs est toujours achetée. On ne s’imagine pas comment vite un dollar peut transformer une figure aigrie et indolente en votre meilleur ami qui n’essaie que de vous plaire et de vous remplir votre verre après chaque gorgée.

Par ailleurs, pourquoi les touristes encouragent-t-ils ce genre de commerce? J’ai ma petite idée sur ce sujet : le touriste occidental va à Cuba pour se reposer, évidemment, mais cette visite est aussi une petite revanche contre le capitalisme qui les traite toujours anonymement. À Cuba, la classe moyenne occidentale, qui travaille durement tout au long de l’année, a l’occasion d’être quelqu’un d’important. Si vous avez jamais vu des films avec de riches personnages aux poches sans fond,  à qui on ouvre la porte, devant lesquels on fait des courbettes, eh bien, à Cuba tout le monde à l’occasion d’être considéré comme tel. Pendant deux semaines, vous êtes aussi riche que si vous étiez le roi de l’Arabie Saoudite. Pour vous faire une idée : un Cubain gagne par mois 230 pesos, ce qui donne 10 pesos convertibles, la devise utilisée par les étrangers (un pesos vaut presque un dollar américain). Imaginez-vous ce que signifie un bakchich d’un dollar pour chaque service. Bien que tout soit inclus dans le forfait, vous devez payer chaque jour la camériste, le barman, le serveur, et de temps en temps, pour ne pas être grippe-sous, les musiciens.

Les voyages

Le plus attirant en ce qui concerne Cuba est évidemment le prix des voyages. On paie plus ou moins mille dollars pour une semaine de plage, incluant le transport, la nourriture, et surtout, que Dieu soit loué, la boisson. Parmi mes compagnons d’avion j’ai vite déniché ceux qui n’y allait que pour se soûler à mort, du matin au soir. Une semaine durant, vous n’avez rien à faire que de manger, si vous le pouvez, toute la journée. Les bars sont aussi ouverts vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Vous vivez donc dans une petite réserve submergée sous un soleil de plomb, sans contact autre avec le peuple cubain mis à part le personnel de l’hôtel.

Si vous voulez visiter le pays, cela a l’air d’une aventure qui n’est pas vraiment conseillée aux touristes à cause des problèmes de transport. Cuba est un pays où le transport d’un part à l’autre se fait d’une manière tout à fait spécifique, car il n’y a pas beaucoup d’autobus depuis le déclin du communisme dans l’Europe de l’Est. La puce fonctionne aussi selon des règles que vous ne connaissez pas. Pour le Cubain qui doit se déplacer, il y a des inspecteurs de rues, vêtus de jaune, qui les aident à arrêter les autos, compte tenant de la plaque d’immatriculation, celle qui vous montre si vous avez le droit de l’arrêter ou pas. On dit avec humour que pour les femmes il est plus facile de trouver un moyen de transport, mais que les hommes arrivent aussi à destination.

La seule chance de visiter un peu la capitale sont les excursions qui vous coûtent assez chers pour ce que vous voyez. Le tour se limite à la région des quais, la où on a commencé à rénover un peu (le fait que la Havane est devenue patrimoine UNESCO y est pour quelque choses probablement). On voit quelques ruelles, aux façades vivement coloriées. Ensuite on visite la Maison du Tabac, pour évidemment acheter des cigarettes, et le Musée du rhum, pour les mêmes raisons. En chemin on a l’occasion de voir les rues misérables, les magnifiques bâtiments coloniaux en ruine. La Havane est vraiment une perle, chaque bâtiment à son colori et son style. Mais la ruine, les fenêtres manquantes, la ferronnerie mangée par la rouille, la moisissure, l’odeur lourde qui s’en dégage vous font voir que, pour vivre, une ville a besoin de beaucoup plus que de rhum et de cigares. Il faut reconnaitre le mérite de ce pays d’avoir transformé le tourisme en une de ses plus grandes sources de revenu.

Cuba Si, Pareille

Vous prenez cette publicité comme vous le voulez. Moi, je reconnais mon ignorance. Mais la Cuba d’il y a dix ans, n’est pas pareille à Cuba d’aujourd’hui.

Après la chute du communisme en Europe, le pays de Castro est resté orphelin. On est loin de s’imaginer le désastre déclenché ici par la disparition du grand empire russe. Du jour au lendemain, tout s’est écroulé, le système est tombé en ruine et ce n’est que maintenant qu’il commence à peine à s’en tirer. À partir de 1994, Cuba a eu sa solution propre pour sortir de cette impasse, et cela a été le développement du tourisme. Prenons Varadero par exemple, la où je suis restée une semaine; il y a douze ans, cet endroit n’était qu’une ville lamentable. Maintenant, l’économie de toute la région est nourrie par le tourisme. En dix ans, on a érigé un système hôtelier qui concurrencent les pays développés : évidemment, si on gratte légèrement la surface on voit la crasse, mais peu importe tant qu’il apporte le gros du revenu national. Dans le pays, à part le peso cubain,  on a mis en circulation le CUC, le peso convertible, manipulé par les étrangers uniquement. Si vous allez au magasin par exemple, et vous achetez un paquet de cigarettes qui coûte un peso, au lieu d’un peso cubain, vous payez un peso convertible qui vaut environ 23 pesos cubains. La question que je me pose est comment l’état contrôle ce commerce, car pour chaque marchandise achetée vous ne recevez ni reçu, ni rien. Comme je le disais, dans le socialisme ceux qui touchent la marchandise sont des rois.

Août 2007

Camilo Gomez

Chronique d’un processus migratoire

Pour faire une histoire vraiment courte, j’ai immigré au Canada, en Alberta en 2003, avec mon ex-femme et ma fille qui avait 9 ans, à l’époque. Nous avions le projet de trouver un meilleur endroit pour vivre nos rêves comme famille.

Ces rêves, pour moi, se sont cassés, car mon mariage n’a pas résisté au très difficile processus de l’immigration.

Après un an et deux mois au Canada, malheureusement, nous avons divorcé. La belle-mère qui était venue habiter chez nous pendant l’été avait intention de « mettre de l’ordre dans le ménage ». Une semaine après son arrivée, « l’ordre a été mis ».

Les problèmes qui ont suivi, spécialement pour ma fille, étaient si graves que j’ai dû les documenter. Pour un père consacré et rempli d’amour comme je l’étais, ce qu’on pouvait imaginer comme le pire, c’est ce qui s’est passé.

Je suis retourné en Colombie, l’hiver suivant, abattu et en me demandant même, où étaient resté les valeurs de mon ex-femme.

Après deux ans en Colombie à préparer une exposition de photographie pour une galerie canadienne et à soutenir ma fille durant la crise, j’ai décidé de reprendre le processus d’immigration, cette fois-ci vers Montréal.

Bien sûr, la vie dans cette ville est très intéressante. Il y a beaucoup de choses à voir et à faire, mais on doit prendre le temps de trouver sa place.

L’installation comme immigrant est un parcours rempli d’embûches, mais les défis sont stimulants.

Être près de ma fille qui vit présentement à Ottawa, quoique je ne la voie pas autant que j’aimerais, est la raison principale pour laquelle je reste au Canada.

Le défi d’apprendre la langue française, sa culture, et d’ouvrir un espace pour exposer mon travail photographique, a été, de plus, le moteur qui me soutient et me motive.

Toutefois, après ces expériences, je pense qui j’ai pris la bonne décision en venant ici. On écrit sa propre vie et le Canada m’a offert d’autres compensations.

Cependant, je considère que les politiques d’immigration ne sont toujours pas suffisamment claires et, en particulier, beaucoup de professionnels viennent sans savoir réellement ce qui les attend. La manière de publiciser le Canada à l’étranger comme lieu pour migrer doit être le plus transparent possible.

Médecins, dentistes, ingénieurs, architectes, communicateurs et les autres, malgré leurs études complètes et leur compétence, travaillent trop souvent dans les usines ou ailleurs, pendant plusieurs années.

Il n’existe pas une aide structurée pour les familles vivant un choc culturel en arrivant et qui peut les affecter gravement. Selon les statistiques, 35% des mariages immigrants terminent en divorce. Un autre 35% des immigrants retournent dans leurs pays d’origine.

Le fait qu’il n’y a pas de politique généralisée et forte pour stimuler les compagnies à employer des immigrants professionnels sous forme des crédits d’impôts, ou autre, peut être injuste. Ceci pourrait contrecarrer les résistances culturelles ou protectionnistes que l’on trouve en cherchant de travail. Chaque corporation devrait être obligé à employer certain pourcentage d’immigrants professionnels dans ce milieu.

Néanmoins, le Programme d'aide à l'intégration des immigrants et des minorités visibles en emploi du Gouvernement du Québec, permettre aux nouveaux arrivants d'acquérir une première expérience de travail nord-américaine dans leur domaine de compétence et faciliter leur intégration socioéconomique et linguistique en milieu de travail.
Tel incitatif vise à soutenir les petites et moyennes entreprises (PME) afin qu'elles embauchent des personnes immigrantes et des minorités visibles pour les postes réguliers qu'elles ont à pourvoir.

On peut s’étendre sur ces sujets, mais ils doivent êtres analysés plus sérieusement et avec des chiffres. Peut-être qu’avec le temps, je pourrais devenir un politicien qui étudie ces difficultés plus en profondeur et qui plaide en faveur des changements pour élever la conscience sur l’immigration.

Je suis très content d’être au Canada, mais à mon modeste avis, il est nécessaire de démontrer plus clairement les plans et les résultats de l’immigration en chiffres et de les réformer pour un avenir plus convenable et heureux, tant pour les immigrantes que pour les autres.

Mes propres expériences et ce que j’ai vu autour moi, moralement, m’obligent à sérieusement réfléchir, à chercher un meilleur futur pour moi et pour mes semblables.

Août 2007

Nelly Eiben Farima

Meet le « beauf » ou de l’immigration

L’idée d’écrire les lignes suivantes m’est venue en lisant le livre de Radu Pavel Gheo, Adio, adio, patria mea (Adieu, adieu, mon pays). Pourquoi ce désir d’écrire après avoir fermé le livre ? Parce qu’il y a quelques années les jeunes Roumains ont vécu la folie du départ, de l’El Dorado, pire que les Espagnoles il y a quelques siècles, si j’ose le dire. Dès que les Etats-Unis ont lancé le programme « La Loterie des visas » et l’Ambassade du Canada en Roumanie a ouvert ses portes, les rêves des jeunes Roumains se sont focalisés sur un seul verbe « partir », conformément aux paroles d’une chanson d’Ada Milea : « Si tu veux devenir quelqu’un dans ton pays, alors va-t’en aussi loin que possible ». Partout on parlait de l’Amérique et du rêve américain.

Mais qui étaient ces jeunes désireux de tout reprendre à zéro? C’étaient en général des trentenaires, des personnes qui en 1989 avaient 20 ans et plus. A l’époque, frais émoulus d’une faculté ou d’un lycée, ils devaient trouver leur chemin dans la vie, or ce n’était pas du tout évident dans un pays qui se cherchait et qui vaguait lui aussi. Pas de repères, pas de valeurs, pas de stabilité, pas d’espoir. Ce sont quelques mots qui ont tracassé les esprits de tous les habitants de la Roumanie et davantage des jeunes forcés d’habiter avec leurs parents faute de moyens pour louer un studio. Ils ne se mariaient plus parce qu’ils n’avaient pas un petit chez soi, ils ne pensaient pas à avoir des enfants, parce qu’ils ne se le permettaient pas (en paraphrasant Zazie et son tonton Gabriel on pourrait dire « Les gosses, ça coûte cher »), ils ne pouvaient vivre que du jour au lendemain suivant le même trajet : métro, boulot, dodo.

 Après avoir tout essayé en Roumanie, sans que cela leur laisse la possibilité d’entrevoir une petite étincelle de bonheur, la possibilité d’émigrer dans un délai assez court est venue revigorer leurs vies. S’échapper aux népotismes, aux rêves cassés, aux soucis, aux moulins à vent, c’était plus qu’on ne pouvait espérer. Alors, pourquoi rester, pourquoi ne pas partir ? Question sans réponse.
Après avoir prouvé qu’ils ont suivi des études universitaires, qu’ils parlent plusieurs langues étrangères, qu’ils sont en bonne santé, les jeunes ont fait leurs bagages, ils ont pris leurs passeports et leurs visas et ils se sont embarqués via New York ou Montréal.

Mais qu’est-ce qu’il y a Outre-Atlantique ?
Comment est-il possible qu’une personne qui n’est jamais allée en Amérique puisse en parler ?  Et maintenant, aux indignés de me reprocher la hardiesse d’aborder un sujet qui n’est pas l’expression de ma propre expérience de vie. Et à moi de répliquer que l’immigré est le même partout. J’assume les phrases suivantes en m’appuyant sur mon «expérience française » (j’ai vécu en France pendant trois ans presque), si je peux la nommer ainsi et dont j’ai retrouvé des échos dans le livre de Radu Pavel Gheo (qui a vécu aux Etats-Unis pendant un an v. plus haut). Je me suis rendu compte que quel que soit le pays ou le continent d’accueil, le statut de l’immigré reste inchangeable : il est la créature sortie de son cocon pour commencer une vie nouvelle. Il doit tout laisser loin derrière lui, s’il veut continuer son itinéraire, or ce n’est pas facile. Il ne doit pas être comme Ianus, un visage tourné vers le passé et le pays d’origine et un visage tourné vers l’avenir. Il doit plonger corps et âme dans le nouveau monde pour en prendre le pouls. Or un premier obstacle serait ce que je vais nommer l’expérience du « beauf ».

Qu’est-ce qu’il faut comprendre par « l’expérience du beauf » ? Pensez un peu aux jeunes roumains qui avaient un certain statut social en Roumanie : des professeurs, des ingénieurs, des économistes, des informaticiens, des journalistes et la liste pourrait continuer. Or, une fois débarqués dans le nouveau pays ils n’ont plus de statut, ils sont des entités zéro et pour obtenir ce qu’ils avaient avant leur départ ils doivent faire des sacrifices. Soit ils font valider leurs diplômes, soit ils choisissent de faire des études, soit ils cherchent du travail, mais on sait d’avance qu’il est presque impossible de pratiquer la même profession qu’en Roumanie.
C’est alors qu’il ne leur reste que « l’expérience du beauf ».  Pour survivre ils doivent chercher du travail en attendant des jours meilleurs. Or, quels sont les boulots auxquels ils ont accès dans un premier temps ? Vendeurs, caissières, femmes de ménage, porteurs, plongeurs, serveurs, c’est-à-dire de simples ouvriers. Et en pratiquant ces métiers ils ont un premier contact avec les autochtones qui n’ont pas leur niveau d’études, mais qui les regardent pourtant d’un air supérieur en essayant de souligner une fois de plus leur statut d’immigré. La présence des intellos roumains dont les autochtones ne savent pas grande chose à part les contenus véhiculés par les médias (prostitution, adoption à lire vente des enfants, corruption)  est ressentie comme une menace. La peur de l’Autre les pousse à avoir une attitude de supériorité qui gêne d’autant plus l’intellectuel qui voit son statut piétiné par quelqu’un qui sans être son égal est son inférieur, question études.
Petit à petit, c’est la frustration qui se met à ronger les âmes des pauvres immigrés et cette frustration sera augmentée par le contact incontournable avec les fonctionnaires. Le plus insignifiant fonctionnaire fera de son mieux pour s’ériger en véritable casse-pieds. Le refrain de Zebda (Je cois que ça va pas être possible/ Pas être possible, pas être possible) cumule les paroles qui sortent automatiquement et déraisonnablement des bouches souriantes de ces grosses têtes qui chaque fois signalent l’absence d’une photocopie ou d’un papier pour lequel il faudra revenir un autre jour, et puis un autre jour à cause d’un cachet qui n’y figure pas ou d’un mot mal écrit. Et les trajets ne s’arrêteront qu’au bout de quelques semaines et au bout des nerfs des immigrés.

Alors, à l’image de Joe Dassin, la question qu’on se pose est : L’automne, est vraiment une saison qui n’existe qu’au Nord de l’Amérique ? Si la réponse est affirmative, l’immigré dépassera l’expérience du beauf, si la réponse est négative il en souffrira atrocement ou fort possible, il rentrera dans son pays. A cet égard, je me rappelle les paroles d’une dame qui m’a dit : « Je leur ai fait comprendre que je suis là et que je n’ai la moindre intention de partir. C’est alors qu’ils m’ont laissée tranquille. » Mais combien de ceux qui partent ont le courage de le faire ? Il y en a, j’en suis sûre, mais la plupart risquent de devenir des pleurnichards qui accusent le système, les indigènes, les autres, sans se questionner sur leur propre attitude. En même temps, sans être prêts à faire des sacrifices, ils n’ont pas le courage de reconnaître qu’il vaudrait mieux rentrer. Ils préfèrent profiter des allocations sociales, plutôt que de reprendre leur vie en Roumanie.

Sans faire une analyse sociologique du  phénomène de l’immigration (ce que je ne me permettrais pas, faute d’expérience dans le domaine), ce texte est une enfilade de réflexions sur ce qui s’est passé en Roumanie entre 2000 et 2005, s’il faut dresser des barrières temporelles, et sur ce que j’ai vécu en France et les autres en Amérique car comme je l’ai déjà dit : les premiers mois de l’immigré sont les mêmes partout.

Août 2007

Cristina Iovita

L’Éternel retour
ou
La Roumanie européenne vue par une native de Craiova de retour dans la ville de son enfance en juillet 2007

1) Les fontaines de Solomon

Craiova, ma ville natale, a marqué son entrée en Europe par l’édification, au milieu de la Place de la Préfecture, d’une fontaine “musicale” qui fait jaillir ses eaux cristallines au son des valses viennoises déferlant des hauts parleurs à l’entour. Chaque soir, de 21 heures et jusqu’à minuit la foule se presse autour de cette fontaine pour voir Strauss se transformer en colonnes liquides de toutes les couleurs: vertes, mauves, bleues, blanches selon la fantaisie de l’éclairagiste de service et il y a grand émoi parmi les habitants depuis que les sphères et les piques tournantes au creux du bassin lancent leurs jets colorés vers le ciel noir au-dessus des visages renversés qui scrutent les étoiles. Les dimanches, il y a des spectacles de rue qui se donnent sur le parvis, joués par les élèves du Conservatoire local et inspirés des grands sujets écologiques à la mode comme le réchauffement de la planète, la pollution et l’épuisement des ressources naturelles; la foule regarde ces créations depuis les gradins installés des deux côtés opposées de la pièce d’eau et se marre mieux que devant les séries télévisées, principale attraction par le passé de la populace provinciale. On parle haut et fort d’un festival de musique classique, ou de théâtre, ou des deux à la fois qui pourraient se dérouler autour de la grandiose fontaine, on s’enorgueillit de la beauté du paysage, on rêve de cosmopolitisme en longeant les parterres fleuris à l’entour qu’arrosent les matins les dizaines d’aspersoirs placés aux pieds de la statue du héros national, on se grise du luxe du nouveau monument aquatique comme du champagne. Certes, les mécontents ne manquent pas et ils sont de toutes les nuances eux aussi, tout comme les jeux d’eau dans le bassin; quelques esthètes déplorent le déplacement de la statue de Michel le Brave vers le côté “ouvert” de la place parce que nuisible aux règles de la perspective; une partie des historiens locaux accusent le maire d’avoir fait exprès pour minimiser l’importance du héros en le laissant se perdre, tout hache brandie, dans le ciel vaste au-delà de la queue de son cheval; enfin, quelques bourgeois frileux accusent l’administration d’avoir gaspillé les fonds publics à ériger un monument architectural sans aucune fin pratique à la place des utilités dont la ville manque encore et que l’intégration européenne exige sans plus tarder. Si on ajoute à cela le fait que le maire en fonction, instigateur et promoteur fervent du projet, porte le nom fatidique de Solomon, qu’il a pêché son projet de décoration urbaine à Vienne et que Michel le Brave, champion de la Chrétienneté et unificateur du pays, fut assassiné par ordre de l’empereur autrichien, le tintamarre symbolique jailli des eaux “musicales” censées nous intégrer au concert européen prend des allures de cacophonie; cependant, le souvenir de l’ancien forum que ressuscitent les rassemblements spontanés autour de la fontaine donne à cette cacophonie une certaine cohérence. Craiova est une ville du Sud, elle l’a toujours été et ses fontaines ont toujours représenté le lieu de rassemblement quotidien de la communauté; la petite source dite du Porcher tint lieu d’âtre à la nouvelle cité construite après le saccage de Pazvantoglou, pacha de Vidin, en 1802, et même les communistes évitèrent de détruire, au nom du progrès technologique, le modeste monument érigé autour du petit filet pur et glacé qui en jaillit, chaque été, sous la canicule écrasante de juillet, quand la rivière Jiu sèche dans son lit et fait se réduire en poudre jaune le contenu des bassins hydrauliques. Les femmes, dans ma jeunesse, allaient encore tirer l’eau de ce puits quand la nouvelle ville, forte de ses complexes industriels, cessait sous la chaleur d’août de fournir l’électricité, et même l’eau potable, dans les nouveaux quartiers hissés sur les collines autour des usines; les architectes de ma génération refirent le centre, dévasté par le tremblement de terre de 1977, sous forme de rue marchande et piétonale dotée d’une fontaine “musicale” dont les eaux jaillissaient au rythme d’une chanson populaire proclamant l’identité régionale; il n’en est pas différent à Rome, à Toulouse ou à Barcelone- avec ou sans jeux musicaux les fontaines rassemblent les gens autour de leurs sources. Le maire Solomon, selon son goût, a tout de même pêché dans la tradition; au son des eaux jaillissant d’une fontaine, ma ville natale recouvre son ancienne configuration de cité sudique pour quelque temps ensevelie sous les dévastations.

 

2) La dame aux chiens

Elle s’appelle Elena Veronica, a quatre-vingts onze ans, deux enfants d’âge mûr, trois petits-fils et filles de deux nationalités différentes, roumaine et française, quatre chiens vagabonds qu’elle a sauvé de l’équarrissage et une maison vide dont, seules, les délicates proportions des pièces rappellent l’élégance initiale. La cour inondée par les herbes sauvages reste jalousement cachée derrière la clôture de fer blanc dressée par l’ancien occupant, un important apparatchik local qui, au temps de la dictature du prolétariat, l’avait fait ériger pour camoufler son aristocratique demeure aux yeux du commun des mortels; il n’y a pas de sonnette sur la lourde porte toujours close et, si les chiens réchappés des purges sanitaires des dernières années gardent le jardin en friche plus farouchement que d’authentiques cerbères, ce n’est pas pour défendre au passant la vue des illicites splendeurs au-delà de la clôture. Elena Veronica n’a rien à cacher, sa vie est un miroir des tourmentes qui ont agité le siècle dernier et sa maison vide n’est que le décor, toujours en train de changer, des événements qu’elle a traversé; elle y a vu le jour, a grandi entre ses murs, l’a quittée le jour de son mariage et l’a quittée une fois de plus quand le régime populaire l’en a dépossédée, elle et sa famille; son retour, maintenant, n’est qu’un reflet du revirement de bord que le gouvernement roumain exécute pour rentrer au bercail européen, la fin annoncée d’une errance imposée par l’histoire. Un retour symbolique, en somme, qui, tout comme celui d’Ulysse dans son Ithaque natale, prend des allures d’épopée; en regagnant cette maison Elena Veronica a dû en chasser les prétendants à l’ancienne gloire des lieux; c’est la seule méchanceté qu’elle a commise sciemment, celle de montrer la porte à l’ancienne maîtresse de maison avant qu’elle eût pu faire ses adieux à la demeure de ses années prospères; entre les murs dégarnis des moulures dorées et des faux tapis persans du luxe usurpateur, Elena Veronica se reproche son geste réparateur tout en lui avouant sa valeur d’authenticité. Une fois la porte claquée au nez de l’usurpatrice, c’est la meute des nouveaux riches qui donne l’assaut à la maison vide, lance des offres mirobolants en euros à la tête de ses défenseurs; au milieu des chiens farouches qui jappent à chaque tentative d’intrusion, Elena Veronica décline les offres sans passion ni regret; tant qu’elle vivra les délicates proportions du bâtiment ne seront jamais sujettes aux défigurations utilitaires que les acquéreurs potentiels risquent d’opérer sur la noble architecture néo-roumaine. Elle n’a plus que cela à défendre, la beauté du lieu, vestige de l’appartenance à la civilisation européenne qui, selon elle, constitue l’unique certificat d’authenticité en la matière; elle voit ce qui se passe là où, errant de par le monde, les anciens propriétaires ou leurs héritiers légitimes, ayant récupéré le patrimoine historique, le laissent choir entre les mains des nouveaux riches- juste en face de sa propre maison il y en a un qui, féru de luxe hollywoodien, a transformé une exquise villa de style brancovan en ranch texan après l’avoir achetée à son ancien possesseur domicilié en France! Certes, Elena Veronica ne croit pas aux miracles, sait que le retour à l’Europe, marqué entre autre par la restitution des propriétés privées à leurs anciens possesseurs, n’est qu’un exercice formel; elle sait aussi que l’Europe vers laquelle son pays se retourne n’est pas celle de la culture mais de la monnaie, pour l’instant, la plus forte entre toutes; mais elle espère toujours et fait de son mieux pour maintenir la signification profonde de ce retour, sa valeur symbolique que les autres paraissent oublier dans le tumulte. Entourée de ses chiens errants, dans sa maison vide, Elena Veronica monte la garde au patrimoine culturel qui relie la Roumanie à l’Europe; il se peut qu’à sa mort- très proche puisqu’elle flaire le centenaire- son effort soit complètement annulé; il n’empêche que, pendant ce qui lui reste à vivre, cette “dame aux chiens” aura donné au retour à l’Europe de ma ville natale, sa véritable dimension d’épopée.  

3) Les supermarchés

Ils sont six, hauts et massifs comme des donjons, trois sur la route de Severin et trois sur celle qui mène à Bucarest et leurs noms: Selgros, Billa, Carrefour, Pic, Metro, InterEx flottent sur les bannières dressées le long des boulevards comme jadis les noms des armées envahissant la contrée. Peu ou prou, ils contiennent tout ce que le cœur humain puisse désirer: victuailles, meubles, vêtements, jouets, fleurs, divertissements, informations, en une variété de formes, consistances, couleurs et connotations tellement vaste que tous ceux qui y pénètrent finissent par y être engloutis et n’en veulent plus ressortir; chacun est un monde en soi et, peu ou prou, répète le monde au-dehors. Chacun répète l’autre, également, mais ceci n’est pas pour déplaire au visiteur, au contraire, il s’en réjouit comme d’une assurance de paix et de confort peu connue dans le quotidien; les gens y affluent en jeep, en moto, en bus et il n’y a plus que les pauvres et les excentriques qui fréquentent encore les marchés fermiers, les boutiques de quartier et les bazars au cœur de la ville; et l’on dit “rendez-vous au mall ce soir” comme jadis on disait “rendez-vous au Théâtre National” car la majorité des lieux de loisir, discothèques, bars, cinémas s’y est retranchée afin d’attirer le consommateur sur les lieux après la fermeture des magasins. À première vue, tout ceci rappelle l’Amérique plutôt que l’Europe mais ce n’est qu’une illusion; au pied de ces colosses les voitures tout-terrain et de collection n’ont fait que remplacer les chariots et autres attelages dans les foires d’antan; les chiens, les chats et les mendiants, grouillant autrefois sous les remparts, ont, certes, disparu du paysage des malls mais le guet, transformé en police communautaire, fait toujours sa ronde sous les yeux écarquillés des paysans qui attendent, jonchés sur leurs attelages à un ou deux chevaux poussifs, la permission de pénétrer dans la cité; et au loin, bien sûr, on entend encore les carillons des églises marquant depuis leurs clochers rénovés les heures de la nouvelle abondance. On est, en fait, en pleine Renaissance et, si les arts et les sciences suivaient la croissance économique, on pourrait s’identifier complètement aux cités italiennes de l’époque; cependant, le Théâtre National reste vide, m’a-t-on dit, même les soirs de première, le Théâtre Lyrique s’écroule, littéralement, faute de fonds pour la rénovation, l’Université ferme son département d’architecture et le vieux lycée où j’ai “enterré” ma jeunesse, comme dit le poète, vend à présent ses diplômes de baccalauréat aux cancres tout comme aux élèves émérites, pour une poignée d’euros. C’est par le manque d’appétit pour la culture que le modèle américain paraît supplanter celui de la Renaissance européenne dans le cas de ma ville natale; mais l’Amérique elle-même ne fut-elle pas un rêve de la Renaissance tissé par des marchands en quête d’expansion de leurs marchés? Ne fut-elle pas un accident et une halte inattendue sur la route vers l’Extrême Orient que les visionnaires, les savants et le commerce tracèrent en croyant suivre les chemins mythiques de l’Antiquité? Et tout chemin à rebours ne retrouve-t-il pas tous les pièges, les leurres et les découvertes des précédents voyages qui l’ont sillonné?

 

4) Le cheval et le dada

Le parc Romanesco, monument d’architecture paysagiste du 19ème siècle, contient entre autres attraits un petit hippodrome blotti entre deux collines; l’immolation des chevaux dans les années d’ascension du pouvoir populaire transforma la piste en un lieu hanté, d’abord par les truands et ensuite, comme résultat d’une opération policière rondement menée, par les fantômes des cavaliers d’antan et des dames aux grands chapeaux à voilette, spectatrices ferventes de leurs exploits. Une colonie de gitans faiseurs de briques s’installa au bord du manège, ses chevaux épargnés du massacre civilisateur broutant paisiblement l’herbe brûlée du talus au-delà des gradins pendant que leurs maîtres, accroupis devant leurs fours, battaient l’argile jaune au pied de la colline; un campement de soldats occupa le versant opposé, les cris des sergents transperçant l’air comme autant de hennissements; entre les deux versants, l’hippodrome, vide et silencieux, commença à prendre l’aspect d’un cimetière que nous, les enfants de la ville, nous targuions de hanter les jours de vacances à la recherche des secrets ensevelis entre ses murs délabrés. Petit à petit, l’histoire du cheval blanc qui apparaissait les nuits de pleine lune sur la piste abandonnée s’installa en légende, passa dans le folklore et finit par attirer l’attention des autorités; peu enclines à la superstition et désireuses de combattre les nostalgies de toute sorte, ces dernières attribuèrent l’espace hanté au club militaire Steaua qui, récemment impliqué aux tournages des films d’époque nécessitant la maîtrise héroïque du cheval, sauta sur l’occasion ainsi redonnant à l’endroit son utilisation première de manège. Pendant les années de mon adolescence, les cavaliers en uniforme et les jockeys professionnels peuplèrent assidûment la piste, parfois offrant aux jeunes du pays, amateurs d’équitation, l’occasion d’apprendre à monter les beaux chevaux de race dans les écuries du club; une série d’accidents fatals- il y eut deux morts et un blessé grave à la suite d’une course hors-concours, exécutée par des membres de l’élite locale une nuit de beuverie- mit fin aux activités sportives amateures, petit à petit les grosses productions cinématographiques à saveur historique se faisant rares elles aussi et se concentrant sur le milieu de l’équitation de la capitale afin d’économiser sur leurs frais de déplacement. L’hippodrome mourut ainsi une deuxième fois, ses gradins arrachés pour servir de bois de feu aux fours gitans et sa piste sillonnée par les chiens errants de la banlieue; le cheval blanc ne se montra plus, dit-on, ce qui fut considéré comme un succès dans le combat livré par la propagande contre la légende et la nostalgie; après la Révolution, en ressuscitant le parc Romanesco, partie intégrante du patrimoine européen, les architectes restaurateurs comprirent l’hippodrome dans leur projet de ressuscitement. Les fonds manquant bientôt, ou bien s’écoulant dans de mystérieuses directions autres que celles de la reconstruction des monuments du passé, cette partie du projet devint un fantôme, ses brèves apparitions les années d’élections locales tout aussi dérangeantes pour les autorités nouvelles que les apparitions du cheval blanc au temps du pouvoir populaire. Enfin, le retour à l’Europe fit croire aux architectes auteurs du projet à une possible reprise; un Bois de Boulogne à Craiova, pourquoi pas? lancèrent-ils tout émoustillés; cela va renflouer le tourisme, on aura quelque chose à faire admirer aux voyageurs, pas seulement les balafres des années rouges et les colosses industriels ruinés par la privatisation; le mot ‘tourisme” retentit, seul parmi les autres composants du discours, et se mua vite en acte, la municipalité décidant de faire construire sur les lieux un hôtel de luxe pour loger les hordes des futurs voyageurs. On eut beau à décrier l’absurdité de mettre la charrue devant les bœufs, d’amputer la configuration initiale du monument paysagiste censée attirer les touristes qui logeraient dans l’hôtel; on eut beau à sortir des archives les vieux plans de l’architecte Romanesco où l’hippodrome apparait comme pièce constituante du tableau; on eut beau, enfin, d’invoquer la valeur de légende urbaine du complexe tout entier. Transformé en dada, le cheval blanc du hippodrome hanté trotte maintenant dans les têtes des rêveurs; il n’y aura pas de Bois de Boulogne à Craiova, il n’y aura même plus de parc Romanesco, bientôt, si quelqu’un s’avise de drainer le lac aux cygnes au milieu pour y ériger un Disneyland, ou de livrer ses ruines romantiques au conglomérat de Madame Tussaud pour en faire un château hanté à la manière de celui de Warwick en Grande Bretagne. Mais n’est-ce pas un dada aussi que de vouloir retourner en Europe?

création et réalisation par Cristian Nistor

graphique et mise-à-jour Bogdan Malaelea-Toropu

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