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| Magazine mensuel de dialogue culturel | Depuis 2001 • No 35 • Montréal • 15.07.2007 |
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«Depuis le mois de juin les artistes originaires de l’Europe de l’Est sont à l’honneur à Montréal! » Interview avec «L’homme de papier…» Par Luz Garcia de Zielinski Comme vous le savez, le mois de mai dernier il y a eu lieu la première édition du festival EUROfEST à Montréal. J’aimerais mentionner le succès du festival et pour ceux et celles qui n’ont pas pu y assister, je vous assure que ce fut un grand succès! J’ai eu le grand privilège d’assister à l’une des soirées à la Salle du Gesu. Toute une panoplie d’artistes nous ont fait voyager avec leur musique partout en cette vaste et riche contrée qu’est l’Europe de l’Est! Après un départ aussi spectaculaire, nous attendons déjà avec l’impatience la deuxième édition du festival, en lui souhaitant longue vie, pour notre plus grand bonheur. Pour poursuivre sur la lancée de ce festival, je vous propose un entretien avec Marek Zielinski, écrivain et scénariste originaire de la Pologne et qui, à travers cette entrevue, va nous parler de son parcours, de ses inspirations et de sa vision de la place de l’artiste dans la société. Marek Zielinski est né à Varsovie et habite à Montréal depuis une quinzaine d’années. Il a déjà écrit pour certaines revues, il a également scénarisé un documentaire sur les francophones du Manitoba et comme beaucoup d’écrivains qui viennent de l’étranger, il a eu à soulever un défi de taille: écrire dans une langue qui n’est pas la sienne et qui n’a même pas la moindre similarité avec le polonais! LUZ : Depuis quand écrivez-vous et en quelle langue? MAREK : J’ai commencé sur le tard, si on parle de l’écriture proprement dite, tout d’abord par les scénarios. N’étant pas francophone de naissance, je trouvais l’écriture scénaristique plus accessible, plus facile à aborder. Les mots n’y sont que des portes qui mènent vers le monde visuel, seul leur pouvoir évocateur d’images compte. La vraie littérature était toujours pour plus tard. Je crois qu’une certaine frustration fut le motivateur principal : un scénario n’est fini qu’une fois tourné, et le plus souvent il reste au fond de tiroir, dans cet état transitoire, tandis qu’une nouvelle, ou un roman encore plus, est un tout abouti, autonome. L.: Avez-vous su dès votre tout jeune âge que vous vouliez écrire? M. : Non, pas du tout, je voulais être pilote de ligne, et architecte plus tard! L. : Racontez-nous votre trajectoire d’écrivain, où est-ce que vous avez étudié l’écriture? M. : J’ai commencé par l’écriture scénaristique, avec un certificat à l’UQAM, puis BAC ès Arts et la Maîtrise en création littéraire. Encore plus que les diplômes et le cursus proprement dit, ce sont les rencontres qui ont comptées dans mon parcours. Je crois que l’essentiel de travail d’enseignant se situe à ce niveau : inspirer, éveiller le désir d’écrire. De ce côté-là, j’étais gâté. L. : Est-ce que c’était un grand défi d’écrire en français vu que votre langue maternelle est le Polonais? M. : Oui, sans doute. Il y a une forme de vigilance qui se développe, une prudence, mais en même temps une fraîcheur par rapport aux mots, ils sont moins usés pour moi que pour un Francophone. L. : Dans quelles revues avez-vous déjà publiés? M. : J’ai publié des nouvelles et des poèmes dans la revue Hélios, dans un des tirages du magazine « Productions Cité Ouverte 2002 » et dans la revue Solidarte lors d’un projet organisé en complicité de l’organisme Solidarte qui a fait des échanges entre les artistes cubains et les artistes d’ici. L. : Avez-vous déjà écrit des romans? M. : J’ai développé un projet dans le cadre de ma maîtrise, que je n’ai pas pu finir pour des raisons personnelles, mais qui est toujours là, à portée de la main, et qui attend son tour. Qui me travaille autant que je le travaille. Écrire un roman est une affaire de courage, c’est une chute à l’intérieur de soi, un vagabondage où il faut se perdre. La nouvelle, que je pratique le plus souvent, relève plus d’un jeu cérébral qui impose ses lois de concision, de structure et de clarté. L. : Vous écrivez également des scénarios, n’est-ce pas? M. : Effectivement, j’ai écrit un documentaire sur les francophones du Manitoba. L. : Avez-vous déjà écris de scénarios de Fiction? M. : Oui, plusieurs et j’ai quelques projets avec d’autres scénaristes et réalisateurs d’ici et des États Unis. L. : Selon vous, qu’est-ce que c’est plus difficile dans l’écriture…que ça soit dans les romains, les nouvelles ou dans les scénarios? M. : Ne pas se laisser emporter par une certaine mécanicité de l’écriture. Les mots sont un chant des Sirènes, leur sonorité séduit, mais la vacuité guette. Il faut mettre ses tripes sur la balance, tout son poids, tout son vécu, sa chair. Il existe une esthétique des mots. Les belles phrases, bien tournées, se comparent aux récifs de corail qui peuvent éventrer un bateau et le faire couler. Il faut être vigilant et impitoyable envers soi, sinon les autres le seront. L. : Aimez-vous écrire « à la retraite », à la campagne, comme beaucoup des écrivains ou vous êtes plutôt un citadin? M. : Je crois que je peux écrire n’importe où. Une certaine unité d’esprit est pourtant nécessaire, un téléphone qui sonne ou la télé du voisin qui hurle nous ont certainement privés de quelques génies littéraires! L . : D’où trouvez-vous votre inspiration? M. : C’est elle qui me trouve! Elle me tombe dessus littéralement. Un sujet s’impose, génère des images, construit un récit dans ma tête. J’obéis, c’est tout. Pour être plus précis, c’est mon vécu, proche, lointain, sans importance. La mémoire ne connaît pas de barrières, tout se superpose créant des abîmes. Il faut y plonger, après une bonne respiration, bien évidemment. L. : Est-ce difficile la profession d’écrivain? M. : Cela dépend de la définition qu’on y attache. Écrire un roman est ardu, le vendre peut l’être tout autant. Parfois je crois que ce sont deux professions bien distinctes, et l’histoire littéraire foisonne d’exemples : Kafka qui a très peu publié de son vivant; Pessoa qui se dérobait derrière une multitude de pseudonymes. L. : En ce qui concerne le milieu du cinéma, est-ce qu’il est plus accessible? M. : Je crois que la chance y joue un rôle plus important, une rencontre peut tout changer, c’est un monde où les circonstances décident de beaucoup. L. : Quels artistes, écrivains originaires des pays de l’Est vous inspirent? M. : Kafka est incontournable, Kundera aussi. Musil, Gombrowicz, les classiques russes. En matière de la tradition littéraire, l’Europe de l’Est est un monde infini, d’une richesse inexplorable. L. : Est-ce qu’il y a d’autres écrivains d’autre origine que vous aimez et que vous inspirent? M. : Auster, Borgès, Marques, pour n’en citer que quelques-uns. Je les aime et ils m’inspirent, souvent par des chemins détournés, à mon insu, et tant mieux. Je ne revendique rien, par humilité et par prudence. Comme l’a dit quelqu’un, chaque œuvre crée ses prédécesseurs. J’ajouterais que chaque lecteur tisse des liens dans sa tête entre des œuvres souvent disparates, et c’est formidable ainsi. L. : Aimeriez-vous partager quelque chose avec nos lectrices et nos lecteurs? M. : Devenez boulimique de la lecture, et de l’écriture, pourquoi pas. L’écriture est la forme supérieure de la pensée. J’oserai dire que c’est la forme suprême de liberté, sans limites, sans pesanteur, sans l’ombre du temps qui plane sur la vie. L. : Merci et bonne continuation… M. : Merci à vous et à la revue Terra Nova! Photo prise par LUZ Garcia
Marie-Laure Rozas…Une femme créative et passionnée! Exposition « 1000 Femmes Montréal » au Vieux Port « Un projet vu par le photographe M. Pierre Maraval… » Par Luz Garcia de Zielinski Depuis le 25 juin dernier et jusqu’au 14 octobre 2007, l’exposition 1000 Femmes-Montréal, du photographe français Pierre Maraval, s’est installée au Vieux Port de Montréal, pour le plus grand plaisir des amateurs de portraits. Précédemment, la même exposition a été présentée à la galerie SAS à Montréal. On dit de Pierre Maraval qu’il est avant tout un rassembleur. Depuis 1993, il réalise des séries de 1000 portraits regroupant des gens qui appartiennent à un même réseau ou qui partagent une même passion. Fasciné par le dynamisme des Québécoises, le photographe voulait leur rendre un hommage. C’est ainsi qu’il a découvert ces 1000 femmes, des «ambassadrices», comme il le dit et qu’il a dû identifier « ces perles rares » qui ont, à leur tour, pris le relais. Cette immense chaîne de reconnaissance est la preuve qu'on croît à des projets communs. Marie-Laure : J’ai reçu un appel du service de communications de l’arrondissement Ville-Marie qui m’a informée que j’avais été choisie pour participer à ce projet. D’après des recherches que j’ai menées, le choix remonte à notre conseillère municipale, Madame Catherine Sévigny, que j’ai rencontrée à plusieurs reprises dans des projets concernant l’arrondissement. L : Avez-vous accepté tout de suite? ML : Je n'ai pas hésité. Bien sûr, j'étais très surprise face à l'importance du projet et j'ai posé beaucoup de questions sur la démarche, le photographe... J'ai voulu en savoir plus sur le choix de ma candidature! L : Expliquez-nous en peu plus sur le projet. Je sais que M. Maraval aime travailler avec le monde. Il a déjà crée plusieurs autres mosaïques, entre autres à Cuba avec 1000 femmes. ML : Effectivement, Monsieur Maraval est un photographe français de renommée internationale et ses projets regroupent des individus ayant des intérêts communs. Sous l’œil de son objectif il conjugue de manière magistrale les êtres et ce qui les rassemble dans de gigantesques mosaïques qu’il offre ensuite au public. Depuis plusieurs années il parcourt le monde à la recherche de nouveaux défis. Dans le projet 1000 Femmes-Montréal, le principe a été basé sur le réseautage entre les femmes. Chacune des participantes devait suggérer secrètement une femme s’étant démarquée par ses actions dans la grande communauté montréalaise. L : Est-ce que vous êtes au courant pourquoi M. Maraval a choisi de faire ce projet à Montréal? ML : Montréal était toute désignée pour ce projet. C’est un projet qui rejoint les femmes d’action et on sait qu’il existe ici une grande solidarité féministe. Les femmes sont très impliquées à tous les niveaux dans la société, elles sont inscrites dans un mouvement progressiste qui les conduit dans des positions favorables au développement. La femme montréalaise sait prendre sa place et on ne peut le nier. L : Parlez-nous maintenant de vous…Pourquoi vous croyez qu’on vous a choisi parmi plusieurs femmes? ML : Ma candidature a été proposée sans que je sois au courant. Je suis une femme très impliquée dans ma communauté et je m’intéresse de près à tout ce qui peut provoquer un changement, une évolution dans le sens du progrès. Je suis très confiante en l’avenir et consciente aussi que chaque petite pierre portée à l’édifice a son importance! J’interviens avec la conscience que ce que je fais doit avoir un résultat sur la communauté. Je pense que c’est ce qui m’a permis d’être parmi ces 1000 femmes. L : Quelle est votre implication sociale? Vous êtes collaboratrice de la Télé Frontenac et impliquée à plusieurs projets, parlez-nous de plus importants. ML : Avant tout je m’engage dans des projets qui m'interpellent et dont je peux relever les défis. Je suis présidente du conseil d'administration du Centre d'action et d'éducation des Femmes de Montréal. Dans la communauté éthno-culturelle que je représente, il y a encore trop de femmes qui restent isolées en se refermant vis-à-vis de la société. Je veux que ça change. Actuellement je me prépare à faire participer un grand nombre d'enfants de Sainte-Marie dans un projet commun. Il s'agit de construire deux personnages en grandeur nature à partir d'objets recyclés et de les faire circuler à la rentrée prochaine dans les écoles en organisant des ateliers de créativité. C'est une manière de leur faire réaliser que la créativité par l'art est à leur portée et non réservée à une élite. Je vais participer à deux créations théâtrales de metteurs en scène québécois à partir de cet automne, puisque j’ai également une formation de comédienne et de mime. L : Qu’est-ce qu’ils pensent vos enfants? Ils doivent être fiers de vous? ML : Mes filles sont très conscientes de mon implication. Elles participent dans certains projets et apprennent également à s’investir. D’ailleurs, l’une de mes filles participe avec son groupe de musique au Festival de Jazz cet été. En tant que mère, je donne l’exemple qu’il faut prendra sa place et connaître le mieux possible notre environnement social. De ce fait, elles ont une vision globale de la vie et je crois qu’elles sont très heureuses et très fières de cela. L : Est-ce que vous voulez-ajouter quelque chose d’autre pour nos lectrices et nos lecteurs? L : Merci Mme Rozas, je vous félicite pour votre dynamisme et votre implication dans la société! ML : Je vous remercie et à Terra Nova également! Photo de : Marie-Laure Rozas avec sa fille et l’artiste photographe Pierre Maraval
Quand on vit pour faire vivre la musique! Interview avec la violoniste Mira Glodeanu et le claveciniste Frédérick Haas Par Iulia-Anamaria Salagor Dans le cadre du Festival de musique baroque, tenu cette année à Montréal entre le 22 et le 25 juin, j’ai rencontré pour la première fois les musiciens Mira Glodeanu et Frédérick Haas : je suis restée un jour entier avec eux. Le matin du samedi 23 juin, j’ai assisté aux ateliers d’interprétation de clavecin et de violon baroque au Château Ramezay. Plusieurs étudiants ont eu le privilège de recevoir les conseils des deux maîtres. M. Haas m’a avoué, en ajoutant une bonne dose d’humour, qu’il faudrait avoir des cours de maître pendant plusieurs jours pour chaque étudiant, pas seulement 25 minutes. Dans l’après — midi, on s’est déplacé à la chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours pour les répétitions du concert « JOIE, DOULEUR ET GLOIRE », concert qui a réuni sur l’affiche les artistes de l’ensemble belge Ausonia et les violonistes David Monti et Olivier Brault. La soirée a été vraiment inoubliable pour les mélomanes qui ont assisté au concert, conçu par Susie Napper, directrice artistique du festival, comme un voyage en mots, sons et images dans la vie de Jésus. Sur les accords d’une musique savante et libre à la fois, Biber évoque les 15 mystères du Rosaire en autant de sonates pour violon. Pour de subtiles différences sonores, l’instrument change d’accord de l’un à l’autre, selon le principe de la « scordatura ». Les vitraux de la chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours, qui illustrent ces mystères, ont été illuminés à tour de rôle pour illustrer la musique, et de courts fragments bibliques ont été lus avant chaque sonate. Après le concert, j’ai dîné avec les artistes au « Le Café À Propos ». Tout nouvellement rénové, Le Café À Propos était le lieu de rassemblement des festivaliers et l'endroit idéal pour écouter les jeunes musiciens de la relève. Entre les répétitions et le concert, les deux membres de l’ensemble Ausonia ont eu l’amabilité d’échanger avec moi leurs impressions sur cette première visite à Montréal, leur façon de voir la musique ancienne, ainsi que leurs projets d’avenir. Ensemble depuis 13 ans, Mira Glodeanu et Frédérick Haas se sont rencontrés lors d’un des mastères classes en France.
I.-A.S: D’où vient votre passion pour la musique baroque? F.H : On écoutait beaucoup de musique à la maison, de la musique baroque je peux dire...Quand j’ai eu sept ans, j’ai entendu pour la première fois le clavecin, et je l’ai tellement aimé que j’ai commencé à l’écouter très fréquemment. M.G. Pour moi, tout cela est venu plus tard. C’était en 1990, en février, à Bucarest, après la Révolution. J’ai vu une affiche devant la salle de l’Athenaeum : « Marc-Antoine Charpentier Les Arts Florissants ». J’ai trouvé ça très joli comme nom et j’ai pensé que c’était une exposition de peinture. Je suis entrée et, en fait, c’était le nom d’un ensemble de musique baroque française, qui venait avec les costumes d’époque, avec les perruques, avec les instruments anciens, pour jouer à Bucarest. À ce moment-là, en Roumanie, tout le monde était bouleversé, il faisait froid, ce n’était pas l’atmosphère propice pour aller au concert. On n’était pas beaucoup dans la salle et moi, je me sentais comme une dilettante, même si à l’époque j’étais étudiante au Conservatoire. J’ai passé une heure et demie en me demandant comment c’ était possible de ne rien savoir sur cette musique. En sortant de la salle, j’ai rencontré un collègue qui était, comme moi, bien impressionné, mais sans aucune connaissance sur le sujet. Après quelque mois, il a réussi à pirater un poste de radio allemand et j’ai écouté « Les saisons » de Vivaldi jouées sur des instruments anciens, une interprétation qui m’a émerveillée. Après ça, tout s’est déroulé très vite. I.-A.S. Vous, Madame Glodeanu, participez depuis 1993 à la formation d’un groupe de recherche et d’interprétation de musique ancienne à Bucarest. Pourriez-vous nous en donner plus de détails? M.G. Je n’ai pas été seule à ce concert-là, mais avec Dana Racoveanu, qui était étudiante en orgue à Bucarest. Nous avons corrompu aussi d’autres collègues -une amie violoniste et d’autres chanteurs - et nous avons commencé à donner des concerts à l’Église Luthérienne où il y avait le seul clavecin à Bucarest, un clavecin construit par le pasteur. Tous les dimanches nous allions à la messe et nous avons commencé avec de petits airs de Haendel et Bach et puis … F. H. Comme dans la tradition allemande, il y a de la musique qui accompagne le service religieux... M.G. Il n’y avait pas autant de livres sur l’interprétation ancienne, donc on ne savait pas très bien comment s’y prendre. En conséquence, nous avons commencé à faire des recherches par nous-mêmes. Pendant l’été, nous avons participé aux mastères classes d’où nous sommes revenus avec des enregistrements. Après ça, nous travaillions avec les collègues toute l’année en attendant de partir de nouveau l’été prochain. I.-A.S : Vous avez enregistré les sonates pour violon de François Francoeur en première mondiale avec Ausonia. Comment avez-vous connu l’œuvre de Francoeur? M.G : C’était au Conservatoire à Bruxelles… et sur une photocopie, dans un petit coin, il y avait marqué Francoeur, nous ne le connaissions pas, mais nous l’avons trouvé tellement beau. Nous sommes allés chercher le reste du livre, vu que ce n’était pas publié. I.-A.S : Est-il toujours difficile de trouver des livres de musique baroque? F.H. : Ce n’est qu’une petite partie qui est publiée, le reste c’est difficile à trouver. Les manuscrits sont assez rares, par exemple pour Francoeur il n’y a que 3-4 exemplaires dans toute l`Europe. M.G. : Au mastère classe qu’on a donné ce matin, une des étudiantes est venue avec un exemplaire d’une sonate de Francoeur. J’ai compris qu’il existe un exemplaire ici même, à l`Université McGill. Impressionnant! C’est vraiment rare! C’est magnifique! F.H : Comme répertoire pour la musique française, c`est touchant. Il y a dans la musique du Francoeur une charge émotionnelle, c’est une œuvre majeure pour le violon. I.-A.S. Est-ce qu’il faut avoir une sensibilité spéciale pour jouer cette musique? F.H. La forme dans la musique baroque est assez flexible et les notations sont assez simples. Il faut toujours construire dans la musique, comme un compositeur, ce qui fait les grands interprètes. Par exemple, on peut bien jouer la musique romantique en suivant juste la forme, mais ce n’est pas toujours une grande interprétation. Seulement les grands interprètes arrivent à réinventer la forme. Dans la musique baroque, nous sommes obligés de mettre ce stade-là presque dès le début, ce qui rend la recherche et le travail de cette musique passionnants. On est plutôt créatifs dans la musique baroque. Ça, c’est une raison pour laquelle elle a suscité beaucoup d’intérêt dernièrement. I.-A.S : Est-ce qu’il faut être un initié pour écouter et comprendre la musique baroque? M.G. : En ce qui concerner le public, je pense que le fait d’utiliser des sons et non pas des mots rend le message plus facile à passer : quant à l’interprète, pour pouvoir vraiment aller au fond du message, il doit bien connaître les règles. Pour le public, le musicien est comme un traducteur, et s’il se trompe, le public peut recevoir quelque chose qui peut le toucher, mais pas à la même hauteur que si le message était parfaitement traduit. C’est comme quand on lit un livre : si la traduction s’éloigne de l’original, le lecteur le sent. F.H. : Si l’interprétation est faible, l’auditeur va toujours s’efforcer de comprendre le message, cela en supposant que l’auditeur est déjà initié. Si l’interprétation est suffisamment forte, l’auditeur peut toucher sa richesse d’une manière instinctive. C’est ça le rôle de l’interprète : faire vivre la musique. I.-A.S : Est-ce qu’il y a beaucoup de personnes qui s’intéressent à la musique baroque aujourd’hui, en Roumanie par exemple? M.G. : Oui, je pense qu’il y en a de plus en plus. Dana Racoveanu et Fernanda Romila enseignent l’orgue et le clavecin au Conservatoire de Bucarest, donc il y a des étudiants dans ce domaine. Au mois du juillet, on va participer au Festival de musique ancienne à Sibiu, devenue cette année capitale culturelle européenne. Il y a aussi un minifestival de musique ancienne à Bucarest, au mois de novembre prochain, où on va participer avec l’ensemble Ausonia. Ça m’a fait très chaud au cœur, de pouvoir rentrer en Roumanie pour jouer de la musique baroque.
I.-A.S. : Vous êtes maintenant, tous les deux, enseignants au Conservatoire Royal de Bruxelles…Pourquoi avez-vous choisi la Belgique? M.G. : On habite près de Namur, en Belgique, et on a fait nos études aux Pays-Bas et en Belgique. Mais nous avons des étudiants qui sont venus de partout : des Italiens, des Flamands, des Wallons, des Polonais, des Français, même un Cubain et une Coréenne pour cette année universitaire. F.H. : La musique baroque est un domaine assez spécialisé et c’est important d’avoir un échange culturel international. I.-A.S. : Je vous remercie beaucoup pour votre temps et je vous souhaite, encore une fois, la bienvenue à Montréal! M.G. et F.H : Merci beaucoup.
Pour mieux les connaître, je vous invite à consulter les sites Internet : Née en 1972 à Bucarest, Mira Glodeanu est formée à l’école roumaine de violon par les maîtres Nicolae Bilciurescu, Modest Iftinchi, ainsi que les violonistes du Quatuor Voces. Elle obtient le diplôme de soliste de l’Académie de Musique de Bucarest avec les plus hautes distinctions. Elle s’intéresse très tôt à la musique ancienne et, dès 1993, participe à Bucarest à la formation d’un groupe de recherche et d’interprétation. Elle rencontre alors les représentants marquants de différents courants : Jordi Savall, Manfredo Kraemer, et Sigiswald Kuijken auprès de qui elle vient étudier au Koninklijk Conservatorium de Bruxelles, et obtient un degré de maître en violon baroque. Mira Glodeanu s’est produite comme soliste dans toute l’Europe, au Canada, en Chine, au Japon et en Amérique Latine, avec de nombreux ensembles de chambre et orchestres baroques : La Petite Bande, Les Arts Florissants, La Fenice, Il Seminario Musicale, Il Gardellino, Arpeggiata, Le Poème harmonique... Elle est régulièrement concertmeister de l’orchestre du Collegium Vocale de Gand, l’orchestre baroque les Agrémens (Namur), Al Ayre Espagnol (Zaragoza). Elle a enregistré plus d’une trentaine de disques avec Philippe Herreweghe, Gérard Lesne, Véronique Gens, William Christie, Christophe Rousset, Sigiswald Kuijken… Mira Glodeanu est professeur de violon baroque au Conservatoire royal de Bruxelles, ainsi qu’en mastère classes en France (Sablé), Espagne, Roumanie, Angleterre. Elle est professeure invitée à l’Université de Salamanque. Elle joue un violon fait par Nicolas-Augustin Chappuy à Paris en 1748, conservé avec son manche et son réglage intérieur d’origine, et un rare violon de Marcin Groblicz, Cracovie, 1604. Frédérick Haas est né en 1969. Passionné dès l’enfance par le clavecin, il en commence la pratique à l’âge de douze ans, après des débuts classiques de clavier. Il étudie auprès de plusieurs professeurs, et reçoit des diplômes de soliste au Sweelinck Conservatorium d’Amsterdam et au Conservatoire Royal de Bruxelles, ainsi qu’une licence de musicologie à la Sorbonne. Il se forme aussi lors de mastères classes pendant lesquelles il recueille les conseils de nombreux maîtres. Ceux dont il recevra l’inspiration la plus marquante sont Scott Ross, Jos Van Immerseel, André Issoire (à l’orgue), Jordi Savall. Fréquentant assidûment les ateliers de facteurs, il apprend, à travers l’art de l’accord et des réglages, à exploiter tout le potentiel sonore du clavecin. Il entre très tôt en contact avec des instruments originaux comptant parmi les plus beaux, et est reçu par des collectionneurs chez lesquels il fera des séjours réguliers. Cette source fondamentale d’inspiration lui a permis de développer un idéal sonore très riche et d’apporter une contribution décisive à la redécouverte des possibilités expressives du clavecin. Frédérick Haas a participé aux concerts et enregistrements de plusieurs ensembles de musique ancienne (notamment : Cantates de J.S. Bach avec Andreas Scholl et Philippe Herreweghe). Il se produit dans toute l’Europe, en soliste, avec Mira Glodeanu, ou à la tête de l’ensemble Ausonia (Festival d’Ambronay, Festival baroque de Pontoise, Société Philharmonique de Bruxelles, Concertgebouw d’Amsterdam, Académies Musicales de Saintes, festival de Cordes, Castello Sforzesco di Milano, Château d’Assas, Festival Bach de Bucarest, Concerts parisiens, Printemps des Arts de Nantes, Festival Brezice Ljubljana, International early music Festival Saint Petersbourg...) Il a enregistré pour les éditions Calliope un disque consacré aux Suites de J. H. d’Anglebert : « Peut-on imaginer plus vibrant accord entre l’œuvre et l’interprète ? Pas une seconde d’ennui ou de monotonie à l’écoute de ce disque qui est une incontestable réussite. » (Diapason), une intégrale de l’oeuvre pour clavecin de J. Ph. Rameau : « Haas, whose complete Rameau is a spectacular achievement » (Gramophone), des Suites Anglaises de J. S. Bach : « Bach nous apparaît épuré, facile, sans contrainte et tellement réinventé! » (Classica), et un programme de 21 sonates de D. Scarlatti. « Une fois de plus, Frédérick Haas apporte un éclairage essentiel au répertoire qu’il touche, et nous livre un disque fascinant, aussi mûrement pensé qu’imaginatif. » (Piano Magazine), « This is a stunning recording.» (Gramophone), « Fulgurance, souplesse et carrure, voici les trois mots qui caractérisent cette interprétation haut de gamme! » (Répertoire). Frédérick Haas est professeur de clavecin au Conservatoire Royal de Bruxelles. Il enseigne régulièrement en mastère classes : en Allemagne, Italie, France, Angleterre, Belgique ou Roumanie. Photos : Iulia-Anamaria Salagor
Interview avec Cezar Brumeanu La découverte du Festival international de reggae de Montréal Par Otilia Tunaru J'ai eu un coup de cœur quand j’ai lu dans un communiqué de presse : « Le Festival international de reggae de Montréal est une organisation sans but lucratif qui vise à accroître la sensibilisation au puissant message d’union diffusé par la musique et la culture reggae ainsi qu’à offrir une excellente visibilité aux artistes. Il permet également de développer l’art reggae sur le plan national ainsi qu’à encourager les gens à mieux comprendre et mieux apprécier l’unicité de notre société multiculturelle. » Et je lis dans un interview la déclaration du porte-parole de la quatrième édition de cette année, l’animateur Sébastien « Tchata » : « J’aime toutes les musiques, mais le reggae m’a toujours interpellé au niveau du son… et des paroles. » Incitée par la découverte de ce genre de musique, j’ai voulu connaître plus sur l’envergure du festival et sur sa programmation. Et j’ai appris que dans le Vieux Port de Montréal, pendant la période 13-15 juillet, une foule de spectacles et d’activités se sont poursuivis. Je suis allée plus loin et j’ai voulu connaître le producteur et le directeur exécutif qui a mis sur pied le premier Festival international de reggae ici, à Montréal. Art universel, la musique possède bien des vertus... Cezar Brumeanu m’a donné rendez-vous dans son café situé au 1693 Saint Denis. Il n’a rien de ce que je m’imaginais sur un producteur, la veille de l’événement qu’il organise. Premièrement, j’ai été agréablement surprise de voir qu’il fait partie de la nouvelle génération. Cezar est un jeune homme de 29 ans à regard serein et bleuté; rien de pressé dans son attitude. Son cellulaire sonne à plusieurs reprises; il réponde parfois, il garde l’air détaché dans toutes ses conversations et il revient à mes questions poliment. Il n’est pas le genre qui s’éclate; pourtant, quand il parle du festival, son regard devient plus intense. Il est un passionné équilibré, qui aime structurer et planifier. Ses idées s’enchaînent logiquement. Comme il avait organisé depuis l’âge de 16 ans des tournées sportives, des fêtes et différents spectacles, Cezar est allé plus loin dans le domaine de la production et de la direction artistique. Il a mis sur pied sa compagne Cezar Brumeanu Productions et il a conçu un festival aux multiples facettes. Le Festival international de reggae de Montréal se distingue aussi bien par l’universalité de ses thèmes que par les styles musicaux qu'il mêle avec finesse et aisance depuis sa première édition. Quatre-vingt-dix pour cent de la programmation met en valeur la musique et la culture reggae, mais il fait place également au métissage culturel urbain qui mixe des ambiances soul, pop, hip-hop, funk, R&B. C’est un festival riche en sonorités différentes, car il y a une multitude de styles de reggae. Il commence a m’énumérer : lover’s rock, dancehall rooth culture, le mento, le ska, soul reggae, roots… et la liste este longue. Chaque variété de reggae a son histoire, son spécifique, ses revendications sociales ou spirituelles, car reggae ne représente pas seulement une musique, reggae englobe une philosophie de vie à plusieurs courantes. Comment c’était au début, il y a quatre ans ? Cezar m’explique qu’il voulait faire un festival urbain de musique rap, reggae, R&B, soul, jazz, tout ensemble. Puis, après de longues discussions avec son voisin jamaïcain et avec l’appui d’un investisseur, il a décidé de focaliser son énergie sur un seul genre : le reggae. De plus, c’était sa musique préférée. Pourquoi? Cezar me raconte amusé une anecdote : quand il est venu de Roumanie au Canada en 1986, dans le quartier où il habitait, ses amis Jamaïcains écoutaient seulement du reggae. Donc, l’enfant de huit ans a cru longtemps que le reggae était la musique populaire de Canada. Et il a commencé à aimer le reggae et à le comprendre, car c’était la musique des enfants des bidonvilles jamaïcaines défavorisés de partout dans le monde. Bob Marley, la légende vivante du reggae Chaque année, le Festival de reggae de Montréal rend hommage à Bob Marley, l’un des artistes reggae les plus représentatifs. S’il était en vie, il aurait eu 62 ans. Donc il est fêté, comme s’il était en vie. En fait, il vit dans la vibration de ses chansons et dans l’esprit des plusieurs générations qui se retrouvent dans les paroles de ses textes. Dans le Vieux Port, il y a eu une tente Bob Marley où les gens se sont procurés des CD avec sa musique, des vidéos avec ses concerts privés qui ne sont pas connus au public, des livres sur son oeuvre et sur sa vie. Kymani Marley, son fils qui marche dans le sillage de son père, a donné un spectacle gratuit. Bob Marley représente la première star du tiers-monde, et il est le chantre d'une nouvelle mode : le reggae. La musique reggae, atemporelle et universelle Qui est le public ciblé ? « Tout le monde, de toutes les âges! » –me répond Cezar Brumenu d’un ton convaincu. Il me dit que plusieurs spectacles d’une très bonne qualité sont gratuits, pour que tout le monde puisse écouter et connaitre des artistes internationaux. La programmation est spécialement conçue pour toucher à toutes les catégories d’âge. Les plus vieux ont l’occasion d’écouter des légendes du reggae (Black Uhuru -le premier groupe reggae qui a gagné un prix Grammy World et qui s’est réuni spécialement pour venir à ce festival-, Admiral Bailey, Dean Fraser, Third World, Frankie Paul, Kirk Davis alias Little Kirk, Tony Rebel); les plus jeunes ont l’occasion de découvrir des groupes et des interprètes qui sont des étoiles montantes du reggae (Gipsian, I Wayne, Turbulences). De plus, une série d’activités en plein air sont spécialement conçues pour les petits: du maquillage (face painting), des ballons, des différentes jeux comme le baseball. À vrai dire, c’est un festival qui a tissé des liens entre l’Europe, le continent américain, les Caraïbes. Dans le décor du Vieux Port, le Festival international de reggae est devenu un événement touristique par excellence. L’une des activités spéciales de cette année a été la prestation acoustique de Luciano dans le cadre d’une croisière en bateau. L’artiste jamaïcain est reconnu sur le plan international par son intégrité artistique et par son style diversifié, un mélange éloquent et spirituel. ONE LOVE. United Against Violence. Freedom Le Festival International Reggae de Montréal et les jeunes membres de l'organisation à but non lucratif Leave Out ViolencE (LOVE) ont mis sur pied le projet ONE LOVE, comportant trois jours de spectacles gratuits. Sur la scène ONE LOVE, des adolescents et des enfants artistes ont fait leur show. Ce projet a eu comme but d’encourager les jeunes talents prometteurs de la scène reggae. Le producteur Cezar Brumeanu m’explique qu’ONE LOVE représente un thème de prédilection de la musique reggae. Les paroles des chansons sont souvent percutantes, le message est positif et progressiste. Par exemple le message "Unis contre la violence" ("United Against Violence.") revient souvent, tout comme "One love" ou "Freedom". L’édition de cet an a repris le thème de l'an dernier - "Unis contre la violence"-, parce que c’est un message d’unité omniprésent dernièrement dans la culture reggae. Pour populariser la musique et la culture reggae, dans la tradition des bouquinistes qui vendent leurs livres sur le quai de Vieux Port, le public a visité pendant le festival des stands avec des céderons, des livres sur la musique reggae et des livres spirituelles. Le jeune producteur souligne : il s’agit des livres qui concernent tous les gens, peu importe leur religion, car les livres qui parlent de spiritualité ne font pas de la discrimination. Le festival international de reggae de Montréal en perspective L'optimisme règne avec Cezar Brumeanu, puisque les billets pour les spectacles et pour la croisière (800 places), ont été presque tous vendus. À chaque nouvelle édition, le producteur chevronné se demande comment s'adapter encore plus aux demandes du public. La première édition a débuté avec une scène; la quatrième édition, celle qui vient de se terminer, a mis à la disposition du public trois scènes et une programmation très variée, dont nombreuses activités en plein air gratuites. Comment voit-il les prochaines années ? L’un des buts de la prochaine édition sera d’enrichir la programmation avec des artistes africains et des interprètes de reggae populaires en Europe (plus spécifiquement d’Allemagne, de la Grande Bretagne, d’Italie et de la France). Le regard en perspective s’est tourné également vers son pays d’origine. Cezar me dévoile qu’en automne il partira en Roumanie où il veut organiser le festival de reggae, au bord de la Mer Noire. Le potentiel touristique et la richesse culturelle de la Roumanie seront donc mis en valeur par la compagnie Cezar Brumenau Productions. Quel est le secret du succès d’un festival? « Une bonne équipe. –me répond tout court Cezar. Pour ce projet, nous sommes à la base la même équipe de 15 personnes. Je travaille avec eux depuis mes 16 ans. Pendant le festival notre équipe s’élargit jusqu'à 200-250 personnes, si on inclut les bénévoles, les techniciens, etc. » Saveur de « mici » et de reggae dans le Quartier des Spectacles à Montréal Pour l’an prochain il est déjà prévu d’avoir la quatrième scène du festival de reggae sur la rue Saint Denis. Et bien sûr, ça sera gratuit, car le but principal est de rendre plus populaire ce phénomène musical et ses messages humanistes. Fraîchement propriétaire de l’immeuble situé au 1693 Saint Denis, Cezar Brumenau me parle de son projet d’aménager la terrasse en arrière pour faire un endroit tranquille, où les clients pourront déguster les fameux « mici » avec de la bière. Ce plat national par excellence donnait du piquant aux fêtes populaires roumaines et maintenant, voilà, il sera mis en vedette sur la terrasse d’un café en plein Quartier des Spectacles à Montréal. La diversité culinaire fait partie de la diversité culturelle, et le jeune investisseur d’origine roumaine élargit sur tous les plans son projet qui s’adresse « à tout le monde », comme il le disait. « La musique peut rendre les hommes libres » - Bob Marley La quatrième édition du Festival international de reggae a tiré sa révérence dans le Vieux Port de Montréal. Encore cette année, le succès et l’atmosphère incendiaire ont couronné le travail de l’équipe et de son réalisateur Cezar Brumenau. L’entretien avec le jeune producteur m’a fait comprendre pourquoi le rayonnement international de la culture reggae est aussi saisissant. C’est une musique qui s’est élaborée à travers des multiples influences multiculturelles et qui est devenue une porte-voix des idéaux humanistiques. Cezar lui-même a connu une enfance bouleversée par des changements de pays, d’écoles, de villes, de langues; des événements dramatiques ont marqué son parcours. Entre les études et le travail, il a investi continuellement son énergie dans le domaine du marketing des spectacles. Il a connu des moments difficiles, quand tout son argent s’est fondu dans ses projets. L’apprentissage a été dur et son acharnement s’est endurci. Son penchant pour la musique s’est transformé progressivement dans une carrière vouée à la mise en œuvre des événements artistiques. Je vous invite d’apprendre plus sur l’expérience de vie de jeune producteur Cezar Brumeanu, en consultant sa biographie qui commence comme une histoire insolite : Cezar né Valerius Brumeanu, 1er février 1978, Bucarest, Roumanie ; avec l'aide de la croix rouge internationale, de l'immigration Canada, de l'Air Canada, et de l'association roumaine du Canada, et de quelques autres organismes, Cezar s'est sauvé au Canada en 1986… Lisez sa biographie sur :
« Scriitorii romani tradusi in strainatate au cel mai adesea succes de critica, nu exista inca un adevarat best-seller » - afirma scriitorul Dan Lungu, dupa ce a cunsocut succesul in Europa Par Cerasela Nistor Raiul gainilor, romanul de debut al scriitorului Dan Lungu, una dintre cele sapte carti cu care a debutat proiectul „Voteaza literatura tinara!”, a fost publicat, de curind, in germana la editura austriaca Residenz Verlag. » Urmeaza « Baieti de gasca », un volum de proza scurta. In 2005, « Raiul gainilor » , tradus in franceza si publicat de Jacqueline Chambon, a stat vreme de citeva saptamini in topul celor mai bine vindute carti ale editurii. In 2007, romanul va mai fi editat in Slovenia, la Editura Apokalipsa. Dan Lungu (n. 1969). este conferentiar la Catedra de Sociologie a Universitatii „Al.I. Cuza”, Iasi. Face studii postdoctorale la Sorbona. Redactor la revista Au Sud de l’Est. In 1996, initiaza grupul literar Club 8. Intre 2001 si 2002 a fost redactor-sef al revistei de cultura Timpul. A publicat : Muchii (versuri, 1996), Cheta la flegma (proza scurta, 1999), Constructia identitatii intr-o societate totalitara. O cercetare sociologica asupra scriitorilor (2003), Povestirile vietii. Teorie si documente (2003), Proza cu amanuntul (proza scurta, 2003), Nunta la parter (teatru, 2003). I se monteaza piesele: Cu cutitul la os (Green Hours, Teatrul Luni, regia - Bogdan Tudor, 2002) si Nunta la parter (spectacol-lectura la Teatrul Odeon, regia - Peter Kerek, 2003; spectacol-lectura la Teatrul Luceafarul, Iasi, 2006 in cadrul proiectului DramatIS). Pentru activitatea literara primeste o serie de premii in tara si strainatate. In 2005, este tradus in franceza cu romanul Le paradis des poules, Editions Jacqueline Chambon. Este tradus cu proza scurta in italiana, germana, franceza, engleza, maghiara. La Editura Polirom a publicat: Raiul gainilor (Fals roman de zvonuri si mistere (2004), Baieti de gasca (proza scurta, 2005) si Sint o baba comunista! (2007). 1. Cum se simte scriitorul Dan Lungu dupa aceasta perioada de veritabil succes? Esti mai motivat sa scrii, dupa ce cartile tale au fost «best-seller »? Nu ma gandesc ca la un succes, ci o iau ca pe o intrare in ceea ce in alte tari inseamna normalitate. Cred ca e normal sa scrii, sa fii publicat in editii frumos ingrijite, sa fii tradus in strainatate, cartile sa se vanda, sa castigi bani din ceea ce faci… Anormal era ceea ce se intampla pana nu demult pe piata culturala romaneasca, cu volume publicate in tiraje confidentiale si conditii meschine, cand editorul «scotea » mai mult de mila un scriitor, mai ales daca acesta din urma era roman si mai avea ghinionul sa fie tanar si in viata. Sunt convins ca incetul cu incetul traducerea intr-una sau mai multe limbi straine a unei carti proaspat aparute va deveni un fapt curent in Romania, iar Poliromul este deschizator de drumuri in aceasta privinta. Cu motivatia de a scrie nu am avut probleme niciodata. Poate pe la mijlocul anilor ’90 am trait sentimentul unei anumite inutilitati… dar aparitia Clubului 8 m-a salvat. Problema e mai degraba timpul. N-am timp pe masura motivatiei. 2. De ce crezi, Dane, ca place francezilor (europenilor) tema aceasta a comunismului, dezbatuta neincetat? Regimurile totalitare au apus demult, cum iti explici inca interesul pentru ceea ce s-a petrecut in « Imperiul rosu »? Se descopera acum si « partea buna » a lucrurilor, sa zicem…? Eu personal nu cred ca a fost o « parte buna » ; sau, daca a fost una, ea a fost in pofida sistemului. Desigur, stanga europeana poate cauta mereu acea « parte buna »… Apoi cred ca douzeci de ani nu e asa mult, abia ne revenim de pe urma dictaturii… nu cred ca inca stim ce a fost cu comunismul in Estul Europei, nu realizam adevaratele proportii ale dezastrului. Altfel spus, discutiile sunt abia la inceput. De curand, exista si un interes practic : tarile din fostul lagar comunist au intrat una cate una in Uniunea Eurpeana. Ei bine, fiind proaspat colocatari ai acestei Uniuni, toata lumea e interesata sa stie cine sunt, care e trecutul lor, ce mentalitate si valori impartasesc, cum se raporteaza la munca, sanatate, bani etc. In acest context, cunoasterea trecutului totalitar este indispensabila. Multe din comportamentele lor actuale sunt inradacinate in acest trecut. Pentru a deveni inteligibile si previzibile, aceste comportamente trebuie studiate in istoria lor. 3. S-a modificat viziunea scriitorilor romani dupa 1990? Dupa optzecisti, nouzecisti si douamiisti, crezi ca putem vorbi de un nou val de scriitori de succes? Ma refer aici la cei care au fost cu tine, anul trecut, in programul « Les Belles étrangères » Cartarescu era tradus demult, insa prezenta voastra e din ce in ce mai simtita in Europa, e adevarat? Asta e o observatie foarte interesanta ; intr-adevar, de cativa ani se vorbeste tot mai putin despre generatii… Dupa ce « generatia » a fost un instrument de control al spatiului literar in perioada comunista si unul de distinctie in anii de dupa revolutie, acum intra intr-un con de umbra. Profesionalizarea pietei duce la valorizarea individualitatilor. « Les Belles étrangères » a fost un proiect de succes, cel putin pentru patrunderea scriitorilor romani in Franta. El a fost bine completat de subventiile pe care le da Institutul Cultural Roman pentru traduceri. Tot mai multi tineri scriitori sunt tradusi in strainatate si cred ca e pe cale sa se nasca o « generatie » fara complexe. Cecilia Stefanescu, Florina Ilis, Florin Lazarescu, Filip Florian, Cezar Paul Badescu, Lucian Dan Teodorovici sunt nume care incep sa circule… Scriitorii romani tradusi in strainatate au cel mai adesea succes de critica, nu exista inca un adevarat best-seller. Din cate stiu eu, nu avem un scriitor roman care sa se fi vandut intr-un milion de exemplare sau in doua sute de mii, si nici macar in cincizeci de mii de exemplare… Abia atunci literatura romana ar ajunge la publicul larg…s-ar face cu adevarat simtita. 4. S-a mai modificat statutul scriitorului in Romania? Ori doar initiativele private sint si cele de succes? Uniunea Scriitorilor, Asociatiile de scriitori, cluburile, cenaclurile mai au succes sau unele dintre ele au devenit istorie? In lumea literara/culturala romaneasca se produc transformari radicale ; ce este acum nu mai seamana cu ce era acum zece ani. Cenaclurile (in forma lor traditionala) sunt pe cale de disparitie si nici cluburile nu se simt prea bine… Chiar pe varianta on-line, cum e Club Literar, o initiativa excelenta, pare sa amorteasca in ultima vreme. Au proliferat, in schimb, cenacluri in spatiul virtual si forumuri literare mediocre. Socialmente ele sunt utile, insa estetic vorbind… Asociatiile de scriitori si Uniunea sunt in chinurile transformarii. Statulul scriitorului, dupa ce a fost in cadere libera, da semne vagi de intremare. Rolul editurilor private a crescut enorm, ca si al diferitelor colectii. Pentru « literatura tanara » din Romania, colectia Ego.Proza, coordonata de Lucian Dan Teodorovici si numarand in prezent cincizeci de volume, este de referinta ; de aici sunt si cei mai multi autori « exportati » in ultima vreme. Presa culturala cauta noi formule de a se apropia de diferite segmente de public – « Suplimentul de cultura » si « Dilemateca » sunt inspirate in acest sens, si nu numai. Au aparut noi premii, relativ consistente financiar, dar care nu au influenta majora asupra vanzarilor de carte. In fine, lucrurile sunt amestecate… 5. Ce scrii acum? Ce alte proiecte se anunta? Acum lucrez la un roman. Am profitat de bursa obtinuta la Villa Marguerite Yourcenar pentru a ma arunca intr-un nou proiect. Deocamdata nu pot spune prea multe despre el…doar atat : nu va mai fi despre comunism. Simt nevoia sa ies putin din mediul toxic al trecutului recent. 6. Vrei sa transmiti ceva in particular cititorilor « Terranova » (care au avut deja ocazia sa te citeasca)? Mult succes si multumesc. I-as ruga pe cititorii revistei « Terranova » sa fie cu ochii pe literatura romana, unde se intampla lucruri interesante. Sunt convins ca, in curand, scriitorii tineri, asa cum au facut-o si regizorii tineri, le vor da ocazia, la serviciu sau pe strada, in Canada sau in alta parte, sa se laude cu ei si sa nu le fie rusine ca sunt romani. |
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