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| Magazine mensuel de dialogue culturel | Depuis 2001 • No 33 • Montréal • 15.05.2007 |
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Dan Lungu Les photographies de tante Eliza Traduit du roumain par Iulia Tudos-Codre Les patates habituelles grésillaient dans la poêle habituelle. Il s’affaissa sur la chaise comme si son cœur, ses poumons, ses reins et tous ses autres viscères étaient las, très las, et s’entraînaient à la grève générale. Mais il n’avait pas le droit de se plaindre, ni à qui se plaindre, pour l’instant. Une goutte d’huile éclaboussa le plan posé sur la table voisine. Il bondit de sa chaise, comme brûlé, éloigna le plan et chercha un couvercle. Comme il ne trouvait jamais rien dans cette maison qu’il habitait depuis des années, il fut très surpris lorsqu’il repéra le couvercle du premier coup d’œil. Il vivait avec sa tante habituelle, qui était justement « partie à une réunion de femmes de mon âge, eh oui, mon cher ! » « Et qu’est-ce que tu fais au juste avec ces femmes et ces hommes de ton âge ? » « Nous mangeons des gâteaux, buvons du café, écoutons de la musique et parlonse notre jeunesse communiste ; et c’est sans hommes. » ─ Une assemblée de mémères ! D’habitude, ces réunions lui tapaient sur les nerfs, mais aujourd’hui il était content que sa tante y aille ; elle allait peut-être apprendre des choses. Ça l’aurait vraiment étonné qu’elle lui ramène des nouvelles fraîches, pas seulement parce que tante Eliza était parfaite lorsqu’il s’agissait de négliger ce qui importait aux autres, mais aussi parce que ce matin-là, tout était allé de travers. Il s’était réveillé avec les poumons, les reins et tous ses boyaux pêle-mêle, avec des brûlures d’estomac et un sale goût de tabac dans la bouche. Lorsque l’eau froide avait touché ses dents, il avait eu très mal ; alors, il s’était superficiellement rincé la bouche, histoire de. A cause de tout ça il n’avait pas mangé avec grand enthousiasme, quant aux cris d’Eliza « tu fais encore du boucan avec les tasses et les assiettes », ils avaient réduit son appétit au minimum de survie. Tante Eliza dormait jusqu’à 9.30 alors que lui devait être à son travail à 9.00 pile. Cette demi-heure qu’il s’envoyait tous les matins comme un petit café, lui avait rendu la vie amère. Il avait essayé de convaincre son chef de décaler son programme d’une heure, mais « Que se passerait-il si tout le monde faisait comme toi ? » « Tout le monde n’a pas une tante comme la mienne !!! ». Il s’était néanmoins abstenu de dire cela, car le visage de son chef avait déjà pris une teinte « liqueur de griottes » (ni trop forte, ni trop légère). Ensuite, il était passé à l’attaque pour essayer de changer l’heure de réveil de sa tante. L’attaque avait commencé on ne peut plus subtilement : à neuf heures moins le quart, il était rentré dans sa chambre et s’était mis à l’appeler doucement : « Tante Eliza ! …Tante Eliza ! ». « Qu’est-ce que tu veux ? Je suis une vieille femme, laisse-moi dormir ! » « Je voulais te demander si tu avais besoin que je t’achète quelque chose en ville. » Il avait pensé que s’il procédait de la sorte tous les jours, il était impossible que sa tante n’attrape pas le réflexe de se réveiller. Mais après tout ce qu’il avait dû subir ce matin-là, victime de sa théorie pavlovienne, le lendemain il n’avait même pas osé tirer la chasse d’eau, il était sorti sur la pointe des pieds et s’était pointé au studio de télévision avant la femme de ménage. Ces derniers jours, il n’avait récolté que deux ou trois cris, qui avaient intensifié sa rage de dents et sérieusement ébranlé ses nerfs, déjà assez affaiblis par l’influence néfaste de son chef : un type devenu responsable du studio de la télévision locale du jour au lendemain, un vulgaire arriviste qui se prenait pour Berlusconi. « Un faux jeton », confia-il un jour à une collègue devant une bouteille de bière, « un homme nouveau légué par les communistes, une marmule qui a du lard à la place du cerveau, un monstre avorté par l’utérus rouge du KGB, un spectre de la médiocrité, hantant un peu moins que l’Europe ». A la fin de son discours, il était debout, bouteille à la main. La collègue l’avait applaudi sommairement sur les deux joues et s’en était allée. « Ce qui est sûr, c’est que Mariana n’a pas été une saloperie de communiste qui irait moucharder, tante Eliza ! », mais tante Eliza ne l’entendait plus, car son esprit voguait vers l’époque de sa jeunesse où les saloperies étaient les capitalistes, les bourgeois et les occidentaux. 1. Une femme jeune et relativement belle, près d’un gros bonhomme à moustache drue, au bord d’un champ de maïs en herbe. On voyait la moitié d’un IMS (Voiture tout terrain) et trois quarts d’une charrette. L’homme semblait sûr de lui et satisfait, il se retenait à peine de roter pendant la photo, même si la femme relativement jeune et relativement belle n’était pas du genre à s’en offusquer ; elle en aurait plutôt ri, comme d’une bonne blague. Comme lorsqu’un noble commet une grossièreté parce que c’est exotique, pour s’amuser. Les autres, hors cadre, aurait ri aussi, ni trop fort, ni trop doucement, comme s’ils avaient essayé d’apprendre à tâtons si leur rire satisfaisait le gros homme ; pour qu’au cas contraire ils puissent cesser brusquement, comme si cela n’avait été qu’un manquement grossier de leur part. 2. Une femme ni vraiment jeune, ni vraiment belle, coiffée d’une couronne d’épis et de fleurs. D’une main elle tenait sa couronne et gardait l’autre posée sur sa hanche. On aurait dit une amphore qui faisait un salut marin aux étendues lointaines. Derrière elle s’étalait les chaumes où s’attardait une moissonneuse pareille à un navire échoué. On apercevait aussi d’étroites tables en bois, alignées comme pour une fête patronale, des petits visages noirauds de paysans et une moitié de ronde. D’après la fumée qui arrivait d’un côté, on subodorait un grill avec des saucisses et des piles de caisses remplies de bière, couvertes de quelques morceaux de glace. A côté de la femme à couronne se tenait un homme malingre, aux cheveux blancs. Il la regardait admirativement et applaudissait au ralenti. Si par curiosité on avait retourné la photographie on aurait pu lire : Fête des Moissons, Vorona, 1972. 3. Une femme plutôt vieille et plutôt laide, assise derrière un pupitre, un registre devant elle. On l’avait surprise avec les mains jointes devant le nez, comme si elle priait. Eh bien, non ; en regardant les autres sujets de la photographie, on s’apercevait qu’ils étaient tous en train d’applaudir. La femme couvait des yeux un homme qui se tenait debout au milieu de la longue table où étaient assis d’autres hommes. Tout le monde applaudissait à l’exception de celui qui était debout et d’un portrait qui se trouvait sur le mur au-dessus de lui. Le bonhomme du tableau regardait ceux de la table et il avait l’air content. Même s’il savait que les autres allaient dire du mal de lui, il souriait comme un père qui voit tous ses enfants réunis pour Noël dans la maison familiale. Les trois femmes n’étaient en réalité qu’une seule : Tante Eliza. Et les trois hommes étaient les trois directeurs qu’elle avait servi avec dévouement à la Direction Agricole, pendant plus de trente-cinq ans. Il possédait un esprit rigoureux et mathématique et se rappelait par conséquent avec précision chaque détail des photos ; il avait une mémoire formidable, mais il perçut soudain une odeur de pommes de terre frites, trop frites même. Il bondit de nouveau et remua sa tambouille. Ses viscères flapies étaient également affamés en ce jour qui avait si mal commencé. Il se rappelait les moindres détails des trois photographies et lorsqu’il l’entendait dire : « J’ai tiré le joug toute ma vie » ; « Ma petite pension de retraite ! » ; « Un vaurien de journaliste ! » ; « Les injustices de l’histoire ! » ; « Tu vas voir ! » : « Ma maison et ma jeunesse ! », il avait envie de : 1. Dégonfler les roues de l’IMS et foutre son pied au cul du mafflu pour l’aider à faire son petit rot. 2. Jeter la couronne d’épis sous les pieds de ceux qui dansaient la ronde et crier à la femme ni vraiment jeune ni vraiment belle qu’elle se prenait en vain pour la déesse des blés, parce qu’elle était moche comme un pou et qu’il voyait comme un penchant pour la superstition dans son comportement – car, de nous jours, qui allait encore croire aux esprits et aux dieux censés donner un coup de pouce au développement agricole de la patrie ? – qu’elle n’avait pas compris le matérialisme dialectique dans toute sa profondeur et qu’elle risquait d’en subir les conséquences, elle et toute sa famille, s’il courait dénoncer ces pratiques magiques au siège départemental du parti ; il n’en ferait pourtant rien, car elle allait avoir un neveu qu’il lui faudrait envoyer à l’Université et ce neveu allait avoir besoin de tout sauf d’une origine malsaine ; donc, si elle devait remercier quelqu’un pour la fleur qu’il lui faisait en omettant de la balancer aux autorités, c’est ce futur neveu qu’il lui fallait remercier, lui assurer un toit gratis et partager équitablement avec lui sa pension substantielle, car autrement elle allait devoir moisir dans les prisons communistes jusqu’à la Révolution. Après ce speech qui l’aurait effrayée et aurait laissé tous les autres comme deux ronds de flan, il serait allé quelque part, hors cadre, chercher deux bouteilles de bière dans la pile de caisses, deux bouteilles prises juste sous la glace, pour rincer sa bouche sèche et rafraîchir son corps brûlant. 3. Prendre le registre et taper deux fois sur la tête de la femme plutôt veille et plutôt laide, ensuite attraper le tableau du père souriant et taper avec sur la tête de tous les hommes qui se trouvaient autour de cette longue table, jusqu’à le réduire en toutes petites échardes. « Car, vois-tu, marmonna-t-il avec éloquence, tous tes portraits ont été foulés aux pieds, mais il te reste encore ceux accrochés aux murs dans les photos et ça, ce n’est pas une moindre chose, mon vieux, je te prie de me croire ! » Ces trois vengeances imaginaires étaient censées lui apporter soulagement et bonne chance, c’est-à-dire, faire que son mal de dents cesse, qu’il arrive à apaiser ses entrailles percluses et affamées et qu’il trouve un sujet pour les jours à venir. Autrement, sa carrière à la télévision allait se terminer sans tarder. Un sujet ; il avait besoin d’un sujet. Hélas, les patates avaient fini de grésiller et à présent elles fumaient. Et lui, bien qu’il soit fumeur, ne supportait pas la fumée. Il éteignit le gaz et regarda le plan toujours étalé sur la table ; il n’avait même pas commencé ce qu’il s’était proposé de faire pendant que son déjeuner cuisait. Son chef ne retarderait l’affaire sous aucun prétexte, sa devise étant : « Pas de sujets, pas de boulot ! ». Qu’est-ce que son esprit rigoureux allait imaginer pour retrouver ce type ? Son chef se prétendait expert en phrases courtes et percutantes : « Si demain tu ne viens pas avec un sujet, quel qu’il soit, sache qu’avec touts les regrets du monde, moi je te fous à la porte aussi sec ! ». ou : « Mariana est belle comme une fleur ». Mariana était sa collègue, alors il lui avait demandé, intrigué : « Quelle Mariana, m’sieur le directeur ? ». « Mariana, ma nièce, pas une de ces grognasses avec qui tu perds ton temps au lieu de trouver un sujet ». Il se prétendait expert en syntagmes courts mais il était incapable de vous fournir un sujet. Un communiste sorti des chiottes de l’histoire, un lombric du parti, qui ne cherchait qu’à le jeter dehors, le réduire à l’état de pauvre aliéné, déraciné, anéanti, suspendu au cœur de l’incertitude. Saleté de directeur, saleté d’homme, saleté de patriote : les trois s qui concentraient sa révolte. Il mit ses frites dans une assiette et pensa prier avant le repas, comme il l’avait vu faire dans les films italiens et chez sa grand-mère de la vallée du Prut, mais l’idée ne suscita aucune résonance en lui. Tante Eliza ne supportait pas les pickles et il n’y avait pas de fromage ; il se contenta donc de peau de balle. Deux jours auparavant, une petite mamie l’avait attendu à la porte du studio. Il n’avait pas fait attention à elle jusqu’à ce qu’elle l’interpelle : « Hé, m’sieur, je suis venue pour le logement ! ». C’était une vieille sympathique, aux yeux pétillants. « Je suis venue pour le logement, parce que vous m’avez dit que vous m’en donneriez un. » « Qui, moi ? » « Oui, vous… je vous reconnais à votre petit bouc, ne me dites pas le contraire ». « Ben, mémé, quand est-ce que je vous ai dit que… ? » « La semaine dernière, quand vous m’avez fait passer à la télévision pour l’histoire des logements, même que les voisins y m’ont vue et se sont bien fichus de moi, y m’ont dit que la mort me cherchait par chez moi en tirant la langue et que moi je traînais à la télévision ! Mais moi aussi, j’ai répondu, ne croyez pas que je me suis laissé faire, je n’ai pas dit de mal de vous, ni de la télévision, je leur ai dit : où ça, chez moi, bonnes gens ? Je n’ai pas de chez moi ! Et quand la mort viendra, elle ne saura même pas où me trouver ». Il se souvint brusquement du jour où, l’ayant surpris en défaut de sujets, son communiste de chef l’avait menacé d’une mise à la porte. C’est alors que son esprit rigoureux l’avait dirigé vers la mairie à des fins de reniflage. Là, il avait trouvé un tas de gens qui attendaient dans un couloir percé de plusieurs portes que s’ouvre l’une d’entre elles et pas une autre. Ils voulaient tous des logements. « Faisons une émission sur les logements, pour sensibiliser l’opinion publique, pour éventer la mèche des magouilles et des injustices sociales ! », leur avait-il dit. Le vide s’était fait autour de lui ; chacun avait ramené plus près sacs et cabas. Ils en avaient déjà vu d’autres comme lui, qui d’un côté vous bassinaient avec la justice et de l’autre vous faisaient les poches. « Quand est-ce que vous me donnez ce logement, parce qu’à l’asile de vieux j’ai dit à tout le monde que je m’en allais ! » Ce jour-là, la vieille avait été la seule à s’avancer pour lui dire qu’elle voulait bien faire le truc avec la télévision s’il lui donnait un logement. « Mais, bien sûr, mémé, l’opinion publique sensibilisée va se révolter, il y aura des coups de fil à la mairie, les journaux en parleront et le maire n’aura plus d’autre choix que de vous donner un logement. Si vous venez à l’émission, c’est comme si vous aviez les clés en main ». L’émission s’était bien passée et depuis, la vieille l’attendait chaque matin à son travail. « Je serai là entre 9 heures et 10 heures, après ça je m’en vais ! », lui avait-elle dit. Heureusement qu’il avait été en retard. Ensuite ? La journée avait mal commencé et ça n’avait fait qu’empirer. Il avait remonté l’escalier en courant et manqué d’emboutir son directeur. Derrière lui, on maugréait des choses en rapport avec l’asile de vieux, les menteurs, la mort et les communistes répugnants. En évitant au dernier moment son directeur, qui était pressé lui aussi, il était rentré chez la secrétaire et avait téléphoné au portier. Il l’avait prié de dire à la vieille que les logements sociaux étaient distribués uniquement à la mairie, derrière l’une des portes qu’il y avait là-bas et rien que derrière cette porte-là. Arrivé à ce point dans ses souvenirs, il s’arrêta presque de mâcher. Il n’avait jamais eu l’intention de faire du mal à cette vieille. Il recommença à manger avec lassitude en cherchant du doigt un certain quartier sur le plan. Dans quel quartier les numéros de téléphone commençaient-ils par 2 ? Il chercha dans son agenda quelques numéros commençant par 2 et finit par repérer le coin. En cela, son esprit rigoureux l’avait beaucoup aidé. Mais, esprit rigoureux ou pas, il n’aurait rien pu faire si l’autre jour, au secrétariat, il ne s’était pas écroulé mollement dans un fauteuil. Car à ce moment-là, la secrétaire avait compati et lui avait demandé s’il voulait un café. Il lui avait dit oui et avait demandé la permission d’allumer une cigarette. Ensuite, pour accompagner le café et la cigarette, la secrétaire lui avait proposé un journal. Il avait eu honte de refuser et l’avait accepté en manifestant du plaisir, bien qu’il ne lise jamais les journaux, d’habitude. C’étaient donc ces petits gestes entre une secrétaire et un employé, ou plutôt entre une femme célibataire et un homme célibataire, qui lui avaient démontré le pouvoir de l’information. C’est à ce moment-là qu’il avait découvert l’annonce salvatrice, qu’il avait dégoté LE SUJET. L’information, c’est capital ! « Il n’y a qu’en lisant la presse qu’on peut produire de la presse ! », avait-t-il lancé à la secrétaire, qui avait été parfaitement d’accord avec lui, même si à ce moment-là elle avait du café plein la bouche. L’annonce disait ceci : « Jeune homme athlétique, vigoureux, analyses parfaites, cède organes. Prix convenable, garantis usage prolongé. Appelez le 2222222 ». C’était un sujet idéal pour un reportage. Mu par une énergie nouvelle, il avait bondi du fauteuil et s’était précipité dans le bureau du chef, en abandonnant son café à moitié bu et la secrétaire à moitié étonnée. Le directeur, qui venait de poser le combiné du téléphone, lui avait demandé ce qu’il désirait, peut-être demander des excuses pour son retard ? Il lui fit part du sujet et le chef réfléchit un instant : bien, jeune homme, ça pourrait donner un truc pas mal, au boulot ! Il était sorti, triomphant et plein d’espoir et, après avoir baguenaudé un peu en ville, il était rentré à la maison. Tante Eliza se préparait justement pour aller à sa réunion de mémères nostalgiques. Il lui avait raconté l’histoire et elle lui avait conseillé de passer un coup de fil avant. Tout à sa joie d’avoir trouvé un sujet, il n’avait pas pensé à ça. C’était la troisième fois de la journée que le téléphone sonnait et le jeune homme s’empressa de répondre. Le premier larron lui avait proposé une méthode moins décente de se faire de l’argent et avec le deuxième ça avait fini en queue de poisson. De ce troisième coup de fil il attendait quelque chose de plus. Une voix lui demanda si c’était bien lui le jeune athlétique qui cédait des organes. ─ Oui, répondit-il, rendu méfiant par la voix fluette et hésitante de l’inconnu. ─ Je voudrais vous en acheter aussi… je voudrais vous acheter quelque chose… si on pouvait se rencontrer…à un prix plus… En fait, je suis de la télé, voilà, vous pourriez vous faire un peu d’argent. Le jeune homme s’énerva. Ce n’était pas sérieux. ─ D’après votre voix pâlotte, je crois savoir de quels organes vous manquez, mais ceux-là, je ne les cède pas. Et allez au diable avec votre télévision ! Ainsi, cette journée qui avait mal commencé, après une courbe prometteuse, l’avait-elle précipité dans les abîmes du désespoir. Le sujet lui filait entre les doigts ; il aurait voulu le prier, l’implorer de lui accorder une entrevue, au moins pour discuter… Pouvoir lui raconter quel sale chef communiste il se payait… L’autre n’aurait sûrement pas résisté à ça… Il devait savoir ce que c’était que d’avoir des soucis. Mais personne ne décrochait, l’oiseau avait quitté son nid. …Par conséquent, il décida que : 1) Le syndic de l’immeuble allait faire un scandale à tante Eliza pour je ne sais quelles sottises et là, il interviendrait. Comme par hasard, il dirait au syndic qu’il travaillait pour la télévision ; alors le syndic changerait tout de suite de ton et s’excuserait ; sur ce, tante Eliza le remercierait, lui, son neveu, et se renseignerait sur une manière de se racheter vis-à-vis de lui, et alors il la prierait de bien vouloir se réveiller à 8.30 pour qu’il puisse arriver au travail d’une humeur correcte, parce que voilà à quel point son travail était important puisque ça lui avait même arrangé son histoire avec le syndic… 2) Tante Eliza allait s’endormir la bouche ouverte. Elle était vieille et laide et une mouche irait se balader sur son visage. La mouche rentrerait dans son nez puis sortirait de là et se promènerait dans sa bouche. La mouche marcherait sur son palais. Et ce serait bien fait pour elle puisqu’elle dormait jusqu’à 9 heures. Il repéra le quartier sur la carte et l’entoura d’un trait rouge. Il devait mettre au point un plan d’attaque. Le gars aux organes avait besoin d’argent. Que le meilleur gagne ! Un reportage sur lui secouerait la ville entière. Sur son écran mental, le reportage était sur le point de commencer et les téléspectateurs, tendus, s’étaient déjà rassemblés devant leur poste de télévision. En premier plan : une nana de la croix rouge, un policier et deux travailleurs sociaux de la mairie. Puis un intérieur misérable et quelques enfants qui jouent avec je ne sais quoi. Son ! En fait, le mieux serait de lui demander ce qu’il voulait vendre, pour ne pas induire le public en erreur ; si ça se trouve, l’autre voulait céder un poumon, un foie, un cœur… Oui, mais pour ça il avait besoin de trouver ce gars. Et pour le trouver, il lui fallait un plan soigné, impeccable, conçu au micromètre. Même si son état physique ne lui permettait pas beaucoup d’efforts, il se serait volontiers attelé à cette tâche. Un bon sujet reste un bon sujet. Il posa un doigt sur la carte. Ce quartier devait être passé au peigne fin pendant la nuit, avec l’aide d’un homme d’expérience. A deux ce serait plus facile. Lui et cet homme d’expérience se mettraient en route. Ils rentreraient dans le premier bar du quartier, prendraient un rhum et là il lui dirait : « Toi, l’homme d’expérience ! » Ou, plus bref : « Toi, l’expert ! » Ou encore plus bref : « Bill, nous avons une mission difficile, mais je suis sûr qu’ensemble nous y arriverons ! » Puis il trinqueraient et s’en jetteraient un petit derrière la cravate. Après quoi ils allumeraient des cigarettes et fouineraient dans le coin. Ils demanderaient au barman et à quelques pouffiasses s’ils ne connaissent pas dans les parages un homme qui veut vendre un rein. Lorsque ces gens-là ne veulent pas répondre, ça ne veut pas dire qu’ils ne savent pas, juste qu’ils ne sont pas motivés, or la théorie de la motivation est claire à ce propos. Il suffit qu’on leur sorte un billet et on a là un levier pour soulever la terre entière. Avant le petit matin, grâce aux prostituées et aux ivrognes, aux clodos et aux macs, aux rustauds du coin et autres malfrats, ils auraient sûrement réussi à lui mettre la main dessus. Mais comment dénicher ce Bill ? De quel chapeau magique le sortir ? Ç’aurait été dommage de ne pas retrouver le gars. A cette pensée, ses frites perdirent toute saveur, même leur goût de brûlé. Maintenant qu’il avait tout le scénario en tête et qu’il ne manquait à son reportage que le personnage principal, fallait-il qu’il le rate ? Ecoutez plutôt ça : Il sentait que ce n’était pas terrible, mais il ne fit pas marche arrière. La cause du jeune homme méritait d’être défendue. Il fallait oublier le sujet de reportage, oublier cet imbécile de chef, oublier tante Eliza ! Ce jeune homme méritait davantage de la part de la société. Ces salauds de communistes l’avaient détruit. Il aurait voulu partir sur-le-champ, dans la nuit noire, à sa recherche. Lui taper dans le dos et lui dire qu’il était son ami. Lui dire qu’il n’était pas seul au monde, que quelqu’un pensait à lui. Il tenta un coup de fil mais personne ne décrocha. Le jeune homme avait peut-être déjà donné son rein. A présent, il émergeait de son anesthésie et regrettait, il pensait qu’il n’aurait jamais du faire ça. Et ses petits frères ? Et sa gloire sportive ? Tout ça c’était la faute de tante Eliza ; et de ses photographies. S’il n’y avait pas eu ces photographies et les photographies dans les photographies, il n’aurait pas eu à courir comme un dératé après des sujets et le jeune homme n’aurait pas eu à céder ses organes. Il ne serait pas en train de pourchasser le jeune homme et le jeune homme ne serait pas en train de le fuir. Alors, il ouvrit l’album de sa tante et invita le jeune homme à se mettre au boulot : « Vas-y, fous ton pied au cul à ce gros lard pendant que je leur tape sur la tête avec le tableau. Ne le laisse pas roter, casse-lui la gueule. Putain de sales lombrics rouges ! Vas-y, pète-lui les balloches, voilà, et à l’autre aussi, celui avec le bouc. Non, l’autre, le pelé avec son bouc ! Voilà, comme ça. Et le barbu aussi ! Explose-la, l’autre avec sa couronne. C’est ça, maintenant fais valser sa couronne, que le paysan roumain danse sur les épis et les petites fleurs. Rase-lui la moustache ! » Lorsqu’ils les achevèrent, ils se firent un clin d’œil. On se prend une bière ? Allons-y ! Et ils se dirigèrent vers le grill à saucisses et les caisses de bière. On ne vit plus qu’un jeune homme et demi. Ensuite, la moitié d’un jeune homme. Puis, juste un pied. Après quoi ils quittèrent définitivement le cadre du cliché pour aller se prendre une bière bien fraîche. Florin Oncescu Bacşişul minim la New York Reservoir Dogs, filmul lui Tarantino, începe cu scena micului dejun. Opt bărbaţi, aşezaţi în jurul unei mese de restaurant, au o conversaţie relaxată, din care se detaşează schimbul de idei pe tema melodiei Like a Virgin, a Madonnei (ce fel de fată şi în ce context s-ar simţi ca o virgină). Şase dintre ei poartă costume negre, cămăşi albe şi cravate. Tot ei răspund la nume bizare, de culori: Mr White, Mr Pink, Mr Brown, etc. Unul din ceilalţi doi, decanul de vîrstă al grupului, e ascultat cu un plus de atenţie. La finalul scenei, cel vîrstnic se ridică de la masă şi se duce să plătească pentru toţi, nu înainte de a spune că bacşişul e treaba fiecăruia. Aici intervine amănuntul pentru care am amintit filmul. Fiecare din cei rămaşi, mai puţin unul, scoate cîte o bancnotă de un dolar. Excepţia e Mr Pink, care spune: „I don’t tip” („Nu dau bacşiş”). Urmează o discuţie animată, pe tema bacşişului. Mr White e revoltat de atitudinea lui Mr. Pink. Citez din memorie: „Cum adică, nu dai bacşiş? Ştii tu că, în America, servitul la mese e cea mai răspîndită ocupaţie printre femeile fără studii superioare şi că doar bacşişul face această muncă profitabilă?” Întors la masă, şeful e pus la curent de atitudinea lui Mr Pink. Îi spune doar atît: „Nu-mi pasă ce motive ai, dar pune odată the f**king dollar pe masă, ca să putem pleca!” În continuare, aflăm că bărbaţii alcătuiesc o bandă de borfaşi, iar discuţia pe tema bacşişului, rememorată, devine încă şi mai amuzantă. *** La una din primele noastre călătorii la New York, am luat masa de seară pe mica terasă a unui restaurant din Greenwich Village. Ne alesesem locul cu puţin înainte de ora ultimei comenzi, pe fugă, speriaţi că rămînem nemîncaţi. Abandonasem cu regret planul de a regăsi un restaurant spaniol cunoscut la venirea anterioară la New York. Ulterior, am aflat că respectivul restaurant se afla nu Greenwich Village, ci în Soho. Am fost lăsaţi să aşteptăm mult, iar cei doi ospătari, un tînăr şi-o tînără, ni s-au părut urîcioşi. Poate că, prin prezenţa noastră, le spulberasem planul de a închide localul mai devreme. Tînăra ne-a adus nota înainte ca noi să fi terminat de mîncat, justificîndu-şi graba prin dorinţa de a încheia socotelile zilei. Am studiat nota toţi trei şi am convenit că bacşişul trebuie să fie mic. Nu exagerat de mic, dar rotunjit în minus faţă de binecunoscutul nivel standard pentru Statele Unite, de cincisprezece la sută din total. Serviciul primit nu ne mulţumise, iar amintirea restaurantului din Soho ne-a întărit convingerea că, la cîteva străzi distanţă, ne-am fi putut cheltui banii cu mai mult folos. Am dat cartea de credit şi am primit repede formularul dublu de semnat. Am adăugat un bacşiş de puţin peste zece la sută şi i-am returnat tinerei un exemplar. Cînd ne ridicam de la masă, s-a apropiat de noi tînărul, cu chitanţa semnată în mînă. „Ştiţi, la New York, bacşişul minim e de cincisprezece la sută!”. Eu şi fiu-meu (14 ani, pe-atunci), am înţeles din prima ce voia de la noi. Nevasta a şoptit, incredulă: „Ce zice? Ce zice?” Am reacţionat cu vitejia care, spune tot nevastă-mea, mă caracterizează. Am zis „ok” şi am recuperat chitanţa, apoi am modificat bacşişul şi ultimul total, am mai adăugat o semnătură şi i-am dat-o înapoi. Pe drumul spre hotel, părerile despre decizia mea s-au dovedit împărţite. Nevasta: „Nu trebuia să accepţi!” Fiul: „Ba a fost mai bine aşa. Nu era să ne certăm cu el!”. *** Statistica spune că femeile dau bacşiş mai mic decît bărbaţii. O posibilă explicaţie ar fi că bărbaţii au fost şi încă sînt majoritari printre clienţii din baruri şi restaurante, în timp ce femeile au fost şi sînt majoritare printre cei care servesc la mese. Pentru bărbaţi, bacşişul e, într-o oarecare măsură, un instrument de seducţie. Pentru femei, o obligaţie de care se achită bodogănind. Într-un roman poliţist de Donald Westlake, un borfaş de elită din New York pune la cale o nouă spargere, cu concursul nevestei. Nevasta trebuie să petreacă singură cîtva timp într-un bar, pentru a-şi clădi un alibi, ori pentru a pîndi ceva. Este esenţial să nu atragă atenţia asupra ei, printr-o faptă neconformă cu atitudinea normală a unei cliente oarecare. Borfaşul o sfătuieşte, printre altele, să nu dea bacşiş mare. Cristina Gyurcsik Jurnal montrealez continuare din numărul trecut 7 aprilie 2004 Start greşit Cu o zi întârziere, suntem, în sfârşit, în naveta spre Roissy. Nu regret că plecăm din Paris, ba chiar din contră, când ajungem în faţa aeroportului, după un ambuteiaj în centrul oraşului şi unul pe şoseaua de centură, îmi permit să răsuflu uşurată: prima etapă a drumului către Canada s-a încheiat. A mai rămas un mic amănunt de rezolvat, aşa că, înainte de a ne prezenta la poarta numărul opt, mă duc să-mi recuperez paşaportul, care a aterizat, ca prin minune, la ghişeul companiei aeriene Lufthansa, fără ca cineva să aibă habar cum a ajuns acolo. Poate că l-a adus cineva, îmi spune funcţionara, oarecum încurcată, ea n-are de unde să ştie cine, că nu era tura ei. Nu insist, nu am nici nervi nici timp să dezleg misterul. Mă mulţumesc să constat că e într-adevăr paşaportul meu, cu poza mea şi numele meu, cu viza mea de Canada şi cu formularul de „landing” intact, agrafat de coperta interioară. Au mai rămas trei ore până la decolare, dar îmbarcarea pentru Detroit pare să fi început deja. Ne aşezăm la rând în spatele câtorva zeci de persoane care aşteaptă, răbdătoare, să treacă de controlul paşapoartelor. Eu nu vreau decât să scăpăm odată de bagaje, cu atât mai mult cu cât o voce gravă ne reaminteşte de ele din cinci în cinci minute, invitântu-ne prin difuzoare „să fim vigilenţi împreună”, să raportăm orice obiect suspect abandonat în aeroport şi să nu ne lăsăm bagajele de izbelişte, pentru că, în caz contrar, vor fi exterminate pe loc, fără drept de apel. Acelaşi text ieri, în metroul către ambasadă, acelaşi text în Gare de Lyon, unde am ajuns din întâmplare acum câteva zile. După atentatul de la Madrid, de pe 11 martie, genţile şi geamantanele par să fi devenit inamicul public numărul unu al parizienilor. Şi aşa, gândindu-ne noi la atentate, ne dăm seama că tot din cauza unei zile de 11 zborurile către Statele Unite sunt singurele unde controlul de securitate se face înainte de check-in şi de predarea bagajelor. După o jumătate de oră, ajungem şi noi în faţa grănicerului şi îi întindem paşapoartele. Nu-mi place cu ce aer sumbru le răsfoieşte, dar, la urma urmei, nu-i treaba lui să câştige un concurs de popularitate. Unde mergeţi? La Montreal. Unde e viza de Statele Unite? Nu avem, în schimb avem de Canada. Oricum, nu rămânem în Detroit, doar trecem pe acolo. „Nu fără viză”, ne răspunde grănicerul. Sunt aproape sigură că nu a înţeles. Îi mai explic o dată. Nu, eu n-am înţeles: chiar dacă rămânem pe aeroport şi nu facem decât să ne trambalăm dintr-un avion într-altul, tot avem nevoie de viză de tranzit, aşa că el ne sfătuieşte să mergem repede la Ambasada Statelor Unite şi să ne luăm una. Bine, dar avionul pleacă în două ore. Îi pare rău, n-avem decât să mergem să anulăm biletele, el n-are ce face, aşa că ne invită politicos dar categoric să ne dăm la o parte şi să-l lăsăm să-şi vadă de treabă. Aş vrea să strâng pe cineva de gât, dar nu ştiu pe cine. Burs e la îndemână dar, din păcate, nu-i vina lui, grănicerul e prea bine încadrat de două gorile, iar cei de la ghişeul KLM ar prefera să mă strângă ei pe mine de gât, pentru că avionul lor rămâne cu două locuri neocupate. Cădem de acord că e vina agenţilor de la biroul de turism. Era în obligaţia lor să se asigure că avem toate vizele necesare, mi se spune. Îmi economisesc deci furia pentru cei de la Anyway, care, când mă văd, se fac verzi-albăstrui. De două zile sunt coşmarul lor cel mai persistent, nu dispar nicicum, orice ar face. De data asta, scandal mare, trebuie să vină vreo trei persoane ca să mă potolească, să mă asigure, în cor, că că se vor da peste cap să ne pună în următorul avion. Doar că, din nefericire, următorul avion e de-abia pe 15 aprilie, până atunci totul e rezervat din cauza Paştelui. N-are sens să mai urlu, îmi dau seama că sunt destul de sătui de mine ca să facă tot posibilul să mă expedieze din ţară cât mai repede. Între timp, rămâne de rezolvat problema cazării. Pe Rue Belfort nu ne mai putem întoarce, pentru că şi acolo totul e deja ocupat pentru Paşte. Nici o problemă, vă găsim noi o cameră, mi se răspunde. Şi, într-adevăr, ar fi una disponibilă într-un hotel de pe Bulevardul Strasbourg. E mai scumpă decât cea de la Belfort, dar n-avem ce face, trebuie să o acceptăm pentru o noapte. Pe urmă mai vedem. Ni se spune că hotelul Comfort e aproape de Gara de Est, „nu departe, cam cinci minute”, aşa că ne târâm picioarele şi bagajele într-acolo. Mi se pare că e deja seară, deşi nu se poate să fie mai târziu de ora patru. Mergem încet, în tăcere. Am discutat atât în ultimele ore cu cei de la aeroport, cu cei de la agenţie, încât nu mai sunt în stare să scot un cuvânt. Ce ne mai trebuie acum, pe lângă bagaje, nervi şi oboseală, e puţină ploaie, dar vine şi ea, nici o problemă, ne prinde la câteva minute după ce traversăm canalul St. Martin, ne însoţeşte pe Rue des Récollets şi mai departe, dincolo de Rue du Faubourg Saint-Martin, până pe bulevardul Strasbourg, unde ne abandonează tocmai după ce am reuşit să ne adăpostim sub o streaşină, lângă o staţie de autobuz. De-aici nu mai ştim încotro s-o luăm şi, cum n-are sens să ne dăm cu presupusul, Burs se duce să descopere în ce direcţie e hotelul, în timp ce eu rămân să păzesc bagajele. Un bărbat, care ne-a urmărit dezbătând, destul de laconic, strategia de atac, vine lângă mine, mă salută şi-mi spune, zâmbind, că şi el e român, informaţie inutilă din moment ce vorbeşte româneşte şi şansele ca un străin să ştie limba română sunt aproape nule. Ambiguitatea cuvântului „străin”. La urma urmei, şi omul din faţa mea e un simplu străin şi nimic mai mult. N-am chef de conversaţie, nu-l întreb ce şi cum, dar îmi spune singur că îl cheamă Mihai, că e de cinci ani în Franţa şi de-atunci nu s-a mai reîntors niciodată în ţară. Foarte frumos din partea lui, dar n-a nimerit momentul cel mai potrivit să-şi facă noi cunoştinţe. Nici măcar nu mă pot preface că mă interesează. Aş putea să-i dau o adresă unde să-şi mai potolească puţin dorul de casă, dar nu-i spun decât că noi nu stăm în Paris, suntem în trecere. După care îi atrag atenţia că, dacă nu se grăbeşte, o să piardă autobuzul. Nu-l pierde. Ca şi hotelul Belfort, clădirea de la numărul 31 de pe Bulevardul Strasbourg se desfăşoară mai mult pe înălţime decât pe lăţime: şapte etaje, fiecare cu câte patru geamuri înguste înspre stradă. Intrarea e înghesuită în stânga unui magazin şi, dacă n-ar fi avut marchiza roşie deasupra, am fi putut trece liniştit pe lângă ea fără să o observăm. Cu atât mai mult cu cât pe faţada albă scrie cu litere negre de-o şchioapă „Hotel Brady” şi nicidecum Comfort. Recepţionerul hotelului ne asigură însă că am ajuns unde trebuie. Ne spune totuşi că n-are nici o rezervare cu numele nostru. Îi spun că trebuia să sune un anumit domn Blaise să-i anunţe că sosim, doar că picioarele noastre au fost mai rapide decât legătura lor telefonică. Se uită la mine destul de sceptic, dar, după ce vede cum se aglomerează semnele de furtună, se grăbeşte să ne asigure că are o cameră disponibilă la ultimul etaj, unde ne invită să ne instalăm până ia legătura cu agenţia. Ultimul etaj e, de fapt, o mansardă, iar camera un fel de debara, unde cele două paturi înghesuite pe margini nu-ţi lasă loc să treci decât într-o dungă. Geamul deschis, care dă spre curtea interioară şi spre acoperişurile caselor din jur, n-a reuşit încă să evacueze mirosul persistent de urină de pisici şi probabil nici n-o să reuşească vreodată. Ne abandonăm bagajele pe un pat, încuiem uşa şi coborâm din nou în hol. Recepţionerul mă informează că cei de la agenţie n-au sunat încă, eu îl informez, la rândul meu, că n-ar fi cinstit din partea noastră să privăm pisicile din cartier de latrină, aşa că am prefera să ne găsească alt loc de dormit la noapte. Aşteptăm zece minute, până când una dintre cameriste se întoarce să-i confirme că, într-adevăr, camera nu miroase prea bine şi ea, una, n-are ce să-i facă. În regulă, tocmai s-a eliberat o altă cameră, doar că trebuie să mai aşteptăm vreo jumătate de oră până se face curat în ea. Cum ne propuseserăm oricum să ieşim şi să căutăm un hotel mai ieftin pentru următoarele nopţi, profităm de jumătatea de oră ca să dăm o tură prin cartier. Ne dăm repede seama că suntem în altă lume, în alt Paris. Majoritatea firmelor din zonă sunt frizerii afro, trotuarul e plin de smocuri de păr, unele lipite de asfaltul umed, altele, încă proaspete, rostogolindu-se ca ierburile în deşert printre picioarele trecătorilor sau plutind temporar prin aerul încărcat de miresmele înţepătoare ale restaurantelor indiene sau arăbeşti din vecinătate. Primul hotel pe care-l zărim e incredibil de ieftin, dar arată atât de atrăgător încât mi-e şi frică să intru să întreb dacă au locuri. Când ne îndepărtăm, unul dintre arabii care sporovăiau în faţa porţii vine după noi şi ne asigură că n-o să găsim camere mai ieftine ca ale lui. Are dreptate, următoarele hoteluri sunt ceva mai scumpe, dar tot mai ieftine decât Comfortul. Îl alegem pe cel mai apropiat de Gara de Est, pe strada Sibour, destul de decent şi suficient de ieftin încât să merite să ne trambalăm încă o dată bagajele pe bulevard. Când ne întoarcem la hotel, recepţionerul ne spune că au sunat, în sfârşit, cei de la agenţie. După zâmbetul compătimitor cu care se uită la noi, îmi dau seama că a sporovăit ceva mai mult cu domnul Blaise şi, aproape sigur, nu despre vremea frumoasă de afară. Poate că şi din cauza asta camera pe care o primim e de-a dreptul atrăgătoare. Nu e mult mai mare decât cealaltă, dar pe lângă patul dublu, cu câte o noptieră de o parte şi de cealaltă, mai e loc şi de o masă cu două scaune. Dincolo de draperiile grele, de catifea roşie, fereastra dă către vânzoleala de pe bulevardul Strasbourg. Un duş fierbinte, în baia roz cu miros de săpun ieftin, şi două felii de pâine cu brânză şi ardei, pregătite pentru zborul cu avionul, mă ajută să redevin om. Burs, instalat pe scaun în faţa ferestrei, deschide o sticlă de vin roşu, „amintire din Paris”, pe care o bem încet în timp ce, la picioarele noastre, oraşul se pregăteşte să-şi înceapă viaţa de noapte. 10 aprilie 2004 Gotic flamboaiant În faţa Hotelului Sibour, zidurile medievale şi ferestrele înalte, arcuite, ale bisericii Saint-Laurent se înviorează pentru scurt timp în lumina nesigură a diminieţii. Linişte. De jur-împrejur, ca în oricare sâmbătă, stăzile Parisului se trezesc lent, cu întârziere. Ultimele zile au trecut ca prin vis, în ritm domol, sub un cer capricios, cu câteva insule de soare. Încetul cu încetul am uitat că suntem blocaţi în oraş fără voie şi, pe terasa de pe Rue du Faubourg Saint-Martin, regretăm deja că nu ne mai vom bea aici cafeaua de dimineaţă. Pentru că, în fine, plecarea noastră pare hotărâtă pentru mâine. Joi m-au sunat de la agenţie să mă întrebe dacă mă deranjează să zbor în duminica Paştelui, pentru că, dacă nu, ar avea două bilete la un zbor prin Amsterdam. Nu, nu mă deranjează că e Paşte, aş zbura şi dacă în loc de 11 aprilie ar fi 11 septembrie. Burs, în schimb, e dezamăgit că nu mai rămânem măcar încă patru zile, cum era vorba iniţial. Ce ne grăbeşte, Montrealul nu fuge niciunde. Nu, dar nu eşti nerăbdător să vezi cum e? Nu neapărat, ştiu că tot acolo vom ajunge, acum sau într-o săptămână, tot aia e. Chiar dacă ar fi trebuit să ne mai întoarcem o dată în România, tot am fi ajuns. Abia astăzi, cu gândul la plecarea iminentă, mă gândesc şi eu că, dacă am fi avut de ales, drumul emigrării s-ar fi oprit probabil aici. De Franţa am auzit dinainte de a mă naşte, pe când asistam volens-nolens la cursurile de literatură franceză pe care le ţinea mama înainte de a intra în concediu de maternitate. De Canada am auzit câte ceva abia în '76, dar am uitat la fel de repede cum am uitat că, după olimpiadă, ambiţia mea cea mai mare era să ajung mai bună decât Nadia Comăneci. Pe urmă, în septembrie '90, l-am întâlnit pe Thomas în Atena şi am primit o invitaţie să-l vizitez la Montreal. În '91, o vizită la Ambasada Canadei din Bucureşti: Nu se poate, cum ştiu ei că nu vreau să plec să mă căsătoresc cu Thomas. Rudele din Bucureşti, unde am înoptat, spuneau că de vină sunt cerceii prea mari, cureaua prea lată şi blugii prea jerpeliţi. Probabil că-mi dădeau aerul unei fete de nouăşpe ani capabilă să traverseze oceanul ca să se căsătorească cu un bărbat de aproape şaizeci. Intervenţie din Canada, o nouă tură la Ambasadă, acelaşi răspuns: ce garanţii au ei că eu nu... Am lăsat-o baltă. Până în anul cinci de facultate, când soţul meu de-atunci a aflat de programul de emigrare în Canada. Ştia el pe cineva care tocmai se pregătea să plece, hai să vedem şi noi. Fie. Un formular trimis la Ambasada Canadei din Budapesta şi răspunsul: mai încercaţi peste şase luni. După şase luni, un divorţ scurt şi început de carieră didactică. În acelaşi timp, un curs despre literatura exilului şi o lucrare de masterat despre proza canadiană. Devin cu adevărat curioasă, citesc despre Canada, despre Montreal, mi se face dor de ducă. Emigrarea, singura soluţie, altfel m-aş opri din nou la porţile ambasadei. Doar că aş avea nevoie de o groază de bani. Pe deasupra, meseria de profesor nu figurează pe lista ocupaţiilor acceptate de Ministerul Imigraţiei canadiene. Cinci ani de învăţământ, pe urmă o ceartă la sânge cu directorul liceului mă convinge să accept o slujbă de traducător şi un salariu de opt ori mai mare. Urmează doi ani în firma de informatică şi câteva luni ca traducător de subtitluri de cinema la Bucureşti, unde Burs are o slujbă de grafician în publicitate. O vizită scurtă la ambasada Greciei, să văd dacă am vreun drept să mă stabilesc în ţara bunicii mele. Slabe şanse, dar Burs are impresia că eu nu încerc destul. Hotărâm să nu mai deschidem subiectul plecării în străinătate. O facem totuşi în 2002, când aflăm de la o prietenă că pentru Quebec, provincia francofonă a Canadei, există un program separat de emigrare, mai puţin costisitor şi mai accesibil decât programul federal. De un an jumătate lucrăm pe cont propriu, în Timişoara, unde ne-am făcut propria noastră firmă. Mare greşeală, pentru că acum nu mai reuşim să ieşim din marasmul birocratic. Am încercat, Burs a vrut să lucreze ca persoană fizică autorizată, dar a renunţat când i s-a spus că el, ca persoană fizică pur şi simplu, posesoare a apartamentului în care locuim, trebuie să semneze un contract de închiriere cu el însuşi, ca persoană autorizată. Aşa că amândoi, ca persoane fizice pur şi simplu, ne-am pus pe completat formularele de emigrare într-o ţară pe care n-am văzut-o niciodată. Şi aşa am ajuns aici, între ceea ce ştim şi ceea ce nu ştim, într-o Europă cu graniţele doar aparent deschise, pentru care nu suntem decât, cel mult, nişte „românaşi” aflaţi în trecere către necunoscut. Şi, din moment ce tot trebuie să plecăm, prefer să traversăm cât mai repede toate frontierele care ne-au mai rămas de străbătut. Până atunci, însă, încă o după-amiază obişnuită. În pasajul Brady, bufeturile indiene şi chinezeşti îşi revarsă în stradă mirosurile condimentate ca în oricare altă zi, carnea de miel tăiată în bucăţi mărunte de bucătarii arabi n-are nici o valoare simbolică. Pentru cei mai mulţi locuitori ai cartierului, Sâmbăta mare n-are nimic special. Doar înspre seară, oamenii adunaţi în dreptul faţadei gotice de pe bulevardul Strasbourg par să aştepte ceva deosebit. În general, nu fac parte dintre urmaşii revoluţionarilor de la 1789, fie pentru că au altă culoare, fie pentru că vorbesc altă limbă, şi nici nu par să pregătească să ia din nou cu asalt biserica şi să-i mai schimbe o dată numele în „Templul Raţiunii”. Când trecem pe lângă ei, ne dăm seama că stau la coadă pentru un castron cu supă şi un pachet de mâncare, distribuite cu binecuvântarea parohiei sfântului Laurenţiu. Seara, în timp ce ne pregătim bagajele, sunetul orgii de vizavi se strecoară până în camera unde ne vom petrece ultima noapte. Continuare in numărul viitor Mircea Gheorghe Les croquis de mon carnet (7) Dans les contes populaires que je lisais dans mon enfance, à la fin du récit une fée offrait aux personnages deux boîtes. Les boîtes n'étaient pas pareilles. L'une était petite, en bois, grossière, l'autre était grande, luisante et bien finie. Le personnage positif choisissait modestement la petite boîte et le personnage négatif, avide, choisissait toujours l'autre. Mais après l'ouverture des boîtes, la surprise était totale: la petite était une boîte à trésors, pendant que la grande était remplie de serpents ou de crapauds. On dirait que la fée était très confiante quant au bon choix de son protégé... Pour réduire la morale, disons que ce dénouement illustrait le fait qu'il ne faut jamais se fier aux belles apparences, qu'il faut toujours se contenter de peu, car de telles qualités finissent par être récompensées... Beaucoup plus tard, dans le monde des grands, j'ai compris que le choix du personnage positif des contes de fées était en fait impensable. Il était vu comme un signe de faiblesse, de manque d'envergure... Dans l'ordre normal de des choses, l'idéal est loin de la modération prônée dans les contes de fée. Personne ne devrait choisir la petite boîte grossière. Au plan strict matériel, c'est pour cette raison que toutes les boîtes que l'on reçoit ou achète, doivent être obligatoirement belles. L'industrie de l'emballage est aussi importante, sinon plus, que les autres industries : nous sommes tellement adonnés à juger les contenus d'après leur contenants que l'on arrive des fois à dépenser plus d'argent pour ce qui est jetable que pour ce qu'on utilise vraiment. Quel est le prix réel du parfume contenu dans une bouteille sophistiquée d'une marque célèbre logé dans une boîte élégante? Certainement, une fraction du prix total. En ce qui concerne les relations humaines, les choses sont elles différentes? Pas vraiment. Les publicités, les faiseurs d'image de nos grandes compagnies, des politiciens, des gens célèbres construisent en fait des bulles colorées et spectaculaires pour nous charmer et pour conquérir les marchés, la confiance des électeurs, l'admiration et l'amour du public. Parfois la bulle se brise en laissant en vue des contenus qui nous intriguent: fraudes, manipulations, abus de pouvoir, irresponsabilité, désenchantement, bêtise, souffrances... J'ai connu, il y a bien longtemps, quelqu'un qui se vantait avec l'amitié des plusieurs grands de ce monde, notamment des écrivains et philosophes: Émile Cioran, Jean-Paul Sartre, Eugène Ionesco, Simone de Beauvoir, Jean Cocteau... Il nous montrait des lettres, des cartes à souhaits qu'il recevait d'eux. C'était sa bulle, il communiquait avec nous enveloppé dans le halo du prestige de ces grandes personnalités et on se disait que des telles amitiés ne sont pas pour rien. Grâce à ces amitiés, il a eu ses petits avantages, ses facilités de carrière, sa crédibilité injustifiée, compte tenu de ses performances professionnelles... Quelques années plus tard on a appris que ces amitiés étaient inventées de toute pièce. Les lettres et les cartes à souhaits étaient des réponses polies sans lendemain à ses insistances, nombreuses et embarrassantes. Il les utilisait comme arguments d'autorité pour se faire de nouveaux contacts aussi inconsistants que les autres. Un tout petit et minable imposteur. Brusquement l'aura est disparue et notre snobisme, le pendant du sien, a eu la correction méritée. |
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