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| Magazine mensuel de dialogue culturel | Depuis 2001 • No 32 • Montréal • 15.04.2007 |
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Qu’en est-il de la Médée de nos jours? Des yeux de verre Par Felicia Mihali Jusqu’au 5 mai, au Théâtre d’Aujourd’hui vous pouvez voir le spectacle Des yeux de verre, de Michel Marc Bouchard dans une mise en scène de Marie-Thérèse Fortin, un spectacle qui fait beaucoup réfléchir. Ce qui m’a étonnée d’emblé c’est que presque tous les textes entourant cette production mettent l’accent surtout sur l’inceste, car il y en un. Cependant, si on regarde bien la figure de la mère, le drame se joue quelque part d’autre que dans le couple père-fille. Un fameux créateur de poupée a abusé de sa fille alors qu’elle avait dix ans. Ce geste le hante depuis ce moment. Ces quinze dernières années, il n’a fait que se réfugier dans son art, en donnant à ses créatures de bois aux yeux de verre, l’amour voué à sa fille. Il y a aussi une autre fille dans cette histoire, qui privée de l’amour paternel, guette le moindre geste de tendresse de la part de son géniteur. Peut-être que ce refus de toucher son autre enfant n’est que la peur de l’abuser elle aussi. En l’éloignant, il la protège. La figure du père est impressionnante : il n’est qu’un individu enragé contre tous ceux qui l’aiment, qui le protègent, qui le soutiennent. Il veut être puni, mais personne n’ose jusqu’au jour, ou la petite blessée revient à la maison pour regarder, pour se souvenir et pour rappeler aux autres sa vie brisée. Contrairement à ce qu’on attend d’une telle rencontre, elle est mal accueillie et par sa sœur et par sa mère. Celles-ci ne veulent plus rien savoir de ce qui s’est passé, elles veulent surtout protéger le père et sa célébrité qui les touche par ricochet. Seul le père est heureux, car il veut être finalement libéré du fardeau de ses regrets. Ce trio - enfants et père - est interprété par Sophie Cadieux, Bébédicte Décary et Guy Thauvette. De belles prestations, en accord avec le vécu et les obsessions des personnages. Il y a aussi le personnage de la mère, interprété par Sylvie Léonard qui, bien que moins étendu, suscite un léger malaise dans le cœur des spectateurs. Au début, elle n’est qu’une apparition frivole, la femme d’une personnalité, qui se prépare devant le miroir pour la conférence de presse que son mari va donner le lendemain. L’arrivée de sa fille la transforme subitement : elle ne demande ni pardon ni pitié à sa fille, car sa passion a depuis longtemps annihilé sa maternité. Mère tyrannique, abusive, cruelle? Pas difficile de l’associer sur le coup à un célèbre double : la Médée. Presque trois millénaires auparavant, vrai ou pas, une femme a tué ses enfants pour punir le père. La trahison de Jason transforme son amour en une haine féroce qui la pousse à exécuter ce geste des plus cruels. De son côté, Sylvie Léonard - frêle, enfantine dans sa mini-jupe – dégage elle aussi la force dévoratrice d’une femme blessée, capable de grands sacrifices. Cette mère d’une petite ville est, elle aussi, prête à tout afin de garder son époux et ce qu’ils ont réalisé ensemble jusqu’au présent : la paix et la famille. Difficile de dire quels sont ses véritables sentiments par rapport à sa fille. Ce qu’elle laisse paraître n’est que le désir que les choses ne changent pas, que tout soit oublié. Sylvie Léonard joue à merveille la Médée contemporaine, tantôt faible, tantôt dominatrice, mais toujours très motivée. Photo : Sophie Léonard, Guy Thauvette |
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