Magazine mensuel de dialogue culturel Depuis 2001 • No 32 • Montréal • 15.04.2007

ARCHIVE

Émilie Andrewes
Eldon d’or (fr)
Clara Ness
Genèse de l’oubli (fr)
Felicia Mihali
La reine et le soldat (fr)

Avril 2007

Emmanuel Bove

Armand

Roman

Présentation de François Ouellet

Publié en 1926, Armand est l’un des romans les plus étonnants de la modernité de l’entre-deux-guerres. À la suite du succès de Mes amis, premier roman d’Emmanuel Bove, Armand venait confirmer les dons exceptionnels du romancier pour la qualité de l’observation psychologique et la finesse avec laquelle il sait débusquer les tensions et les rivalités sous la moindre parole, dans le moindre geste. Chez Bove, même les silences parlent.

L’intrigue est simple : Armand habite avec Jeanne, mais il désire Marguerite, la jeune sœur de son ami Lucien. Cependant, l’intérêt est dans la manière de dire les choses de telle façon que se trouve suggéré un curieux déterminisme qui conduit le héros à valoriser le malheur plutôt que le bonheur. Faire son malheur est une chose, le désirer en est une autre ; le premier choix répond à l’interrogation « comment ? » (séduire Marguerite), tandis que le second dévoile la question sous-jacente « pourquoi ? ». C’est dans cette question que se trouve tout l’art du romancier, qui est de montrer au lieu de dire, qui est de feindre au lieu de peindre. Bove, c’est l’art du subjectif, de la pensée souterraine, qui fait que toute relation est foncièrement caractérisée par le malentendu.

Bove en 1926 ? L’héritier ironique de René de Chateaubriand et d’Adolphe de Constant, le contemporain admiratif de Giraudoux et de Proust, le précurseur moderne de Sarraute et de Robbe-Grillet. Bove aujourd’hui ? Un jalon essentiel de l’histoire du roman, ce qu’on appelle aussi un incontournable.

Avril 2007

Heloneida Studart

Le Bourreau

 

Traduit du portugais (Brésil)
par Paula Salnot et Inô Riou

LE ROMAN
« Chaque homme a son prix. » C’est avec ces mots que Carmelio le bourreau s’arroge le droit de tuer. Il est la face diabolique de l’âme des êtres et des choses, l’incarnation précise de l’immoralité. Envoyé dans le Nordeste pour une mission, le bourreau accomplit son crime mais est atteint par le châtiment sous la forme d’une passion irrépressible. Envahi par son amour pour Dorinha, le bourreau connaît enfin le remords. Rattrapé par son passé et le spectre de ses victimes, Carmelio entreprend dans une quête désespérée d’oubli et de pardon un pélerinage dans le nord du Brésil... Racontant cette histoire avec cruauté et passion, Heloneida Studart lance un regard critique sur la société brésilienne, ravivant brutalement les blessures encore ouvertes de ce pan d’histoire. Avec la grande maîtrise littéraire dont témoignaient déjà Le cantique de Meméia et Les huit cahiers, elle explore la psychologie complexe des personnages, décrivant avec minutie la charnière qui peut faire basculer la vie des hommes de la paix intérieure au tourment comme de la morale au crime.

L’AUTEURE
Heloneida Studart est née en 1932 à Fortaleza, Nordeste, au sein d’une famille aristocratique. Avec de faux papiers d’identité la vieillissant de deux ans, elle quitte le Nordeste à 19 ans et profite de sa fausse majorité pour travailler librement, mêlant une activité journalistique et syndicale à la rédaction d’oeuvres littéraires. Emprisonnée quelques mois en 1969 pour son oeuvre littéraire, journalistique et syndicale, elle fut pendant plusieurs années sur la liste noire des militaires au pouvoir. Elle condamnera cette violence politique et la pratique de la torture en prison à travers trois de ses romans. Surnommée la Simone de Beauvoir brésilienne, elle est aujourd’hui l’une des théoriciennes historiques du féminisme brésilien. Entre autres charges politiques, elle fut députée PT (Parti des Travailleurs) de l’état de Rio de Janeiro de 1978 à 2006. Elle fut également présidente de la commission des Droits de l’homme à l’assemblée. Femme politique de terrain, son action s’oriente dans les milieux défavorisés vers la jeunesse, la prévention sanitaire et la reconnaissance des droits des femmes.

 

Avril 2007

Raymond Chrétien

Le Canada dans le monde d’hier à aujourd’hui

 

Entrevue de Jean-Frédéric Légaré-Tremblay

Guerre en Afghanistan, remise en question de la neutralité canadienne, apparente militarisation, rapprochement avec les Américains… Quel rôle le Canada doit-t-il jouer sur l’échiquier mondial? Fort de sa longue expérience, Raymond Chrétien répond ici à nos questions sur la place du Canada dans le monde. Est-elle en déclin ? Qu’en est-il de l’état des forces armées, du corps diplomatique et de l’aide au développement ? Est-ce que le Canada a une tradition de politique étrangère qui lui est propre ? Comment gérer nos relations avec les Américains ? Tantôt laudatifs, tantôt critiques, les propos de Raymond Chrétien nourriront un débat désormais devenu incontournable au pays.

Raymond Chrétien, l’un des diplomates canadiens les plus aguerris de sa génération a été le représentant du Canada au Zaïre, au Mexique, en Belgique, aux États-Unis et en France, de même que Sous-secrétaire d’État associé aux Affaires extérieures et Envoyé personnel du Secrétaire général des Nations Unies dans la région des Grands Lacs en Afrique. Aujourd'hui retraité du secteur public, il travaille en tant que conseiller stratégique au sein du cabinet d'avocats Fasken Martineau à Montréal.

Jean-Frédéric Légaré-Tremblay est journaliste indépendant et chercheur associé à la Chaire Raoul-Dandurand en études diplomatiques et stratégiques à l’UQAM.

Dans la même collection : Jacques Henripin. Les défis d’une population mondiale en déséquilibre et André Caillé, l’énergie sans frontières.

Avril 2007

Bill Gaston

Mont Désirs

Nouvelle Collection « MIROIRS »
Traduit de l'anglais par Ivan Steenhout

"Par son œuvre d'une qualité exceptionnelle, Bill Gaston s'est hissé au rang des meilleurs écrivains canadiens. Il mérite d'être considéré comme un des plus grands joyaux de notre littérature, au même titre que les Thimothy Findley, Margaret Atwood et Alice Munro." Noah Richler, The Globe and Mail

Sexe, drogue, alcool, argent, travail, amour… Les personnages excentriques et colorés de ces douze nouvelles sont tous des affamés de plaisirs. S'ils se laissent parfois emporter par la démesure de leurs appétits, c'est dans l'espoir d'assouvir leurs soifs et d'atteindre une sorte de paix où tout désir serait enfin comblé. Avec subtilité et une rare puissance d'évocation, Bill Gaston explore dans ces histoires imprévisibles, hallucinantes parfois, les facettes troubles des désirs et des passions.

Un recueil lumineux, sensuel, attirant et troublant.

Il y a moins de monde au sommet du mont Désirs, parce que l'endroit est sauvage et venteux et qu'on n'est pas capable d'y rester longtemps. Les plantes y sont à l'impérieux maximum de leur floraison, une seconde avant que commence le déclin. Les humains y sont au summum de la passion. S'ils font l'amour, ils sont à deux doigts de l'orgasme. Ou bien ils claquent derrière eux la dernière porte de leur divorce ou ils sont sur le point de tuer quelqu'un. Ils frôlent l'illumination spirituelle. Renards aux yeux exorbités à un pouce d'attraper le lièvre. Frissons du saumon sur le point d'éjecter ses œufs. Le sommet du mont Désirs est ce qui se rapproche le plus du paradis. Il faut du travail pour y arriver et s'en voir refuser l'accès est une douleur atroce.

Avril 2007

Lancement printanier chez
Le Lézard amoureux

 

Deux nouveaux titres des plus singuliers s’ajoutent au catalogue du Lézard amoureux, et leurs auteurs seront sur place pour célébrer ces parutions :

Les petits villages. Orchestré par l’écrivain et agitateur polymorphe Bertrand Laverdure, Les petits villages fut un projet de micro-édition relativement confidentiel dont on retrouve enfin les six plaquettes en un seul livre, avec
une postface de Yves Boisvert. Outre l’initiateur, les poètes impliqués sont ici JeanÉric Riopel, Élise Turcotte, Thierry Dimanche, Corinne Larochelle et André Roy.

Prolégomènes à mon géant. Fidèle à son intérêt pour les nouveaux auteurs et les croisements de générations, la maison accueille le premier livre de Annie Lafleur. Orné d’une oeuvre de Marc Séguin, son recueil nous plonge dans un univers de ruptures qui n’a rien de théorique, jouant des tensions entre le concret, l’abstrait,
l’objet et le sujet, dans une rafraîchissante absence de compromis.

Informations :
lezardamoureux@sympatico.ca

www.lezardamoureux.com

Avril 2007

Michel Basilières

L’oiseau noir

 

(roman traduit de l’anglais par Jean Chapdelaine Gagnon)

Mais à qui voulait-on transplanter le coeur du Frère André ? À un felquiste ?

« Les lecteurs qui ont de lointains souvenirs ou une bonne connaissance de l’histoire canadienne se plaindront de ce que les pages qui suivent contredisent les faits avérés. Les faits sont une chose, la fiction en est une autre et ceci est une fiction. »

Quelle drôle de famille que celle des Desouche. Au fait, de quelle souche est-elle issue ? Difficile à dire, parce que les membres de cette famille, hybride, parlent en anglais entre eux, bien que la branche paternelle soit tout à fait française. Et s’il ne s’agissait que de cela. En fait, cette anomalie n’est que le symptôme d’un dysfonctionnement autrement inquiétant. Précisons dans un premier temps que trois générations de Desouche (les grands-parents, les parents, les enfants) vivent dans la même maison, dont l’une des caractéristiques est qu’elle est chauffée au gaz en étant branchée illégalement sur l’alimentation du salon mortuaire qui est situé de l’autre côté de la rue. Et puis, puisqu’il est question de morts, signalons que Grand-papa et l’Oncle accomplissent un travail plutôt inusité : ce sont des pilleurs de tombes ! Quant à Papa et à Maman, ni l’un ni l’autre n’ont jamais travaillé. Et puis, il y a les deux enfants. Le premier, Jean-Baptiste, est écrivain. Il sera bien malgré lui au cœur d’un affrontement entre anglophones et francophones. La vraie coupable ? Sa soeur Marie, qui est felquiste et poseuse de bombes, rien de moins. On aura compris qu’entrer dans cette famille, c’est risquer de marcher sur une mine antipersonnel. Plutôt explosif. Sans compter que Grâce, la corneille, sème la discorde dans la maisonnée : elle a arraché de son orbite l’oeil de Grand-papa. Une lutte de territoire !

Entrez dans l’univers « gothique » de Michel Basilières. Vous apprendrez que cet auteur, qui vit à Toronto, connaît fort bien l’histoire du Québec (il a grandi à Montréal !), mais qu’il la maltraite avec un sans-gêne qui nous bouscule, sans toutefois nous choquer vraiment. La fiction est la fiction. Alors pourquoi ne pas s’en donner à coeur joie ?

L’AUTEUR

Fils d’un père francophone et d’une mère anglophone, Michel Basilières a grandi à Montréal. Il vit maintenant à Toronto, où il écrit son deuxième roman.

Avril 2007

Samih Abu Zakieh

De Palestine, cent chemins pour la paix

Récit
Collection « PLUME »
En trois langues : français, anglais et arabe

Préface de Rezeq Faraj

Ce livre est un plaidoyer pour la paix en Palestine, accompagné de cent illustrations et appuyé par des informations et des notes tirées de documents officiels. Samih Abu Zakieh y décrit le monde dans lequel il vit depuis sa naissance. Un monde sous « occupation ». Bien sûr, nous connaissons le mot « occupation », mais savons-nous ce qu'il signifie réellement ? Quand avons-nous entendu parler de la terreur et de la misère qui se cachent derrière ce mot ? Les horreurs quotidiennes de l'occupation israélienne restent largement invisibles dans nos journaux ou sur nos écrans de télévision…

Pendant les longs jours de couvre-feu, prisonnier chez lui, dans le bruit infernal de la mitraille, des chars et des bulldozers sillonnant les rues d'Hébron, Samih dessinait sans relâche des colombes… Ses messagères de paix sont rassemblées dans ce livre. Mais l'histoire racontée ici, qui est présentée en français, en arabe et en anglais, n'est pas seulement une histoire de dessins, c'est l'appel d'un pacifiste qui nous livre un message de non-violence, d'amour et d'espoir en la fraternité humaine et en la justice.

Puissent la voix de Samih Abu Zakieh et celles des enfants palestiniens être entendues par tous ceux et celles qui gardent, fiché au cœur, l'espoir que s'ouvrent enfin ces chemins vers la paix entre tous les peuples de la Terre.

création et réalisation par Cristian Nistor

graphique et mise-à-jour Bogdan Malaelea-Toropu

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