Magazine mensuel de dialogue culturel Depuis 2001 • No 32 • Montréal • 15.02.2007

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Du 17 avril au 12 mai 2007

TNM présente

Ubu Roi, d’Alfred Jarry

Mise en scène - Normand Chouinard

Communiqué de presse

DRÔLE, SALE ET DANGEREUX

Un « merdre » retentissant s’est fait entendre lors de la création d’Ubu roi en 1896. Un jeune homme du nom d’Alfred Jarry préparait son coup fumant depuis l’adolescence. Son Père Ubu, inspiré d’un de ses professeurs particulièrement bête et grotesque, proche parent de ces personnages horrifiants du grand guignol, venait de faire un couac sur la scène bien propre du théâtre français. C’est ce Père Ubu drôle, sale et dangereux, cette pièce libre et ludique créée par un adolescent délinquant et visionnaire, cette charge d’une incroyable drôlerie tournant en ridicule toutes les formes d’autoritarisme qui viennent clore la saison du TNM. Fidèles à l’esprit juvénile et frondeur de la farce de Jarry, Normand Chouinard1, Rémy Girard2, Marie Tifo3 et toute l’équipe de joyeux drilles qui les entourent renouent avec l’esprit de la fête foraine pour mieux révéler la grandeur tragi-comique de cet objet pétaradant non identifié, qui met en scène un roi cinglé et dangereux, accompagné de sa despotique première dame.

UN MACBETH DE LA SOTTISE
Père Ubu est capitaine de dragons, officier de confiance du roi Venceslas. Il se satisferait bien de son sort si sa femme n’avait d’autres ambitions pour lui. Elle le persuade de s’emparer du trône de Pologne avec la complicité de Bordure. Le Père Ubu parvient à tuer le roi Venceslas et tous les gens qui l’avaient appuyé. Mais le Père Ubu doit se méfier du fils de Venceslas, le prince Bougrelas, qu’il a malencontreusement épargné et qui souhaite reconquérir le trône de son père. Ubu se fait mener à la baguette par Mère Ubu. Ils forment ensemble un couple diabolique, qui rappelle tous les êtres dont la cupidité côtoie le ridicule, le fanatisme et la terreur. Ubu roi est à la fois une parodie du Macbeth de Shakespeare et une charge contre le pouvoir, incarné ici par le plus grand des imbéciles. La sottise du Père Ubu en fait un concentré à la fois comique et terrifiant des pires potentats du 20e siècle. L’oeuvre dénonce bien sûr les systèmes politiques qui engendrent folie et absurdité de la course au pouvoir, raille les despotes accomplis ou en herbe, prêts à d’invraisemblables compromissions pour arriver à leurs fins, mais, plus encore, porte un regard caustique et lucide sur les comportements humains, le tout dans un grand éclat de rire impertinent et salvateur.

UN RÊVE DEVENU RÉALITÉ
Normand Chouinard, Rémy Girard et Marie Tifo sont amis depuis toujours. Rémy et Marie, à l’époque où ils jouaient ensemble au Théâtre du Vieux-Québec, rêvaient déjà de jouer Ubu roi. Ce moment est venu. Normand Chouinard, qui a interprété tant de grands rôles et dirigé un Hôtel du libreéchange qui a marqué ses débuts de metteur en scène au TNM, retrouve donc ses amis pour faire d’un vieux rêve une réalité et nous entraîner, au moyen du rire, au royaume des crétins qui se sont arrogé le pouvoir. Ubu roi permet la rencontre de deux acteurs auxquels les spectateurs québécois sont intimement attachés. Il entre en effet une part d’alchimie dans la relation que nous avons tous avec Rémy Girard et Marie Tifo, qui apportent à leurs personnages présence naturelle et authenticité. Entourés d’un choeur de comédiens inspirés, appelés à jouer mille et un rôles et à se faire transformistes, ils embarquent dans un grand cirque pas ordinaire, huilé de main de maître par des concepteurs débridés, qui nous permet de mieux percevoir les arcanes du pouvoir fou.

JARRY, LE COCKTAIL MOLOTOV
Mort en 1907, il y a cent ans cette année, à l’âge de trente-quatre ans, l’auteur d’Ubu roi a laissé une oeuvre fulgurante et inouïe qui crève les yeux. Il appartient à cette race d’écrivains « passés directement du collège à l’état de lanceur de bombes ». Mais il ne faudrait pas cadenasser Alfred Jarry dans l’adjectif ubuesque et reléguer son oeuvre dans le placard des farces et attrapes. Ubu roi n’est pas qu’une blague de collégien ou un recueil de contrepèteries marqué par l’anarchisme scatologique. Le fameux merdre lancé par le Père Ubu à la face du public il y a un peu plus d’un siècle résonne aujourd’hui encore pour mieux lancer un défi universel à la bêtise arrogante et triomphante, à l’avidité sans scrupules, à la bassesse et à la veulerie. Il y a décidément des actes terroristes qui font un bien fou ! Le théâtre de Jarry en est un.

 Avec RÉMY GIRARD / MARIE TIFO / FÉLIX BEAULIEU-DUCHESNEAU /
GUY BERNARD / NORMAND CARRIÈRE / ALEXANDRE DANEAU /
DAVID-ALEXANDRE DESPRÉS / SÉBASTIEN DODGE / MAXIM GAUDETTE /
BENOÎT PARADIS / ÉMILE PROULX-CLOUTIER / LISE ROY ‡‡‡ Assistance
à la mise en scène et régie GENEVIÈVE LAGACÉ / Décor JEAN BARD / Costumes
SUZANNE HAREL / Éclairages CLAUDE ACCOLAS / Musique YVES MORIN /
Chorégraphies SUZANNE LANTAGNE / Maquillages JACQUES-LEE PELLETIER /Accessoires NORMAND BLAIS

création et réalisation par Cristian Nistor

graphique et mise-à-jour Bogdan Malaelea-Toropu

Droits de reproduction et de diffusion réservés © TERRA NOVA 2005. Tous droits réservés

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