Magazine mensuel de dialogue culturel Depuis 2001 • No 31 • Montréal • 15.03.2007

ARCHIVE

Otilia Tunaru
Interview avec Shola Doummar (fr)

Mars 2007

We5 chez MAI

Chants traditionnels bulgares et juifs, deux voix célestes qui s’élancent, rythmes de tambujira et davul indiens, guitare fretless, piano, accordéon et mixages électroniques

par Otilia Tunaru

Dans la salle intime et dans la galerie de MAI (Montréal Arts interculturels), j’ai exploré des espaces artistiques surprenantes. Apparemment hétéroclites, les spectacles finissent par convaincre les spectateurs que la diversité culturelle et d’expression nuance le message et intensifie l’émotion.

Pour moi, Montréal Arts Interculturels est devenu un vrai coffre aux trésors. J’ai découvert des petites compagnies de théâtre ou de danse qui font des projets novateurs. Sur la scène MAI, des metteurs en scène et des artistes venus d’ailleurs ont l’occasion de mettre en valeur l’expérience acquise dans leurs pays d’origine. Dans la salle MAI, des horizons culturelles inédits s’ouvrent. Des performances en arts visuels, le jeu éblouissant d’un comédien qui n’a pas joué depuis qu’il a quitté son pays, la passion à la fois fiévreuse, à la fois farouche des artistes qui proposent de nouvelles esthétiques. Au niveau de la programmation, il y a de quoi se régaler, car MAI est devenu une mosaïque de plusieurs disciplines et de styles variés. Comme la majorité des projets sont issus de l’immigration, une communication interculturelle s’est établie par le biais des arts.

Le 16 et le 17 février 2007 j’ai assisté au spectacle de début du groupe We5. Cinq interprètes qui ont une solide formation en musique classique et un penchant pour la composition. Chacun a son héritage culturel et sa note personnelle. Lubo Alexandrov a étudié le jazz, la musique turque et la guitare fretless; il est passionné par la musique bulgare et tzigane et il est également le guitariste et le compositeur du groupe Kaba Horo. Son nom se retrouve dans les nominations 2007 de Juno dans la catégorie ALBUM DE MUSIQUE DU MONDE DE L'ANNÉE- Kaba Horo- Lubo Alexandrov. Ganesh Amandan – dont l’éducation musicale et la philosophie de vie ont des racines en Inde – est un maître des percussions, compositeur et fabricant d’instruments; il est également un érudit en théorie de musique classique. Vlada Tomova est vocaliste, arrangeuse et compositrice new-yorkaise qui mélange harmonieusement les intonations balkaniques à son style contemporain. Danielle Richard a étudié la musique classique et le jazz; elle fusionne divers styles comme le chant traditionnel bulgare et le métal hardcore. Danielle est chanteuse, « scremeuse », auteure, bassiste et membre du groupe montréalais La Cage de Bruits. Josh Dolgin, alias Socalled, qui joue à l’accordéon et au piano, est un beat maker génial, le plus grand mixer de klezmer et hip-hop à Montréal. Son dernier album SOCALLED est un mélange explosif de folklore yiddish, de free jazz, de blues, de rock et de chants liturgiques. We5 a eu comme invités deux virtuoses du violon : Steeve et Adam.

J’ai reconnu le murmure d’une « doina », une mélodie roumaine d’une douceur exquise, qui se retrouve également dans le répertoire juif. Comme Roumaine, j’ai été agréablement surprise. C’est une chanson qui représente le témoignage de la rencontre entre deux peuples qui ont vécu la guerre. Les autres chansons étaient bulgares et juives, mais les accents indiens des tambours et les arrangements électroniques leur donnaient une note d’originalité. J’ai beaucoup aimé la sensibilité de la musique We5, les fioritures subtiles des voix à capella, la variété des arrangements musicaux.

Histoire du monde et tradition, atmosphère amicale et passion, métissage culturel et rythmes innovateurs, la sagesse des mœurs ancestrales et la fraîcheur d’un nouveau style musical. C’est le groupe We5 qui a débuté le 16 février 2007 chez MAI à Montréal. Une date qui va marquer le départ d’une caravane de surprises sur le chemin du succès.

Bonne chance We5 dans la belle aventure de conquérir le public à travers ta musique! Quand je dis We5, je pense instantanément à tous les membres du groupe, car chaque présence est tellement chaleureuse et excentrique en même temps. Lubo, Ganesh, Vlada, Danielle, Josh.

Lubo Alexandrov : Mes racines sont macédoniennes et bulgares

OTILIA TUNARU: Comment avez-vous commencé le projet We5?
LUBO ALEXANDROV : C’est parti avec Ganesh, qui est un très bon percussionniste. Mes racines sont macédoniennes et bulgares, donc j’aime jouer ce genre de musique. J’avais travaillé avec Vlada à New York, et nous l’avons invitée à nous rejoindre. Danielle est une interprète de Montréal qui a le même style vocal. J’aimais le travail de Josh et il a rajouté un côté un peu plus moderne.

O.T. : Préparez-vous d’autres concerts?
L.A. : C’est notre premier show et j’espère continuer ce projet. Avec ma « bande » qui s’appelle Kaba Horo j’aurai à Montréal des concerts les 16 mars chez Les Bobards (4328 St-Laurent) et les 26 et 27 avril au Lion d'Or (1676, rue Ontario Est). Nous allons jouer de la musique de Balkans, groove, tzigane.

Ganesh Amandan : Nous sommes bien implantés dans la tradition, mais notre regard est vers le futur.

OTILIA TUNARU: Parlez-nous de votre apport indien au groupe We5.
GANESH AMANDAN : Je suis né au sud de l’Inde où j’ai appris la flûte et les percussions, comme par exemple la mrdangam ou le kanjera. J’ai fait également le chant de la gorge, en utilisant des techniques tibétaines. Nous avons tous les cinq des backgrounds différents. Notre répertoire de ce soir a été constitué de 13 pièces traditionnelles, bulgares et juives. Nous avons commencé ce travail il y a un an. J’ai connu Lubo le guitariste et il m’a parlé des mélodies traditionnelles, des voix bulgares et de projet qu’il avait avec Vlada. Moi, j’adore les chansons traditionnelles; c’était notre point de connexion. Nous prenions un café et j’ai lancé soudainement l’idée de faire un projet ensemble. La musique des Balkans est très intéressante, elle varie d’un pays à l’autre. Il y a toujours d’autres choses spécifiques qui s’ajoutent. Dans leurs chansons, les gens parlent de la récolte, mais aussi des choses dramatiques comme la division des Kurdes dans deux pays différents. Je suis impressionné par le folklore balkanique.

O.T. : Voulez-vous continuez dans cette formule, un groupe d’amis qui jouent de la musique par plaisir?
G. A. : Oui, nous l’aimerions bien. Lors de nos deux soirées au MAI, le public a bien reçu notre musique et nous avons l’intention de sortir un album. De plus, CBC Television et CBC-Radio Two présenteront notre groupe dans une nouvelle série sur les performances musicales à partir de 15 mars, dès 20h à 22 h, pendant quelques jours.

O.T. : Avez-vous appris la musique avec un gouru?
G.A. : J’ai étudié avec deux gourus la musique karnatique et je suis toujours en contact avec eux. Rendu au Canada, j’ai abordé plusieurs styles classiques et modernes. Les instruments traditionnels représentent ma spécialité. Ils sont typiques, mais il y a beaucoup de choses à considérer : chercher le vocabulaire, les bonnes techniques, et surtout les transposer sur d’autres supports. Moi, je cherche une manière de faire un pont vers d’autres musiciens. Trouver des modalités de communiquer entre nous, voici ce qui me préoccupe.

O.T. : Quel est le caractère spécifique du groupe We5?
G. A. : Nous pigeons dans les sources; ce soir c’étaient les chansons bulgares et juives. Nous avons conçu un arrangement qui n’est plus traditionnel : les percussions kanjera, frame drums, davul ou sur des surfaces alternatives et les influences électroniques. Nous sommes bien implantés dans la tradition, mais notre regard est vers le futur.

Vlada Tomova : Je trouve la vie artistique très vivante et riche à Montréal

OTILIA TUNARU : Comment êtes-vous rendue dans cette formule inédite à Montréal?
VLADA TOMOVA: Lubo vient souvent à New York pour jouer avec mon groupe Balkan Tales. Il a des origines bulgares; mes origines sont russes et bulgares aussi. Nous avons commencé à collaborer et c’est une expérience magnifique.

O.T. : Vous composer également de la musique?
V.T. : Oui, de la musique pour des courts-métrages, comme celle de l’émission pour les enfants, Dora l’Exploratrice.

O.T. : Avez-vous l’intention de continuer cette collaboration à Montréal?
V.T. : Oui, avec un grand plaisir. Je trouve la vie artistique très vivante et riche à Montréal.

Josh Dolgin : C’est la musique actuelle qu’on fait découvrir à notre public

OTILIA TUNARU : Vous avez eu des invités qui ont joué du violon. J’ai reconnu des mélodies roumaines, la première c’était une chanson mélancolique et l’autre c’était une chanson de fêtes…
JOSH DOLGIN: Les Juifs jouent aussi ce genre de chanson appelée « doina ». Adam l’a apprise comme musique juive. Il y a beaucoup de connexions dans la musique. Nous sommes tous dans le même monde… musical. (grand sourire) Entre autres, j’ai mon projet personnel Socalled – soit disant en français. Dans mon « bande », nous avons le Roumain Nicolae Margineanu, qui joue au cymbalom. J’enregistre des albums, je fais des tournées et je joue avec plusieurs artistes, en abordant des différents styles.

O.T. : Quel est le caractère spécifique du groupe We5?
J.D. : Mais qu’est-ce que tu as remarqué dans notre show?

O.T. (ébranlée par la posture d’interviewée) : J’ai remarqué un mélange harmonieux de différents styles.
J.D. : C’est exactement ça qu’on cherche à montrer : la musique qu’on vit maintenant. On se trouve dans un monde marqué par plusieurs influences, donc la musique d’aujourd’hui s’en est refaite. On fait mixer les styles, les genres; c’est la musique actuelle qu’on fait découvrir à notre public.

Pour mieux les connaître, je vous invite à consulter leurs sites Internet :
http://www.luboalexandrov.com
http://www.fingerworks.org
http://www.vladatomova.com
http://www.lacagedebruits.com
http://www.leparolier.org/quebecois/classartistes/l/lacagedebruits.htm
http://www.socalledmusic.com

PHOTO : Lubo Alexandrov et Josh Dolgin, alias Socalled

Mars 2007

« L’Art à fleur de peau »

Paul Cormier - président du groupe « Les Argoulets »

parLuz Garcia de Zielinski

   Artiste multidisciplinaire Paul Cormier a commencé son parcours depuis bientôt trente ans.  Il est l’actuel président du groupe d’artistes à Verdun « Les Argoulets ».  Il est né à Montréal en 1951 d'un père acadien et d'une mère québécoise et comme il le dit : « J'ai des racines qui courent à la cime, ce qui m'a sans doute amené à la quête permanente de la découverte de nouvelles contrées ». Il a fait des études classiques et a une formation universitaire en littérature russe. 

   De toutes les disciplines artistiques qu’il pratique, il a un penchant pour la photographie qu’il pratique en autodidacte depuis quelques années, tout en ayant une préférence pour la photo de nature et le portrait.  Il aime écrire des poèmes « suggérés » par les images captées sur pellicule et comme il le souligne : « Je veux aller au-delà de la personne ou de la chose visible, lui inventer un  univers, en dépassant l’objet apparent et en lui projetant une conscience anthropomorphe ». Il aime dessiner également, à l’encre surtout, mais il favorise l’aquarelle. Paul pratique le bodypainting depuis quelques années et ces dernières interventions ont eu lieu à Verdun lors du festival d’été en 2005.

Paul Cormier a joué dans quelques pièces de théâtre à Rigaud. Il a organisé et participé à plusieurs activités multidisciplinaires à Montréal et à l’extérieur.   Actuellement, il prépare quelques expositions et activités  pour cette année et je suis allée lui poser quelques questions à ce sujet.

LUZ :   Bonjour Paul et félicitations pour votre travail en général! Comment est-ce que l’art est-t-il arrivé dans votre vie?

Paul Cormier :   Je pratiquais la photo depuis longtemps sans me considérer un artiste.

L :     Avez-vous eu des encouragements de votre famille pour pratiquer votre art?

PC :   L’encouragement est surtout venu de mon entourage d’amis et collègues.

L :     Depuis quand est-ce que vous exposez?

PC :   Depuis 1995, une expo solo à la galerie Le Botryche, des Amis de la culture de Rigaud.

L :     Quel sont vos meilleurs souvenirs d’une exposition ou d’un travail?

PC :   L’impact sur les gens, que ce soit un « wow ! » ou une explication de ce que mon œuvre suggère au spectateur.

L :     Avez-vous déjà exposé à l’étranger et si oui, où?

PC :   Jamais encore à l’étranger, mais des gens de différents pays ont pu voir mes œuvres par mon site web.

L :     Quelle technique favorisez vous et pourquoi?

PC :   J’aime tout et je varie ma technique en fonction de mes désirs d’expression. 

L :     Combien de matériel (photos, peintures, etc.) avez-vous depuis que vous avez
commencé votre art?

PC :   Je ne compte plus les photos, plusieurs milliers. Quelques centaines de dessins et peintures.  Mes travaux se trouvent dans plusieurs collections privées également.

L :     Avez-vous déjà gagné des prix ou des mentions?

PC :   Non. Je participe rarement aux concours.

L :     Pourquoi « illustrer ou accompagner » vos photos avec des poèmes?

PC :   Les textes offrent une approche distincte. Certaines personnes commencent par lire les textes, d’autres par se laisser imprégner par la photo.  Le texte est une forme complémentaire, une façon de rendre l’impression qui m’a habité lors de la prise de vue, ou l’effet que me fait la photo plus tard.

L :     Parlez-nous un peu de votre groupe d’artistes multidisciplinaires Les Argoulets?
Depuis combien de temps existe-t-il?
        
PC :  Le groupe des Argoulets existe depuis 2002. Surtout présent à Verdun, il s’implique néanmoins dans des activités dans d’autres secteurs de la ville. C’est un regroupement d’artistes professionnels (ou qui désirent le devenir).  Nos membres pratiquent une variété de médiums et de styles. Notre groupe est multiculturel et intergénérationnel.

L :    Préparez-vous des activités ou des expositions en collective avec votre groupe?

PC : Nous préparons des initiatives de médiation culturelle avec des groupes communautaires de Verdun dans les prochains mois à venir.

L :    Allez-vous recruter d’autres membres pour cette année?

PC :  Nous sommes toujours à la recherche de nouveaux membres, qui peuvent soumettre leur dossier à tout moment (  4501 Bannantyne, Verdun, H4G 1E3)

L :     Qu’est-ce qu’il faut faire pour être membre de votre groupe?  Est-ce qu’il faut vivre dans le sud-ouest ou à Verdun?  

PC :   Nous acceptons des membres de partout, bien que le principal de nos activités se déroule à Verdun et dans le Sud-Ouest.

L :     Combien coûte-t-il pour devenir membre de votre groupe?

PC :   Pour les détenteurs de la carte accès Verdun, 35$ par année, 45$ pour les autres.

L :     Voulez-vous partager quelque chose d’autre avec notre public?

PC :   J’aimerais vous inviter au vernissage de ma prochaine exposition le 18 mars prochain,  à partir de midi au Café Romolo au 272, rue Bernard Ouest coin avec la rue Du Parc au métro Beaubien autobus 160.  C’est un brunch musical avec les violoncellistes : Octavie Dostaler et Émilie Girard-Charest. RSVP : (514) 723-0808.

L :     Je vous remercie et je vous souhaite beaucoup de succès dans vos expositions et activités à venir.

Pour plus d’information pour devenir  membre du groupe Les Argoulets :
(514) 751-2623

Pour plus de renseignements sur le travail de Paul Cormier, veuillez visiter son SITE-WEB :  http://www3.sympatico.ca/paul.cormier

Photo :  Paul Cormier avec son aquarelle « Les pommes »

création et réalisation par Cristian Nistor

graphique et mise-à-jour Bogdan Malaelea-Toropu

Droits de reproduction et de diffusion réservés © TERRA NOVA 2005. Tous droits réservés

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