Magazine mensuel de dialogue culturel Depuis 2001 • No 30 • Montréal • 15.02.2007

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Cristina Iovita
Pauline Bonaparte reçoit Shakespeare à la Villa Borghese (fr)

Février - Mars 2007

Mundo Tango - Un spectacle de Cristina Iovita

Borges – entre mythe et contre mythe

Felicia Mihali

De nos jours, il est encore difficile d’interroger les mythes consacrés par l’histoire littéraire. Une fois entrés dans la conscience nationale ou internationale, les symboles deviennent aussi résistants aux changements que l’histoire même. Borges est un de ces mythes difficile à questionner. Dans son roman Transatlantique, Wittold Gombrowicz est peut-être le premier à se moquer de cette figure légendaire qui tombait parfois dans le carnavalesque avec la cohorte d’admirateurs qui la suivait à chaque apparition publique. 

De son côté, le récent spectacle de Cristina Iovita, Mundo Tango, présenté du 28 fevrier au 17 mars à la Salle MAI, tire sa force du questionnement qu’elle adresse à ce symbole. A cet effet, elle utilise un procédé cher à Borges : donner la parole aux autres. Les deux protagonistes sont Borges lui-même et le dramaturge Rodrigo Garcia. Ce qui en résulte de ce duel verbal est un éloge au poète argentin mais, en même temps, une démolition comique du mythe, tout ce qui découle après une trop longue adulation. Le sujet du spectacle porte sur la sincérité et l’actualité des motifs borgésiens, construits autour de quelques thèmes pleinement associés au continent sud-américain, le tango étant le plus notable.

Le spectacle met en vedette une distribution vraiment impressionnante. Dans le rôle de Borges, Marcelo Arroyo donne un personnage aux facettes multiples. Amoureux de littérature et linguiste enthousiaste, Marcelo nous révèle de façon crédible un Borges à qui l’aveuglement aiguise les sens pour mieux construire une réalité parallèle, livresque et esthétisante. Le contrepoids de ce personnage et offert par un jeune poète interprété avec aplomb par un Mathieu Bourquet promettant, qui se trouve à sa première collaboration avec le Théâtre de l’Utopie. Les deux se complètent réciproquement dans cette épreuve de redéfinir Borges et son actualité. La majesté du grand poète aveugle tourne, cependant, en comédie lorsqu’en scène entre la cohorte des intervieweurs et du public plus ou moins avisé, celui qui applaudit sans rien comprendre de ses allégations. Pour cette partie, il faut reconnaître le mérite de Cristina d’avoir placé intelligemment dans le rôle de cette assistance moqueuse et turbulente Noel Stanzza et Tomas Howlin (les deux ayant une très belle performance en tant que danseurs et très colorée en tante que … acteurs), ceux qui assurent aussi la chorégraphie du spectacle. Danseurs et  chorégraphes de renommé internationales, les deux sont de véritables stars du tango à Montréal. A part de nombreuses participations aux festivals de dans du monde entier, les deux travaillent présentement aux Studio Tango de Montréal.  Pour compléter le tableau déjà riche de la représentation, il faut remarquer aussi le court métrage réalisé par Valérie-Jeanne Mathieu et qui s’insère naturellement dans ce collage de texte et de danse. Sans trame narrative, le film représente une suite de scènes surréalistes, une autre clé pour le monde hermétique de la littérature.   

Spectacle multimédia, Mundo Tango est un événement théâtral riche en significations qui réclame de la part du public non seulement une participation affective mais, surtout, cognitive.


création et réalisation par Cristian Nistor

graphique et mise-à-jour Bogdan Malaelea-Toropu

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