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| Magazine mensuel de dialogue culturel | Depuis 2001 • No 30 • Montréal • 15.02.2007 |
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Le Théâtre de l’Utopie s’est formé dans l’idée de créer ensemble un nouveau style théâtral. Dans le débat scénique qu’est « Mundo Tango », le tango est un « argument » en faveur des mythes fondateurs du pays. Cristina Iovita, metteure en scène et directrice de Théâtre de l’Utopie, écrivaine d’origine roumaine et enseignante en art dramatique par Otilia Tunaru Le Théâtre de l’Utopie a un répertoire engagé. C’est la critique qui l’a affirmé. J’ai découvert que le Théâtre de l’Utopie représente, premièrement, un groupe d’artistes qui croient dans les mêmes valeurs. Ils sont tous des artistes responsables, qui cherchent à éveiller des réponses ignorées. En participant récemment à la pratique du spectacle «Mundo Tango ou L’Amérique au corps», j’ai été décidément impressionnée par la gaieté qui règne dans cet espace qui, en fait, n’est pas du tout utopique. Cristina Iovita, metteure en scène et écrivaine d’origine roumaine, a fondé à Montréal cette compagnie structurée sur le modèle des troupes permanentes européennes. C’est « une nouveauté absolue au Québec où les équipes se font et se défont aux hasards de la production et de la vente du produit artistique », souligne « la Grande Dame du Théâtre de l’Utopie ». Au début, en 1999, c’était l’idée de créer un nouveau style théâtral ici au Québec. Un théâtre populaire inspiré de la Renaissance européenne, qui puise aux traditions culturelles et qui rend accessibles les grandes idées à travers la joie. Présentement, le Théâtre de l’Utopie se distingue par son unicité : il représente un concept bien poli et en même temps un noyau d’artistes liés par amitié. Comme le proverbe le dit, c'est sa rareté qui fait la valeur du diamant… Cristina Iovita n’accepte pas de se conformer à la règle du jeu analogue à laquelle le théâtre est considéré un produit. Selon ses convictions, « le théâtre représente avant tout ses acteurs. Le théâtre, d’après moi, c’est la rencontre des réalités d’ici et d’ailleurs par rapport à la sensibilité de l’artiste ». Dans une atmosphère de joie réconfortante, Cristina et son équipe d’artistes -je pourrais dire son équipe d’amis, sans me tromper!- travaillaient au montage du collage, « un procédé qui donne une couleur vive de la réalité ». À côté des acteurs professionnels, dans le spectacle sont impliquées deux vedettes de tango de taille internationale : Noël Strazza et Tomas Howlin. Ils sont les porteurs des valeurs culturelles argentines. La musique a été spécialement composée pour cet événement par le compositeur Benoît Rolland. Noël Strazza, professeure de tango et de danse contemporaine, me confie qu’elle a trouvé le projet séduisant. D’après elle, « c’est une invitation à découvrir le tango et en même temps à réfléchir sur le sujet de l’identité. Il s’agit de l’identité des peuples et de l’identité des personnes par rapport à leur culture et à la société d’où ils viennent, spécifiquement à la dictature.» Son expérience en théâtre et en danse a l’occasion de s’épanouir dans la chorégraphie de ce spectacle. Noël me déclare d’un ton persuadé que leur gros défi est d’entreprendre une tournée internationale avec ce spectacle. Et je me rappelle le credo de Cristina Iovita, la metteure en scène vouée aux valeurs de rassemblement créateur et à la permanence d’une troupe de théâtre : « Il faut que ces gens-là croient dans un idéal pour continuer. » OTILIA TUNARU : Parlez-nous du spectacle «Mundo Tango ou L’Amérique au corps», qui sera présenté à partir de 28 février 2007. CRISTINA IOVITA : C’est un spectacle qui aura lieu au MAI (Montréal,
Arts Interculturels) et qui se penche sur le sujet de l’identité.
Il s’agit d’un collage de textes de Jorge Luis Borges
et de Rodrigo Garcia. Une joute poétique entre deux grands
poètes de l’Argentine qui essaient de construire et
de déconstruire le mythe de leur pays. Le spectacle même
est un collage de plusieurs styles et de plusieurs genres littéraires.
Il y a de la poésie, les interviews de Borges, la danse, la
pantomime, les numéros de clown, un épisode filmé dans
le bon style surréaliste.
O.T. : La rencontre entre deux poètes c’est l’axe
de ce spectacle… O.T. : À travers « Mundo Tango », c’est
l’identité de toute l’Amérique latine qui
est mise en question, pas seulement de l’Argentine... O.T. : Qu’est-ce que ce spectacle a de nouveau par rapport
aux autres représentations montréalaises ? O.T. : Il existe une belle chimie entre vous et les membres de votre équipe.
Vous êtes très proche d’eux. O.T. : Vous êtes la fondatrice de Théâtre de
l’Utopie depuis 1999. Quelle est l’idée de départ
de ce projet? O.T. : Le titre -«Mundo Tango ou L’Amérique
au corps»- et tout le spectacle, mettent en
vedette le tango. Considérez-vous que cette danse représente
un art? O.T. : Ce spectacle représente un hommage au tango, mais
en même temps vous touchez à plusieurs débats
de la société et à plusieurs styles. O.T. : Vous êtes une auteure de pièces de théâtre… O.T. : Le texte intitulé «Romania III», pièce présentée
en 2004 au Théâtre Prospero, a été un
spectacle basé sur trois pièces originales créées
par vous («Les Belles et la Bête», «L'attente» et «L'art
de mendier»). Selon ce spectacle qui a été un
succès, on dirait que vous avez une préférence
pour l’humour noir? Scénario et mise en scène de Cristina Iovita, assistée par Valérie Desrosiers. Réalisation vidéo : Valérie-Jeanne Mathieu / Chorégraphie : Noël Strazza / Musique : Benoît Rolland / Décors et costumes : Mélina Dupin Girod, Fruzsina Lanyi / Lumières : Anne-Catherine Simard Deraspe / Interprètes : Marcelo Arroyo, Mathieu Bourguet, Tomas Howlin, Noël Strazza. MAI (Montréal, arts interculturels) BIOGRAPHIE : crédit Le Centre des auteurs dramatiques (CEAD) PHOTO : La metteure en scène Cristina Iovita lors d’une pratique du spectacle «Mundo Tango ou L’Amérique au corps»; photo prise par Otilia Tunaru
Entrevue avec Denis Gravereaux! C’est grâce à ma persévérance, à ma maturité et à mon expérience que j’ai découvert ma profession. par Luz Garcia de Zielinski Le mardi 16 janvier dernier, durant l’une de plus froides soirées de cet hiver, j’ai assisté à la première de l’œuvre d’Évelyne de la Chenelière Bashir Lazhar, dans une mise en scène de Daniel Brière, au Théâtre d’Aujourd’hui. Dans le rôle-titre, Denis Gravereaux a réchauffé une salle remplie avec sa passion, son jeu juste et son talent. Durant plus d’une heure, seul sur scène, il nous émeut, nous amuse, nous fait vivre des émotions fortes, nous fait vibrer et réfléchir. Il est formidable et très crédible dans le rôle de Bashir Lazhar, un immigrant algérien qui quitte sa famille et son pays d’origine pour avoir une meilleure vie à Montréal. Sollicitant l’asile politique, il se bute à l’incompréhension et au rejet. Il est l’étranger, il décode différemment les situations auxquelles il fait face. L’œuvre se déroule dans un décor très simple, où la mise en scène, les lumières et le jeu sont très importantes pour capter et garder l’attention du public du début jusqu’à la fin. Le défi que cette incroyable équipe a relevé avec brio est de taille, mais sa réussite est d’autant plus éclatante! Nous sommes dans l’essentiel, dans le vrai, dans le profond. Nous partageons une expérience théâtrale mais surtout humaine intense et unique. Après chaque représentation, une discussion entre les créateurs et ceux du public qui désirent y assister a lieu autour des thèmes de la pièce. J’ai eu la chance et le plaisir de faire une entrevue avec
M. Denis Gravereaux qui a parlé et répondu avec la
même passion avec laquelle il joue le rôle de Bashir
Lazhar. L.G. : Selon vous, de quelle manière
cette pièce de théâtre peut enrichir le monde
montréalais des planches? L.G. : Selon vous, quel est le rapport de ce projet
avec la pièce de Jean-Marie Papapietro, votre rôle précédant,
celui d’un huissier qui se plaçait de l’autre
côté, qui subissait l’arrivée des immigrants ? L.G.. : Dans l’une de vos entrevues, vous
avez dit que vous voyez un rapport entre le politicien français
Jean-Marie Le Pen et Me Échinard?
L.G. : Comment s’opère le choix
de vos rôles ? L.G. : J’imagine que le sujet de l’immigration vous touche puisque vous êtes un immigrant vous-même, n’est-ce pas ? Comment se passe votre séjour au Québec, comme artiste et comme immigrant ? D.G. : Ça fait 10 ans officiellement que
j’habite ici, avant je faisais des allés et retours
entre la France et le Québec, avec ma femme et mes enfants,
qui sont d’origine québécoise. Mais depuis
1996, je me suis installé ici avec ma famille mais j’ai
gardé ma citoyenneté française, par laxisme.
En fait, je suis citoyen du monde, je n’aime pas l’administration
et c’est pour ça que je suis uniquement résident
permanent. Maintenant, c’est ici mon point d’ancrage,
comme celui de mes enfants. Je vis dans une réalité québécoise,
je ne vis pas dans la communauté française, mes amis
sont des Québécois en majorité. En ce
qui concerne mon parcours de comédien, je me considère
chanceux ! Quand je suis arrivé ici, je n’avais
pas de prétention, j’ai fais l’école en
France pendant une dizaine d’années, après j’ai
tout arrêté et je faisais autre chose. Après
5 ans en France, ma femme voulait revenir au Québec et peu à peu,
je suis retourné dans le milieu théâtral. Au
départ, c’était surtout pour le plaisir ! J’ai
contacté un coach, Christian, et je me suis retrouvé à rejouer à l’age
de 35 ans, je suis reparti de zéro. J’ai passé des
auditions pour les écoles au théâtre Quat'Sous,
au Conservatoire, à Sainte Thérèse, etc. J’ai
donné la réplique aux jeunes, j’étais
la seule tête blanche, c’était cocasse !
Nous avons formé un petit noyau avec un groupe d’amis. J’ai
eu la chance, j’ai une bonne étoile, j’étais
là au bon moment et au bon endroit. J’ai rencontré deux
personnes pivots en 1996. D’abord, Wajdi Mouawad au début
de l’école. Je l’ai connu à travers sa
blonde, il m’a proposé un rôle dans une pièce
où nous étions dix-huit personnes sur scène,
c’était passionnant ! Après cette rencontre
très importante, je jouais au Théâtre Prospero,
c’est là qu’on m’a proposé un premier
rôle et j’ai adoré cette expérience! L.G. : Dans la pièce de Bashir
Lazhar, je vois un parallèle entre l’éducation
et l’immigration. M. Bashir Lazhar dit à un
moment donné à l’un des ses élèves
que, normalement, les enfants aiment aller à la
récréation et qu’ils sont joyeux. Je
pense que quand on immigre, on doit garder sa joie de vivre,
on doit être créatif comme un enfant pour survivre.
Que-ce que vous en pensez puisque vous êtes un immigrant
vous-même? L.G. : Pourquoi avoir choisi la profession
d’acteur ? L.G. : Est-ce que vous avez d’autres
projets en vue pour cette année? L.G. : Est-ce que vous voyez une grande différence
entre le public d’ici et celui en France ? L.G. : En terminant, est-ce que vous voulez ajouter
quelque chose d’autre à l’attention du public
d’ici ? C.V. de Denis Gravereaux : Photos de Denis Gravereaux, prises par l’équipe du “Théâtre
d’Aujourd’hui” « Bashir Lazhar » pièce d’Évelyne de la Chenelière, mise en scène de Daniel Brière, scénographie de Oum-Kelloum Belkassi, effets sonores de Danny Braün et avec Denis Gravereaux dans le rôle-titre.
Le Musée Marc-Aurèle Fortin fait don de la collection du maître au Musée des beaux-arts de Montréal à partir du 31 mars 2007. Interview avec Mme Jacqueline Sabourin, directrice du Musée Marc-Aurèle Fortin. par Luz Garcia de Zielinski Le 2 février 2007, j’ai appris la nouvelle : le Musée Marc-Aurèle Fortin, la seule institution au Québec consacrée à un seul artiste en particulier, fait don de toutes ses œuvres au Musée des beaux-arts de Montréal à partir du 31 mars 2007. Monsieur Bernard Lamarre, le président du Musée des Beaux-Arts de Montréal et Madame Nathalie Bondil, la directrice, ont exprimé leur joie : « Nous sommes particulièrement heureux de ce don qui vient accentuer, de façon importante, la présence de Marc-Aurèle Fortin dans notre collection d’art canadien ». De l’autre côté la directrice du musée Marc-Aurèle Fortin, Madame Jacqueline Sabourin, a expliqué: « pour poursuivre la mission du Musée, les membres du conseil d’administration ont convenu que le Musée de beaux-arts de Montréal assurera désormais la pérennité et la mise en valeur des œuvres de ce grand paysagiste ». Par contre, la Fondation Marc-Aurèle Fortin continuera de tenir des activités bénéfices afin d’aider la relève chez les paysagistes. Mme Sabourin a commenté : « nous partons avec la tête haute, nous avons réussi à couvrir un déficit de 50 000$ avant de céder la collection au MBA ». La nouvelle a été gardée secrète jusqu’à maintenant et en l’annonçant, le Musée de Beaux-Arts de Montréal devance une grande rétrospective qui se prépare au Musée national des beaux-arts du Québec, dans la capitale de la province. Le Musée de Marc-Aurèle Fortin compte plus d’une centaine d’œuvres de l’artiste dont des tableaux importants et significatifs tels que « Arbre déraciné » (vers 1928) et « Commencement d’orage sur Hochelaga » (vers 1940), une vingtaine de gravures, des objets et d’archives ayant appartenu à l’artiste. En somme, la collection inclut la totalité des œuvres de Marc-Aurèle Fortin. Englobant toutes les techniques utilisées et développés par l’artiste, elle comporte les portraits, les natures mortes, les scènes religieuses, les paysages ainsi que les représentations urbaines de Montréal. Il faut dire que l’œuvre de M. Fortin fût innovatrice, l’une de ses techniques consistait à peindre sur le fond gris pour décrire l’atmosphère chaude des ciels du Québec. Il peignait également sur des fonds noirs afin de faire ressortir plus la lumière. Moi, personnellement, je trouve le travail de M. Fortin phénoménal. Il avait une façon particulière de peindre les paysages éclatants de lumière où on sent l’âme québécoise. En 1950, il découvre la caséine, technique à base de lait. Il a peint de magnifiques aquarelles dont la qualité, selon plusieurs critiques d’art, ne se retrouve que chez les grands maîtres. Il essaie également le crayon rehaussé de pastel à l’huile et de fusain. Depuis 1939, il pratique également la gravure. En cinquante ans, M. Fortin a construit une œuvre imposante, dans la solitude mais dans la joie en même temps, comme Vincent van Gogh, l’artiste expressionniste qu’il admirait tant. Tous les deux étaient des gens passionnées et intègres avec eux-mêmes et ils sont morts seuls, infirmes et sans la gloire qu’ils méritaient de leur vivant. Récemment, j’ai eu la chance de visiter le Musée Fortin et j’ai parlé à sa directrice, Mme Jacqueline Sabourin, avant qu’ils déménagent toute sa collection au Musée de beaux-arts de Montréal. LUZ : Mme Sabourin, avant tout, permettez-moi
de vous féliciter, vous et votre équipe, pour le travail
gigantesque que vous avez accompli jusqu’à présent
pour préserver le Musée Marc-Aurèle
Fortin, joyaux national de la province du Québec. Pour
commencer, quel est l’historique de la bâtisse? L: Est-ce vrai que vous-êtes bénévole
vous-même? L: Quels sont les projets les plus immédiats
avec le Musée de beaux-arts à Montréal? L: Êtes-vous peinée pour ce transfert? L: Est-ce que vous voulez partager quelque chose
d’autre avec nos lecteurs? L: Pensez-vous que son talent dépasse
celui des artistes qui font parti du Groupe de Sept? L: Mme Sabourin, félicitation encore une
fois pour votre dévotion et pour votre passion et bonne continuation
au MBA. Musée Marc-Aurèle Fortin Jusqu’au 31mars 2007 |
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