Magazine mensuel de dialogue culturel Depuis 2001 • No 29 • Montréal • 15.01.2007

ARCHIVE

Cristina Iovita
Pauline Bonaparte reçoit Shakespeare à la Villa Borghese (fr)

Janvier 2007

Être immigrant et professeur au Québec

Bashir Lazhar – un excellent spectacle signé par Évelyne de la Chenelière

Felicia Mihali

Les auteurs engagés m’ont toujours fait peur. Non pas qu’ils soient engagés dans les tourments de leur siècle, de leur société, de leur pays ou, tout simplement, de leur ville, mais parce que l’engagement pue toujours l’idéologie.
En nommant Évelyne de la Chenelière une auteure engagée, j’espère ne pas éveiller les mêmes craintes chez mes lecteurs. Évelyne de la Chenelière est une auteure engagée dans les problèmes de son pays, de sa société, de sa ville dans le meilleur sens du terme qu’il soit. Cette sensation, pour ne pas dire conviction, m’a été renforcée par son nouveau texte, Bashir Lazhar, un one-man show, mené avec maîtrise par l’excellent Denis Gravereaux, joué sur la scène du Théâtre d’Aujourd’hui, du 16 janvier au 3 février.

On a rarement l’occasion de voir un texte si bref soulevant des problèmes aussi graves et, artistiquement parlant, si captivants. Les montréalais, les minorités culturelles incluses, sont expressément visées par ce texte qui touche de près deux problèmes encore épineux : l’immigration et le système d’enseignement.

Bashir est un Algérien qui essaie d’obtenir son statut de réfugié politique après avoir fui un pays en proie à la violence meurtrière. En attendant le règlement de ses papiers, il fait de la suppléance dans une école remplaçant une institutrice, qui s’est suicidée dans l’enceinte de l’école. Malheureusement, ses méthodes pédagogiques viennent fortement en contradiction avec le programme scolaire : il s’étonne, par exemple, que les répétitions pour le spectacle de théâtre de l’école se fassent au détriment des cours de français. Avec sa carrure, ses méthodes, et son costume démodé, il fait figure à part dans le corps des enseignants de l’école. Il veut s’engager dans la même voie des professeurs cool, mais cela ne réussit pas à tout le monde : « Mon nom est Monsieur Lazhar et vous pouvez m’appeler Bashir. Je vais tâcher d’être un prof cool, populaire et tout. OK? » Il n’est pas difficile de prévoir qu’il sera vite remercié, tragédie qui va de pair avec le fait que l’office de l’immigration, malgré les preuves irréfutables, lui donne du fil à retordre pour sa carte de résidence. Son nom, Lazhar, envoie fortement au terme biblique de la résurrection à une nouvelle vie : son passé et ses expériences quotidiennes le tiennent toutefois ancré dans un temps de perte et d’échec.

Par ce nouveau texte, Évelyne de la Chenelière, couronnée en 2006 avec le prix du Gouverneur Général, me semble l’une des plus lucides et brillantes auteures du Québec. À la première de ses spectacles, j’ai toujours l’impression d’assister à quelque chose de très important, peut-être à la naissance de nouveaux temps, moins hypocrites.

création et réalisation par Cristian Nistor

graphique et mise-à-jour Bogdan Malaelea-Toropu

Droits de reproduction et de diffusion réservés © TERRA NOVA 2005. Tous droits réservés

annuaire