-extraits-
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Tu accuses les faits : l’ombre
la cendre et la clarté mauvaise
de la lumière du jour assombri.
Tu récuses : les navires
des sociétés pétrifiées dans les glaces
pour peu tu t’éloignerais n’écoutant plus
que la volonté de saisir le sens
des signes, des sensations
mais dans la confession de l’amour
se confond avec le mensonge, et les débris
corrodés de la parole jettent un éclairage
faible devant tes pas.
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une pensée ne vient pas seule
elle cherche des lèvres
des livres épris de chemins
constamment repris par les consonnes
mélancoliques laissées à leur oubli
à l’heure cardinale de ton cri
— chant
qui s’entame
et sans une larme
le sang coule.
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Les flèches d’autres voix
plongent, tendues à l’extrême
timbres qui enflamment la terre vaine
au passage étroit de ta caverne
où se croisent l’ordalie des rives
la fondation énigmatique du temps
que tu ne peux éluder
voix plus âpres
de Palestine et d’ailleurs.
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Un trait de lumière tutoie la montagne
au sommet, et tu voudrais rejoindre
l’esprit des hauteurs, Poème
ton regard embrasse plus large,
libre, enfin, de toute contingence
et soulagé de ton oubli.
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(Faust errait…)
Le soir baigne dans sa lumière
la peau de l’eau parcourue des frisson.
Le jour enjambe la nuit… et les vies.
Est-ce d’entrer dans l’infini qui le rend
impatient, s’y retrouvant davantage
qu’en lui; est-ce le temps qui creuse
ces sillons sur sa peau; est-ce de l’aveuglement
que naît la parole?
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En d’autres périphéries
le mouvement passe
entre tes os, comme les spirales
sombres sur l’eau. Une voix
embrasse l’air
et corrompt quiconque
s’approche. Rien n’est plus
si clair.
Toutefois
tu engendres des routes
même approximatives
qui s’enroulent autour d’un noyau
qui les aspire.
nul n’élabore son tout
sans l’œil de l’âme
sans que s’abîme le corps
alors qu’il traverse
l’épaisseur
des langages.
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(lettre)
Prenons un chiffre, le bleu
avec le ciel qui l’avale
aussi restreint qu’infini
affranchi d’un espace sans limite.
Tout se tient : la rime
du vent reste juste.
Un nom se détache
en pleine lumière
pour rompre le silence
de la terre
— corps nu, couché
contre le béton.
Imaginons cela qui demeure
indéchiffrable :
l’oubli du monde.
Ai-je touché
cette pulsation
d’intraquillité?
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(mythographie)
Ils étaient partis de leurs terres lointaines
pour traverser la mer de l’Ouest
jusqu’aux forets boréales de l’infini
au-delà d’un fleuve non moins immense
gorgé de poissons argentés, de coraux
sombres — pays sans nom et sans chaîne
mais se détache-t-on jamais de la glaise
où nous avons appris à respirer?
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J’étrenne le dernier mot de la terre
la parole semeuse de lumière
— trou dans la voûte des heures
qu’une volonté assortie de son rythme
fait voler dans l’air, pour quelque livre
encore diffus, qui viendrait à son temps
léger, léger comme le déferlement sourd
qui court les jours de pluie, l’étreinte
des hivers sans fin qu’une main tisse
en ombre sur la peau de l’amant
et qui console peu, peut-être
d’un effondrement futur.
Origine des méridiens, Paul Bélanger, 2005
18,95 $
ISBN : 2-89018-545-1