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| Magazine mensuel de dialogue culturel | Depuis 2001 • No 27 • Montréal • 15.11.2006 |
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Prix de la critique pour la saison 2005- 2006 Tout comme elle, Mise en scène : Brigitte Haentjens
L’Association québécoise des critiques de théâtre a le plaisir d’annoncer les lauréats de ses Prix de la critique pour la saison 2005-2006. Dans la catégorie Montréal, le Prix de la critique
est remis à TOUT COMME ELLE d‘après Louise Dupré,
dans une mise en scène de Brigitte Haentjens, Ce spectacle-événement réunissant cinquante comédiennes de multiples générations nous a impressionnés par l‘ampleur chorale qu’il donnait à la parole intimiste de Louise Dupré. Cette vision du travail théâtral où se manifeste la singularité de chacune réinvente les façons de faire actuelles. Avec cette oeuvre polyphonique, Brigitte Haentjens propose une synthèse personnelle de formes scéniques épurées (mouvement, poésie, plastique, chant). Apogée d’une démarche créatrice audacieuse, Tout comme elle offre une réflexion sentie sur la complexité des relations mères-filles et leur confère une portée universelle. Rappelons que les autres finalistes, dans la catégorie Montréal,
étaient :
La lecture de Lorraine Côté mettait en évidence la lucidité du texte sans en occulter la désespérance. Quelle heureuse audace d’avoir confié le rôle de Pozzo à une femme, cela rend le personnage plus singulier et troublant. Ce spectacle, avec son environnement sonore imagé et la puissance métaphorique de son décor, atteint à la pure poésie. Ex aequo avec JACQUES ET SON MAÎTRE de Milan Kundera, dans
une mise en scène de Martin Genest, une coproduction du Théâtre
du Trident et Ce spectacle inventif, ludique et expressif a conféré une teinte inédite à la programmation du Trident, notamment par la sensualité irrésistible de ses marionnettes mixtes surdimensionnées. L’oeuvre, une fascinante variation théâtrale inspirée de Kundera, lui-même inspiré de Diderot, présentait un équilibre particulièrement fin entre libertinage et gravité. Rappelons que l‘autre finaliste, dans la catégorie Québec,
était : Dans la catégorie Jeunes publics, le Prix de la critique est
décerné au FANTÔME DE CANTERVILLE d’après
Oscar Wilde, dans une mise en scène de En prenant à bras le corps le récit d’Oscar Wilde, un pastiche des histoires de fantômes qui hantent les romans noirs, les membres de cette toute nouvelle compagnie ont offert un spectacle particulièrement inventif, un théâtre de poche qui table sur le talent, la débrouillardise et l’imagination. Rappelons que les autres finalistes, dans la catégorie Jeunes
publics, étaient : Dans la catégorie Théâtre anglophone, le Prix
de la critique est remis à SEEDS de Annabel Soutar, dans une
mise en scène de Greg Kramer, une À partir d’un sujet aussi aride que les grandes plaines canadiennes, c’est-à-dire le procès qui a opposé la multinationale biotechnologique Monsanto à un fermier de la Saskatchewan, l’auteure Annabel Soutar a écrit une pièce aussi exigeante que captivante. Ce spectacle vient confirmer la démarche rigoureuse et indispensable de la compagnie bilingue Porte Parole. Rappelons que les autres finalistes, dans la catégorie Théâtre
anglophone, étaient :
Franchir le périmètre Par Felicia Mihali
Jusqu’au 4 novembre vous pouvez voir au Théâtre d’Aujourd’hui Le périmètre, une pièce écrite et mise en scène par Frédéric Blanchette. D’emblée, il faut dire que le spectacle est une réussite, car le rythme, le décor, le jeu des acteurs et le dialogue sont très bien dosés. Les trois protagonistes, une femme et son époux, nous allons expliquer pourquoi on les mets dans cette ordre-là, sont incarnés avec entrain par Catherine-Anne Toupin et David Boutin, à qui s’ajoute vers la fin, Sylvain Bélanger. Tous les trois ont le bon timing, ils savent tenir ce couple qui se déchire après la séparation en dehors du pathétique ou de la bouffonnerie. Il n’y a que par endroits qu’on grossit la ligne, que les deux ex-époux, ex se passionnent trop pour des détails concernant leur compte commun à la banque ou les formulaires à remplir pour le bien-être de leur enfant. La scénographie, signée par Olivier Landreville, met en évidence les restants de cette vie, qui fut heureuse autrefois : en fait, on lit cela dans le programme, car la pièce n’est pas claire là-dessus. Le décor se réduit à un sofa et à une table, meubles qui uniformisent l’atmosphère de tous les salons – et des drames – du monde : la simplification extrêmes des accessoires joue sur le vide créé par la rupture du couple. Toutefois, les milliers de photos, éparpillées en bas de la scène, parlent à leur manière silencieuse de l’amour qui n’y est plus. Elles forment le fondement animé et coloré de cette famille réduite à un sofa et à un plancher parfaitement ciré. Les scènes se déroulent avec une rapidité cinématographique dévoilant le drame d’une petite vie : deux partenaires obligés à des rencontres régulières du fait de la garde partagée de leur enfant. Lui, il est plus rigolo, car il est le loser. Il a perdu sa job, il ne gagne plus beaucoup et, de plus, il néglige un peu l’enfant lorsqu’il est à sa charge. Elle, l’image même de la réussite – la belle maison est à elle – élégante même à la maison, bonne financière, et de plus en plus intolérante avec les faiblesses de son ex. Son nouveau partenaire, bien joué par Sylvain Bélanger, est l’image de son idéal de bonheur - un gars en costume et cravate qui, étonnamment, prend mieux soin de l’enfant que le propre paternel. Lorsque les choses sont si nettes, si clairement placées du côté du bien et du mal, on n’a pas de difficulté à trancher. Alors que le père a l’air d’un clochard et la mère d’un chef de banque, à qui confier la garde de l’enfant? Comment une mère pourrait-elle avoir confiance en une personne qui traîne son enfant dans des restaurants minables, et qui oublie de l’emmener à l’urgence lorsqu’il se casse le bras? Qui a le droit d’être heureux à la fin? Tout ça, ce n’est pas un peu trop simple ? Est-ce que la société contemporaine crée des femmes de plus en plus despotiques et des hommes de plus en plus irresponsables? Ce n’est qu’une femme qui écrit trois pages en réponse à une seule question sur un formulaire désirant le mieux pour son fils. Pourquoi faut-il définitivement jeter à la porte un père râpé, « gardien de la nuit »? Frédéric Blanchette parle sûrement d’un cas particulier : sinon, des individus comme le père de sa pièce, éloigné pour toujours de son fils, deviendraient comme ceux qui bloquent les ponts en réclamant de voir leurs enfants. |
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