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Magazine mensuel de dialogue culturel Depuis 2001 • No 25 • Montréal • 15.10.2006

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Octobre 2006

Nicolae Coande

 

Né le 23 septembre 1962, à Osica de Sus (Olt), en Roumanie, il a étudié l’histoire, la philosophie, la géographie et la sociologie à l’Université de Craiova. Pendant cinq ans, il a été publiciste-commentateur au quotidien „Cuvântul Libertatii” (le Mot de la Liberté) du Craiova, où il avait surtout en charge la page culturelle LAMA (Litterature, Art, Mentalités, Atitudes), en parallèle avec l’activité à la revue “Kalende”. Depuis 1996, il est membre de l’Union des Écrivains de Roumanie, la succursale de Craiova. Présentement, il travaille au Théâtre National “Marin Sorescu” de Craiova, comme chargé de littérature.

 

À la lisière

 

Son absence a de belles jambes. Ces mains mêmes –
qui la décrivent – n’existent pas.
Je me souviens d’elle comme d’un vieux métier : serait-ce
le sou que j’ai donné
au passeur morose ?
Un esprit erre à travers mes pensées, obscur – talita cumi.
Mais je ne peux pas – je ne suis pas Moi.

 

À chacun sa vision

 

Pour un rat traqué par un chat la poésie ne signifie rien.
Sa vie est tellement plus précieuse/plus précieuse sa peau
fétide
et, pour y échapper, il s’enfuit à la vitesse du son. Quand la foudre
du chat le frappe dans la nuque
il garde toujours l’espoir attend un miracle implore un Dieu passif
le chef des rats expatrié dans un pays téméraire.
Il prononce vite les yeux rouges de terreur une courte
prière – sa langue s’enroule déjà,
maintenant il baragouine.
Cependant, le chat, dont le Patron heureux se lèche
le museau
finit à peine de réciter son poème intime.
Quelque chose d’aveuglant se donne à voir :
le premier aperçoit le clair de lune,
l’autre
Le mur auquel pend la lune.

 

Le châtré

 

Ce qu’ils ont, ils l’ont à profusion,
moi, je ne suis qu’un simple clochard, si l’on dramatise un peu
ils ont leur monde et pour que j’en fasse partie il faudrait que je paie
je ne paie pas je reste dehors devant les portes une bouteille de vin à la main
un gars sombre une pièce de monnaie que personne ne voit
ils ont leurs lois ils font ce qu’ils veulent
je ne paie pas je bois je reste dehors devant les portes auxquelles
je n’ai jamais frappé.

 

Ma prétention discrète

 

Je vis pour rien je n’aime rien –
un jour je mourrai la cervelle desséchée
dans le silence qui descend sur les choses simples ma voix éteinte
(ma prétention discrète d’être aimé)
sera le cri de la bête blessée
le parfum désuet du thé dans lequel flottent les planètes amères
la dernière illusion d’un style séduisant
ce que j’ai aimé comme un aveugle avec les doigts
quelque chose que Dieu ne voulait pas que je voie
dans un recoin de mon cerveau là où la volonté et le délire
décident malheureusement du sort des autres
j’ai eu le courage de rire jusqu’au bout
j’ai aimé bu écris (pas de pitié pour ceux qui écrivent).
Tu ne peux jamais savoir où se trouve en fait ta vie.

 

Dans leur siècle

 

Je ne peux pas rire dans leur siècle jamais de la vie
caché dans mon propre cerveau
je suis l’homme du grenier
laissez les rats venir auprès de moi
j’ai des scories l’échec le style pervers
des jours remplis par une démence plutôt fragile
je ne peux pas rire dans leur siècle jamais de la vie


À ce moment précis de ma vie

 

J’ai failli pleurer ma jeunesse passée et les autres dons de la vie
si je ne l’ai pas fait
c’est parce que j’ai regardé attentivement la manière dont les autres vieillissaient
les larmes ont failli inonder mes yeux
à ce moment précis de ma vie – mais en fait le démon du rire
m’a donné un coup de coude
mais en fait l’insouciance la vieille indifférence
ont posé ma main sur mes lèvres
ceux qui m’auraient vu et je suis sûr qu’il y en a eu quelques-uns
m’auraient tiré du drame de cette vie
et le voilà mon drame : j’ai ri amèrement parmi les modernes et après eux
et ce rire – vous ne pouvez pas le savoir – me tient en vie
parmi les vivants.
Si maintenant j’écris toutes ces choses pour ceux qui sont déjà morts, je le fais
avec la même main détachée de mes lèvres.

 

Le poète refuse sa renommée

 

Il se tourna et dit – je sais tout
mais je suis venu trop tard.
Maintenant, à l’âge de fer, aucun message n’anime plus
mes voix
les voix – je sais ce que je dis – puisque je parle à plusieurs voix
mais dans la même langue
la langue qui vous a mis au monde des petits prédestinés
à devenir orphelins
et à appeler maman la première mégère qu’ils voient.
Je sais tout ils ont loué mes mérites comme si j’étais masiah
ils ont envoyé des succubes pour me convertir
pour sucer ma moelle de sefirot.
Ils ont publié mes écrits m’ont rendu célèbre m’ont donné à boire.
J’ai lavé par terre avec eux. Je suis
venu trop tard.

 

je viens de l’enfer du travail

 

le jour est fini. au-dehors il y a les chiens. je pourrais me relever
aussi pâle que la lumière à Dendrah
je suis tombé si bas si je dois écrire –
je viens de l’enfer du travail mes mains violentes jaillissent de la terre
tenant la chair de la femme à l’apogée
je viens de la terre je pourrais me relever emportant la terre tout entière
et quitter les quatre murs brûlants de la pièce où je me transforme lentement
comme le fruit pas encore mûr d’une science ridicule. je suis possédé
par une grande idée par une grande attente
je sais que l’homme n’est aujourd’hui qu’une peau. avec le temps
je parlerai aux morts.

 

Si les maîtres le veulent

(gloire de nuit)

 

La gloire de nuit tout comme la souffrance la patience vit
mais on ne peut pas la nommer
dans ses essais sa manie sa lourde immobilité sa folie
la foi appelle la lèpre grâce
il ne connaîtra plus la prospérité
celui qui s’est ruiné en écrivant – gloire de nuit – les vers
de sa propre vie
à l’époque où il était agréable et utile d’aller à la chasse
vis au nom du bien et tu auras peut-être – si les
maîtres Egregores le veulent – trois ou quatre
amis
tout au plus : mais toujours invisibles.

 

j’erre à travers le cerveau de quelqu’un

 

il n’y a rien qui m’empêche de sortir vers minuit je recherche la pluie
pour qu’elle lave le sang de mon visage
je tiens dans la bouche une mèche de cheveux je suis déjà passé par là
mais ce n’est pas pour cela que je suis toujours triste chaque nuit et chaque jour
jusqu’à la fin de mes jours –
le sang me rend heureux
comme l’ignorance de tous ces hommes qui s’accrochent au calendrier
pour quitter cet endroit je recherche un mur
j’erre à travers le cerveau de quelqu’un
qui ouvre ses veines avec les dents. pourquoi
les hommes sont-ils si lâches ?
ceci est un pays noir.

 

 

Poèmes traduits en français par Linda Maria Baros

 

Bibliographie :

 

Livres:

Poésie:


“În margine”, Éd. „Ramuri, 1995
“Fincler”, Éd. „Ramuri, 1997
“Fundatura homer”, Éd. „Dacia”, 2002
“Folfa”, Éd. „Vinea”, 2003
Il est présent avec sa poésie dans l’antologie „Gefährliche Serpentinen – Rumänische Lyrik der Gegenwart”, Druckhaus Verlag, Berlin 1998, coordonnée par Dieter Schlesak.

 

Journal de voyage:


“Fereastra din acoperis”, Éd „Fundatia Scrisul Românesc”, 2005;

 

Bourses:

 

Boursier de la Fondation „Heinrich Böll” (Köln), novembre 2003 - mars 2004.

 

Interviews:


“Celalalt capat” , Éd. Curtea Veche, 2006.

 

Prix aux concours littéraires

- Le prix pour poésie de la revue “Ramuri” (1988)
Prix de début de l’Union des Écrivains (1995) pour le volume „În margine” (À la frontière), Éd. Ramuri, Craiova
- Le prix de l’Association des Écrivains Craiova (1997) pour le volume „Fincler”, Éd. Ramuri, Craiova
- Le prix de l’ l’Union des Ecrivains de Roumanie (2002) pour le volume „Fundatura Homer” (Homer, le cul-de-sac), Éd. Dacia
- Le prix „Petre Pandrea” (2004) de la revue „Mozaicul” (Craiova)

Octobre 2006

Adrian Erbiceanu: une personne surprenante

 

Par George L. Nimigeanu

Dans une ville cosmopolite comme Montréal, où l’on atterit en étranger parmi la foule, savoir que quelqu’un vous attend et désire vous rencontrer est une surprise plus qu’agréable.

On apprend que c’est une personne sur la même longueur d’onde que soi dès la première rencontre; qu’elle partage le même point de vue sur le monde, les mêmes pensées et la même manière de transmettre celles-ci en poésies collatéralement à sa vie au jour le jour.

J’ai trouvé cette surprise en la personne d’Adrian Erbiceanu. Nous nous étions déjà rencontrés brièvement à Medias à l’occasion du lancement de son premier recueil Confessions pour deux générations organisé par Emil David et Adrian Popescu de Sibiu. Voilà qu’on s’est de nouveau rencontrés, cette fois à Montréal, en tant qu’amis de toujours en travaillant tous deux pour et par l’art exprimé par les mots. Ce qui m’a encore plus surpris, c’était d’apprendre qu’il était différent de celui qu’il avait été lors de ses Confessions pour deux générations. Il était mécontant de soi et de ses confessions, ce qui l’a propulsé d’un coup quelques marches plus haut dans une nouvelle oeuvre poétique, Divina Tragedie.

Ce volume surprenant est une véritable démonstration de virtuosité artistique et de maîtrise de son art, une grande photographie mouvementée bâtie à travers les rimes qui exprime une réalité connue de tous, qui est passée dans l’Histoire et qui nous a tous irrémédiablement marqués.

Mais le poète envisage déjà un troisième recueil qui n’hésitera pas à parler de ses tourments intérieurs. Sa capacité à s’auto-critiquer pourrait lui être productive et bénéfique l’amenant, je l’espère, jusqu’à son summum de capacité créative.
En-dehors de la poésie, c’est aussi une personne captivante, ouverte d’esprit et prête à écouter une opinion différente de la sienne. Attentif aux autres comme à sa muse, il écrit ses poèmes comme il s’écrit soi-même.

Ses récents poèmes se distinguent par sa clareté et la pureté de leurs rimes; par leur sérénité, leur concision, leur profondeur ainsi que leur perspective sur le monde. À l’heure qu’il est, Adrian Erbiceanu maîtrise parfaitement les outils poétiques. Il bénéficie d’un sens à part de la langue roumaine à travers lesquels ses mots infiltrent le néologisme qui nuance et colore ses idées en le dotant d’une fluidité et d’une empreinte spécifique.

Je lui souhaite de tout coeur d’avoir beaucoup de succès aujourd’hui à l’occasion du lancement de son volume Divina Tragedie à Montréal, mais également dans le futur lors de ses prochains lancements.

Traduit par Miruna TARCAU


*Le lancement du volume Divina Tragedie aura lieu le 29 octobre 2006 à la Casa Romana 8060 Christophe Colomb, Montréal.

création et réalisation par Cristian Nistor

graphique et mise-à-jour Bogdan Malaelea-Toropu

Droits de reproduction et de diffusion réservés © TERRA NOVA 2005. Tous droits réservés

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