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| Magazine mensuel de dialogue culturel | Depuis 2001 • No 26 • Montréal • 15.10.2005 |
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Mircea Gheorghe 10 écrivains de Québec et leur littérature pour la jeunesse... Chaque année le Salon du livre de Montréal grouille d'enfants. Des centaines, voire des milliers dans les cinq jours du Salon, accompagnés ou non par de adultes, ils flânent en petits groupes espiègles, bruyants dans les allées baptisées aux nom des grands écrivains québécois, s'attardent devant les stands des maisons d'édition La courte échelle, Boréal, Michel Quintin, Héritage, Souliers, Le Raton laveur, Dominic et Compagnie, Les 400 coups, etc., feuillettent les nouveaux livres et albums de leurs auteurs préférés et collectent des autographes... Leur engouement prouve que la littérature pour la jeunesse se porte bien et que les auteurs qui s'adonnent à l'écrire savent bien cibler les intérêts et la sensibilité des plus jeunes visiteurs du Salon. Jetons un coup d'oeil sur l'oeuvre de dix écrivains, parmi les plus populaires du Québec selon une sélection qui est par la force des choses subjective et sans aucune prétention d'infaillibilité. Ginette Anfousse, née en 1944 à Montréal, est également une très bonne auteure et une merveilleuse illustratrice, bivalence qui est commune à la plupart des écrivains québécois pour la jeunesse. Récipiendaire de nombreux prix littéraires Ginette Anfousse a crée, à partir des années '70 des personnages attachants, Polo, Jiji, Rosalie, Marilou dans des séries bien aimées par les enfants. Camille Bouchard (né en 1955 à Forestville, Québec) est un grand voyageur qui s'implique généreusement à sensibiliser le monde au sujet des problèmes engendrés par la pauvreté des enfants dans les pays du tiers monde. Certains de ses romans (L' Intouchable aux yeux verts, La déesse noire, Le ricanement des hyènes, Les Crocodiles de Bangkok) ont l'action placée en Afrique ou en Asie ce qui donne à l'auteur l'occasion d'instruire ses jeunes lecteurs sur la diversité de notre monde. Le ricanement des hyènes dont l'action se passe en Afrique, a reçu le Prix du Gouverneur pour l'année 2004. Denis Côté, né en 1954 à Montréal est un autre auteur qui s'illustre avec une égale maîtrise dans plusieurs genres de fiction. Distingué avec le Prix de Gouverneur pour l'ensemble de son oeuvre, Denis Côté, fait évoluer dans ses romans (L'Empire Couleur de sang ou la Fôret aux mille et un périls) des personnages littéraires et historiques célèbres: Alexandre Dumas, Don Quichotte, Merlin, Cagliostro etc. Avec Christiane Duchesne, née en 1949, on est dans la présence d'une créatrice protéiforme. Elle a écrit et illustré des nombreux livres et albums mais en plus elle a traduit des centaines de livres pour enfants, composé des chansons, écrit des scénarios pour radio et télévision. Parmi les personnages avec lesquels elle a conquit la fidélité des ses lecteurs on retient Edmond le raton, Julia, Jomusch, Monsieur Edgar. Cette année, Christiane Duchesne fait partie des finalistes pour le Prix TD de littérature canadienne pour l'enfance et la jeunesse. Cécile Gagnon est une aristocrate de la littérature pour enfants au Québec et au Canada. Née en 1936, elle s'est forgée une très solide formation universitaire après des études au Québec, États-Unis, France et Italie. Elle a commencé sa prodigieuse carrière littéraire dans les années '50. Plusieurs de ses livres ont reçu des prix littéraires: Pêche à l'horizon (1962), Ô Canada (1964), Martine-aux-oiseaux (1970), Châteaux de sable (1988). François Gravel (n. 1951 à Montréal) a reçu le Prix du Gouverneur en 1991 pour Deux heures et demi avant Jasmine (1991) et d'autres prix littéraires pour des romans faisant partie des séries David et Klonk, très populaires, qui lui ont valu un bien mérité prestige. Il a écrit environ vingt livres pour la jeunesse. Marie-Francine Hébert est une auteure dont les livres ont été traduits dans plusieurs langues (espagnol, italien, anglais, grec etc.). Née en 1943 à Montréal, elle compte parmi les cinq écrivains les plus aimés par les jeunes. On devrait retenir la sensible trilogie Le cœur en bataille, Je t’aime, je te hais… et Sauve qui peut l’amour inspirée du monde des adolescents et ses pièces de théâtre (Oui ou non, Cé tellement "cute" des enfants, L'Anneau tourne) bine connues et appréciées au Québec, en Belgique, en Suisse et en France. Raymond Plante (1947-2006) est lui aussi un créateur polyvalent qui a brillé comme concepteur et réalisateur d'émissions de télévision (plus de 1000 textes rédigés), compositeur (plus de 400 chansons pour enfants) et particulièrement comme écrivain (27 romans, la plupart pour les jeunes). On retient de l'activité de cet écrivain récipiendaire de plusieurs prix littéraires, l'humour de la série de Marilou, et les aventures de Jeff et Juliette dans des romans qui composent la série "Les clandestins". Daniel Sernine, avec une formation universitaire en histoire, est un écrivain qui excelle dans les genres fantastique et science-fiction. Né en 1955 à Montréal, il est l'auteur de plusieurs recueils de nouvelles de science-fiction et de deux cycles de romans à grand succès auprès du public et de la critique: Neubourg et Granverge (10 volumes) où l'histoire est mélangée inextricablement avec le fantastique, et Éryméen (Argus), 4 volumes, consacrés à une civilisation extraterrestre. Plusieurs prix littéraires, depuis 1977 marquent sa carrière prodigieuse. Gilles Tibo (né en 1951, à Nicolet, Québec), est entré dans le monde de la littérature tout d'abord comme illustrateur. La série d'albums Simon, l'a rendu célèbre avant qu'il se consacre dans les années 90 à l'écriture, sans jamais délaisser sa première vocation. Comme écrivain, Gille Tibo a crée plusieurs personnages charmants parmi lesquels Noémie (dans une série de 15 titres ), Choupette, les deux amis Turlu Tutu et Fanfan, Roro, le cochon savant etc. Gilles Tibo qui en 2005 a atteint le seuil de 100 titres publiés, a été mis en nomination deux fois (en 1997 et 2003) pour le prestigieux prix Hans Christian Andersen. Ces auteurs ne sont, certainement, les seuls dignes à figurer
dans un florilège de la littérature écrite au
Québec pour la jeunesse. Mais ils peuvent, par leurs oeuvres,
nous orienter, nous suggérer les caractéristiques majeures
de cette littérature, très dynamique, très riche,
en pleine ébulition qui n'est jamais en manque d'admirateurs.
Il s'agit d'une littérature généreuse, sensible,
qui cultive l'humour, la sagesse et le bon sens dans des structures
narratives à la fois modernes et accessibles où la fable,
le fantastique et l'évocation des mondes imaginaires ou lointaines
detiennent une place privilégiée. Felicia Mihali Salah Benlabed – La valise grise Petit exercice de dévoilement Dans le paysage littéraire de la prose courte, le volume de nouvelles La valise grise, de Salah Benlabed, fait figure à part. Si ma mémoire de l’époque de mes études littéraires est bonne, Tzvetan Todorov a théorisé la suivante : une bonne nouvelle fait un découpage essentiel dans le bloc compact du temps, mais de la manière que la Geschichte (l’histoire) contienne dans son tout le Forgeschichte – avant l’histoire, et le Nachgeschichte – après l’histoire. De ce point de vue, les nouvelles de Benlabed ne tiennent pas du tout compte de cette théorie. L’impression qui se dégage à la lecture de la plupart de ses nouvelles est celle d’un survol des événements qui s’étendent sur plusieurs années et dans plusieurs endroits. Chaque nouvelle ressemble plutôt à un bref résumé poétique de ce qui pourrait devenir un jour un roman. Plus encore, suivant la lecture jusqu’au dernier titre, les nouvelles de la fin contiennent des allusions aux personnages et aux événements des premières, ce qui donne au recueil la cohérence d’un roman. Benlabed ne respecte peut-être pas la réputée théorie « todorovienne », mais ce premier volume nous offre une belle surprise. L’auteur modèle les phrases comme un orfèvre délicat, il entoure chaque personnage d’une aura fine d’allusions, d’images, ce qui les rend riches malgré la parcimonie des détails. Je cite comme ma nouvelle préférée La Mission, où l’on assiste à une journée de la vie d’un tueur qui s’apprête pour sa mission, en faisait ses adieux aux choses et aux gens qui ne lui sont pas chers, mais qui font, toutefois, partie de sa vie. Le destin de ce personnage est un mélange tragique de manque d’espoir et de perspective, doublé par le désenchantement face à Dieu et à ses prophètes contemporains. Salah Benlabed vient d’Algérie où il a été architecte et professeur d’architecture à l’Université d’Alger. Il arrive à Montréal en 1994, et depuis il a mis au centre de ses préoccupations plutôt la littérature. Si on associe parfois la prose venant des pays magrébins à un certain imaginaire du désert, l’auteur nous désenchante. Sa prose nous montre un visage qui révèle plutôt la tendresse cachée derrière le voile des traditions, parfois de l’obscurantisme. La vie de ses héros est morcelée par des guerres, par des complexes nationaux qui les rendent confus. On aurait parfois envie que les choses soit plus claires, plus explicites, car on connaît si peu sur cet endroit. Sachant l’avidité des détails qui caractérise le lecteur, Benlabed se garde toutefois de tomber dans l’excès. Ses proses n’ont pas l’intention de tout dire, mais de lever un petit peu le voile qui couvre l’âme de ses personnages. Miruna Tarcau L’Ile du Diable L’auteur a aujourd'hui seize ans et elle a commencé la rédaction de ce roman alors qu'elle n'en avait qu'onze! Avec un sens du suspense digne d'une jeune Agatha Christie et un style vivant qui jamais ne s'essouffle, Miruna Tarcau réussit un véritable tour de force avec L'Île du Diable, qui est sa première oeuvre publiée mais certainement pas sa dernière. Une auteure est née. Bryan, jeune détective français, est invité à passer une semaine dans un manoir ancien appartenant à la famille Wilberg. Les amis de la Maîtresse de la maison, Saphira, y sont rassemblés, pour la plupart étudiants en droit ou des soldats venus du Québec. Dès le premier soir et tout au long des sept jours que le groupe passera sur l'île, d'étranges événements se produiront, à commencer par l'attaque portée contre l'une des filles du groupe pendant une séance de spiritisme. Bryan, désireux de bien commencer sa carrière de policier, tentera de résoudre l'énigme entourant cette attaque, énigme qui ne cessera pas de s'élargir et se complexifier au fil du récit. Empoisonnements, alibis tortueux, soupçons mutuels mais jamais
très définis... chaque fois que le lecteur croit avoir
mis le doigt sur un détail crucial, il est tiré dans
une direction contraire. Le coeur du récit se dévoile
peu à peu - histoire d'enfants illégitimes s'arrachant
une fortune familiale ancestrale - et l'auteure alterne les moments
de suspense et de relâchement. Car qui donc est la véritable
héritière de
Julian Kawalec L’épervier qui danse Traduit du polonais par Charles Zarembas L’épervier qui danse décrit crûment l’ascension et la chute d’un être, sans trop de scrupules, Michal Toporny. Le livre commence par son enterrement. Deux femmes s’observent de loin : ses deux épouses successives symboles des deux moitiés antinomiques de sa vie. Issu d’une famille très pauvre, Michal épouse Maria, une paysanne pour sa dot. Ils ont un fils, travaillent beaucoup. Mais, le nouveau système politique avantage les gens issus de classes sociales défavorisées : Michal part à la ville et fait des études d’ingénieur. En ville, iIl y rencontrera sa seconde épouse, Wieslawa, issue de la bonne bourgeoisie. D’un coup, Maria lui paraît laide : Michal divorce, épouse Wieslawa, ils ont un fils. Il coupe ses liens avec le village, rejette ses origines mais finit par être rejeté à son tour de tous : ses collègues, sa seconde épouse qui le quitte pour un homme plus charmant, un vrai citadin. L’épervier qui danse est construit comme une pièce de musique répétitive et illustre les problèmes d’identité. L’Auteur Julian Kawalec est né le 11 octobre 1916 à Wrzawy, près de Tarnobrzeg (Pologne). Issu d’une famille paysanne pauvre, il fait des études de lettres à l’Université Jagellonne de Cracovie. Passe la guerre dans son village natal. Après la guerre, s’installe à Cracovie où il travaille comme journaliste. Son style, répétitif, envoûtant, ses nombreux monologues intérieurs peuvent rappeler la prose de W. Faulkner — teintée de stylisation biblique.
Barry Callaghan Jamais est l’écho de toujours Traduit de l’anglais (Canada) par Claire Chabalier et Louise Chabalier Ce roman raconte l’histoire d’Albie Starbach, concierge dans un immeuble locatif, passeur scolaire et cow-boy urbain paranoïaque. Albie, qui voit et parle à des desperados dans son monde imaginaire, recherche une certaine intimité là où il peut, auprès des danseuses d’un bar de striptease ou assis dans la chaufferie de la maison de chambres, l’oreille collée aux conduits d’air, à l’écoute de locataires pleurant au téléphone. Jeune homme ayant sa fierté, il est déterminé à démontrer sa valeur à ses desperados, à la police, aux écoliers, ce qui le mène à une fin apocalyptique.
L’Auteur Né à Toronto en 1937, Barry Callaghan est à la fois écrivain, poète, journaliste et éditeur. Professeur à l’Université York, il a fondé la magazine littéraire Exile de même que la maison d’édition Exile Editions. L’excellence de son travail journalistique a été soulignée par de nombreux prix, tant au Canada qu’aux États-Unis. Très bien accueillis par la critique, ses ouvrages de fiction ont été largement diffusés aux États-unis et en Angleterre, et ont été traduits dans plusieurs langues. Alexandre Bourbaki Traité de balistique « Voilà plusieurs mois que le ciel du Pacifique grouille de signaux radio japonais, chinois, américains, coréens et russes, entremêlés en une bouillie indéchiffrable. De part et d’autre du front, le moindre message militaire est soigneusement crypté, qu’il s’agisse d’un important plan d’attaque, d’informations sur les mouvements ennemis ou d’une simple note concernant l’approvisionnement en papier hygiénique. » On ne résume pas le, on se contente de le laisser nous surprendre.
Mais pour les besoins de la cause, esquissons tout de même quelques
péripéties loufoques, véritables insultes à
la logique et aux lois de la physique, dont sont victimes ses L’auteur Alexandre Bourbaki naît à Limoilou en 1973, d’une famille de transfuges soviétiques. Il s’initie dès son plus jeune âge à la science en dévorant les albums de Tintin. Plus vieux, il se passionne pour les modèles réduits, la téléportation, les romans de Jules Verne et les recettes asiatiques. En 2001, il s’attaque aux lois de la physique élémentaire. Tout est à refaire : la gravité, la géométrie du chaos et la relativité. Cette entreprise audacieuse le mènera de Vladivostok à Sandy Beach en passant par les profondeurs de la station Berri-UQÀM. Ce Traité de balistique marque la fin du voyage. Le collectif Alexandre Bourbaki est composé de Nicolas Dickner,
auteur de Nikolski (Alto, 2005, Prix Anne-Hébert, littéraire
des collégiens et des libraires du Québec 2006; finaliste
du Prix du Gouverneur général 2005) et de L’Encyclopédie
du petit cercle (L’instant même, 2000, Prix Adrienne-Choquette
de la nouvelle et Jovette- Bernier), de Bernard Wright-Laflamme, qui
signe ici ses premiers textes de fiction, et du dessinateur Sébastien
Trahan, membre fondateur de l’écurie Mécanique
générale.
J. P. April Les ensauvagés Au royaume de Raham «Il était une fois, au fin fond du Témiscouata, une famille ensauvagée. Le père, un être féroce, rugissait au nom de Yahvé. La mère, une sainte martyre, était dépossédée du parler. […] Les enfants, neuf, ne savaient que jargonner leur soumission au seul vrai Testament de Tchacabuse. Pourtant. Trois grands enfants s’évadèrent de la cabane familiale. […] ils découvrirent le chemin de fer qui les conduisit à l’autre bout du monde, Rivière-du-Loup, pour échapper enfin à Raham, à l’oeil d’or dans le triangle de feu vert dans le ciel. » Qui suis-je? C’est la question que se pose le docteur Alexandre Paradis depuis des années. Il cherche en vain le lieu de sa naissance – car il sait qu’on lui a menti sur ses origines – jusqu’au jour où il découvre trois enfants ensauvagés. Cette rencontre est le début d’une quête qui mènera Alexandre dans les bois du Témiscouata. Là, vivent comme des sauvages les membres d’une famille qui parlent un curieux jargon. Le père despotique, Raham, se prend pour un messie. L’aîné, Zac, est bossu et idiot. Il s’accouple avec des ourses et s’enfouit dans leur dépouille. La deuxième s’appelle Élaï, elle parle le langage des oiseaux tout autant que celui des humains. Elle rêve de voler comme une grande buse…Vivianne, la nièce d’Alexandre Paradis, croit comprendre le langage des ensauvagés. Elle est jeune, belle, et terriblement sensuelle, au point de faire chavirer son oncle. Tous ces personnages entretiennent une parenté consanguine soupçonnée mais non élucidée. Les ensauvagés, c’est une énigme résolue qui trouve son origine au coeur de l’inceste et de la démence ! L’auteur |
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