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| Magazine mensuel de dialogue culturel | Depuis 2001 • No 25 • Montréal • 15.09.2006 |
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Marius Budu Apocalyptic Delirium Cold… Surrounded by a bitter emptiness. Sore eyes, a loud metallic clanking randomly ascends around me. Easily retrievable trains of thought become abbreviated by the sound;
The once all mighty forces of nature, contained in jars, almost canopic,
I look up, towards what I once knew to be the sky, The Angels are the Masterminds of the apocalypse! Their wings span out like those of cargo planes, Time machines no longer function into history, No trace of clocks, because the face of Death is timeless. The last 2000 years, we spent inventing better lives for ourselves.
Maternal instincts of the beasts are obsolete among the wires. My faceless companions pass by me like marching ants in rows. Sad that I couldn’t see my dream come true among the People,
And in this awe-inspiring moment, all I can do is weep. I am surrounded by the true completion of the blueprints of our own
demise, Eternal juggernauts emitting sounds only perceived by my two ears,
We had such hatred for the old beasts of our world, …of our very souls Rodica Draghincescu L’ OMBRE À QUATRE MAINS (manifeste pour le renouvellement du kilométrage poétique) À Friedrich Schiller Motto : « Autour d’un mot comme autour d’une lampe (…). Jamais pour une idée, mais pour un mot »
Edmond Jabès, « Les mots tracent » À tâtons. Attends le bon plaisir de la langue. Décor, personnages, rideau, heure exacte, entrées,
alarme, sorties de secours, dans le texte à suivre. Attention aux syllabes. Il y en a une pourrie, les piliers de la
bouche principale datent de 1750, ceux de la secondaire sont tellement
écartés et tellement neufs, moi, nue et arrogante. Dénatte cheveux longs et du chignon tombent des feuilles de papier (une centaine) que je commence à lire, la tête en bas, d’un air affecté : air nocif, lumière nocive, eau nocive, vivres nocifs, maisons nocives, jouets amis animaux nocifs, consolations nocives, nationalité nocive, langue nocive, pays amour nocif, parents, meubles, vêtements et absolu, naturels. absolument moi. Marche, défile, compte mes doigts, plutôt me rappelle bon cœur de quelque chose. Me présente à moi-même, la garde d’honneur. Les pourparlers entre moi, sourde-muette et moi, parlante, se déroulent bien. Mission de continuer souffrance ou substance de ces cents papiers du chignon. Trouve ma chemise noire par terre. Regarde carreaux noirs, garde secret de couleur. Blanchissez rien. J’illuminerai de bas en haut. Il nous ira en noir, moi, blonde, et vous, peuples de Derrida. Corps noir manque à son sang noir. Et le noir se tourne les pouces. À genoux, comme si je tourne un film porno sur la polysémie. Me faut une lame de rasoir, que zéro poilu et vierge soit mieux flambés à la française. Le vent froid apporte un écho : - Inculpée, un projecteur vidéo va évidencier tes mains ! L’écho lance des cailloux dans ma voix. - Qui est là ? Qui ai-je appelé ? Allume cigarette, me tiens en laisse. - Si ce n’est que toi, vas-y, avance, la collision nous rendra heureux. LE CORPS QUI GOUVERNE : - Née le 29, moi, le 10, lui, à deux cents ans de distance. Friedrich le roux, lèvres charnues, nez aquilin, dentelles, cils de soleil, tête inclinée, pensée disponible à toute fossette. LE CORPS QUI AVANCE : Celle-là, suis tantôt maigre, tantôt dodue, brune, blonde, cheveux coupés à la Jeanne d’Arc. L’ OMBRE À QUATRE MAINS : Si ce n’est que toi, vas-y, avance ! Mes cheveux poussent aux sons d’une lyre : eau rose, air de printemps, 4 chambres, amis d’été, jouets crétins, animaux une centaine, nationalité aucune, langue compliquée, l’amour du pain bis à la marmelade. LE CORPS QUI GOUVERNE : À la campagne, parmi chèvres, vaches, moutons, chevaux, oies, canards, cochons, pintades, poules, moineaux, pigeons, taureaux, que tu sois paysanne ! Et lui, fils de Kaspar, l’officier, et de Dorothéa, pieuse luthérienne, espérant voir F. docteur croyant ou prêtre. En dépit des efforts paternels, Friedrich écrit des poèmes. De Petite-Étoile, fille. Et de Pavel, moi. Elle, mam’, de Noutza, et d’Aurel, fille. Fille de réfugiée, Noutza. De Marie B., de la Transylvanie sanglante, dans le Banat roumain. Fuyarde, famine, guerre, Marie, deux nationalités, brune, belle, lèvres extrêmement mobiles, jacassant par plaisir sur Noutzy, copie fidèle. Aurelius, de Rosa, la grassouillette, 1,60, née Nan, femme de curé. Aurelius Pépé, le grand aux oreilles pendantes. Tous les samedis d’hiver, fait show « Oreilles volantes, dents en train de pousser ! », patati patata, flapp, miracle en centimètres. Oreilles de pépé battent ailerons. À tout moment, quatre dents décédées vont ressusciter à leurs places. Abracadabra, allez hope, minute, une dent, deux, trois, quatre. Rit sous cape. Abracadabra ! Allez hope ! La fin du show, poudre de pépins, courgette rouge, laksha juif, à petit feu. Bouche pleine, Aurelius fait cours de lutin, zut, de latin. Et ding-dong, la langue morte mit bas italien, français, espagnol. Dans ma tête de gamine, pendent des bouches immenses, mangeant ce plat au lait de chèvre. Kilos multicolores, sucrés, langues de pépé se balancent sur la table. Tout d’un coup, pose main droite sur une tranche de français. La mange. Bucarestoise A., tante, hiver 1970, m’invite chez elle, étudier
musique, peinture, ballet. Chante, joue de l’accordéon
et de la mandoline, peins mûrs, vitres, pots de la maison, en
des couleurs criardes. Pars jamais. Pleure jour et nuit de peur que
la famille (parents, mémés, pépés, voisins,
caneton François) ne rendent l’âme, que fleurs
ne se fanent, hirondelles et moineaux n’explosent cause des
mûres noires, que Fanny-souris dans le placard ne vienne, y
a l’attrape -souris de pépé. Tante A. écrit
fin page : « Dommage, Petite pourrait gouverner l’monde!
Pissez pas contre talent ! Fâchée contre vous. Moi, Anne
» Un jour de 1768, Charles II (duc Karl Eugène) l’emmène à Stuttgart, étudier armes et théologie, à l’Académie militaire. CE CORPS QUI GOUVERNE : Sans culotte, longue chemise rouge, ce corps se raconte odeurs et goûts, framboises et mûres, prunes et coings. Divers jardins me tâchent de la bouche aux yeux, bouche aux pieds. Jus noir. Toujours tête en bas, à suivre. Feuille numéro 40. Corps noir approche. Lie d’amitié (Friedrich) avec les braves et les riches de Marbach. Feuille 40, Rodica, dans le Banat roumain. La 41-e à Stuttgart, en Allemagne. M’éloigne, tête en bas. LE CORPS QUI GOUVERNE : Amitié avec Étoile, mam’, avec Lucie, blonde molle, rue du cimetière, avec Dorine, s’accrochant au chadouf pour toucher l’eau du puit (ses poupées second-hand sont des manchotes, petits copeaux- prothèses dans les trous des épaules), et avec Rika, voleuse de gâteaux, pilant son propre père, de la confiserie centrale. « J’ai faim! J’ai faim! », ses poupées grandes gueules, dans leurs boîtes en carton en sont coupables. MOTIVATION D’ORDRE ESTHÉTIQUE. QUELQU ’UN DE LA FEUILLE 41: N’y a-t-il pas moyen de te taire ? LE CORPS QUI AVANCE : air en carton, lumière en carton, eau en carton, vivres en carton, maisons en carton, jouets en carton, animaux en carton, pays en carton, nationalité en carton, langue de carton, meubles, vêtements et absolu carton. absolument puzzle. (Ce refrain accède au code de la réalité.) UNE VOIX DE LA 41-e : - Et à lui, à ton bard préféré, tu fais quoi vipère ? LE CORPS AVANCE, LE RÉEL EST VOILÉ : Des odes pour la joie, lui, odes pour la perte de la joie, moi. Étudie latin, philosophie, médecine, chevaux et armes, F. Moi, latin, lutins, laksha, locomotives, roue du potier, genres de marmelade, théâtre aux yeux fermés, philosophie noire. Commun : Die Jungfrau von Orleans. Visions de Pucelle. Robe belle mariée, deux fois habillée, R., que finalement Marie Stuart n’en a pas eue, moi, elle, lui, il écrit le drame « Marie Stuart » (1800), bosse avec Goethe, moi qu’avec moi contre moi. Charlotte von Lengefeldt épouse lui, mariée avec Singer, suis – moi. Pneumonie, pleurésie, il les a. Au bonheur des malades, moi, estomac, foie, seins, estomac, seins. Influencé par Kant, F., ensorcelée par Platon, R., on se connaîtra 200 ans après le 9 mai 1805, à Weimar, sa mort, me voit dormir le 1-er octobre 2000, figée dans son fauteuil militaire, à Stuttgart, postmoderne dans une boîte en ciment. La numéro 30. L ‘OMBRE À QUATRE MAINS HURLE, PRÉTEND LA LOGIQUE : - La 30 ! Dorment ensemble, chacun à sa façon de fermer les yeux, parlent langues différentes, même temps, se comprennent jamais. Dingue ! LA FIN D’UNE PROPOSITION. UNE VOIX TRÈS CONNUE : - C’est quoi zéro poilu, madame l’inculpée ? LE CORPS QUI AVANCE TIENT PLUSIEURS DOCUMENTS À LA MAIN Me regarde longuement, lui fais manger ma citerne de larmesmarmelade. M’écoute longuement, lui fais découper les oreilles, les mains, le cœur, m’offre ce qu’il lui reste (pieds, meubles, objets d’écriteur, voix d’espoir, silence, cour et formes de château « übergangsstil »), ne lui laisse rien, à part l’image de Roumanie à l’étranger, dont nul n’aime plus rien entendre. LA BOUCHE PRINCIPALE S’ENTEND DEPUIS 1750. ELLE CLAQUE DES DENTS : - Larve laqué ! Son écho : - On est contre l’écrit ! - Larve laquée ! Son écho : -On n’aime pas poésie ! - Larves laqués ! Son écho : - On a honte des poètes! Terres et ciels pourrissent à cause de! - À bas Dormeurs du val ! Son écho : - À bas larves laqués ! BOUCHE SECONDAIRE S’ENTEND PAS, MAIS ELLE DECLARE : - La symétrie blanc-noir, vie-mort, victoire-perte, ami-ennemi, droite-gauche, propre-sale, ordre-désordre – zéro poilu !!!!!!!!!!!!. Je tends un arc vers mon front : « . Prenez ma tête! Ou je le ferai moi-même. Suis sagittaire » : - Poétiser n’est pas idéaliser ? Et idéaliser n’est pas un repas funéraire ? Regarde mes paumes. Cherche noise. - Et idéaliser n’est pas repas funéraire ? Secours d’urgence, ne me réponds jamais, m’attache
à un piquet de la mémoire. LA MÉMOIRE : - Cite toi – même : « Le poids zéro de la
femme qui sur la symétrie opposée écrit maintenant,
truc d’ancienne particule, écrit Peter Higs, à
nouveau, ce mécanisme temporel qui rompt spontanément
symétries - symptômes, ne parlons plus de leurs traits
communs ». Cite ca et file ! L’OMBRE À QUATRE MAINS ME MONTRE SES AURICULAIRES : Au fond, redressé, Schiller en dentelles noires, roses noires à la main, quitte le poster noir. En détail, zéro poilu me traîne durant ces forêts de cheveux et poils. LE ZÉRO POILU : pas d’air, pas de lumière, pas d’eau, pas de vivres,
pas de maison, pas de jouets, pas de pays, pas de langue, pas d’absolu,
que cette tranche de français rouge. NOTE : Entre 2000 et 2002, j’ai eu une bourse de littérature
en Allemagne, à Stuttgart, dans une académie internationale,
ancien château appartenant au duc Karl Eugène de Württemberg,
là où autrefois le poète et le philosophe Friedrich
Schiller avaient fait des études militaires. Stuttgart, entre le 21 décembre 2003 et le 1 janvier 2004 Cristina Montescu Paroles d’un sans bagages Je veux crier d’hier jusqu’à demain. Sables bleus, lumière aquatique emprisonnent mes cris. Je veux crier avec la bouche les yeux les oreilles les orteils les doigts de mon cœur. Le poète est une invention. Il n’y a jamais eu de poète. Un sans bagages est un analphabète qui crie. Il est analphabète parce qu’il connaît beaucoup d’écritures mais il ignore la sienne. Un sans bagages est un analphabète qui marche et qui crie. Il marche pour pouvoir crier. Un sans bagages vit en sursis. Il vit pour les morts provisoires. Le sans bagages aime apprendre parce qu’il sait oublier. Toute écriture qui s’arrache aux dents de l’oubli est une écriture fausse. Le sans bagages voyage dans l’espace, dans le temps, dans les langues. Le sans bagages déteste les animaux mange-serrures. Le sans bagages aime « les nuages…les nuages qui passent…là-bas…là-bas…les merveilleux nuages ! » Le sans bagages n’aura jamais les mains salies du sang des Albatros. Il aime les regarder voler. Le sans bagages construira toute sa vie des ailes frêles pour goûter aux nuages. Cependant, il saura que les nuages se dérobent à sa langue. Le sans bagages, chevalier dégarni, mordra dans les mots de tous les jours. Le sans bagage accouchera de paroles. Le sans bagages écrira des poèmes romans pièces de théâtre. Il les verra mourir. Le sans bagages voudra écrire pour l’humanité toute entière. Les langues le serrent, les pays l’encagent. Le sans bagages rêve à celui qui puisse lui couper les deux mains, la langue et les pieds. Il l’attend et il le craint. Le ciel pleut de la poussière sur sa tête. Il n’y a personne pour comprendre son cri. Il va inventer une autre langue pour ceux qui vont naître plus tard, quand la poussière sera noire et compacte. |
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