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| Magazine mensuel de dialogue culturel | Depuis 2001 • No 25 • Montréal • 15.09.2005 |
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Jean Désy Au nord de nos vies Le Grand Nord : beauté d’un pays gigantesque et implacable! « Le Nord. Des tempêtes à tout moment, toutes sortes de tempêtes, des bourrasques humaines. Toujours mille fois pires que celles provenant de la toundra ou de la mer. Le boulot. Les gardes, les nuits blanches, et puis la beauté d’un pays gigantesque, le soir, le matin, le jour, chaque saison. » Jean Désy est devenu au fil des ans un inconditionnel du Grand Nord. À ses yeux, ce territoire véhicule des valeurs intrinsèquement opposées à celles du Sud. Cela tient à la nudité du paysage, à sa dureté aussi, car vivre dans le Nord, c’est être au coeur de soi-même, sans artifice. Dans cette série de textes, dont presque tous ont été publiés dans Le médecin du Québec, Jean Désy trace un portrait du Nord vu à travers la lorgnette du médecin qu’il est. Le recueil s’ouvre par deux adolescents qui ont fait un pacte de suicide. Il faut les sauver de toute urgence. En avion. Et ça réussit. Au nord de nos vies présente un tableau sans complaisance de la vie et de la mentalité des Nordiques. C’est un recueil à la fois simple et infiniment touchant. On y rencontre des enfants, des adolescents, des vieillards. On y parle de la maladie, du suicide, du désespoir. Pourtant, il se dégage de ces textes quelque chose qui ressemble au souffle de la vie. « Moi, dit le narrateur, pour de mystérieuses raisons, j’étais toujours plein d’espoir face à l’avenir de ce pays. » Un livre à lire pour ceux qui croient que parmi les diverses
cultures sur terre aucune ne peut prétendre détenir
la vérité sur les autres… L’auteur Poursuivant sa quête nordiciste, Jean Désy crée Au nord de nos vies, huit textes ayant le même narrateur, qui parlent de la pratique médicale au Nunavik de même que de tous ces nomades, du Sud comme du Nord, qui aiment parfois la toundra plus que leur propre vie.
Ray Loriga L’Homme qui inventa Manhattan New York, territoire de fiction. Les villes que nous rêvons, visitons, abandonnons ou regrettons ne sont que des inventions. Le Manhattan de Ray Loriga est celui de ses personnages et de ses histoires imaginaires. Des contes de vies qui se chevauchent dans l’espace et le temps pour composer non un portrait fidèle mais plutôt un reflet déformé, une vision propre qui naît d’un riche patrimoine littéraire. un célèbre comédien de télévision, un vendeur de piano mort dans des circonstances étranges, un homme d’affaires prospère obsédé par deux sœurs coréennes, la mort d’un gangster des années trente, des requins dans l’Hudson et deux tours qui s’effondrent. Un paysage qui ressemble beaucoup à Manhattan mais qui est sûrement autre chose. Avec un savant mélange d’humour et de désolation, Loriga déploie la carte d’une ville faite de béton et de littérature. Né à Madrid en 1967, Ray Loriga abandonne très tôt ses études pour se consacrer à l’écriture. Vivant de petits boulots, écrivant dans des revues alternatives, il publie son premier roman à l’âge de 25 ans et enchaîne les collaborations fructueuses, notamment avec Pedro Almodovar dont il est proche. Reconnu aujourd’hui en Espagne en tant que l’un des écrivains marquants des années 90, journaliste et réalisateur, Ray Loriga est une figure majeure de la littérature espagnole contemporaine. Traduit de l’espagnol par Marie Flouriot Tamas Dobozy Dernières notes e recueil de nouvelles éblouissant, où se côtoient ironie, sagesse et comédie noire, explore ce qui rapproche et divise les êtres. Sensible au poids de l’histoire, aux souffrances de la solitude et au prix de la fidélité, Les dernières notes joue de la condition humaine… sans fausses notes. Dans des nouvelles comme Récits de la résistamce hongroise et Quatre oncles, Dobozy fait état du no man’s land culturel dans lequel sont enfermés de nombreux enfants d’immigrants. D’autres, comme Les paysages inertes de György Ferenc et Les dernières notes, explorent les liens complexes entre vision artistique et folie. Sur un mode satirique, Dans le ring, où un homme et une femme règlent leurs différends à coups de poing, étend l’institution du mariage au tapis pour le compte. On lira et relira ces nouvelles pour la profonde compréhension des chagrins et des plaisirs de la vie qui se dégage de chaque page. Recueil marqué par l’esprit, la profondeur et un goût pour l’absurde, Dernières notes est une œuvre de virtuose qui cqptivera l’imaginaire et touchera le cœur. Tamas Dobozy est né à Nanaimo en Colombie-Britannique. Titulaire d’un doctorat en littérature anglaise de l’Université de la Colombie-Britannique. Il enseigne aujourd’hui au département d’anglais et d’études cinématographiques de l’Université Wilfrid-Laurier en Ontario. Ses œuvres ont été publiées dans des revues aux quatre coins de l’Amérique du Nord. En 1995, il a remporté le concours de nouvelles de la revue sub-TERRAIN. When X Equals Marylou, son premier recueil, a été finaliste au Prix Danuta Gleed. Traduit de l’anglais (Canada) par Lori Saint-Martin et Paul Gagné
W.D. Wetherell Un siècle de novembre À l’automne de 1918, le magistrat Charles Marden juge les hommes et cultive ses pommes parmi les Indiens et les pionniers de l'île de Vancouver. Mais les grands maux de l’humanité le frappent de plein fouet : sa femme Laura est emportée par la grippe espagnole et son fils, le caporal William C. Marden, disparaît dans la mêlée des Flandres. Désormais seul au monde, Charles Marden entreprend un périple fou pour trouver l'endroit où la mort a fauché son fils. Dans sa quête, il apprend qu’une femme, retraçant comme lui les pas de Billy, le devance de peu sur les routes. W. D. WETHERELL, qui vit au New Hampshire, signe ici un roman d'une beauté terrifante, qui occupe le lieu entre l'éveil et les rêves. Né en 1948, Walter D. Wetherell a déjà écrit plusieurs romans : Morning, Chekhov’s Sister (traduit et publié en 1990 par les éditions J-C Lattès) ainsi que deux recueils de nouvelles, The Man Who Loved Levittown et Wherever That Great Heart May Be. Il a récemment obtenu la bourse d’écriture Strauss de l’American Academy of Arts and Letters. Ses récits de voyage paraissent dans le New York Times. A Century of November a été publié aux Etats-Unis par les Presses de l’Université du Michigan en 2004 et en édition de poche en 2005. Il a été unaniment salué par la critique et a remporté le prix littéraire le plus prestigieux du Michigan. W. D. Wetherell vit aujourd’hui dans le New Hampshire. Traduit de l’américain par Lori Saint-Martin et Paul Gagné Chez Christian Feuillette, éditeur – collection Séisme
Sonia Kaleva Anguelova EUX AUTRES Originaire de Bulgarie, Sonia Kaleva Anguelova choisit l’exil dans les années ‘70 et s’installe au Québec, après un passage de quelques années à Cuba. Titulaire d’un baccalauréat en arts et littérature, elle écrit pour le théâtre, la radio et divers magazines littéraires, où ses poèmes et nouvelles sont publiés. Son premier ouvrage Abécédaire des années d’exil est publié chez Lanctôt en 2001. Après avoir été animatrice littéraire dans plusieurs bibliothèques de la Ville de Montréal, elle est maintenant agente culturelle à la Grande Bibliothèque. LE LIVRE: Ce recueil comprend 29 nouvelles: La socialiste attardée, L’amoureuse, La droguée, La coquette, Le cordonnier, La fille prodige, etc. – cohorte de personnages marginaux et un peu déphasés. Il se dégage un charme étrange de ces portraits incisifs et colorés, empreints d’humour, parfois d’ironie. Même si la vision acérée de l’immigrante sur la société québécoise, mais aussi sur elle-même, est souvent décapante, ces morceaux de la réalité de Montréal vécue au quotidien sont tout à fait savoureux. COMMENTAIRES: Tels des jeux de miroir, les portraits esquissés dans Eux
autres renvoient les images de l’autre et du même, d’une
façon saisissante. Il s’agit là d’un regard
différent, des plus intéressants, posé sur le
Québec d’aujourd’hui. Le livre sera prisé
des lecteurs de nouvelles autant que de tous ceux qui apprécient
une vision neuve et originale de la réalité.
Jean-François Delisle À CONTRE-JOUR Originaire de Québec, Jean-François Delisle se consacre, après des études en sciences humaines et en lettres, à des activités écologiques et communautaires à Montréal. Un premier roman, La guerre, Montréal chez Trait d’union, portant sur la crise de la conscription de 1917, a retenu l’intérêt de la critique lors de sa parution en 1999. LE LIVRE: Avec À contre-jour, l’auteur signe cette fois-ci un roman plus psychologique qu’historique. Une jeune fille, en proie à sa propre quête d’identité, en vient à séduire son père adoptif. Les multiples péripéties et rebondissements de l’histoire vécue par le personnage en font une sorte de parcours initiatique. Le sujet, même s’il est délicat, est traité avec sensibilité et retenue. COMMENTAIRES:
Marie Nicholas de Ferrer ET SI LE HOMARD S'ÉTAIT RÉVEILLÉ Native de la Gaspésie, Marie Nicholas de Ferrer se partage entre le Québec et la République Dominicaine. Elle signe ici sa première œuvre. Titulaire d’un certificat d’intervention en milieu ethnoculturel, et polyglotte, elle concentre plus spécifiquement ses études sur le mode de vie latino-américain et la langue espagnole. LE LIVRE: Ce roman, écrit avec verve et riche en rebondissements, constitue une véritable saga d’une famille québécoise de la Gaspésie. Les illusions, la misère psychologique mais aussi la vitalité et l’espoir sont ici au rendez-vous. Quatre personnages, une histoire : celle de Muriel, dont la fuite équivaut au salut. Les évènements de sa vie, décrits sous forme de journal, tracent un cheminement tumultueux tissé d’émotions inusitées, de remises en question et aussi d’une confiance inconditionnelle dans le genre humain. C’est qu’un ange veille sur Muriel en dépit du fait que le homard ne se soit pas réveillé.... COMMENTAIRES:
Xavière Sénéchal L'AUTRE VOIX Née en France, Xavière Sénéchal vit à Montréal depuis 1988, partageant son temps entre l’écriture et le travail humanitaire. Avec L’autre voix, elle signe son 6e ouvrage, après Un jour l’aurore, La vie à mort, Vertiges, L’Être anonyme et Le pays d’ailleurs, dont l’histoire se déroule aussi en Inde, où l’auteur a effectué de nombreux séjours. LE LIVRE: Xavière Sénéchal propose une introspection originale dans ce récit où se mêlent fiction et réalité. C’est le “personnage” qui, en prenant possession de l’histoire, dissèque, critique et analyse le parcours et le cheminement de l’auteur. Au fil des confidences faites au gré d’un quotidien vécu à Pondichéry, en Inde du Sud, la voix du personnage – l’autre voix – incarne un double intransigeant, écho d’une conscience plus vaste qui force l’être à poursuivre la recherche de sa vérité propre, en dépit des vicissitudes de l’existence. COMMENTAIRES: Remarquablement bien écrit, ce récit original de Xavière Sénéchal saura sans aucun doute rencontrer, auprès de la critique et du public, le même accueil chaleureux qu’ont reçu ses précédents ouvrages. Le dialogue entre l’auteur et cette autre voix intérieure est des plus émouvants. Les évocations des odeurs, couleurs et bruits de la ville de Pondichéry sont tout à fait réussies. Après Les silences du corbeau, d’Yvon Rivard, Made in Auroville de Monique Patenaude, et plusieurs autres aussi, ce petit coin de l’ancienne Inde française joue décidément un rôle particulier dans l’imaginaire de la littérature québécoise. Alto – rentée littéraire Patrick Brisebois Catéchèse « Dans le comté de Mauvouloir, sous l’herbe folle et les années creuses, les morts ne reposent pas en paix. Des montagnes aux larges épaules se tiennent côte à côte pour les empêcher de sortir. » Un village d’antan aux moeurs sévères, théâtre de la passion interdite entre Sue Ironblood, une Indienne mystérieuse et sauvage, et Violaine, l’aînée de la trinité Murray, un clan pieux et obsédé par les images saintes. C’est dans cette terre de légendes et de racontars, sous les eaux calmes et dans les bois obscurs, que se tisse un drame atroce. Car Mauvouloir est un petit monde prisonnier de montagnes sous un ciel d’acier, un lieu fragile où la réalité se lézarde étrangement, laissant pénétrer les anomalies et les cauchemars. Tranchant nettement avec les trois romans précédents de Patrick Brisebois, tous chaudement accueillis par la critique, Catéchèse se situe à mi-chemin entre les romans de terroir et d’anticipation. Un récit cru fleurant le souffre et l’eau bénite à travers lequel Brisebois pose un regard sans concession sur les (dés)illusions d’hier et d’aujourd’hui. Né à Verdun en 1971, Patrick Brisebois a grandi à McMasterville et sur la rive sud de Montréal avant d’aller vivre dans la métropole. Il y a quelques années, il a temporairement déménagé ses pénates dans la région de Charlevoix afin d’écrire de la poésie et le roman Catéchèse. Il est l’auteur d’un recueil de poèmes, Carcasses au crépuscule, et de la « Trilogie sinistre », composée des romans Que jeunesse trépasse, Trépanés et Chant pour enfants morts, tous publiés à L’Effet pourpre. Paul Quarrington L’OEil de Claire « Tu n’as qu’à sortir dans la rue au moment où une tornade de force trois passe devant chez toi. Nettoyage garanti. Tous tes problèmes, emportés d’un seul coup. » Lorsque l’ouragan Claire frappe Dampier Cay, au sud de la Jamaïque, elle ne fait pas que menacer de rayer de la carte une petite île habitée par des descendants de pirates et désormais foulée par des touristes en mal de soleil. Le monstre emporte avec lui un groupe de chasseurs d’ouragans venu sur place pour l’étudier, le photographier, voire embrasser toute sa fureur. Parmi ces téméraires insensés, une femme et un homme, écorchés par la vie et qui cherchent désespérément leur salut, attirés comme des aimants par l’énergie, à la fois destructrice et tranquille, que déploie un tel déchaînement de la Nature. Que vaut l’existence lorsqu’on a perdu ce qu’on avait de plus cher au monde? C’est dans une ultime et rageuse étreinte que ces deux âmes perdues transcenderont enfin leur chagrin. Grâce à sa construction haletante qui ne laisse pas une minute de répit et à l´intensité de ses personnages, L’OEil de Claire laisse une impression indélibile. Celle d’asssiter aux premières loges à un spectacle destructeur et incontrôlable, doublé d’un drame intime dans lequel un couple, électrisé par l’approche de ce qu’il considère comme l’apothéose d’une existence anéantie par la fatalité, cherche à sortir vainqueur d’un combat opposant des forces inégales. Finaliste au prestigieux Prix Giller, L’œil de Claire est le premier roman traduit en français d’un écrivain fort populaire au Canada et injustement demeuré méconnu au Québec, du moins jusqu’à aujourd’hui. Paul Quarrington est né en 1953 à Toronto. Musicien et scénariste, il est également l’auteur de huit romans, dont Whale Music qui, en 1989, a été couronné du Prix littéraire du Gouverneur général. Les romans King Leary et The Boy On The Back Of The Turtle ont tous deux remporté le Stephen Leacock Award for Humor. Paul Quarrington vit toujours à Toronto et demeure très actif dans les domaines du cinéma et de la télévision. Traduit de l’anglais (Canada) par Sophie Voillot XYZ Éditeur Septembre chez XYZ Éditeur Après un long silence, Jean-Pierre April nous présente un roman absolument étonnant. Les ensauvagés (roman), c’est l’histoire d’une famille qui vit dans l’isolement le plus complet au fin fond du Témiscouata. Tous les membres sont dominés par la figure de Raham, un faux capucin qui les terrorise. Il s’est donné le droit de vie et de mort sur chacun d’eux. Le docteur Alexandre Paradis qui a recueilli trois des enfants de Raham en fuite a toutes les raisons de s’intéresser à ces ensauvagés : entre eux et lui, il y a – il en est convaincu – un lien de parenté. Descente au pays de l’inceste et de la démence. Donald Alarie poursuit dans un nouveau recueil de nouvelles, Au jour le jour, sa description des gens anonymes qui peuplent le Québec. Souvent, ils ont peu à offrir sinon leur silencieuse souffrance et c’est avec beaucoup de compassion qu’il nous en fait la description. Ici, rien de vraiment dramatique et quand c’est le cas, on n’y croit presque pas. Un recueil tout en nuances qui plaît par sa simplicité. Yves Boisvert nous propose Oui égale non. Fidèle à sa manière, il écrit un livre-limite : ni poésie, ni prose, ni essai. Yves Boisvert se veut un mange-canayen. Mais que veut dire « oui égale non »? La réponse ressemble à cette phrase : « Le Canadien est un citoyen nouveau style : quand on est personne, on est toujours un peu nouveau. » Jean Désy est un écrivain prolifique. Il est surtout un inconditionnel du Grand Nord où il travaille depuis plusieurs années en tant que médecin. Le recueil Au nord de nos vies (récits) constitue un tableau de la vie nordique vu à travers la lorgnette de la médecine. C’est un portrait sans concession qui parle du suicide chez les jeunes tout autant que de la sagesse et de la mort des vieux. Un monde à découvrir. Sans préjugés. |
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