Une création d’UBU, en coproduction avec
ESPACE GO et le Théâtre français du Centre national
des Arts du Canada.
Casanova :
« Tu viens trop tard, la fête est vieille.
Les petites amies de mes années
Dorées, t’en auraient dit, de ces merveilles
Sur mes festins de nuit. - Toi, tu es née
Trop tard – je n’ai à t’offrir que mes yeux.
»
Cette lucidité sans fard est celle de Casanova. Ces vers heurtés,
ce lyrisme à chair vive appartiennent à Marina Tsvetaieva.
Dans LA FIN DE CASANOVA, la poétesse russe imagine l'homme
vieillissant, aimant ultimement pour la première fois —
trop tard. Sur la scène d'ESPACE GO, métamorphosée
pour la circonstance, le metteur en scène Denis Marleau recrée
cette rencontre désespérée où vie, amour
et mort fusionnent.
Ce spectacle est également l'occasion d'une — première
— grande rencontre : celle entre ESPACE GO et UBU, compagnie
de création.
À ce propos, Ginette Noiseux, directrice artistique d'ESPACE
GO, dira : « Cette première collaboration confirme la
convergence de nos désirs artistiques et je m'en réjouis.
Denis Marleau, porteur du projet — et sans conteste l'une des
figures phares de notre théâtre actuel — nous ouvre
une voie vers l'oeuvre de Marina Tsvetaïeva, dont l'écriture
est fougueuse, avide, presque indomptable. »
Incandescences
Marina Tsvetaïeva (1892-1941) vit elle-même « dans
le feu »* — selon la formulation de sa fille aînée.
Vers morcelés, saccades et syncopes déferlent et s'entrechoquent.
La fièvre est constante. « L'homme ne voit le monde correctement
que dans la suprême exaltation »*, consignera-t-elle dans
un carnet...
À ce sentiment sans appel, elle aspire toute sa vie. Mariée
à un combattant de l'Armée, la poétesse nourrit
des passions parallèles (parmi lesquelles Boris Pasternak),
aussi entières que fugaces, qui se manifestent par des correspondances
enflammées, suivies de désillusions brutales. Embellissement,
déception, rejet, mépris. Son Casanova incarnera ce
désenchantement inéluctable face à la réalité,
cette quête d'absolu, inatteignable et toujours recommencée.
N'écrivait-elle pas à ses proches, peu avant son suicide
: « sans l'amour, je n'ai pas de vie »* et « quand
je n'aime pas je ne suis pas moi »* ?
Tsvetaïeva signe LE PHÉNIX (ou LA FIN DE CASANOVA) en
1919, un an après s'être liée d'amitié
avec un groupe d'acteurs du Studio Vakhtangov, à Moscou. Elle
écrit pour eux six courtes pièces (ROMANTIKA), ayant
pour thème récurrent la rencontre amoureuse, et dont
les deux dernières sont consacrées à Casanova.
LE PHÉNIX, composée de trois tableaux autonomes, clôt
le cycle. Denis Marleau s'est intéressé au dernier d'entre
eux, centré sur le huis clos entre les deux protagonistes.
À sa demande, André Markowicz est le traducteur-ciseleur
des fulgurances incandescentes de la poétesse.
À la dernière heure du 18e siècle, pendant que,
dehors, la tempête hurle, Casanova et Francisca se soumettent
à leur destin. Afin de préserver l'intimité du
moment, Denis Marleau ne convie que 150 spectateurs à la fois,
dans la salle monacale du château de Dux. Spectateurs, ou plutôt
témoins fantômes, qui se fondront dans l'espace scénique,
totalement redéfini, d'ESPACE GO. Pierre Lebeau (Casanova),
Éliane Préfontaine (Francisca) et Gaétan Nadeau
(le prince de Ligne) prêteront leur voix à cette ode
vertigineuse, volcanique — aux confins du théâtre
et de la poésie.
* Les citations surmontées d'un astérisque proviennent
de Vivre dans le feu (Robert Laffont), une sélection de notes
et de lettres de l'auteure, présentée par Tzvetan Todorov.
DENIS MARLEAU
Mise en scène et scénographie
Après sa formation au Conservatoire d’art dramatique
de Montréal, Denis Marleau fonde UBU en 1982, lors de la création
de CŒUR À GAZ ET AUTRES TEXTES DADA au Musée d’art
contemporain de Montréal. Depuis, le metteur en scène,
adaptateur et scénographe a créé une quarantaine
de spectacles qui voyagent à travers des dramaturgies allant
des Modernes de la fin du XIXe siècle (Jarry, Maeterlinck)
aux auteurs contemporains (Beckett, Bernhard, Chaurette, Soucy et
Pliya), en passant par les classiques du théâtre allemand
(Büchner, Lessing et Wedekind) et les avant-gardes du début
du XXe siècle (Tzara, Schwitters, Klebnikhov). Si le texte
demeure pour lui la matrice d’où tout naît, il
s’intéresse tout autant à la forme scénique
qu’il inspire. Ce « formaliste sensible », selon
les mots de Colette Godard, travaille très tôt avec des
artistes provenant d’autres disciplines artistiques pour ne
cesser de questionner cette forme théâtrale, de même
qu’il explore depuis une dizaine d’années les possibilités
des nouvelles technologies pour réaliser ces « rêves
impossibles » que convoquent parfois certains textes. Sa démarche
atypique atteint une radicalité formelle avec la fantasmagorie
technologique LES AVEUGLES, de Maeterlinck qui, depuis sa création
en 2002, tourne sur les scènes et grands festivals du monde.
Outre le rayonnement de la quasi-totalité de ses spectacles
à l’étranger, Denis Marleau est régulièrement
invité à donner des stages en interprétation
dans plusieurs pays d’Europe, notamment à l’École
des maîtres, au CIFAS ou au sein de Conservatoires et Écoles
supérieures de théâtre. Il est aussi directeur
du Théâtre français du Centre national des arts
à Ottawa depuis 2000.
MARINA TSVETAÏEVA
Auteure
« Ici, je suis inutile. Là-bas, je suis impossible. »
Marina Tsvetaïeva
Après une enfance marquée par de longs séjours
à l’étranger – d’abord en Italie pour
suivre les cures de sa mère, puis en pension en Suisse et Allemagne
– Marina Tsvetaïeva, née à Moscou en 1892,
publie dès 1910 son premier recueil de poésie. En 1912,
elle épouse Sergueï Effron avec lequel elle aura trois
enfants, dont une fille qui mourra en bas âge des suites de
la famine. De 1918 à 1922, elle vit à Moscou dans des
conditions de vie très dures alors que Sergueï se bat
au front dans les rangs des Blancs. Durant cette période sombre,
Marina Tsvetaïeva transcende néanmoins la réalité
par un travail d’écriture intense qui lui procure une
reconnaissance de la part du milieu artistique et littéraire
moscovite. À partir de 1922 commence un long exil à
Berlin, Prague puis Paris, toujours dans des conditions précaires.
Se sentant peu concernée par le milieu littéraire de
l’émigration russe, elle se consacre à une correspondance
intense avec Boris Pasternak, Rainer Maria Rilke, et bien d’autres.
En 1939, Marina rejoint son mari et sa fille en URSS, tout juste avant
que ceux-ci ne soient arrêtés. En 1941, suite à
l’entrée de l’armée allemande, Marina Tsvetaïeva
et son fils sont évacués en République Tatare
pour finir à Elabouga, où elle se suicidera dans la
même année.
Parallèlement à cette trame tragique, elle aura entretenu
toute sa vie des passions grandioses, réelles ou rêvées,
envers des êtres proches ou lointains, dont témoignent,
outre sa poésie, une abondante correspondance, des essais,
des textes dramatiques et des récits. Lyrique et extrêmement
travaillée dans sa structure et ses sonorités, sa poésie
produit pourtant un effet d’immédiateté et de
spontanéité, à l’image de son urgence de
vivre et de sa quête d’absolu. Si Marina Tsvétaïeva
compte parmi les plus grandes voix de la poésie du XXème
siècle, sa liberté d’esprit et sa solitude revendiquée
lui confèrent une place singulière, en distance avec
les courants poétiques et politiques de son temps. LE PHÉNIX
a été créé en 1990 à la Schaubühne
de Berlin dans une mise en scène de Klaus-Maria Grüber,
avec Minetti dans le rôle de Casanova.
Équipe artistique
Scénographie : Denis Marleau
Collaboration artistique : Stéphanie Jasmin
Assistance à la mise en scène : Martin Émond
Costumes : Daniel Fortin
Éclairages : Marc Parent
Accessoires : Stéphane Longpré
Maquillages et coiffures : Angelo Barsetti
Équipe de production
Assistance au décor : Stéphane Longpré
Régie : Marie-Ève Turcotte
Direction technique ESPACE GO : Éric Locas
Direction technique CNA : Xavier Forget
Direction technique UBU : Francis Laporte
Direction de production ESPACE GO : Line Noël
Direction de production CNA : Alex Gazalé
Direction de production UBU : Martin Émond
Tutorat voix et diction : Marie-Claude Lefebvre
Billetterie : (514) 845-4890
Admission : (514) 790-1245 ou 1-800-361-4595 ou www.admission.com
Billetterie d’ESPACE GO :
Du mardi au samedi, de 12 h à 18 h, jusqu’à 20
h les soirs de représentation
Tarif régulier : 28 $ taxes incluses
Forfait GO
3 spectacles ou plus pour 21 $ chacun
(19 $ étudiants à temps plein, 65 ans et plus et professionnels
du spectacle)
ESPACE GO est situé au 4890, boulevard Saint-Laurent, Montréal
Près de l’intersection Saint-Joseph
Métro Laurier, sortie Saint-Joseph