Magazine mensuel de dialogue culturel Depuis 2001 • No 24 • Montréal • 15.08.2006

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Juillet 2006

Shopping and Fucking,
de Mark Ravenhill

Comment partager un repas surgelé?

Par Felicia Mihali

 

Atchoum! Production présente au Théâtre national, situé au 1220 rue Sainte-Catherine, un véritable événement théâtral, la première québécoise du spectacle Shopping and fucking. Depuis sa première londonienne en 1996, la pièce du britannique Mark Ravenhill ne cesse de recevoir des hommages de partout à travers le monde, étant citée tour à tour comme : "véritable coup de théâtre" (Evening Standard), "la pièce la plus importante de la décade" (The Stage), "un phénomène théâtral" (Daily Telegraph). Ravenhill fait partie de la génération contestataire – auprès d’Edward Bond ou de Sarah Kane - qui termine le XXe siècle en tant que continuateurs de la rage initiée par l’oeuvre de John Osborne et qui condamnait la société anglaise dans les années cinquante.

Depuis le milieu des années quatre-vingt-dix, les auteurs de tout genre ne cessent de condamner le consumérisme, le sexe et la drogue, de décrire à quoi ressemble la vie des jeunes en perte de repères. Shopping and fucking marque cette période naïve de la globalisation, alors que les choses semblaient encore maîtrisables, et que la boulimie des achats ne révélait pas encore ses abus, ses profondeurs destructrices. Les quatre personnages - jeunes, bisexuels, homosexuels, drogués - sont écrasés par une société dont le mécanisme intime leur échappe. Dans ce tohu-bohu d’achats, de vente et de consommation quelle est encore la place des sentiments? C’est la question que les personnages se posent le plus souvent. Question aussi grave que le fait qu’on ne peut pas partager un repas surgelé.

Une bonne partie du sens se cache dans la scénographie de Marie Bernard. La cathédrale aux rayons de bouteilles et cassolettes est la nouvelle religion du monde, la nouvelle idéologie du consumérisme. Autrement, dans ce supermarché aseptisé, la marchandise acquiert la valeur d’un produit plus à exposer qu’à consommer. Visuellement, on n’a plus accès au contenu mais uniquement aux emballages : on mange les mets indiens surgelés avec la conscience qu’il a fallu la conquête d’un continent pour y goûter.

Une pièce à voir en cette saison pour le ton amusant de la révolte qui, de temps à autre, laisse place aux sentiments, aux interrogations. Au-delà de l’euphorie de la consommation de tout genre, que les quatre jeunes éprouvent à divers moments, ils montrent timidement leur visage d’enfants dont la croissance a été interrompue et craignent plus que tout de devenir des monstres.

Jusqu’au 4 août, au Théâtre national

Traduction: Alexandre Lefebvre
Mise en scène: Christian Lapointe

Avec: Marie-Ève Des Roches, Alexandre L’Heureux, Patrick Martin, Marcel Pomerlo, Benoît Saint-Hilaire

Interdit au moins de 16 ans

 

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Photo: Andrée Anne Blouin

création et réalisation par Cristian Nistor

graphique et mise-à-jour Bogdan Malaelea-Toropu

Droits de reproduction et de diffusion réservés © TERRA NOVA 2005. Tous droits réservés

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