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| Magazine mensuel de dialogue culturel | Depuis 2001 • No 24 • Montréal • 15.08.2006 |
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La poésie a toujours été très importante au Québec. La poésie est un travail contre ce sentiment de consommation générale dans laquelle nous nous perdons Interview avec Louise Dupré : écrivaine, critique littéraire et enseignante en création littéraire, récipiendaire des prix littéraires et secrétaire générale de l’Académie des lettres du Québec Par Otilia Tunaru On a besoin de croire en quelque chose. Après un entretien avec Louise Dupré, on commence à croire que l’écriture est vraiment un art de survivre, c’est de la thérapie. Lors d’une lecture-conférence, l’écrivaine dénonçait les « nouvelles maladies de l’âme » et expliquait l’engagement vis-à-vis des mots comme acte de résistance. A son avis, l’ouverture envers l’autre représente le vrai amour; le réel c’est quelque chose qui passe par nos rêveries, nos désirs, nos peines. Même le bourdonnement des enfants reste suspendu dans la Bibliothèque Saint Michel, car la voix féminine se levait de plus en plus fort. Chaque mot portait le poids de la responsabilité pour ce qui se passe autour. En même temps, la poète témoignait que l’écriture représente le deuil de sa petitesse : « Je ne suis de nulle part quand le ciel rétrécit, d’aucune forêt, d’aucune ville, comme une femme assise dans sa petitesse de femme et qui cherche son visage à travers une fenêtre camouflée. Là, dans le souvenir de ma mort, de l’instant exact où la respiration m’a quittée, je me berce sans faire bruit, surprise de me retrouver intacte dans la volonté du monde, d’offrir mon nom à la morsure du soleil. .[…] Voilà que je prends le mot amour dans la pauvreté de mes mains, et la lumière se met à courir sur l’abandon des chambres, et je recommence à crever le rêve, comme un poème que je n’achèverai qu’à l’instant de ma mort. » (Tout près) Son apparence fragile cache un caractère fort et un talent vigoureux. Son expérience est impressionnante : dirigeante d’une revue littéraire pendant trois ans, directrice du module d'Études littéraires à l’UQÀM pendant deux ans, secrétaire de l'Académie des lettres du Québec depuis deux ans, enseignante depuis dix-huit ans, écrivaine et mère. Depuis 20 ans, Louise Dupré poursuit dans ses ouvrages (comme La Peau familière, Noir déjà et La Memoria), une quête de l'identité féminine. J’ai eu l’impression que j’ai un livre ouvert devant moi, qui me parle, qui m’enseigne, qui abreuve ma pensée. Je l’aimait pour la cohérence et le frémissement de son texte; maintenant, je l’admire pour l’engagement de son discours qui fait en sorte qu'on s'interroge sur la vie. O.T. : Votre poésie veut créer des îlots de résistance contre le discours actuel? L.D. : Je trouve que le discours présentement véhiculé par les grands médias et par le pouvoir politique est particulièrement réducteur… Et moi, je veux aller contre cet état de fait. Diffuser une parole d’authenticité, qui va à l’encontre du discours dominant, c’est pour moi un acte de résistance. O.T. : Peut-on considérer le poète comme un guérisseur qui nous signale les « nouvelles maladies de l’âme » reliées au malaise de l’être humain et à la société de consommation? L.D. : « Les nouvelles maladies de l’âme », voilà une formule de Julia Kristeva, une théoricienne que j’aime beaucoup. Elle parle des maladies de l’individu, de plus en plus soumis au paraître. Il perd son âme en consommant des biens matériels, des actes sexuels… Donc il s’habitue à l’accumulation sans que sa vie ne soit vraiment traversée par la rencontre de l’autre. Je ne vois pas la poésie comme une mission, mais elle est sûrement un travail contre ce sentiment de consommation générale dans laquelle nous nous perdons. O.T. : Vous avez un style particulier : c’est le « tu » qui remplace le « je ». Est-ce l’une des caractéristiques de votre poésie? L.D. : Le poète français Jean-Michel Maulpoix appelle cette sorte de « tu » un « je en deuxième personne ». C’est un « je » qui se met à distance de lui-même. O.T. : Pourquoi la lutte continuelle entre la lumière et le noir revient-elle dans votre poésie? L.D. : Pour moi, la lumière et le noir sont toujours en tension. L’être humain est attiré par la zone la plus sombre, la plus destructrice en lui. Le travail de la poésie permet de mettre des mots sur le noir, de l’ancrer dans le réel, de le propulser ainsi vers la lumière. Il y a une recherche d’équilibre chez moi entre le côté sombre et une certaine luminosité. Car il ne s’agit pas de se complaire dans le noir, mais bien de chercher à s’en dégager. Il faut que la parole gagne sur le noir, ce noir qui nous renvoie parfois au silence. Que la vie gagne sur la destruction… O.T. : En même temps, on trouve chez vous une vision de l’amour. Vous écrivez dans Tout près : « l’amour, l’amour sans la fin de l’amour, l’amour sans fin qu’on cherche à imprimer dans le rythme de nos pas pour le rendre réel ». L.D. : Tout mon imaginaire est sombre, je ne le cacherai pas. Sauf qu’il y a chez moi le désir de dépasser le noir. Pour moi, l’amour est extrêmement important : il constitue une ouverture. Ce n’est pas l’amour romantique, l’amour qu’on trouve dans les romans Arlequin. Ça peut être l’amour pour un enfant, pour sa mère, pour un ami. L’amitié a également une place importante, surtout dans mes nouvelles et mes romans. L’amour et l’amitié deviennent des façons de dépasser l’enfermement. Il faut croire, se projeter en se rendant compte qu’on n’est pas seul. Toute personne a ses blessures : il y a un danger à se refermer sur soi-même et à gratter ses « bobos ». Il est primordial d’enlever les « échardes sous les ongles »*. En ce sens, mon écriture vise à aller vers l’autre. Je crois en l’amour même s’il y a des déceptions : il faut tout de même ouvrir le cercle autour de soi, s’intéresser au monde. L’amour, c’est vraiment une ouverture. O.T. : L’écriture de la poésie est-elle spontanée ou vient-elle d’une recherche? L. D. La poésie est une exploration constante de la langue. Je creuse encore et encore la langue, je cherche de nouvelles configurations imaginaires. C’est d’abord et avant tout un travail, qui nécessite des dizaines de brouillons. Il n’y a rien de spontané. O.T. : Vous avez abordé plusieurs genres littéraires : le poème, l’essai, la nouvelle, le roman, le théâtre, le texte radiophonique, le livre d’artiste, la critique littéraire. Quel est le genre que vous préférez? L.D. : Je dirais que ma première posture en est une de poète. Mais de plus en plus, je vais vers le roman. J’ai publié deux romans, je m’apprête à publier un recueil de nouvelles. La critique constitue une autre posture. J’aime bien lire les autres justement pour apprendre. J’ai beaucoup travaillé sur la poésie des femmes, qui me permet de réfléchir au monde, à l’amour, à la vie, des thèmes très présents dans l’écriture au féminin. Mais quand je vis un événement qui me trouble ou m’émeut, le désir de la poésie me vient rapidement… O.T. : Le poème en prose accueille très bien le quotidien, comme dans votre recueil Tout près. Dans la littérature actuelle, c’est un genre littéraire de prédilection. Est-ce que le poème en prose offre plus d’espace pour s’exprimer en comparaison avec le poème en vers? L. D. Le poème en vers est très concis, il répond mieux aux émotions très fortes. On essaie d’aller chercher la quintessence de l’instant. Le poème en prose permet de développer une réflexion ou même une trame narrative. Il peut même être à la frontière de l’essai et du poème ou de la nouvelle et de la poésie. O.T. : Croyez-vous que la poésie a trouvé sa place dans le paysage littéraire québecois? L. D. La poésie a toujours été très importante au Québec. Il y a, dans l’histoire littéraire, de très bons poètes. La poésie a pris sa place si on juge de la qualité des œuvres. Cependant, elle est moins lue aujourd’hui parce que le roman occupe plus de terrain, particulièrement le best-seller. Je n’ai rien contre le best-seller, mais on se rend compte que, grâce à la publicité, à la médiatisation, il l’emporte sur les autres genres littéraires. Un recueil des poésie est vendu à 200, 300 ou 500 exemplaires, c’est peu par rapport au nombre de ventes d’un best-seller. Mais la poésie a des défenseurs fidèles. En ce sens, je trouve admirable le projet de la collection « Poésie » à laquelle j’ai participé à La courte échelle, une maison d’édition pour la jeunesse, avec Les mots secrets. On a réuni une douzaine de poètes québécois pour écrire des recueils de poèmes pour les enfants et les adolescents. Les livres parus se vendent bien. Il faut que les jeunes commencent à lire tôt de la poésie. OT : Alors, la vision que la poésie est accessible seulement à une élite culturelle n’est pas juste… L.D. : Non, définitivement pas. Par exemple, dans mon recueil Les mots secrets, j’ai écrit un poème sur un chat. Une femme m’a dit qu’elle l’a placé sur la porte du réfrigérateur, parce que ce poème parle à tout le monde. Le lancement de mon recueil, en même temps que ceux d’Élise Turcotte et de Rachel Leclerc, a été fait dans une école secondaire, avec des enfants de 11 à 14 ans. Plus les enfants sont petits, plus on peut développer un goût pour la poésie. Plutôt que d’écrire pour les enfants, nous avons écrit à partir des émotions et des pensées de l’enfant que nous avons été. Moi, j’ai parlé de la découverte des mots quand j’avais 10 ou 11 ans. De ce que les mots m’ont apporté. Il faut essayer de diffuser la poésie plus largement, en montrant que la poésie peut être accessible… Il y a tout un travail à faire! O.T. : J’affirmerais que l’écriture des femmes constitue un vrai phénomène dans la littérature québécoise, que c’est une présence constante et vigoureuse. Qu’est-ce que vous en pensez? L.D. : Les femmes ont été très présentes dans l’écriture parce que, traditionnellement, les femmes ont été des enseignantes, elle apprenaient aux enfants à lire et à écrire; elles étaient plus instruites que les hommes. Nous avons au Québec de grandes romancières, comme Gabrielle Roy, Germaine Guèvremont, Anne Hébert, Marie-Claire Blais. La littérature a été vraiment mise en valeur par l’écriture des femmes. Particulièrement à partir des années 1970, avec l’avènement du féminisme, qui a eu une incidence non seulement sur le plan social, mais aussi sur le plan culturel. Ce qui a fait en sorte que les femmes se sont mises à écrire et à publier davantage. Maintenant, les maisons d’édition et des revues les accueillent, la présence des femmes dans le champ littéraire ne peut plus être contestée. O.T. : Comme d’autres femmes de votre génération, vous avez revendiqué le droit à la maternité et à l’écriture. L.D. : Avoir une vie privée et pouvoir écrire en même temps fait partie d’un courant à partir des années 1970, c’est en effet une revendication de ma génération. Auparavant, la femme devait choisir entre écrire et avoir un foyer. Plusieurs écrivaines des années 1920 ne se sont pas mariées : par exemple, Simone Routier, Jovette Bernier... Gabrielle Roy a été mariée mais elle n’a pas eu d’enfants, Anne Hébert aussi est restée célibataire. Cet état de fait a changé, ce qui a influencé l’écriture des femmes en apportant de nouveaux thèmes : le quotidien, la grossesse, l’accouchement, le rapport aux enfants et aux petits-enfants par exemple. O.T. : Il y a eu même une critique littéraire, des maisons d’édition, des revues consacrées à l’écriture des femmes… L.D. : Oui, la critique au féminin s’est grandement développée. Une revue comme Arcade, fondée par Claudine Bertrand, s’est spécialisée dans l’écriture au féminin, ainsi que les maisons d’édition Remue-ménage et La Pleine Lune. Mais cette émergence n’a pas eu lieu seulement au Québec : au Canada anglais, aux États-Unis, en Angleterre, en France, en Espagne ou en Italie, beaucoup d’importance qui a été accordée à l’écriture des femmes. O.T. : Dans votre dernier recueil de poésie, Une écharde sous ton ongle, vous parlez du vieillissement, de la mort, de ce côté plus triste de l’existence. L. D. Autour de moi, il y a des gens qui sont malades, d’autres qui disparaissent. Je suis confrontée à la maladie, à la mort, à mon propre vieillissement. À mesure que le temps passe, je me rends compte à quel point le présent est important… Ce qui me porte à devenir plus ouverte à l’autre, qui peut un jour disparaître. Il y a dans ce livre une conscience de la présence à soi, à l’autre et au monde. O.T. : J’ai observé que les titres de vos livres sont de vraies métaphores. Comment choisissez-vous vos titres? L.D. : Je choisis les titres quand le livre est terminé. Il est très difficile de choisir un titre : il doit rendre le contenu du livre avec justesse et en même temps être accrocheur. O.T. : Vous êtes secrétaire générale de l’Académie des lettres du Québec. Quel est le rôle de cette institution? L.D. : C’est le plus ancien regroupement littéraire au Québec. L’Académie canadienne-française, devenue l’Académie des lettres du Québec, a été fondée en 1944 par Victor Barbeau et quinze écrivains de toutes les disciplines. L’Académie des lettres se donne comme mission de servir et défendre la langue, la culture d’expression française et la place de la littérature dans notre société. Elle intervient dans les journaux et revues lors de débats. Il y a quelques années, l’Académie du Québec a pris position en faveur de la féminisation des fonctions. Chaque année, elle décerne trois prix, une médaille et organise un colloque ouvert à toute la communauté. Cette année, le colloque aura lieu le 20 octobre prochain, sur le thème de la censure. On pourra trouver tous les renseignements sur le site Internet de l’Académie des lettres du Québec**. O.T. : Vous êtes également enseignante à l’UQÀM, vous avez même été responsable du module d’Études littéraires. Quelle vision la nouvelle génération a-t-elle de la création littéraire? L.D. : La nouvelle génération a beaucoup de ressources. Plusieurs de nos étudiants participent à des lectures publiques, publient, obtiennent des prix littéraires. Les jeunes s’intéressent à la littérature, les classes sont pleines, c’est très vivant, très novateur. O.T. Quels sont vos projets d’avenir? L.D. Je travaille à un autre recueil de poésie que je vais soumettre aux Éditions du Noroît. Mais auparavant, je remettrai un recueil de nouvelles à la maison d’édition XYZ : il devrait paraître cet hiver. Ce sont des récits où ce n’est pas l’histoire qui importe, mais plutôt le regard sur le monde : j’adopte donc une posture très près de celle du poète. Je n’ai pas encore trouvé de titre, je verrai quand j’aurai terminé. O.T. : Quels est le cadeau souhaité pour votre anniversaire***? L.D. : Un épanouissement personnel et dans l’écriture… Mais je souhaite d’abord et avant tout la paix sur la planète. Je sais que je rêve en couleurs, la situation internationale m’empêche de dormir... O.T. : Où doit s’adresser le public qui aime la poésie? L.D. : La Maison de la poésie, à Montréal, fait beaucoup. Il y a aussi le Printemps de la poésie, le Festival international de poésie de Trois Rivières, les Éditions du Noroît qui organisent des lectures de poésie, plusieurs revues de poésie dont Estuaire et Exit, d’autres organismes qui tiennent des manifestations dans les bibliothèques, les écoles, même dans les bars. Pourtant, la poésie n’est pas suffisamment diffusée. Bien sûr, un spectacle de poésie ne fait pas salle comble, comme un concert de Madonna. Mais les lecteurs de poésie ont le droit d’avoir des activités à eux. Il faut arrêter de rêver à la rentabilité. Ne pas se décourager, continuer même si le public est restreint. Penser à la qualité des gens présents, pas au plus grand nombre… *Une écharde sous ton ongle, titre du dernier volume de poésie de Louise Dupré ** www.academiedeslettresduquebec.ca ***L’entretien avec Mme Louise Dupré a eu lieu à la veille de son anniversaire, qui est le 9 juillet. PHOTO : Mme Louise Dupré, lors d’une lecture-conférence à la Bibliothèque Saint Michel, par Otilia Tunaru BIOGRAPHIE Comme poète, elle a publié La peau familière (1983), Chambres (1986) et Bonheur (1988) aux Éditions du remue-ménage, Où (1984) et Quand on a une langue, on peut aller à Rome en collaboration avec Normand de Bellefeuille (1986) aux Éditions de la Nouvelle Barre du Jour, ainsi que Noir déjà (1993), Tout près (1998) et Une écharde sous ton ongle (2004) aux Éditions du Noroît. Elle a également fait paraître trois livres d’artiste en collaboration avec Denise Desautels et Jacques Fournier, Jean-Luc Herman et Chan Ky-Yut. Elle a également publié La memoria (1996) et La Voie lactée (2001) chez XYZ éditeur ainsi qu’un texte pour le théâtre, Tout comme elle (2006), chez Québec Amérique, texte qui a été mis en scène par Brigitte Haentjens et représenté à l’Usine C à Montréal du 17 janvier au 11 février 2006, au théâtre de La Bordée à Québec du 15 au 17 mai 2006 et qui sera joué au Centre National des Arts d’Ottawa du 31 octobre au 4 novembre 2006. Comme essayiste, elle a collaboré avec Louky Bersianik, Nicole Brossard, Louise Cotnoir, Gail Scott et France Théoret à La Théorie, un dimanche (1988) et a publié Stratégies du vertige, Trois poètes: Nicole Brossard, Madeleine Gagnon, France Théoret (1989) aux Éditions du remue-ménage. Elle a aussi signé plusieurs nouvelles dans des revues et des publications collectives, dont Arcade, Moebius, Trois, XYZ et La Maison de la Poésie (Grenoble), et elle a participé à l'anthologie Voix Parallèles/Parallel Voices, dirigée par André Carpentier et Matt Cohen (XYZ éditeur/Quarry Press, 1993). Elle a aussi écrit des textes radiophoniques qui ont été diffusés à Radio-Canada FM. Louise Dupré a mérité, en 1983, le prix Alfred-DesRochers pour La peau familière et, en 1993, le Grand Prix de la Fondation des Forges pour Noir déjà. La Memoria lui a valu le prix de la Société des écrivains canadiens en 1996 et le prix Ringuet de l'Académie des lettres du Québec en 1997. Elle a aussi remporté le 2ème Grand Prix du Concours de Radio-Canada pour Tout près en 1997. Elle a également été finaliste à de nombreux prix littéraires. Depuis décembre 2004, elle est secrétaire générale
de l’Académie des lettres du Québec. Louise Dupré
enseigne la création littéraire à l'Université
du Québec à Montréal depuis 1988; elle a été
directrice du module d'Études littéraires de 1992 à
1994.
Deux femmes de caractère, deux destins québécois Dr Lucille Teasdale et Marina Orsini poursuivent un rêve pour la vie Par Otilia Tunaru Lucille Teasdale : une héroïne québécoise qui a lutté toute sa vie en Ouganda contre les maladies et l’ignorance. Une vraie mécène au cœur de l’Afrique, là où la guérilla, la malnutrition, la malaria, le choléra, le virus Ebola, le SIDA et la misère déciment un peuple. Marina Orsini : une grande artiste qui tient un rôle magistral dans le film Dr Lucille, un rêve pour la vie. L’une des actrices les plus populaires au Québec, qui a remporté en 1991 et en 1992 des Métro star importants : celui de la personnalité féminine de l'année ainsi que celui de la meilleure comédienne dans une télé série. Elle a continué à récolter des prix : deux Gémeaux pour la meilleure interprétation d'un premier rôle pour Les filles de Caleb et L'or et le papier. Dès l’âge de 17 ans, Marina Orsini a joué dans des rôles fort différents. Chacun de ses rôles, sans nul doute, a représenté un prix de popularité dans la carrière de la jeune actrice. Des nombreuses séries ont suivi, les plus renommées de l'histoire de la télévision québécoise, telles que Les filles de Caleb, Lance et compte la suite, Blanche, Urgence 1 et 2 et plus encore. Marina Orsini s'implique à fond dans des campagnes de sensibilisation, comme celle de la mission de la Fondation Lucille Teasdale & Piero Corti. Le soir du 31 juillet, en l'honneur du 10e anniversaire du décès du Dr Lucille, surnommée la mère Thérèse de l’Afrique, Marina a participé à la soirée bénéfice organisée au cinéma Beaubien. Le film Dr Lucille, un rêve pour la vie a été projeté pour la première fois sur le grand écran. L’artiste a pris la parole, en rappelant le courage et l’altruisme de cette femme médecin qui a contracté le SIDA pendant une intervention chirurgicale et qui est décédée le 1er août 1996.
Le film est une vraie épopée d’une des premières femmes chirurgiennes au Québec qui a uni son destin à un remarquable médecin italien et qui a dédié sa vie au service de cette Afrique déchirée par des conflits et des maladies mortelles. Lucille Teasdale et Piero Corti, grâce au soutien de la Conférence Épiscopale Italienne, ont œuvré pour le projet en Ouganda d’un hôpital missionnaire qui a assuré les soins à 2000 patients par jour en moyenne et la formation de professionnels de la santé afin d’assurer la relève. Pendant 35 ans, leur projet communautaire est devenu un modèle à travers le monde. À l’Hôpital St Mary’s à Lacor au nord de l’Ouganda, parfois dans le vacarme de la guerre, Dr Lucille a mis des enfants au monde et a amputé des jambes, a soigné des blessures et a prescrit des traitements, a fait d’innombrables interventions chirurgicales, a accueilli des réfugiés et a encouragé les mamans désespérées par la malnutrition de leurs enfants. Le couple Teasdale Corti a aussi été marqué par le drame de devoir se séparer de leur unique fille, Dominique, afin de ne pas mettre en péril sa sécurité alors que la violence faisait des ravages en Ouganda. L’Hôpital St Mary’s à Lacor est présentement l’un des plus renommé pour les résultats exceptionnels de l’école des infirmières crée au sein de l’hôpital même et pour la méthode de former des médecins italiens et africains destinés à d’autres centres de santé missionnaires. Il représente également un centre majeur de recherche sur le Sida. Lucille Teasdale et Piero Corti ont reçu du monde entier des distinctions dont le prestigieux prix Sasakawa de l’Organisation mondiale de la santé. Leur fille Dominique Corti dirige présentement la Fondation italienne et elle est la présidente d’honneur de la Fondation canadienne. Les deux sœurs de Lucille, Lise et Monique Teasdale, siègent au Conseil de cette fondation dont le but est de contribuer au soutien de l’Hôpital St Mary’s à Lacor. Le Dr Bruno Corrado, diplômé en droit et médecine, dirige depuis 13 ans le destin de l’hôpital et continue, avec une ténacité de granit, l’œuvre de ses prédécesseurs. Présentement, le centre de santé compte 474 lits, et 526 employés. On compte plus de 35 000 hospitalisations pendant l’année, dont 3 891 pour des interventions chirurgicales. À la fin du visionnement, le public a applaudi longuement l’excellente prestation de l’actrice et l’exemple du Dr Lucille, qui a consacré sa vie à l’aide humanitaire. Marina Orsini a pris le temps de signer des autographes sur les DVD du film et sur le livre autobiographique écrit par Michel Arseneault. Elle a répondu brièvement à nos questions : O.T. : C’était difficile à tenir le rôle du Dr Lucille, Santa Lucille, comme elle était surnommée? M.O. : J’ai aimé énormément ce personnage. C’était un cadeau de la vie, un rôle marquant en tant que femme, en tant qu’individu. C’est plus qu’un travail, c’est plus qu’un autre tournage, c’était vraiment une expérience de vie. O.T. : Dans le film, vous avez même les gestes d’une chirurgienne…. M.O. : J’avais déjà tourné une série qui s’appelle Urgence où j’ai joué une chirurgienne en cardiologie. Alors, j’ai fait beaucoup de stages dans les hôpitaux et dans les salles d’opération. J’ai pratiqué avec les instruments médicaux, j’avais de l’expérience pour jouer ce rôle. O.T. : Comment s’est déroulé le tournage du film? M.O. : Nous avons filmé en Afrique du Sud, à Johannesburg et à Pretoria. Nous étions bien organisés pour de grosses journées de tournage dans des conditions difficiles dans le sens où nous avions beaucoup de figuration et d’effets spéciaux pour les scènes de guerre par exemple. Travailler avec le réalisateur Georges Mihalka, fut un grand plaisir. Nous avions une bonne équipe. Moi, e fus présente deux mois sur les lieux du tournage mais eux, ils ont préparé les décors et les costumes pendant quatre mois. O.T. : Le rôle que vous faites est impressionnant et véridique. Vous avez connu la famille du Dr Lucille? M.O. : Oui, tout à fait. Lucille était déjà décédée au moment du tournage, mais j’ai rencontré Piero, son mari, qui est venu avec nous en Afrique du Sud. Nous avons parlé, nous nous sommes consultés fréquemment. O.T. : J’ai remarqué le regard de l’héroïne au moment de son arrivée en Ouganda. C’est le même regard intensif d’Émilie Bordeleau dans le film Les filles de Caleb. Personne ne pouvait rester indifférent quand Émilie regardait intensément Ovila… M.O. : C’est exactement le moment où la femme médecin tombe en amour avec un pays et avec son peuple. C’est vrai que c’est un regard amoureux, je pense que c’est ça qui lui est arrivé. Des rôles, comme Émilie dans Les filles de Caleb, restent ancrés en nous pour la vie. O.T. : Mais le regard au moment de la mort de Bénédicte, le jeune homme que la femme docteur a mis au monde par une césarienne et qui est mort dans ses bras, c’est un regard de révolte contre cette grande injustice qu’est la guerre... M.O. : Elle et son mari ont travaillé tellement fort, ils ont aidé tant de gens, même les guerriers. C’était un hôpital qui soignait tout le monde, il n’y avait pas des soldats, des méchants ou des bons. C’est le moment de désespoir quand elle s’est demandé : Qu’est-ce que ça donne, faire tout ça? Dr Lucille a dû avoir plusieurs moments difficiles dans sa vie. Mais elle a été plus forte que la guerre, c’était vraiment une vocation qu’elle a suivi. O.T. : Le plus beau moment de votre carrière? M.O. : J’ai plein de beaux souvenirs. J’ai eu beaucoup de chance dans mon métier : je voyage, je rencontre des gens extraordinaires. En bout de ligne, ce sont les plus beaux moments, c’est ça qui reste : les rencontres. Et les rôles… Il n’y a pas de rôles préférés. Il y a des rôles comme Dr Lucille ou Émilie qui sont des grands rôles. Ça n’arrive pas souvent, je suis très privilégiée. O.T. : Quels sont vos projets d’avenir? M.O. : Il y a la série Langue seconde qui va sortir cet automne, une série dans laquelle j’ai tourné depuis longtemps à la télé. Et c’est à la radio, c’est une nouvelle voix comme animatrice. J’adore la radio, c’est arrivé à point dans ma carrière. Je suis rendue à explorer d’autres choses dans la vie. Je resterai une comédienne, c’est sûr, mais la possibilité de toucher à autre chose c’est important aussi. Il y a d’autres projets qui flottent dans l’air, mais jusqu’à Noël c’est la radio. Un moment tout a fait spécial a été la rencontre entre la comédienne et une jeune fille qui lui a demandé timidement : « Est-ce que vous me reconnaissez? Je suis le bébé qui a joué les rôles de Rose et de Blanche dans le film Les filles de Caleb… ». Jessika Belair, âgée maintenant de 16 ans, a embrassé, les larmes aux yeux, sa « maman » visiblement émue. Cette scène de retrouvailles était vraiment attendrissante. Et Marina a déclaré : « C’est mon petit bébé! Je l’allaitais pour de vrai, je prenais soin d’elle. C’est vraiment extraordinaire de la retrouver 16 ans plus tard. J’avais 23 ans quand le film a été tourné. Elle avait neuf jours, pouvez-vous vous imaginer? » Dix ans après la mort du Dr Lucille Teasdale, seize ans après le tournage de la série Les filles de Caleb. Une soirée forte en émotions : la rencontre du courage d’une femme médecin de cœur et de la générosité d’une artiste de talent. La Fondation Lucille Teasdale & Piero Corti 8800, boul. Lacordaire St Léonard, Québec, H1R 2B3 Tel : 514 253-1737
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PHOTO : Marina Orsini lors d'une soirée bénéfice
“I believe art has the vast potential to change the world by provoking thought and emotion, shocking, stimulating, teaching and bringing joy” Interview with Marius Budu, photographic artist, graphic designer and poet Par Otilia Tunaru Marius Budu was born on September 17th, 1982 in Romania. Being artistically inclined from a very young age, he constantly sought new ways to expand his means of expression. After briefly studying art in the Fine Arts school in his home city of Timisoara, he immigrated to Canada with his family at the age of 13. The culture shock prompted Marius to expand his knowledge of religion, philosophy and psychology in an attempt to better understand the societal force that fuels human behaviour. In his last year of high school, he started a graphic design business. He later went to Seneca College in Toronto, Ontario to fine tune his graphic design skills. Having worked for five design studios between high school and the end of college, Marius decided to pursue his craft solo through his business, Marius Budu Creative. Following a few pivotal steps in his evolution as an individual, in early 2006 Marius made the life-changing decision to pursue his art, photography and writing on a full time basis. Since then he has had poems published and along side a group art show, launched his first solo gallery exhibit entitled FLOOD - A light and form experience. Dividing his time between his creative passions, a business and his family and friends, Marius has very ambitious plans for the future. O.T.: Mr. Marius Budu, we would like to get to know you as a designer, photographic artist and poet… I will let you introduce yourself further. M.B.: First of all, I would like to thank you for this opportunity. Your magazine has a lot of really wonderful work and people featured and I am honoured to be a part of that roster. As an individual, I create because I need to, I always have and I probably always will. Poetry sparked the need, digital art visually materialized it and photography complemented it. As far as design goes… we all need to eat, and as a creative person in my position, there is not a lot of money to be made through art. Graphic design offers a great outlet for financial sustainability while still remaining in a creative realm. As a side-note, it seems to me that these labels always invoke different notions and understandings of what a person is and does. To me, all of these means of expression have always been not only intertwined, but synonymous. I have a thirst for all things that evolve me as an individual, intellectually, creatively and spiritually. So to be introduced as or spoken about as an “artist”, “poet”, etc. is always a bit uncomfortable. I am first and foremost a growing individual with a perpetual need to understand myself and the world around me. I try to satisfy this need through any means and mediums available to me. I hope in the future that my ability to express myself will expand into the film and musical realms, and anywhere else my path in life may take me. O.T.: What is your last exhibit and what did it represent for your artistic career? M.B.: While I have had pieces in group shows before, my first and most recent solo exhibition is taking place now and lasts until the end of the month. I was very excited about the concept of putting on a gallery show because I thought this would be a materialization of my recent decision to dedicate myself to my creativity full time. In a way it was, but in a much more significant way, it re-enforced my belief that exhibiting in a gallery is not necessarily the most effective way to reach a broad audience. However, it has also given me a better understanding of what is involved in putting on a gallery exhibition, the cost, the resources and materials necessary. While it was definitely not a great way to generate funds that would go back into my artistic efforts, it was a good overall experience. O.T.: You use concepts such as art work, experimental, art series; your photographs are also sorted in categories: abstract, people, etc. Are these denominations that place you in any specific art movement? M.B.: It is very difficult for me to sort my artwork into sections, styles or genres, and concepts seem offer a broader playing field. If you look at my work you might recognize a constant energy in all the pieces, but seldom a recognizable visual trend. Just like the mediums that I use, I ravel in the myriad or visual possibilities available to me when materializing any given concept. Different messages must be conveyed through different visual and literary avenues. I have never planned anything until recently when I began work on a very ambitious visio-psychological experiment. I try to allow my creations to be as organic and individual as their driving concepts. O.T.: What techniques and materials do you use? M.B.: Absolutely anything available to me. I write – sometimes in structured formats, but more often than not in free verse, and at times even very abstractly. I create mainly digital artwork, I find that the digital channels offer much more freedom than traditional visual art tools, although I often incorporate painted or drawn elements into my work. I take photographs (using a digital camera) of anything and everything, with a recent focus on people, flesh to be more specific. Ranging a vast variety of styles and approaches, I love to capture the overwhelming beauty present in nature and people through a lens. I have also dabbled in the recording realm, but not very extensively. O.T.: How did you become accustomed with photographic art? M.B.: The actual photographic aspect was a side-effect of my growing infatuation with the digital medium. I taught myself how to photograph and use all the software that helps me materialize my visions. Although I have been drawing as long as I can remember, and went to a fine arts school in my home town of Timisoara for two years, I gave up the traditional notion of fine art in order to explore the possibilities of the digital domain. After a few years of developing my craft, I begun to amalgamate all of these mediums into various visual incarnations. I never had any academic training in photography, writing or the digital medium, although I did put them to good use when I decided to pursue graphic design in a post-secondary institution. I am a firm believer in the notion that creativity is something that is intrinsic to all people and can only be developed to its full potential by the individual. I find that there is a wonderful freedom to knowing that your creativity and work has evolved from every day experience and an ability to observe rather than textbooks and any given institution’s notion of “art” and creativity. O.T.: What really struck me was a… let’s say “realist humanism”. You feel the state of poetic vision and simultaneously your photographic acuity which captures the image of reality. How would you characterize the style of your art? M.B.: My need to create and express myself is self-propelling and it just as interesting for me as I would imagine it might be for anyone else to see which direction my work will go in next. I often just follow an impulse, a notion, a feeling and plunge into the cosmic consciousness that entrances me while I create. I can’t say that I have much control over a lot of the work that I do (other than photography perhaps) so it’s almost impossible for me to define a “style” for myself. My work is a result of the amalgamation of all my creative capabilities. I constantly re-invent my visual and literary style. Recently, I have been pursuing what I think of as hyper-realism with my digital artwork and it is producing some interesting results due to the surreal yet highly realistic nature of the concepts and imagery. O.T.: Your photographs are especially suggestive, a true study of the human body, emotions and sentiments, of concepts; your landscapes also offer unique aspects. How do you achieve these effects? What is the “secret” of your visual art? M.B.: HA!HA!HA! The “secret” I think is the fact that I was born and will die an insatiably analytical person. I tend to find overwhelming beauty in most people and things around me, and as such have a need to understand not only that beauty, but the opposing end of the spectrum. The ugly side of humanity is just as fascinating to me. The causes of events, circumstances, notions, concepts, revolutionary ideas, everything that makes people and the world tick. It keeps things interesting, it keeps me in motion, it forces me to adapt and learn and evolve. Jeff Martin of the band The Tea Party once said : “I am not a human being, I am a human becoming”. Those words really resonated with me. I think my “art” will always reflect who and where I am at any given time in my progression as a human being. O.T.: Some of your pieces have mottos or poems that “rhyme” remarkably with the image. Do you start with a thematic and then create the image, or do you seek the representation which then reflects back into words? M.B.: Although I have two separate websites for my poetry and artwork/photography – www.poetry.mariusbudu.com and www.visions.mariusbudu.com the two aspects of my work have always been interwoven. They often fuel each other. I will often write something that will spark a visual manifestation of the concept, and vice-versa. In the end, the piece becomes whatever the viewer takes out of it, so I try to offer as much insight into my vision in order to offer the viewer more elaborate room for thought. And sometimes I just want to capture something that is so simple and pure, but potent enough in it’s simplicity that no additions are necessary. O.T.: At one point you say: “I believe art has the vast potential to change the world by provoking thought and emotion, shocking, stimulating, teaching and bringing joy to people.” Is this your artistic belief? M.B.: I believe that throughout history, the truly significant artists were the people that observed something in their society that was lacking or suffering and dedicated themselves to document or bring attention to that issue by expressing their thoughts and views on the matter. In today’s world, the mass media, corporations and governments have far too tight of a grip on the public leash, swaying opinions any which way they please. We exist in a “democratic” world for the most part, yet so many atrocities take place every moment while the majority of people in the world placidly watch the “news” that is trickled down through so many filters into their televisions. Although the revolutionary spirit seems to be bursting into flames once again, there are far too many souls in the world that exist in the shadows of contrived notions such as “celebrity”, “religious divinity”, and a disturbingly wide-spread obsession with perfect physical beauty. The purity of our humanity, our sprit and our body has been distorted and perverted. People have stopped reacting to life due to the over-saturation of commercial imagery and information they are constantly subjected to. My work, whether it be visual art, photography, poetry or any other medium, is an attempt to generate a reaction. My purpose is to stir something within the viewer – something they may or may not be aware of, something new or something that is already within them and get them asking questions. Whether it be a delicate glimpse of my understanding of beauty, or a full visual and psychological shock to the senses, I wish to create new, unique experiences for people. Experiences that demand nothing more than the full presence of the viewer in that moment – what they take from that moment is their own. My work is both a war and an embrace, I have no delusions of grandeur and I do not consider myself above criticism – but in the end, my purpose is to awaken beauty, self-awareness and understanding in people, and if that has to happen through hatred or rage rather than acceptance, I am just as content. It is always up to the individual how extensively they are affected by anything, I can only hope that my work can generate a much needed initial stimulus. O.T.: Does the fact that you’re Romanian of origin give you a certain artistic perception? What advantages does this origin confer? Are there any disadvantages? M.B.: Coming to Canada from Romania ten years ago made all the difference for me creatively. I have been drawing every since I can remember, but it was the dramatic paradigm shift that I was thrown into that propelled me towards the hunger for a more encompassing understanding of people and society at large. The Romania I grew up in is very different from the one I visited just a few years ago. Mentality and outlook has changed drastically and the Americanization of my homeland suffocated me during my last visit. In the end, I think all one takes from any given land is one’s experience, and even though that experience is heavily shaped by social conditions, it is always in a great way that individual’s strength of character and determination that shape their outlook on life. I think that growing up in Romania has definitely given me a strong appreciation for all the things a lot of people in the world take for granted, and although some people might disagree, it created a humble approach to certain things in life that I will carry with me always. O.T.: Do you consider that you’ve realized yourself as an artist in the Canadian cultural context? Are there more opportunities than back home? M.B.: I don’t think that I’m concerned with realizing myself as an artist in any context. The fact that people stop and pay attention to what I create is all that is necessary for me to feel fulfilled as a creative person. I would like to think of myself as an observer and a messenger. I have managed to transcend the limitations of my body into the spiritual realm a long time ago. I am no longer bound by many of the notions that are largely equated with “success” in contemporary Canadian culture. There are definitely more opportunities to exhibit and generate the necessary financial resources in Canada than there would have been in Romania. But I truly believe that creativity with a purpose is going to have the same force regardless of the geographic location of the individual. O.T.: What future projects do you have in the works? M.B.: I am currently working on my most ambitious project yet. It is my first time creating an elaborate entity based on a single concept. The concept has vast ramifications, but the medium through which it is presented is rather simple and to the point. The project is called Twisted Flesh. Today's society has generated an almost psychopathic obsession with physical perfection. From a multi-million dollar cosmetic industry to the increasing popularity of plastic surgery, absurd dietary torture to the blind veneration of celebrities as gods. The ensuing insecurity, fear, diseases, physical and psychological damage begs the question: "Why is it that we strive to be perfect and what is this perfection we seek?" Twisted flesh is a psycho-visual attempt to gain some insight into our physical form when stripped of it's humanity. Our body is the one thing we most easily and readily identify with. Usually however, during conversation we look for the face, the eyes - so that we can properly communicate with the other person. Twisted Flesh takes away that option and forces the viewer to examine the uniquely faceless flesh in order to understand what they are seeing. Although we subconsciously interpret body language while conversing with others, we seldom solely rely on it to understand what is being conveyed. Each Twisted Flesh piece will tell it's own story, challenge the viewer in a unique way and ask them to understand the intricacy of the variety of beauty that each one of us embodies. This project will hopefully engage people and attract the viewer
just as much as it will repulse them. The inability to decipher the
identity of the person(s) that compose the creature in front of them
will cause the viewer to oscillate between the ability to identify
with the concept of the human body and the inability to quickly understand
how the image in front of them was created, where the separate entities
merge and what they think and feel at the moment. I am just beginning what will be a long journey to the full realization of this project and am looking for people and resources that will help me create a powerful release. I am also looking to collaborate with a musician(s) that will be able to work with me in creating atmospheric music that will permeate the website and lurk like a fog in the gallery show(s) when the time comes. Part of this project is a book that I will design. I will need to find a publisher and means of promoting it once all work for the project is complete and ready to launch. The teaser website for the project is www.twistedflesh.com. O.T.: When will we see you in Montréal?... M.B.: I was just in Montréal a few months ago. I love the city, it definitely has a much more European feel than Toronto. The people there seem much friendlier and less constrained by social norms. I found the art scene to be much livelier and more pronounced as well. There seems to be a lot more soul and creativity in Montréal, so odds are I will be back very soon. |
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