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| Magazine mensuel de dialogue culturel | Depuis 2001 • No 23 • Montréal • 15.07.2006 |
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Rodica Draghincescu Née à Buzias, en Roumanie, Rodica Draghincescu représente la « génération 90 », une génération d’écrivains roumains anticonformistes, issus de la chute du régime de Ceausescu. Universitaire, écrivain, poète et essayiste bilingue (roumain et français), ses premières publications datent de 1989. Depuis, recueils poétiques et romans se succèdent. Elle est présente dans un grand nombre d’anthologies poétiques étrangères et dans des revues littéraires internationales. 2001 a été pour elle l’année de l’ouverture européenne avec des tournées littéraires et des traductions de ses œuvres en France, Allemagne, Autriche, Slovénie, Suède, Espagne, au Canada, au Portugal et aux États-Unis. Un oiseau des pays froids crie effroyablement Moto : « Éteignez la lumière, regardez mes pensées ! » (R) Un oiseau des pays froids crie effroyablement. Il nourrit mes secondes.
Ainsi, accusées, patrie - rodi, on débitera la guerreguérison
contre les gnomes de nos ennemis. Vulnérabilité reposante. Fatigue indécente. Timidité violente. Mon regard regardant le regardé contre soi-même regard : …………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………….
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Je rends l’âme ? ////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////
A M O R CE (Monologue pour une scène en flammes)
J’enfouis la tête dans l’écrit, je fais sauter ma tête, j’ai la vitesse d’un vers. J’enfouis la tête dans l’écrit, je fais sauter ma tête, j’ai la vitesse d’un ver. J’écris comme un petit vers rouge qui prêche aux petits vers rouges la grandeur du métier d’écrivain chez les petits vers rouges. Je suis le ver de ma tête de femme. Je suis le ver de mon écrit d’homme. Je suis le vers du ver de la femme-homme. J’ai le don du vers d’un ver bisexué. Je fais entrer des sentiments dans ma tête. Je fais sortir des sentiments de ma tête. Un ver n’a pas besoin de sentiments, un vers a besoin de lui-même et de sa nourriture fraîche. J’écris comme une nourriture fraîche, dans un corps tout en froideur, je suis en besoin de moi-même, j’écris comme « le besoin de moi-même ».
Je m’emplis, me gonfle, m’écrase, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien de moi. Et il n’y a plus rien. Aucune nuance à cause de ce que je pourrais être. Rien que mon nom à l’air d’un vers qui chatouille et ronge tout ce qu’il aime que j’aime comme ver. Ainsi, il écrit ce que j’écris contre toute écriture
possible. QUE SUIS-JE ? QUI SUIS-JE ?
Un nom à la vitesse de ver, écrit en chair pour les petits vers de terre de la ville sous la pluie et sous les pieds des gens heureux ou tristes. QUI SUIS-JE ? Ma tête flotte au-dessus de moi et ne me trouve pas. Ma tête a besoin de toute ma chair. 38,5°C, 38, 6°C, 38,7°C, 38,8°C, 38,9°C, 39°C.
Fièvre. Automne tardif, froid d’hiver, brouillard, chiens
gris, mendiants, enfants homosexuels, drogués, -7°C. Dans
une photo on peut vivre ou exister même quand on n’est pas...
vivant. J’ai grandi ainsi (4 saisons, très chaud, très
froid, tout ce qui est le non, surtout pas [...], j’ai connu des
gens poissons, des plantesanimaux, des pierreseauxoiseaux, l’air
et le feu des photosterres. J’ai fait l’amour avec la première
photo la deuxième les suivantes, avec l’appareil photo),
avec l’œil en vitre noire, avec les objets affûtés,
avec les lignes et les cercles chaleureux, amour avec [...] etc, si
bien qu’à présent, je ne sais plus si mes parents
ne sont pas en quelque sorte, l’expression agrandie de mon âge
à ses différents âges, pris en photo ou abandonnés
en marge, au-delà de (...) Ou moi en position d’amour avec
ma vie. Non, je n’étais pas folle, je ne le suis pas, je
suis trop bonne, trop tristesage, trop belleméchante, trop laidedocile,
suis autre chose, un autre JE(u). 39,1°C. A tout moment, je peux allumer, le manque d’action,
l’absence, l’attente, ses preuves simples et lentes. L’intérieur et l’extérieur d’une photo
sont inséparables. Dans toute vie, quelle qu’elle soit,
il y a des zones et des mouvements explicables, des zones et des mouvements
inexplicables. Noir, lumière, ombre, vide limpide, vide touché. Nue, dénattée, mouillée, élastique, bouclée.
« Le beau ver rouge » aux petits seins danseurs. Photo.
1,67 m. Je vis. Je suis. Vide ou vidée. Je frappe avec la tête la croûte du ciel, je donne des
pieds à la croûte de la terre. Si je tends les mains, horizontalement,
je perfore la frontière avec le monde. Il y reste des accidents,
des blessures moelleuses, par lesquelles je reçois des lettres
sonores, lettres de l’extérieur de l’éternité.
Ding - dong, ding – dong, ding – dong... Comme les cloches
des églises. Les grosses cloches tintent. Ding – dong,
ding – dong, ding –dong (...) Dans ma tête, les abeilles se sont faites des clochettes en cire. Ma tête et le miel des clochettes flottent sur moi. Je pousse des cris et le miel s’écoule entre les dents. Femme aux clochettesrayons ayant une ruche dans la tête. Je suis une très bonne femme, ver de miel, vers dans le miel, ver écrivant avec le miel d’une femme, en profondeur et dans la longueur, entre et parmi, conformément à, à l’exactitude d’un écrit bisexué, jusqu’à l’orgasme de la métaphore d’être seule et seule, seule tant de fois qu’il le faut. N’est-ce pas que ce n’est pas (...) ? N’est-ce pas que le vide m’aime à la folie, merde, Moi, je ne t’aime pas, mon vide ! Un ver n’a pas besoin de sentiments, il fait des trous, lieuxrayons d’une ruche, lieux pour les clochettes et les vols des abeilles. Je suis un ver(s) dans le temps, un ver(s) – pendant – que, dans le temps – de – mots – de - sentiments. Je m’appelle Poémie. Et je flotte. Je flotte. La tête tournée vers ce que je ne possède plus. Vers l’autre côté. Et l’autre côté flotte aussi. Dans la forme sauvage et verte de la lentille d’eau. Des têtes – lentilles. Petites photos aquatiques. Vertes. . J’écris petit. Et je mange tout ce qui est beau. J’écris en moi, pour que sorte de moi le trou des abeilles, le trou du miel, dans lequel tête et corps flottent dans la même direction, marécage courant au bord de la mémoire. Un vers est comme ça. Il ne dit pas de gros mots. Il écrit dans la blessure, comme si la douleur lui écrivait sur des douleurs lourdes, provoquant des jurons. Qui puisse comprendre les vers d’un ver, d’un ver qui se prend pour une femme, et surtout d’une femme qui se prend pour un ver(s) ? ! Que les poètes sévèrement « maudits »
! Je suis ton poète maudit, poète – de- ver, ta préférée. Je suis celui ou celle qui t’écrit sur la nuque des jurons d’amour. Un ver parle tellement bien, mais une seule fois dans sa vie. Je ne te souhaite jamais de l’entendre. Vaihingen, le 17 décembre 2003 : à petits pas. à petits pas. Je cours d’un bout à l’autre. Je tourne dans la photo, telle la clef dans la serrure. Je m’ouvre. Je ne sens rien. Je m’ouvre en écrivant. Il est probable que j’écris ce que je raconte assise dans ce nid de chair qui bouge selon sa propre musique, mais qui n’est pas capable de sentiments. Je vois mes mains de plus en plus grandes. Comme les tiges des haricots de Jack, poussent et poussent vers le ciel. Je mets mes doigts dans la bouche et j’écris dans ma bouche, grimpant sur la salive, je vais dans l’écriture : en haut, en bas, ainsi de suite, ensuite plus loin et plus proche. Je mets ma tête dans l’écrit. J’enlève ma tête de l’écrit. J’ai la vitesse d’ un coup de foudre. J’écris jusqu’à ce qu’il n’y ait rien. Et que c’est beau et limpide le rien ! Je peux parler librement. Et je peux parler si bien, je peux parler librement, je peu x par le r libre ment ! Au- dessus des maisons il y a des corneilles. Au-dessus des corneilles, un ciel rouge. Si je n’écrivais pas, je dirais « coucher de soleil noir et blanc ». Et le clocher de l’église de la gaieté. Et la petite pluie fine, gelée sous la forme des épingles. Et le sapin de la fenêtre. Et les pommes de pin et mes photos en morceaux, pendant aux branches du sapin. Et, surtout, les corneilles qui volent en se querellant, les griffes enfoncées les unes dans les autres, comme les pièces d’un puzzle. Et le petit ver rouge inexistant, petit inexistant, rouge inexistant, Ver – Vers –vers l’inexistant. 39,1°C. 39,2°C. Tu m’avais dit plusieurs fois : « Je ne peux pas être en bonne relation avec ce ver, avec ce truc en vers ! « J’ai peur, peur de t’écouter ! » - à mi-voix, avant de t’endormir, tu nous avais tourné le dos. Mais tu ne sauras jamais rien sur le petit ver rouge. Je crois avoir 39,9°C. Intrigue de cabale ? Non, en tant que poète, chiffres de chance : 39, le numéro de ma maison paternelle, 9, à l’école, ma note préférée, je crois que, je grimpe de plus en plus en haut En cadence, telle une vrille dans le nombril du ciel. Il n’y a pas de marches, ni de descentes mon écrit n’est pas incliné. Le petit ver rouge, le cobaye de mon écrit, la petite lettre rouge qui ronge des pas : Je viens, je retourne, j’implante des lettres aiguës dans les tiges de mon corps, je descends, me voilà j’introduis ma tête dans ma tête, mon corps dans mon corps, ma tête dans mon corps mon corps dans ma tête, Stuttgart, le 17 décembre 2003
RODICA DRAGHINCESCU Courriel : r.draghincescu@web.de Site d’écrivain : www.draghincescu.com
Écrivain, poète et essayiste bilingue (roumain et français),
ses premières publications datent de 1989. Depuis, recueils poétiques
et romans se succèdent (16 livres, dont trois recueils poétiques,
un roman et un livre d’entretiens sont publiés en France
et au Canada, trois recueils poétiques et un livre d’entretiens,
en Allemagne). Elle est présente dans un grand nombre d’anthologies poétiques
étrangères et dans des revues littéraires internationales.
2001 a été pour elle l’année de l’ouverture
européenne avec des tournées littéraires et des
traductions de ses œuvres en France, Allemagne, Autriche, Slovénie,
Suède, Espagne, au Canada, au Portugal et aux États Unis.
Traductrice d’ouvrages français contemporains, collaboratrice
des revues françaises (« Poésie 1/Vagabondages »,
« Poésie 2003 », « Passage d’encres »,
« Décharge », « Le Mâche - Laurier »,
« Agotem », « Poésie/ première »,
« Phréatique », « Autre Sud », «
Jointure », « Cahiers du Refuge », etc), elle est
elle-même un poète francophone, écrivant en français.
Plusieurs de ses poèmes écrits en français ont été chantés par des artistes français, tels que Jean-Luc Kockler (www.kockler.net), Gilbert Sand, Serge Rey ou Michel Biehler. Membre de l’Union des Écrivains Roumains, de l’Association des Écrivains de Bucarest, de la Maison des Ecrivains de Paris, de la Société des Écrivains Allemands DIE KOGGE, etc. Rédactrice de la revue allemande « Matrix », (Editions
Pop Verlag), Ludwigsbourg-Stuttgart. Résidences d’écrivain, plusieurs bourses littéraires en Allemagne (2000-2003). Prix « Géo Bogza,» (prix de la nouvelle poésie avant-gardiste), de l’Union des Écrivains Roumains, pour le recueil poétique « Ah ! » (Ed. Vinea, Bucarest, 1998), Grand Prix de l’Union des Écrivains Roumains et de l’Association des Écrivains de Bucarest, pour le recueil poétique Eu-génie ( Ed. Vinea, Bucarest, 2001). Prix spécial étranger (poésie) de l’Académie de Lettres et de Beaux Art « Le Périgord », Bordeaux, 1992. D’autres prix littéraires importants l’ont couronnée en Roumanie et en Italie. Deniers titres parus : « Schreibenleben », interviews avec des personnalités de la culture européenne, Pop Verlag, Ludwigsburg, 2005 ; « Morgen und Abend », poésie, traduction du français en allemand : Rudiger Fischer, Pop Verlag, Ludwigsburg, 2004 ; « Entretiens avec Rodica Draghincescu », Autres Temps, Marseille, 2004 ; « Fauve en liberté », poésie, Autres Temps&Les Ecrits des Forges, Marseille/Québec, 2003 ; « Peut-être hier », poésie, Editions Trames, Rodez, 2001, « Distance entre un homme habillé et une femme telle qu’elle est », roman, Autres Temps, Marseille, 2001. Récemment paru : « A vau-l’eau », roman, ArHsens EdiTions, Paris, mai 2006 |
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