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| Magazine mensuel de dialogue culturel | Depuis 2001 • No 23 • Montréal • 15.07.2006 |
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Otilia Tunaru 1900 ans de latinité pour le peuple roumain Le Parc des Rapides, un coin québécois qui rappelle aux Roumains des vestiges historiques gréco-romaines de la Dobroudja, territoire roumain sis entre le Danube et la mer Noire L’histoire de deux fleuves: le Danube et le Saint-Laurent Le 8 juillet, dans le décor du Parc des Rapides à Montréal, a eu lieu la conférence "Les fleuves du monde, des ponts à travers le temps" (Fluviile lumii, arcuri peste timp). C’était une parallèle entre l’histoire de la Roumanie et celle du Canada, à partir de l’histoire de deux fleuves : le Danube et le Saint-Laurent. L’arrivée de Jacques Cartier il y a environ 470 ans, commence la présence francophone sur les terres du Canada actuel, appelé a cette époque la Nouvelle France. Il y a 1900 ans, la latinité s’est ancrée au bord du Danube quand la Dacie, l’ancien nom de la Roumanie actuelle, est devenue une province de l’Empire romain. L’histoire agitée du Québec, île francophone entourée par un monde anglophone, ressemble beaucoup à la réalité historique de la Roumanie, le seul pays latin de l’Europe de l’Est, entouré par des pays et cultures différentes de sa latinité (slaves, hongrois, turcs, etc.). Daniel Manolescu, le conférencier et le guide de cette incursion historique au bord des Rapides de Lachine, est un amoureux de l’histoire et des sciences de la nature. Ses intéressantes découvertes sont offertes aux visiteurs du Parc des Rapides par Héritage Laurentien, groupe de biologistes qui s’occupe de la gestion environnementale des lieux, de la sensibilisation du public aux sciences naturelles, ainsi que de promouvoir l’importance historique de la région des Rapides. Le partenariat de la Ville de Montréal, l’Arrondissement de LaSalle sont également à souligner. Notre guide nous a fait observer la richesse faunique des lieux, dans le cadre de la présentation OrnithoFête, parlant des oiseaux de la région. Le potentiel artistique des Rapides nous a été révélé par une exposition de peinture en air libre offerte par un group d’artistes Symposium PincEaux en berges. Daniel nous a aussi parlé de l’importance historique des Rapides de Lachine, qui représentent le berceau de la ville de Montréal. Lors d’une randonnée, il nous a fait découvrir des endroits qui rappellent certains vestiges de Histria, Adamclisi et autres anciennes cités situées entre le Danube et la Mer Noire, en Dobroudja de la Roumanie. « Je fais ce que je peux pour souligner cette ressemblance, la rehausser et la faire connaître aux Roumains du Canada.»- nous a confié Daniel Manolescu. Il a continué son exposé avec plein de détails sur l’organisation de l’Empire roman et de l’État dace, sur l’importance de la Colonne Trajane à Rome et sur l’architecture des certains monuments américains qui adoptent le style et la majesté des monuments romains. Son discours, parsemé des histoires inédites, nous a remporté dans les vieux temps et dans l’espace historique. Le roumain, une langue d’origine latine Le peuple roumain est né, a partir de l’an 106 A.D., par le mariage de deux nations : le peuple dace et le peuple romain. Ce nouveau-né sur la carte du monde, a parlé une nouvelle langue d’origine latine. Les mots daces, avec une tonalité rude, se sont mélangés aux sons veloutés de la langue latine; c’est ainsi que la langue roumaine est venue au monde. L’empereur roman Trajan (Marcus Ulpius Nerva Traianus) a construit deux monuments en l'honneur des victoires de ses légions au nord du Danube (Dunarea): le Tropaeum Traiani dans la ville d'Adamclisi en Roumanie (Dobrbrudja) et la Colonne Trajane en Italie à Rome. Ce superbe monument d'art romain, qui s'élève dans le Forum de Trajan, est une chronique impressionnante des guerres daco-romaines et en quelque sorte le «cértificat de naissance» du peuple roumain actuel. Les légendes racontent que les cœurs des vainqueurs romains ont été conquis par la beauté exotique et la douceur des femmes de ce nouveau pays. Les soldats et les colons romains se sont mêlés à la population dace et le latin est devenu la nouvelle langue officielle. Avec les siècles il a évolué dans la région, indépendamment du latin de l’Italie, pour devenir le roumain actuel. Dès le Moyen Âge jusqu’au XVIII-ème siècle, l’influence des voisins slaves a laissée sa marque au niveau phonétique : l’accent slave. Il est estimé que 10% de lexique de la langue roumaine moderne est d’origine slave. Comme la Roumanie a été un pays francophile, le vocabulaire s’est enrichi avec beaucoup de néologismes d’origine française. Ce petit pays de 238,391 km2 a constitué à travers les siècles un bouclier devant les vagues de guerriers migratoires -les Goths, les Huns, les Avars, les Tatars, les Slaves, les Turcs et autres-, gardant jusqu’à nos jour en 2006 A.D. sa langue et sa culture latine pendant 1900 ans d’histoire. La plus grande partie du vocabulaire de la langue roumaine, plus exactement 71.66%, est constituée par des mots d’origine latine. Il est évident que le roumain fait partie de la grande famille des langues d’origine latine. « Il faut souligner notre latinité à l’occasion de l’accomplissement cette année, de 1900 ans de la fin des confrontations daco-romaines en 106 A.D., ensuite de l’entrée officielle de la Dacie dans l’Empire romain en 107 A.D. comme province latine avec pleins droits et privilèges selon la volonté de l’empereur Trajan et finalement en 2014 A.D., de la finalisation de la Colonne Trajane, notre « acte de naissance» à Rome», nous informe Daniel, comme un véritable émissaire de notre latinité en Amérique. Depuis son arrivée au Canada en 1994 et d’avantage depuis l’an 2000, Daniel Constantin Manolescu a toujours promu la latinité du peuple roumain comme un vrais chroniqueur de tradition verbale. Passionné également de la personnalité et de la vie de l’empereur romain Trajan (Marcus Ulpius Nerva Traianus), il est actuellement le seul biographe connu comme actif et assidu au Canada pour cette personnalité historique de l’antiquité romaine. Il se considère « un simple tribun de l’Imperator Traianus et des racines latines des Roumains, rien de plus», comme déclare-t-il modestement. Son assiduité dans la promotion des origines latines du peuple roumain, aura attiré l’attention des officialités canadiennes. En 2002 déjà, le ministre du Commerce et de la Coopération Internationale du Canada, M. Pierre S. Pettigrew, devenu plus ultérieurement le ministre des Affaires Étrangères du Canada, l’a reçu lors d’une audience privée, dédiée notamment à ses activités de promotion pour une véritable période jubilaire Roumaine : 1900 de latinité ! Une lettre de félicitation et une photographie officielle, avec Monsieur le Ministre à l’époque en témoignent. Depuis, Daniel alloue beaucoup de son temps et ressources personnelles, à l’organisation des manifestations culturelles dédiées à souligner cet anniversaire de latinité des Roumains. Vous pouvez envoyer vos témoignages de sympathie et de soutien pour un tel événement, à l’adresse e-mail : adimperator@hotmail.com Également, pour vous faire connaître l’histoire de Montréal, du Québec et du Canada, ainsi que pour découvrir ensemble la flore et la faune laurentienne, le Groupe pour Environnement et Développement durable Héritage Laurentien vous attend dans le paysage magnifique du Parc des Rapides de Lachine. De plus, chaque fin de semaine, Heritage Laurentien tient un kiosque de sensibilisation situé proche de l’intersection de la 6-éme Avenue avec Boul. LaSalle, en arrière du club Les Chevaliers de Colomb. Ils sont toujours prêts à vous accompagner dans un safari-photo pour l’observation des oiseaux, des animaux de la région ou pour vous raconter l’histoire de deux pays lointains qui sont assez proches dans les ressemblances de l’histoire. Animations en français, en anglais ou en roumain. Informations au téléphone : 514-367-6540 ou e-mail info@heritagelaurentien.org L ’histoire est comme la terre: elle conserve les traces du passé. En la fouillant, on y découvre des vestiges de temps révolus, de coutumes et de similitudes inouïes. ---------------------------------------------------------------------------------------------------------- Bibliographie: * Vocabularul reprezentativ al limbilor romanice, Ed. St. Encicl. Bucuresti, 1988, p.19-79 * Le nouveau mémo Larousse : encyclopédie, Larousse. Paris, 1999, p. 591
PHOTO: Daniel Manolescu, lors d’une audience avec M. Pierre S. Pettigrew
L'INSTITUT CULTUREL ROUMAIN PROGRAMME POUR LES TRADUCTEURS ÉTRANGERS DÉBUTANTS • pour une nouvelle génération de traducteurs du roumain vers les langues étrangères Comment? • 20 bourses pour une période de 3 mois • la valeur d’une bourse : 2 000 Euro pour toute la période • logement au Centre Culturel „Palatele Brâncovenesti” – Mogosoaia • partenariat avec le Mastérat – études de traductologie – de l’Université de Bucarest • des ateliers avec des traducteurs de Roumanie Période • première session: avril – juin (10 bourses) • date de dépôt des dossiers: le 1er mars • la deuxième session: octobre – décembre (10 bourses) • date de dépôt des dossiers: le 15 août Conditions de participation • un curriculum vitae • une lettre de motivation adressée au président de l’Institut Culturel Roumain • 1 lettre de recommandation de la part d’un professeur de langue roumaine ou de la part d’un traducteur du roumain PROFESSIONNELS Quel est notre but? Créer une possibilité de rencontre entre les traducteurs et le milieu culturel roumain Comment? • 10 bourses pour une période de 1 à 3 mois • la valeur d’une bourse: 2 000 Euro pour toute la période (1 000 EUR pour le premier mois; 500 EUR pour le deuxième mois; 500 EUR pour le troisème mois) Conditions de participation • un curriculum vitae • une lettre de motivation adressée au président de l’Institut Culturel Roumain • un projet de traduction • préciser la période pour laquelle on sollicite la bourse • la préférence sera accordée aux projets déjà proposés en vue de parution dans des maisons d’édition étrangères Les exigences du programme • Le boursier s’engage à publier, dans un intervalle de 6 mois à partir de la fin de sa période de bourse, des fragments de sa traduction dans des revues spécialisées ou en volume. Pour des détails supplémentaires veuillez contacter: Dana Sestak, Tel. +40 317100621, e-mail: dana@icr.ro Emil Belu Matyla C. Ghika Era un taciturn, spun cei care l-au cunoscut pe acest român ratacit în Paris. Capitan de cursa lunga, absolvent stralucit al unei celebre scoli navale franceze – Le Borda –, cutreiera marile si oceanele lumii. În nesfârsitele taclale cu prietenii din cafenelele pariziene, niciodata nu povestea despre calatoriile sale, despre oamenii si locurile pe care le-a cunoscut, totul ramânând închis în el ca într-un seif secret. M. Eliade, care l-a cunoscut mai târziu, la Londra, îsi aminteste: „ M.G. era un autor celebru prin 1930, dupa ce publicase Le Nombre d`or, cu prefata lui Valéry”. Câti autori români au avut sansa unui prefatator – poet si pasionat de matematica – de un asemenea prestigiu? Aria preocuparilor lui Matyla C. Ghika era vasta : matematica, credinte religioase, filozofie, arhitectura, estetica (fiind chiar visiting professor la o Universitate din California), istorie, arta, mistica numerelor si multe altele. Era un pionier în explorarea spatiului alb de la confluenta câtorva domenii: siinta, filozofie, teologie, totul vazut prin rigoarea matematicianuli care era. Avea si alte pasiuni: colectiona sabii si iatagane, cutite din Malaya, picturi (era bun prieten cu Pallady, care în spiritul lui de fronda continua îi zicea Costiescule, dupa numele patern), avea o colectie de afise si proclamatii din timpul Revolutiei franceze, carti rare. Intrând în diplomatie, functioneaza ca „atasat naval” pe lânga câteva Legatii ale României din Occident. Are posibilitatea sa cunoasca colectii de arta din renumite capitale europene, sa citeasca în celebre biblioteci (citea o carte pe zi, îi marturisea lui M. Eliade). Publica chiar un roman Pluie d`étoiles, o carte de memorii, de radiografie culturala si sociala, apreciata în epoca. Cartile de sinteze culturale le publica la renumite edituri pariziene (Gallimard, Payot), lucrari ce devin repede sisteme de referinta, elogiate de elita culturala franceza. Numai citind titlurile îti dai seama de enciclopedismul acestui marinar esuat în cultura: Couleur du monde, Les croyances religieuses de la Grèce antique, Esthétique des proportions dans la nature et dans les arts, La géométrie de l`art et de la vie, Le Nombre d`or : rites et rythmes pythagoriciens dans le développement de la civilisation occidentale, Philosophie et mystique du nombre. Cristina Montescu Un jour, je marchais Un jour, je marchais, les livres de Giguère d’un côté, mon enfance de l’autre. Je marchais lentement, comme si la neige laissait des yeux partout et j’avais peur de les fermer. J’ai commencé à penser à mon identité via mon enfance dès que je me suis rendue compte qu’au Québec la littérature est une affaire de famille, de grande famille québécoise. Et moi ? Oui, moi qui ai cru venir au Québec pour me fondre dans le lit de ce fleuve nord-américain. Bon, moi, ce maudit moi qui n’est pas un autre, se sent RONIN, « homme de la vague », être sans maître. Dans le Japon féodal, le samouraï dont le clan avait été englouti par la guerre, le samouraï laissé pour compte devenait rônin. Être ronin. Venir de loin parmi ceux qui sont chez eux. Savoir et ne pas vouloir croire qu’il n’y a pas de chez soi. Oublier sa langue et s’endimancher avec la langue de l’autre. Oublier sans pouvoir oublier. Rêver sans pouvoir rêver. Être ronin. J’ai lu un texte que Gaston Miron écrivait sur le bilinguisme français - anglais. Auparavant, j’avais lu un texte que Radu Pavel Gheo écrivait sur la langue roumaine. Ce Gheo a voulu émigrer aux États-Unis. Il y est resté une année et il est revenu en Roumanie pour pouvoir lire et écrire en roumain, sa langue maternelle. A la première approche, j’ai voulu croire que le motif de son retour en Roumanie était invraisemblable et puéril. Mais j’ai toujours su que je réduisais au silence une voix qui s’écriait au fond de mon âme. Ma langue, ma langue que j’oublie ma langue que je tais ma langue qui, en rampant sur l’autre langue, me fait honte. Ma langue, cicatrice de naissance Ma langue oiseau blême Ma langue remplie de sables Ma langue qui sanglote Ma langue qui se cache Ma langue que je crache Ma langue qui se dessèche et qui tombe. Je suis écrasée par ma langue, par ce que j’ai perdu au grand jamais. Et je ne sais plus pour quoi il a fallu que je m’en aille. Je me rappelle que j’ai toujours voulu écrire. Je me rappelle que le roumain ligotait mes mains. Mes écrits naissaient du viol. Le roumain était mon témoin, ma conscience, il a fallu me délivrer de lui, l’assommer. J’ai refusé de traduire mes poèmes en roumain. J’ai refusé même si je savais que le refus impliquait l’effacement de ce que j’écrivais. Maintenant, la violence m’a quittée, la flamme qui me tenait collée à l’autre langue s’est éteinte. Et je reste debout, esseulée, encagée, contrainte à bégayer cette autre langue, le français.
Otilia Tunaru Le vent en poupe pour Catherine! Les extraordinaires aventures de Catherine Grégoire, voyageuse infatigable dans l’espace du théâtre amateur Elle apparaît le sourire fleurissant au coin des lèvres. La fraîcheur du printemps la suit dans le café où nous nous sommes données rendez-vous. Les yeux étincelants et les cheveux frisés complète le portrait de la fille que j’ai connue il y a trois ans et qui n’a pas changé du tout. Son air gamin et sa franchise rendent la discussion agréable et me donnent la sensation qu’on se retrouve sans jamais s’être quittées. Après l’avoir vue au sein de son équipe, donnant des indications aux comédiens et coordonnant le jeu dans la salle de spectacles, elle me semble très petite hors du contexte de la scène. Catherine Grégoire travaille sous contrat à la Commission scolaire de Montréal comme enseignante d’art dramatique auprès des petits, animatrice d’activités parascolaires dans les cégeps et monitrice pour les adultes dans les cours de francisation. La profession de spécialiste en art dramatique a plusieurs facettes et c’est un métier peu connu. Mais lorsqu’on voit les résultats à la fin de la session, on se rend compte combien cette discipline est nécessaire dans le programme scolaire. Un travail contractuel, assez instable d’une année à l’autre… Mais pas de soucis pour Catherine, qui a le goût de l’aventure! Depuis l’âge de 11 ans elle participe aux concours scolaires d’improvisation et d’art oratoire. Au secondaire, elle fait du théâtre dans un cours parascolaire et ça sera le coup de foudre pour la vie. Ce monde de l’improvisation et du jeu sur la scène la fascine, l’attire. Elle souhaite d’être comédienne et fait un DÉC en art dramatique. Mais un autre rêve la poursuit : celui de voyager. À l’âge de 19 ans, sac à dos et avec l’argent de sa jobine d’étudiante en poche, elle part en Europe et en Inde pour neuf mois. Je lui demande :« Comment as-tu perçu ces parties du monde? » Elle synthétise l’expérience de quelques mois dans peu de phrases, avec une vision de régisseur : « L’Europe c’est la présence de l’histoire partout et l’occupation massive de chaque territoire. L’Inde c’est… une autre planète. Tout ce qu’on cache ici est sorti dans la rue là-bas. Les malades, les gens vieux, la pauvreté, les handicapés, tout ça est exhibé dans la rue. C’est incroyable, mais les gens meurent dans la rue. En même temps, c’est un pays magique parce que plusieurs religions sont présentes. Il y a des cérémonies partout, c’est une ferveur religieuse qui te donne la sensation que tout peut être possible.» Après ce voyage sur un autre continent, elle continue son périple dans l’Ouest du Canada et l’Amérique Centrale. Au retour, elle est déjà une autre personne. Elle a vu et a appris. C’est la leçon la plus authentique sur le monde et sur l’équilibre de la vie. « Au Québec, nous sommes dans un milieu très protégé. Voir ce qui est ailleurs nous fait apprécier notre vie d’ici. C’est un bon apprentissage. » conclut-elle en devenant solennelle. Catherine, qui glisse toujours un sourire parmi ses paroles, cette fois a un ton grave. Elle a réfléchi et a mis en balance la nostalgie pour le théâtre et le désir de faire quelque chose de bon pour les autres. À l’UQÀM, elle fait des études en enseignement de l’art dramatique et elle obtient, en 2002, un diplôme de spécialiste dans ce domaine. « J’aime ce mélange du jeu et de l’enseignement parce que j’aime m’amuser et inventer. J’aime les projets, surtout l’animation dans les cégeps. Les jeunes adultes sont en train de se découvrir et d’explorer. L’instrument de base est le corps. Ils ont une énergie incroyable. C’est une force mélangée à une fragilité. Il faut puiser en soi-même, dans ses émotions. Ça amène à explorer ses propres limites. C’est une belle aventure en équipe. » Et je pense à cette « belle aventure en équipe » à laquelle j’avais assisté il y a quelques jours. Fidèle à sa tradition printanière, Catherine a invité parents, amis, connaissances, collègues à assister au Collège de Rosemont à sa mise en scène annuelle. À l'affiche cette année: la pièce de théâtre Cabaret Latendresse, présentée par la troupe des Imposteurs cuvée 2006. Sur l’annonce est écrit : Comédie policière en trois actes, deux entractes, une morte et aucun blessé. Toutes les familles ont leurs histoires. Certaines en ont cependant plus que d’autres. Venez partager celles que vivent les Latendresse dans leur sympathique cabaret! Au programme de la soirée : amour, mystère et émotions fort bien arrosées sur fond de musique swing. J’ai participé à une répétition et à un des trois spectacles présentés pendant trois soirées consécutives. Tout a été organisé avec un professionnalisme impeccable par l’équipe de production : les programmes de spectacle, le décor, les effets musicaux et d’éclairage. Le spectacle a commencé avec le duo de Mildred Bois et Richard Chan accompagnés au piano. Les chansons de Nancy Sinatra, les accords des morceaux comme Fly me to the moon nous ont introduits dans l’atmosphère authentique d’un cabaret d’autrefois. Le maître de cérémonie, séduisant, a animé toute la soirée en invitant les spectateurs pendant les entractes à prendre un verre au bar installé sur la scène. Tous les autres personnages ont dansé le swing et ont stimulé l’atmosphère pendant les entractes : Petra Latendresse -la femme fatale devenue vieille, qui se promenait soûle parmi nous en nous partageant ses inquiétudes-, Margaret Latendresse- sa sœur envieuse et suspecte de crime-, Luciano- l’amant passionné et bégayeur-, Amandine- la jeune femme amoureuse de l’amant de sa mère-, la croustillante tante Hilda, Giovanni avec son fort accent italien, l’inspecteur Wilson- qui poursuivait son enquête auprès du public, accompagné de ses collaboratrices, Miss Gun et Miss Notes-, la crieuse de journaux, le magicien Marc-Olivier qui nous a présenté un remarquable numéro de prestidigitation. Une belle complicité et une approche enjouée se sont installées entre les spectateurs et les comédiens. Un incident d’un charme tout a fait spécial est survenu, démontrant que les spectateurs ont embarqué dans la magie du jeu des acteurs. Un personnage tourmenté se levait parfois pour interrompre le spectacle avec des commentaires drôles -comme dans un vrai cabaret!- mais quelqu’un de la salle est intervenu dans la régie de la pièce de théâtre et a sorti « l’ivrogne » de la salle en lui donnant des tapes dans le dos. Les répliques ont été savoureuses, le dénouement inattendu et la mise en scène originale; le théâtre d'ombres et les effets d'éclairage à contre-jour ont intensifié l’atmosphère de mystère. L’idée de faire un spectacle en impliquant le public a eu un effet puissant. Marie-Sony Noël, qui a joué le rôle de la méchante Miss Gun et qui détient le titre de Miss Laval, a déclaré qu’elle a acquis beaucoup de connaissances de cette expérience : « Nous avons appris comment mémoriser, projeter la voix et se tenir sur la scène. Le travail de Catherine a été parfait parce qu’elle nous a bien guidé. Elle nous a bien conseillé : quels films voir, quels extraits de livre lire pour s’imprégner de l’atmosphère dans un cabaret. Nous sommes même allés dans des cabarets et nous avons suivi les jeudis des cours de swing. Je suis une autre personne maintenant.» Au collège de Rosemont, cette tradition théâtrale existe depuis à peu près 20 ans. Tout étudiant peut participer à cette activité parascolaire et j’ai demandé à Catherine de m’expliquer sa méthode de travail. « Ça change beaucoup d’une année à l’autre. Il y a des groupes qui font tout dans la joie, il y en a d’autres qui sont plus conflictuels. Je dois m’adapter et utiliser ce qu’ils ont. Si j’ai deux chanteurs, je crée des rôles pour eux, si j’ai des personnes plus expressives physiquement, ils ne parleront beaucoup sur la scène. Cette année j’ai eu une équipe exceptionnelle, donc l’histoire s’est construite autour de cinq rôles principaux. Il y a d’abord une période de préparation sur un texte que j’ai écrit pendant l’été. En novembre, c’est une présentation publique qui me permet de les voir en situation de spectacle. Parfois, le stress les rend meilleurs, parfois le trac leur coupe la voix. Ceux qui sont fiables, ont les rôles principaux.» À la question quel est le secret de constituer une équipe si réussie, elle me répond : « Chacun arrive avec un bagage différent selon l’âge, l’expérience, le vécu. Je commence par les connaître artistiquement, j’observe leur niveau, on s’apprivoise, on se crée un vocabulaire commun. En septembre, ils ne se connaissaient presque pas et maintenant ils sont une équipe. Parfois, des anciens étudiants reviennent. Leur présence comme équipe de production a été extrêmement importante cette année. Chacun s’est investi dans le projet et dans le travail d’équipe. Des amitiés très fortes se sont créées. » Catherine répond aux autres questions succinctement, comme elle donne des conseils sur la scène. J’apprends qu’elle adapte son texte et qu’elle écrit les répliques en collaboration avec les comédiens; comme ça, chacun a l’occasion de recréer son personnage : « Par exemple, l’été dernier, j’ai fait le scénario d’une comédie policière dans le style des années ’30-’40. Puis, on s’est mis tous ensemble à faire les dialogues. On se reprenait, on ajoutait. L’écriture du théâtre n’est pas comme celle d’un roman, c’est le style oral. J’ai dirigé une écriture de groupe. À la fin novembre, on avait tous les personnages principaux et puis on a ajouté les rôles secondaires. Pendant la période des fêtes, les comédiens ont mémorisé leurs rôles. » Est-ce qu’il y a une manière spéciale d’apprendre les rôles? « Je leur demande de mémoriser les répliques d’une manière neutre pour qu’on puisse après travailler sur le texte comme il faut. Dans le cas contraire, c’est plus difficile de changer la manière d’interprétation. Mais ça dépend toujours de texte, des étudiants, ce n’ est jamais pareil. C’est de la recherche, beaucoup de tâtonnement. J’ai eu une équipe positive et dynamique cette année. On a fait beaucoup d’entraînement, parce qu’un comédien doit être en forme. On a fait des exercices vocaux, on a appris des techniques de réchauffement de la voix, de respiration, on a exercé les muscles de la cage thoracique. On a pratiqué la direction du mouvement et la précision du regard. » Je lui demande si le théâtre d’amateurs peut s’appuyer sur une technique. « J’ai pensé à une esthétique on dirait « B.D.-iste » parce que j’aime le style ludique qui démontre beaucoup de jeu physique. C’est une question de goût et d’esthétique. Il y a des styles comme par exemple Stanislavsky, qui présente une technique du jeu réaliste. Mais je ne m’appuie uniquement sur ça. Le résultat final est que chacun a eu l’occasion de faire une bonne performance. Les comédiens se sont amusés sur la scène, le public dans la salle, moi avec mon équipe de production. » Catherine m’avoue qu’après les trois jours de spectacle elle a été malade. Elle s’est sentie vidée. Comme après un accouchement. « Pendant toute la période de ce projet j’ai pensé juste à ça, j’ai été obsédée, et puis… rien. C’est en quelque sort une dépression post-productum… » se moque-t-elle. Quels sont tes projets d’avenir? « Je continue l’enseignement avec les tout-petits. » me dit-elle en essayant de contourner ma question. Je poursuis : « Après le succès avec la troupe de théâtre amateur, quels sont tes projets dans ce domaine? » Elle me répond pensive : « C’est importante de trouver sa place, de se réaliser. Moi, je suis chanceuse de gagner ma vie en m’amusant. Je sais que je veux écrire dans ma vie. Maintenant je me pratique. Un jour j’écrirai pour de vrai. Le comment et le où… on verra. » L’année prochaine, je vous le promets, je vous tiendrai au courant des audacieuses entreprises de Catherine et de son équipe de théâtre. Bon voyage Catherine! Sur l’embarcation de ton talent, tu as le vent en poupe! --------------------------------------------------------------------------------------------------------- Photo 1 :Catherine Grégoire, la capitaine d’une belle aventure théâtrale - par Otilia Tunaru Aurelian Craiutiu Frumusetea discreta a griului Articolul a fost publicat in revista 22, din 22 februarie
2006 - 28 februarie 2006 A face un elogiu al moderatiei politice intr-un moment
in care neincrederea fata de fenomenul politic a atins cote alarmante
poate aparea multora ca un exercitiu donquijotesc, daca nu de-a dreptul
nepotrivit. Ce rost poate avea o carte despre moderatie intr-un peisaj
politic si cultural agitat si dominat prea adesea de un dialog al
surzilor, o lume in care inclinatia catre maniheism este aproape irezistibila
(si profitabila) si in care doar vocile cele mai stridente sau exotice
sunt remarcate sau apreciate? Intrebarea este in buna parte retorica...
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