Magazine mensuel de dialogue culturel Depuis 2001 • No 22 • Montréal • 15.06.2006

ARCHIVE

Otilia Tunaru
Interview avec Shola Doummar (fr)

Juin 2006

Perspectives ethnomusicologiques

Libre échange avec Gérald Côté sur la musique du monde et de la communauté autochtone

Par Otilia Tunaru

Rencontrer Gérald Côté en personne c’est une chose presque impossible. Le travail de recherche le pousse vers des pays lointains, surtout les plus pauvres au monde qu’il trouve les plus riches au niveau culturel. Sa formation d’ethnomusicologue s'inscrit dans la lutte pour la diversité culturelle et son but est d’éveiller la conscience des peuples envers leur héritage musical.

Gérald Côté est un pèlerin infatigable qui a exploré les plus inattendus aspects de la musique. Théoricien remarquable qui détient un doctorat en ethnomusicologie, il a oeuvré aussi dans le domaine du multimédia. Il a participé à la réalisation d'une série de cédéroms, à la création des trames musicales pour des séries documentaires et pour le théâtre. Il a fait des enregistrements de musique traditionnelle vaudou en Haïti, de musique touarègue et de rituel en Afrique ou en Chine, de musique karnatique d’Inde; la liste continue avec les États-Unis, l’Europe et l’Amérique du Sud.

Depuis 2004, il s’intéresse à la communauté autochtone du Grand Nord. Le musicien vit parmi les Amérindiennes dans le village Chisasibi, dont le nom signifie « la grande rivière ». Comme photo pour l’interview, Gérald m’a envoyé l’image de cette localité à laquelle il s’est identifié. Son portrait est devenu un casse-tête de tous les endroits dans lesquels sa curiosité professionnelle l’a conduit. Toujours à Chisasibi, il continue d’étudier le phénomène de la culture autochtone. « Je ne suis pas un carriériste et je n’ai aucun plan. Je suis une rivière… » - conclut-il à la fin de l’entretien. Une rivière sans repos qui porte dans ses vagues les échos de la musique de l’âme humaine de partout dans le monde.

Pour faire cet interview, j’ai recouru à l’Internet. Loin, dans le Grand Nord, l’ethnomusicologue continue la recherche d’un trésor spirituel égaré dans les dernières décennies. La rencontre virtuelle avec lui m’a fait apprendre l’histoire et comprendre la réalité de la communauté amérindienne. L’enseignant et le théoricien Gérald Côté est devenu par son abnégation et par son professionnalisme le sauveteur d’une richesse ancestrale gaspillée sur les vastes terres canadiennes. Son site est un florilège d’activités et de réalisations dans le domaine de la musique. La partie Expérience professionnelle constitue une incursion inédite sur le territoire du chant du monde.

http://gerald.cote.net

O.T. : Vous préparez le lancement de votre troisième livre dans le cadre du Festival international de jazz à Montréal. Est-ce qu’il y a un rapport entre ce lancement et le festival?

G.C. : Pas vraiment, on croit que c’est un bon moment pour présenter le livre alors que les sensibilités se tournent vers le jazz pendant quelques semaines. Il y aura plusieurs petits lancements et peut-être un autre plus important pendant le festival, mais rien n’est encore décidé.

O.T. : Votre premier livre Les 101 blues du Québec parle de l’histoire du blues et les couleurs qu’il a prises au Québec. Le deuxième livre Processus de création et musique populaire aborde le problème de la création musicale au Québec dans le contexte d'une structure économique mondiale. Quel est le thème de votre nouveau livre?

G.C. : Je vous laisse un fragment de la quatrième de couverture qui résume bien l’approche : « Le Jazz vu de l’intérieur donne une vision idéologique et esthétique plutôt qu’historique de la musique afro-américaine, et particulièrement dans sa forme jazz. Replaçant les styles musicaux dans leurs contextes, prêtant particulièrement attention aux réalités sociales et culturelles reliées aux crises vécues par les Africains-Américains, le tout en considérant la mécanique de diffusion au sein de l’industrie américaine du divertissement, Gérald Côté offre ainsi une perspective multidimensionnelle de l’histoire du jazz. »

O.T. : Qu’est qu’il signifie exactement ce terme Africain-Americain?

G.C. : Les Noirs américains se sont objectés au terme Afro-américain pour les désigner, car ils ne veulent pas de diminutif pour désigner leur africanité.

O.T. : Pourquoi doit-on lire ce livre, qu’est qu’il a de nouveau?

G.C. : Il se veut grand public, mais les véritables amateurs de jazz sont mieux équipés pour établir des liens entre la musique et l’idéologie. La plupart des bouquins sur le jazz ont des approches encyclopédiques et relèvent beaucoup de faits anecdotiques. Jazz vu de l’intérieur rassemble les éléments qui tentent de restaurer le sens que les créateurs du jazz donnaient à leur musique.

O.T. : Pourquoi vous êtes-vous penché sur ce genre de musique?

G.C. : C’est parti du blues et du rock en ce qui me concerne. Je voulais en connaître davantage sur ces musiques qui pour moi à l’époque de mon adolescence, n’avaient pas de lien avec les Africains-Américains. Je voulais en connaître le sens, le comment, le pourquoi. Or, pour ce, il faut prendre en considération tout l’élan de ce peuple qui a créé ces musiques dans le contexte de la ségrégation. Je me suis aussi rendu compte que le processus de création, qui est un des thèmes qui m’intéressent le plus en musique, en est un essentiellement de métissage et que ce métissage possède une signification profonde pour ceux qui l’opèrent.

O.T. : En décembre 1989 vous étiez enseignant dans le département de musique au collège de Sherbrooke. Grâce au lancement de l’album Je me souviens, vous êtes connu comme «musicien et compositeur sherbrookois » et vous avez reçu le prix de la production de l’année. Vous vous considérez toujours un musicien sherbrookois?

G.C. : Je ne me sens ni Sherbrookois, ni Montréalais, ni Québécois, ni Canadien; pour moi ces associations identitaires ne peuvent être définies sans un réductionnisme identitaire. Le succès n’est pas quelque chose que je recherche. S’il arrive, j’essaie d‘en faire profiter à mes autres projets. Mais, ce n’est jamais un objectif.

O.T. : Vous êtes cofondateur du Centre de recherche ethnomusicologique (CREAS) dont les objectifs principaux sont la préservation et la diffusion du savoir des griots du Mali. Pourquoi ce pays et qu’est-ce que signifie « les griots »?

G.C. : Le Mali, c’est un accident dans ma vie. J’y suis arrivé parce que je devais y faire des enregistrements. Mais, je me suis fait des amis et je me sens très attaché au pays. CREAS a été fondé pour enregistrer des aînés, car, dans la tradition orale, leur disparition constitue une perte de la mémoire collective de leur communauté. Le Griot est le « sang » de la société africaine. Il est justement le gardien de cette mémoire, et ce, tant sur les plans culturel, social, historique que spirituel.

O.T. : Vous avez enseigné et vous avez écrit sur la musique, vous avez fait des séjours d’études dans plusieurs pays. Quel côté aimez-vous de plus? La pratique ou la théorie?

G.C. : Le terrain, là où la musique prend son sens. Ce n’est jamais pareil, de deux semaines à deux mois tout dépendamment de la nature du contrat. Mais c’est une question qui demande une réponse trop vaste…

O.T. : Vous avez participé à la création des trames musicales pour des séries documentaires. Est-ce que vous composez d’autre genre de musique, comme de la musique pour des spectacles par exemple?

G.C. : J’ai fait aussi de la musique pour le théâtre, des cédéroms. Je n’ai pas un style que je privilégie, je tente plutôt de m’harmoniser avec le concept du réalisateur. C’est un travail d’équipe, ce que j’aime plus faire.

O.T. : Vous avez enseigné en musique dans le Grand Nord. Après que vous avez vécu parmi les Autochtones, quel est votre aperçu sur cette communauté? On connaît très peu sur ce monde…

G.C. : En juillet 2004 j’ai décidé de venir à Chisasibi afin d’enseigner la musique à des jeunes autochtones du niveau secondaire. Je savais que la communauté autochtone de la Baie James avait subi d’importants stress ayant entraîné de brusques changements au sein de leur mode de vie traditionnel. J’ai mené plusieurs enquêtes et j’ai participé à différentes activités traditionnelles. Mais d’abord, il faut connaître leur histoire.*

Sur le plan musical, les trois périodes d’acculturation ont mené à d’importantes transformations. Par exemple, durant la période de contestation des années 60, la prise de conscience critique internationale à l’égard du système capitaliste a conduit à une attitude d’affirmation de la part des autochtones, eux-mêmes rejetés du système. C’est à ce moment qu’ils se sont identifiés aux musiques marginales de l’époque, unissant leurs voix, contre le capitalisme excessif, à celles des jeunes contestataires hippies de l’époque. Ainsi, les musiques des Creams, de Led Zeppelin et des autres styles métalliques vont s’intégrer au patrimoine sonore de la génération qui est en fait celle des parents et des grands parents de mes élèves de Chisasibi. Depuis cinq ans, le rap américain, soutenant un rêve américain en ce moment sous l’effet de performants stéroïdes économiques, s’immiscent impudemment dans la culture musicale des jeunes Chisasibiens. En contrepoint à cette association aux musiques contestataires, un petit nombre d’autochtones s’est retourné vers le patrimoine perdu lors de la période de la Loi sur les Indiens. Dans le cadre de l’initiative de revalorisation culturelle, la musique de fonction animiste renaît chez les Cris de la Baie James, incluant des chants de prières aux esprits des Anciens et les chants destinés aux animaux mythiques en lien avec la chasse et la pêche. Il existe à Chisasibi une véritable renaissance des cérémonies traditionnelles. Il s’agit d’une mouvance soutenue par plusieurs jeunes et par quelques anciens. Le mouvement est marqué par la détermination de renouer avec les rituels et les valeurs traditionnelles perdues lors des échanges avec les Blancs. La démarche en est une à la fois, de démarcation identitaire, de fierté et de résistance.

O.T. : Quelle est le rôle de la musique pour cette communauté?

G.C. : La musique est très importante pour les Cris. Ils ont une très bonne oreille pouvant reproduire au son presque tout ce qu’ils veulent, du classique au folklorique en passant par le rock sous toutes ses formes. Ils s’en servent surtout comme musique de fête. En ce qui concerne leur musique traditionnelle, elle possède une fonction symbolique et spirituelle très particulière. Dans les rituels, elle sert comme véhicule pour la prière ou pour le contact avec les esprits des aînés. Dans les Pow Wow c’est un symbole d’identité culturelle.

O.T. : L’an dernier, vous avez fait une expédition au Mali en Afrique ou vous avez amené des jeunes Amérindiens de Chisasibi. Quel était le but de ce projet?

G.C. : Je voulais ouvrir les horizons à ces jeunes qui vivent isolés alors qu’on leur sert une vision si étroite du monde via la télévision. Nos journalistes, quand ils parlent d’Afrique par exemple, tombent trop souvent dans le cliché, le stéréotype, le sensationnalisme et même dans le mensonge et la propagande lorsque le politique s’en mêle. Le concept de diversité culturelle est servi à toutes les sauces et dégouline dans toutes les bouches. Conséquemment, il s’est lourdement appauvri avec des traitements journalistiques dont les propos sont trop souvent impropres ou impertinents.

O.T. : Ce projet a été filmé et sera le sujet d’un documentaire…

G.C. : Miroir en face a été présenté le 1er juin dans le cadre du festival de films autochtones à Montréal : Présence autochtone. Le programme de toutes les activités est à l’adresse :

http://www.nativelynx.qc.ca/06/fr/horaire.html

O.T. :Qu’est-ce qui, selon vous, pousse les humains de partout dans le monde, à s’exprimer par la musique?

G. C. : Cette question me mène à une réponse philosophique qui pourrait facilement s’étendre sur plusieurs pages. Néanmoins, je peux affirmer tout simplement que c’est propre aux humains de vouloir s’exprimer et de communiquer, et un des aspects de la fonction sociale de la musique répond à ce besoin.

O.T. : Pourquoi avez-vous choisi de vous concentrer sur cette carrière d’ethnomusicologue qui est un créneau moins accessible de la musique?

G.C. : Je fais ce métier pour essayer de comprendre l’humain. Je demeure ouvert dans la vie en général quant à ses parcours imprévisibles. Je ne suis pas un carriériste et je n’ai aucun plan. Je suis une rivière… Je te laisse une photo aérienne de Chisasibi sur laquelle j’ai mis un poème de Margaret Cromartie que j’ai eu la chance de rencontrer ici.

O.T. : Qu’est-ce que vous aimez de plus à votre métier?

G.C. : Rencontrer, communiquer, apprendre, aimer…

 

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UNE COURTE HISTOIRE DES CRIS

*Les Cris, ou Eeyou, occupent le territoire du nord du Québec depuis près de 5000 ans. Ils font partie de la grande famille linguistique algonquienne. Avant les conquêtes européennes, les Cris étaient des nomades chasseurs-cueilleurs. L’arrivée à la Baie James d’Henry Hudson en 1610, puis des Français vers 1670, allait créer un impact considérable chez les autochtones. C’est à partir de ce moment que nous pouvons identifier trois importantes périodes du processus d’acculturation présentant des changements significatifs au sein du mode de vie des Cris de la Baie James.

La première est celle de la traite des fourrures. Cette période est présentée par les historiens comme étant une période de coopération où les Indiens sont devenus des alliés indispensables. La conquête par les Britanniques a eu un impact considérable sur la culture autochtone. Dès le début du 18e siècle, la Compagnie de la Baie d’Hudson a dû recruter des travailleurs écossais provenant des îles Orkney. Flairant un eldorado, ceux-ci sont venus s’établir en grand nombre. Plusieurs d’entre eux ont pris des femmes autochtones, les pas de danse des reels se sont métissés aux danses autochtones, et aussi, la religion des Écossais est venue s’implanter à la Baie James.

Si la première période de l’acculturation des Cris s’est somme toute bien passée, la deuxième a été cependant beaucoup plus sombre. Après la Confédération, soit de 1867 jusqu’aux années 1960, le fédéralisme canadien a été impitoyable envers les « sauvages ». Durant cette période, plusieurs politiques d’assimilation à l’égard des autochtones ont fait leur ravage. La plus désastreuse d’entre elles demeure l’implacable « Loi sur les Indiens». Cette dernière se fondait sur une assimilation pure et simple « du système tribal » à la culture du Dominion, comme le laisse entendre le premier ministre du Canada de l’époque, J.A. McDonald. Le régime de pensionnat instauré en 1892 a laissé de profondes blessures historiques chez les Amérindiens. Voici la conclusion de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse du Québec dans l’étude Mythes et réalités sur les peuples autochtones. La rencontre Québecois-Autochtones : « La Commission royale sur les peuples autochtones qualifie cet épisode de « tragique histoire des pensionnats ». Depuis 1986 d'ailleurs, une à une, les Églises responsables des écoles résidentielles ont présenté des excuses publiques. Durant des décennies, des générations d'enfants ont été éloignées sciemment de leurs parents et de leurs villages, contraints à une discipline rigide, et on leur a même interdit de parler leur langue sous peine de punitions. En 1998, le gouvernement du Canada s'engageait à consacrer un montant de 350 millions de dollars afin d'appuyer des initiatives dites de « guérison communautaire » pour les membres des peuples autochtones « qui ont souffert des séquelles laissées par les sévices physiques et sexuels subis dans les pensionnats ».

Ce n’est qu’en 1969, année où les autochtones du Québec obtiennent le droit de vote, que ce contrat « éducatif » entre le gouvernement canadien et les Églises, catholique romaine, anglicane, méthodiste et presbytérienne, a pris fin. La troisième période de transformations sociales chez les Cris a commencé dans les années 60. C’est à ce moment qu’ont débuté les différents pourparlers entre les autochtones et les gouvernements canadien et québécois et que conséquemment, sont nés plusieurs organismes qui vont se porter à la défense des droits des Premières nations. Des organismes internationaux comme l’UNESCO et l’ONU ont amené le débat des droits autochtones. La Convention de la Baie James et du Nord québécois de 1975 est considéré comme la première entente moderne entre les autochtones et un gouvernement. Une série de nouvelles confrontations qui ont finalement incité la Charte des droits et liberté du Canada à admettre en 1982 « que les Indiens, les Inuits et les Métis sont des peuples autochtones, bénéficiant de droits ancestraux ou issus de traités. » La question va tout de même refaire surface au moment de l’entente de la Paix des braves par laquelle les Cris ont cédé leurs droits pour des « services essentiels »

En 1981, à la suite du mégaprojet hydroélectrique de la Baie James, les habitants de l’île Fort George ont déménagé sur le littoral et le village a changé de nom prenant celui de Chisasibi qui signifie «la grande rivière» en cri. Les autochtones de Fort George ont vu s’effondrer du jour au lendemain leur mode de vie communautaire au profit d’un mode de vie plus individualiste. La télévision et les autres gadgets de la communication du divertissement contribuent à leur inculquer un système de valeurs différent. C’est d’ailleurs à ce moment, c’est-à-dire une fois déménagé sur le littoral, que se sont multipliés les problèmes sociaux comme l’alcoolisme et la consommation de drogue chez les Cris. Or, depuis, la télévision, les antennes satellites et l’Internet ont brutalement imposé la « monoculture » du commerce et de l’entertainment dans le contexte de la mondialisation néolibérale. Il s’agit là de la plus récente, mais peut-être aussi de la plus pernicieuse des intrusions chez les Cris de la Baie James.

Aujourd’hui, la communauté autochtone vit une crise sociale malgré toutes les promesses, tant en argent qu’en formation pour des postes de professionnels, obtenues lors de la Convention de la Baie James. Le nombre des élevés au secondaire demeure très bas et la perspective d’emploi diminue, alors que le nombre de suicides est très élevé et que les problèmes d’alcool et de violence augmentent.

Bibliographie

Côté, Gérald, Acculturation et ethnocentrisme : Réflexion d’un ethnomusicologue enseignant en musique chez les Cris de la Baie James, Québec, 2005

http://gerald.cote.net/Diffusions/ARTICLE_chisasibi.pdf

Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, Mythes et réalités sur les peuples autochtones. La rencontre Québecois-autochtones, Québec, 2002, p. 30.

 

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PHOTO : L’ethnomusicologue Gérald Côté avec un danseur de Begnematou, site http://gerald.cote.net

création et réalisation par Cristian Nistor

graphique et mise-à-jour Bogdan Malaelea-Toropu

Droits de reproduction et de diffusion réservés © TERRA NOVA 2005. Tous droits réservés

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