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| Magazine mensuel de dialogue culturel | Depuis 2001 • No 22 • Montréal • 15.06.2006 |
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Felicia Mihali Le cas Mircea Cartarescu En Roumanie, l’écrivain Mircea Cartarescu est devenu un cas. Accueilli à ses débuts comme un grand talent, sa popularité a grandi au rythme de parution de ses livres. Lancé tout d’abord comme poète, il s’est ensuite converti au roman, mais ce changement n’a rien diminué de sa force créatrice. Comme poète, il reste l’auteur d’un véritable chef-d’œuvre, Levantul ( le Levant) poème-satire, une histoire romancée du peuple et de la poésie roumaine, mais aussi un tour de force à travers les genres poétiques connues. Ses premières narrations, ramassées dans le recueil Le rêve – devenu en français La Nostalgie – ont été un événement littéraire remarquable. Il a y eu ensuite le début de la trilogie Aveuglant (Orbitor), de laquelle, nous avons jusqu’à présent les deux premiers volumes. Tout compte fait, à présent Mircea Cartarescu vaut pour le plus grand écrivain roumain contemporain qui jouit en plus d’une renommée internationale. Ses livres ont été traduits et publiés avec suces en France, Espagne, Allemagne, Italie et, depuis peu, aux États-Unis. Il a été proposé pour de grands prix européens, mais la malchance a fait qu’il les rate toujours. En plus d’être un grand écrivain, Mircea Cartescu est aussi un grand professeur. Heureusement, chez lui le talent de conteur rejoint le talent pédagogique. A l’époque où j’étais étudiante à l’Université de Bucarest, je n’aurais raté un de ses cours pour rien au monde. Quelques années plus tard, lorsque l’un des professeurs de l’Université de Montréal, où j’ai achevé une maîtrise en littérature, m’a demandé de faire une présentation sur son œuvre, j’ai venté surtout ses qualités de mentor et de gourou parmi les jeunes auteurs en herbe. Et cela n’a rien de faux, car le cénacle littéraire qu’il conduisait à l’Université de Bucarest dans les années 90 jouait un rôle important au sein des jeunes auteurs, un peu en perte de repères après le moment 89. Il a formé et lancé une génération de poètes et de romanciers extrêmement talentueux. Pour nous tous, Mircea Cartarescu était un modèle en tant qu’écrivain mais aussi en tant qu’individu: talentueux et serein, calme et aimable, affectueux et toujours prêt à vous prodiguer de bons conseils. Après la publication de son journal, les choses ont changé en quelque sorte, et son image fut légèrement modifiée. Les pages de son journal montrent une personne sinon au bord du gouffre, au moins hantée par des inquiétudes profondes quand au destin de ses livres, et surtout obsédé par le rythme de sa présence sur le marché. Je n’aurais jamais imaginé un Cartarescu obsédé par la publication régulière, annuelle même, d’une œuvre quelconque. Le roman nécessite une beaucoup plus longue élaboration, et Cartarescu le sait mieux que tous. La polémique autour du journal allait de paire avec une série de critiques beaucoup moins positives qu’à son début. Si au début, toute la critique, sauf les serviteurs du régime Ceausescu, se ralliait pour saluer en lui un auteur d’exception, maintenant on s’efforce à démontrer que son talent est épuisé ou qu’il a des failles considérables. S’il est vrai que chaque œuvre a ses faiblesses, dans le cas de Mircea, l’institution critique roumaine se penche de plus en plus vers ces côtés, oubliant volontairement ce que ses livres représentent en entier. Dernièrement, il est entré en conflit non seulement avec l’ancienne garde de la critique, mais avec la nouvelle génération aussi, avec ceux qui, il y a pas longtemps, étaient ses émules et admirateurs. Cette réaction est toute à fait prévisible : après un grand amour, il arrive souvent une période de recul et de satiété de la part de ses admirateurs. De temps à autre, cependant, tout auteur a besoin de leçons d’humilité et dans chaque reproche il peut voir un impulse de réviser ses conceptions et rajeunir ses outils. Malheureusement, Mircea est tombé lui aussi dans le piège des réponses avec hargne et des chicanes. Dans les pages d’un quotidien bucarestois, il est devenu à son tour chroniqueur de mauvaises choses. En interviews, ses répliques trahissent une amertume difficile à guérir. On se demande, toutefois, si ce ton si amèrement pessimiste n’est pas trop construit, vu sa célébrité internationale. Et cette attitude, augmente encore plus la réception négative, voire l’antipathie de ses critiques. Le public reste, heureusement, loin de cette dispute. Ce public qu’on accuse et condamne parfois d’inculte a plus de bonne foi et de bon goût que l’institution littéraire. Avant de lire les revues qui leur indiquent quoi et qui lire, il sait par lui-même que Mircea Cartarescu reste le plus grand écrivain roumain qui peut fièrement jouir d’une réputation internationale. Emil Belu Matyla C. Ghika Era un taciturn, spun cei care l-au cunoscut pe acest român ratacit în Paris. Capitan de cursa lunga, absolvent stralucit al unei celebre scoli navale franceze – Le Borda –, cutreiera marile si oceanele lumii. În nesfârsitele taclale cu prietenii din cafenelele pariziene, niciodata nu povestea despre calatoriile sale, despre oamenii si locurile pe care le-a cunoscut, totul ramânând închis în el ca într-un seif secret. M. Eliade, care l-a cunoscut mai târziu, la Londra, îsi aminteste: „ M.G. era un autor celebru prin 1930, dupa ce publicase Le Nombre d`or, cu prefata lui Valéry”. Câti autori români au avut sansa unui prefatator – poet si pasionat de matematica – de un asemenea prestigiu? Aria preocuparilor lui Matyla C. Ghika era vasta : matematica, credinte religioase, filozofie, arhitectura, estetica (fiind chiar visiting professor la o Universitate din California), istorie, arta, mistica numerelor si multe altele. Era un pionier în explorarea spatiului alb de la confluenta câtorva domenii: siinta, filozofie, teologie, totul vazut prin rigoarea matematicianuli care era. Avea si alte pasiuni: colectiona sabii si iatagane, cutite din Malaya, picturi (era bun prieten cu Pallady, care în spiritul lui de fronda continua îi zicea Costiescule, dupa numele patern), avea o colectie de afise si proclamatii din timpul Revolutiei franceze, carti rare. Intrând în diplomatie, functioneaza ca „atasat naval” pe lânga câteva Legatii ale României din Occident. Are posibilitatea sa cunoasca colectii de arta din renumite capitale europene, sa citeasca în celebre biblioteci (citea o carte pe zi, îi marturisea lui M. Eliade). Publica chiar un roman Pluie d`étoiles, o carte de memorii, de radiografie culturala si sociala, apreciata în epoca. Cartile de sinteze culturale le publica la renumite edituri pariziene (Gallimard, Payot), lucrari ce devin repede sisteme de referinta, elogiate de elita culturala franceza. Numai citind titlurile îti dai seama de enciclopedismul acestui marinar esuat în cultura: Couleur du monde, Les croyances religieuses de la Grèce antique, Esthétique des proportions dans la nature et dans les arts, La géométrie de l`art et de la vie, Le Nombre d`or : rites et rythmes pythagoriciens dans le développement de la civilisation occidentale, Philosophie et mystique du nombre. Cristina Montescu Un jour, je marchais Un jour, je marchais, les livres de Giguère d’un côté, mon enfance de l’autre. Je marchais lentement, comme si la neige laissait des yeux partout et j’avais peur de les fermer. J’ai commencé à penser à mon identité via mon enfance dès que je me suis rendue compte qu’au Québec la littérature est une affaire de famille, de grande famille québécoise. Et moi ? Oui, moi qui ai cru venir au Québec pour me fondre dans le lit de ce fleuve nord-américain. Bon, moi, ce maudit moi qui n’est pas un autre, se sent RONIN, « homme de la vague », être sans maître. Dans le Japon féodal, le samouraï dont le clan avait été englouti par la guerre, le samouraï laissé pour compte devenait rônin. Être ronin. Venir de loin parmi ceux qui sont chez eux. Savoir et ne pas vouloir croire qu’il n’y a pas de chez soi. Oublier sa langue et s’endimancher avec la langue de l’autre. Oublier sans pouvoir oublier. Rêver sans pouvoir rêver. Être ronin. J’ai lu un texte que Gaston Miron écrivait sur le bilinguisme français - anglais. Auparavant, j’avais lu un texte que Radu Pavel Gheo écrivait sur la langue roumaine. Ce Gheo a voulu émigrer aux États-Unis. Il y est resté une année et il est revenu en Roumanie pour pouvoir lire et écrire en roumain, sa langue maternelle. A la première approche, j’ai voulu croire que le motif de son retour en Roumanie était invraisemblable et puéril. Mais j’ai toujours su que je réduisais au silence une voix qui s’écriait au fond de mon âme. Ma langue, ma langue que j’oublie ma langue que je tais ma langue qui, en rampant sur l’autre langue, me fait honte. Ma langue, cicatrice de naissance Ma langue oiseau blême Ma langue remplie de sables Ma langue qui sanglote Ma langue qui se cache Ma langue que je crache Ma langue qui se dessèche et qui tombe. Je suis écrasée par ma langue, par ce que j’ai perdu au grand jamais. Et je ne sais plus pour quoi il a fallu que je m’en aille. Je me rappelle que j’ai toujours voulu écrire. Je me rappelle que le roumain ligotait mes mains. Mes écrits naissaient du viol. Le roumain était mon témoin, ma conscience, il a fallu me délivrer de lui, l’assommer. J’ai refusé de traduire mes poèmes en roumain. J’ai refusé même si je savais que le refus impliquait l’effacement de ce que j’écrivais. Maintenant, la violence m’a quittée, la flamme qui me tenait collée à l’autre langue s’est éteinte. Et je reste debout, esseulée, encagée, contrainte à bégayer cette autre langue, le français.
Otilia Tunaru Le vent en poupe pour Catherine! Les extraordinaires aventures de Catherine Grégoire, voyageuse infatigable dans l’espace du théâtre amateur Elle apparaît le sourire fleurissant au coin des lèvres. La fraîcheur du printemps la suit dans le café où nous nous sommes données rendez-vous. Les yeux étincelants et les cheveux frisés complète le portrait de la fille que j’ai connue il y a trois ans et qui n’a pas changé du tout. Son air gamin et sa franchise rendent la discussion agréable et me donnent la sensation qu’on se retrouve sans jamais s’être quittées. Après l’avoir vue au sein de son équipe, donnant des indications aux comédiens et coordonnant le jeu dans la salle de spectacles, elle me semble très petite hors du contexte de la scène. Catherine Grégoire travaille sous contrat à la Commission scolaire de Montréal comme enseignante d’art dramatique auprès des petits, animatrice d’activités parascolaires dans les cégeps et monitrice pour les adultes dans les cours de francisation. La profession de spécialiste en art dramatique a plusieurs facettes et c’est un métier peu connu. Mais lorsqu’on voit les résultats à la fin de la session, on se rend compte combien cette discipline est nécessaire dans le programme scolaire. Un travail contractuel, assez instable d’une année à l’autre… Mais pas de soucis pour Catherine, qui a le goût de l’aventure! Depuis l’âge de 11 ans elle participe aux concours scolaires d’improvisation et d’art oratoire. Au secondaire, elle fait du théâtre dans un cours parascolaire et ça sera le coup de foudre pour la vie. Ce monde de l’improvisation et du jeu sur la scène la fascine, l’attire. Elle souhaite d’être comédienne et fait un DÉC en art dramatique. Mais un autre rêve la poursuit : celui de voyager. À l’âge de 19 ans, sac à dos et avec l’argent de sa jobine d’étudiante en poche, elle part en Europe et en Inde pour neuf mois. Je lui demande :« Comment as-tu perçu ces parties du monde? » Elle synthétise l’expérience de quelques mois dans peu de phrases, avec une vision de régisseur : « L’Europe c’est la présence de l’histoire partout et l’occupation massive de chaque territoire. L’Inde c’est… une autre planète. Tout ce qu’on cache ici est sorti dans la rue là-bas. Les malades, les gens vieux, la pauvreté, les handicapés, tout ça est exhibé dans la rue. C’est incroyable, mais les gens meurent dans la rue. En même temps, c’est un pays magique parce que plusieurs religions sont présentes. Il y a des cérémonies partout, c’est une ferveur religieuse qui te donne la sensation que tout peut être possible.» Après ce voyage sur un autre continent, elle continue son périple dans l’Ouest du Canada et l’Amérique Centrale. Au retour, elle est déjà une autre personne. Elle a vu et a appris. C’est la leçon la plus authentique sur le monde et sur l’équilibre de la vie. « Au Québec, nous sommes dans un milieu très protégé. Voir ce qui est ailleurs nous fait apprécier notre vie d’ici. C’est un bon apprentissage. » conclut-elle en devenant solennelle. Catherine, qui glisse toujours un sourire parmi ses paroles, cette fois a un ton grave. Elle a réfléchi et a mis en balance la nostalgie pour le théâtre et le désir de faire quelque chose de bon pour les autres. À l’UQÀM, elle fait des études en enseignement de l’art dramatique et elle obtient, en 2002, un diplôme de spécialiste dans ce domaine. « J’aime ce mélange du jeu et de l’enseignement parce que j’aime m’amuser et inventer. J’aime les projets, surtout l’animation dans les cégeps. Les jeunes adultes sont en train de se découvrir et d’explorer. L’instrument de base est le corps. Ils ont une énergie incroyable. C’est une force mélangée à une fragilité. Il faut puiser en soi-même, dans ses émotions. Ça amène à explorer ses propres limites. C’est une belle aventure en équipe. » Et je pense à cette « belle aventure en équipe » à laquelle j’avais assisté il y a quelques jours. Fidèle à sa tradition printanière, Catherine a invité parents, amis, connaissances, collègues à assister au Collège de Rosemont à sa mise en scène annuelle. À l'affiche cette année: la pièce de théâtre Cabaret Latendresse, présentée par la troupe des Imposteurs cuvée 2006. Sur l’annonce est écrit : Comédie policière en trois actes, deux entractes, une morte et aucun blessé. Toutes les familles ont leurs histoires. Certaines en ont cependant plus que d’autres. Venez partager celles que vivent les Latendresse dans leur sympathique cabaret! Au programme de la soirée : amour, mystère et émotions fort bien arrosées sur fond de musique swing. J’ai participé à une répétition et à un des trois spectacles présentés pendant trois soirées consécutives. Tout a été organisé avec un professionnalisme impeccable par l’équipe de production : les programmes de spectacle, le décor, les effets musicaux et d’éclairage. Le spectacle a commencé avec le duo de Mildred Bois et Richard Chan accompagnés au piano. Les chansons de Nancy Sinatra, les accords des morceaux comme Fly me to the moon nous ont introduits dans l’atmosphère authentique d’un cabaret d’autrefois. Le maître de cérémonie, séduisant, a animé toute la soirée en invitant les spectateurs pendant les entractes à prendre un verre au bar installé sur la scène. Tous les autres personnages ont dansé le swing et ont stimulé l’atmosphère pendant les entractes : Petra Latendresse -la femme fatale devenue vieille, qui se promenait soûle parmi nous en nous partageant ses inquiétudes-, Margaret Latendresse- sa sœur envieuse et suspecte de crime-, Luciano- l’amant passionné et bégayeur-, Amandine- la jeune femme amoureuse de l’amant de sa mère-, la croustillante tante Hilda, Giovanni avec son fort accent italien, l’inspecteur Wilson- qui poursuivait son enquête auprès du public, accompagné de ses collaboratrices, Miss Gun et Miss Notes-, la crieuse de journaux, le magicien Marc-Olivier qui nous a présenté un remarquable numéro de prestidigitation. Une belle complicité et une approche enjouée se sont installées entre les spectateurs et les comédiens. Un incident d’un charme tout a fait spécial est survenu, démontrant que les spectateurs ont embarqué dans la magie du jeu des acteurs. Un personnage tourmenté se levait parfois pour interrompre le spectacle avec des commentaires drôles -comme dans un vrai cabaret!- mais quelqu’un de la salle est intervenu dans la régie de la pièce de théâtre et a sorti « l’ivrogne » de la salle en lui donnant des tapes dans le dos. Les répliques ont été savoureuses, le dénouement inattendu et la mise en scène originale; le théâtre d'ombres et les effets d'éclairage à contre-jour ont intensifié l’atmosphère de mystère. L’idée de faire un spectacle en impliquant le public a eu un effet puissant. Marie-Sony Noël, qui a joué le rôle de la méchante Miss Gun et qui détient le titre de Miss Laval, a déclaré qu’elle a acquis beaucoup de connaissances de cette expérience : « Nous avons appris comment mémoriser, projeter la voix et se tenir sur la scène. Le travail de Catherine a été parfait parce qu’elle nous a bien guidé. Elle nous a bien conseillé : quels films voir, quels extraits de livre lire pour s’imprégner de l’atmosphère dans un cabaret. Nous sommes même allés dans des cabarets et nous avons suivi les jeudis des cours de swing. Je suis une autre personne maintenant.» Au collège de Rosemont, cette tradition théâtrale existe depuis à peu près 20 ans. Tout étudiant peut participer à cette activité parascolaire et j’ai demandé à Catherine de m’expliquer sa méthode de travail. « Ça change beaucoup d’une année à l’autre. Il y a des groupes qui font tout dans la joie, il y en a d’autres qui sont plus conflictuels. Je dois m’adapter et utiliser ce qu’ils ont. Si j’ai deux chanteurs, je crée des rôles pour eux, si j’ai des personnes plus expressives physiquement, ils ne parleront beaucoup sur la scène. Cette année j’ai eu une équipe exceptionnelle, donc l’histoire s’est construite autour de cinq rôles principaux. Il y a d’abord une période de préparation sur un texte que j’ai écrit pendant l’été. En novembre, c’est une présentation publique qui me permet de les voir en situation de spectacle. Parfois, le stress les rend meilleurs, parfois le trac leur coupe la voix. Ceux qui sont fiables, ont les rôles principaux.» À la question quel est le secret de constituer une équipe si réussie, elle me répond : « Chacun arrive avec un bagage différent selon l’âge, l’expérience, le vécu. Je commence par les connaître artistiquement, j’observe leur niveau, on s’apprivoise, on se crée un vocabulaire commun. En septembre, ils ne se connaissaient presque pas et maintenant ils sont une équipe. Parfois, des anciens étudiants reviennent. Leur présence comme équipe de production a été extrêmement importante cette année. Chacun s’est investi dans le projet et dans le travail d’équipe. Des amitiés très fortes se sont créées. » Catherine répond aux autres questions succinctement, comme elle donne des conseils sur la scène. J’apprends qu’elle adapte son texte et qu’elle écrit les répliques en collaboration avec les comédiens; comme ça, chacun a l’occasion de recréer son personnage : « Par exemple, l’été dernier, j’ai fait le scénario d’une comédie policière dans le style des années ’30-’40. Puis, on s’est mis tous ensemble à faire les dialogues. On se reprenait, on ajoutait. L’écriture du théâtre n’est pas comme celle d’un roman, c’est le style oral. J’ai dirigé une écriture de groupe. À la fin novembre, on avait tous les personnages principaux et puis on a ajouté les rôles secondaires. Pendant la période des fêtes, les comédiens ont mémorisé leurs rôles. » Est-ce qu’il y a une manière spéciale d’apprendre les rôles? « Je leur demande de mémoriser les répliques d’une manière neutre pour qu’on puisse après travailler sur le texte comme il faut. Dans le cas contraire, c’est plus difficile de changer la manière d’interprétation. Mais ça dépend toujours de texte, des étudiants, ce n’ est jamais pareil. C’est de la recherche, beaucoup de tâtonnement. J’ai eu une équipe positive et dynamique cette année. On a fait beaucoup d’entraînement, parce qu’un comédien doit être en forme. On a fait des exercices vocaux, on a appris des techniques de réchauffement de la voix, de respiration, on a exercé les muscles de la cage thoracique. On a pratiqué la direction du mouvement et la précision du regard. » Je lui demande si le théâtre d’amateurs peut s’appuyer sur une technique. « J’ai pensé à une esthétique on dirait « B.D.-iste » parce que j’aime le style ludique qui démontre beaucoup de jeu physique. C’est une question de goût et d’esthétique. Il y a des styles comme par exemple Stanislavsky, qui présente une technique du jeu réaliste. Mais je ne m’appuie uniquement sur ça. Le résultat final est que chacun a eu l’occasion de faire une bonne performance. Les comédiens se sont amusés sur la scène, le public dans la salle, moi avec mon équipe de production. » Catherine m’avoue qu’après les trois jours de spectacle elle a été malade. Elle s’est sentie vidée. Comme après un accouchement. « Pendant toute la période de ce projet j’ai pensé juste à ça, j’ai été obsédée, et puis… rien. C’est en quelque sort une dépression post-productum… » se moque-t-elle. Quels sont tes projets d’avenir? « Je continue l’enseignement avec les tout-petits. » me dit-elle en essayant de contourner ma question. Je poursuis : « Après le succès avec la troupe de théâtre amateur, quels sont tes projets dans ce domaine? » Elle me répond pensive : « C’est importante de trouver sa place, de se réaliser. Moi, je suis chanceuse de gagner ma vie en m’amusant. Je sais que je veux écrire dans ma vie. Maintenant je me pratique. Un jour j’écrirai pour de vrai. Le comment et le où… on verra. » L’année prochaine, je vous le promets, je vous tiendrai au courant des audacieuses entreprises de Catherine et de son équipe de théâtre. Bon voyage Catherine! Sur l’embarcation de ton talent, tu as le vent en poupe! --------------------------------------------------------------------------------------------------------- Photo 1 :Catherine Grégoire, la capitaine d’une belle aventure théâtrale - par Otilia Tunaru Aurelian Craiutiu Frumusetea discreta a griului Articolul a fost publicat in revista 22, din 22 februarie
2006 - 28 februarie 2006 A face un elogiu al moderatiei politice intr-un moment
in care neincrederea fata de fenomenul politic a atins cote alarmante
poate aparea multora ca un exercitiu donquijotesc, daca nu de-a dreptul
nepotrivit. Ce rost poate avea o carte despre moderatie intr-un peisaj
politic si cultural agitat si dominat prea adesea de un dialog al
surzilor, o lume in care inclinatia catre maniheism este aproape irezistibila
(si profitabila) si in care doar vocile cele mai stridente sau exotice
sunt remarcate sau apreciate? Intrebarea este in buna parte retorica...
(Subtitlurile apartin redactiei Revistei 22) |
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