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Magazine mensuel de dialogue culturel Depuis 2001 • No 22 • Montréal • 15.06.2006

ARCHIVE

Juin 2006

Felicia Mihali

Le cas Mircea Cartarescu

En Roumanie, l’écrivain Mircea Cartarescu est devenu un cas.

Accueilli à ses débuts comme un grand talent, sa popularité a grandi au rythme de parution de ses livres. Lancé tout d’abord comme poète, il s’est ensuite converti au roman, mais ce changement n’a rien diminué de sa force créatrice. Comme poète, il reste l’auteur d’un véritable chef-d’œuvre, Levantul ( le Levant) poème-satire, une histoire romancée du peuple et de la poésie roumaine, mais aussi un tour de force à travers les genres poétiques connues. Ses premières narrations, ramassées dans le recueil Le rêve – devenu en français La Nostalgie – ont été un événement littéraire remarquable. Il a y eu ensuite le début de la trilogie Aveuglant (Orbitor), de laquelle, nous avons jusqu’à présent les deux premiers volumes. Tout compte fait, à présent Mircea Cartarescu vaut pour le plus grand écrivain roumain contemporain qui jouit en plus d’une renommée internationale. Ses livres ont été traduits et publiés avec suces en France, Espagne, Allemagne, Italie et, depuis peu, aux États-Unis. Il a été proposé pour de grands prix européens, mais la malchance a fait qu’il les rate toujours.

En plus d’être un grand écrivain, Mircea Cartescu est aussi un grand professeur. Heureusement, chez lui le talent de conteur rejoint le talent pédagogique. A l’époque où j’étais étudiante à l’Université de Bucarest, je n’aurais raté un de ses cours pour rien au monde. Quelques années plus tard, lorsque l’un des professeurs de l’Université de Montréal, où j’ai achevé une maîtrise en littérature, m’a demandé de faire une présentation sur son œuvre, j’ai venté surtout ses qualités de mentor et de gourou parmi les jeunes auteurs en herbe. Et cela n’a rien de faux, car le cénacle littéraire qu’il conduisait à l’Université de Bucarest dans les années 90 jouait un rôle important au sein des jeunes auteurs, un peu en perte de repères après le moment 89. Il a formé et lancé une génération de poètes et de romanciers extrêmement talentueux. Pour nous tous, Mircea Cartarescu était un modèle en tant qu’écrivain mais aussi en tant qu’individu: talentueux et serein, calme et aimable, affectueux et toujours prêt à vous prodiguer de bons conseils.

Après la publication de son journal, les choses ont changé en quelque sorte, et son image fut légèrement modifiée. Les pages de son journal montrent une personne sinon au bord du gouffre, au moins hantée par des inquiétudes profondes quand au destin de ses livres, et surtout obsédé par le rythme de sa présence sur le marché. Je n’aurais jamais imaginé un Cartarescu obsédé par la publication régulière, annuelle même, d’une œuvre quelconque. Le roman nécessite une beaucoup plus longue élaboration, et Cartarescu le sait mieux que tous.

La polémique autour du journal allait de paire avec une série de critiques beaucoup moins positives qu’à son début. Si au début, toute la critique, sauf les serviteurs du régime Ceausescu, se ralliait pour saluer en lui un auteur d’exception, maintenant on s’efforce à démontrer que son talent est épuisé ou qu’il a des failles considérables. S’il est vrai que chaque œuvre a ses faiblesses, dans le cas de Mircea, l’institution critique roumaine se penche de plus en plus vers ces côtés, oubliant volontairement ce que ses livres représentent en entier. Dernièrement, il est entré en conflit non seulement avec l’ancienne garde de la critique, mais avec la nouvelle génération aussi, avec ceux qui, il y a pas longtemps, étaient ses émules et admirateurs.

Cette réaction est toute à fait prévisible : après un grand amour, il arrive souvent une période de recul et de satiété de la part de ses admirateurs. De temps à autre, cependant, tout auteur a besoin de leçons d’humilité et dans chaque reproche il peut voir un impulse de réviser ses conceptions et rajeunir ses outils. Malheureusement, Mircea est tombé lui aussi dans le piège des réponses avec hargne et des chicanes. Dans les pages d’un quotidien bucarestois, il est devenu à son tour chroniqueur de mauvaises choses. En interviews, ses répliques trahissent une amertume difficile à guérir. On se demande, toutefois, si ce ton si amèrement pessimiste n’est pas trop construit, vu sa célébrité internationale. Et cette attitude, augmente encore plus la réception négative, voire l’antipathie de ses critiques.

Le public reste, heureusement, loin de cette dispute. Ce public qu’on accuse et condamne parfois d’inculte a plus de bonne foi et de bon goût que l’institution littéraire. Avant de lire les revues qui leur indiquent quoi et qui lire, il sait par lui-même que Mircea Cartarescu reste le plus grand écrivain roumain qui peut fièrement jouir d’une réputation internationale.

Juin 2006

Emil Belu

Matyla C. Ghika

Era un taciturn, spun cei care l-au cunoscut pe acest român ratacit în Paris. Capitan de cursa lunga, absolvent stralucit al unei celebre scoli navale franceze – Le Borda –, cutreiera marile si oceanele lumii. În nesfârsitele taclale cu prietenii din cafenelele pariziene, niciodata nu povestea despre calatoriile sale, despre oamenii si locurile pe care le-a cunoscut, totul ramânând închis în el ca într-un seif secret.

M. Eliade, care l-a cunoscut mai târziu, la Londra, îsi aminteste: „ M.G. era un autor celebru prin 1930, dupa ce publicase Le Nombre d`or, cu prefata lui Valéry”. Câti autori români au avut sansa unui prefatator – poet si pasionat de matematica – de un asemenea prestigiu?

Aria preocuparilor lui Matyla C. Ghika era vasta : matematica, credinte religioase, filozofie, arhitectura, estetica (fiind chiar visiting professor la o Universitate din California), istorie, arta, mistica numerelor si multe altele. Era un pionier în explorarea spatiului alb de la confluenta câtorva domenii: siinta, filozofie, teologie, totul vazut prin rigoarea matematicianuli care era.

Avea si alte pasiuni: colectiona sabii si iatagane, cutite din Malaya, picturi (era bun prieten cu Pallady, care în spiritul lui de fronda continua îi zicea Costiescule, dupa numele patern), avea o colectie de afise si proclamatii din timpul Revolutiei franceze, carti rare.

Intrând în diplomatie, functioneaza ca „atasat naval” pe lânga câteva Legatii ale României din Occident. Are posibilitatea sa cunoasca colectii de arta din renumite capitale europene, sa citeasca în celebre biblioteci (citea o carte pe zi, îi marturisea lui M. Eliade). Publica chiar un roman Pluie d`étoiles, o carte de memorii, de radiografie culturala si sociala, apreciata în epoca.

Cartile de sinteze culturale le publica la renumite edituri pariziene (Gallimard, Payot), lucrari ce devin repede sisteme de referinta, elogiate de elita culturala franceza. Numai citind titlurile îti dai seama de enciclopedismul acestui marinar esuat în cultura: Couleur du monde, Les croyances religieuses de la Grèce antique, Esthétique des proportions dans la nature et dans les arts, La géométrie de l`art et de la vie, Le Nombre d`or : rites et rythmes pythagoriciens dans le développement de la civilisation occidentale, Philosophie et mystique du nombre.

Juin 2006

Cristina Montescu

Un jour, je marchais

Un jour, je marchais, les livres de Giguère d’un côté, mon enfance de l’autre. Je marchais lentement, comme si la neige laissait des yeux partout et j’avais peur de les fermer.

J’ai commencé à penser à mon identité via mon enfance dès que je me suis rendue compte qu’au Québec la littérature est une affaire de famille, de grande famille québécoise.

Et moi ? Oui, moi qui ai cru venir au Québec pour me fondre dans le lit de ce fleuve nord-américain.

Bon, moi, ce maudit moi qui n’est pas un autre, se sent RONIN, « homme de la vague », être sans maître.

Dans le Japon féodal, le samouraï dont le clan avait été englouti par la guerre, le samouraï laissé pour compte devenait rônin.

Être ronin.

Venir de loin parmi ceux qui sont chez eux.

Savoir et ne pas vouloir croire qu’il n’y a pas de chez soi.

Oublier sa langue et s’endimancher avec la langue de l’autre.

Oublier sans pouvoir oublier.

Rêver sans pouvoir rêver.

Être ronin.

J’ai lu un texte que Gaston Miron écrivait sur le bilinguisme français - anglais. Auparavant, j’avais lu un texte que Radu Pavel Gheo écrivait sur la langue roumaine. Ce Gheo a voulu émigrer aux États-Unis. Il y est resté une année et il est revenu en Roumanie pour pouvoir lire et écrire en roumain, sa langue maternelle.

A la première approche, j’ai voulu croire que le motif de son retour en Roumanie était invraisemblable et puéril. Mais j’ai toujours su que je réduisais au silence une voix qui s’écriait au fond de mon âme.

Ma langue, ma langue que j’oublie

ma langue que je tais

ma langue qui, en rampant sur l’autre langue, me fait honte.

Ma langue, cicatrice de naissance

Ma langue oiseau blême

Ma langue remplie de sables

Ma langue qui sanglote

Ma langue qui se cache

Ma langue que je crache

Ma langue qui se dessèche et

qui tombe.

Je suis écrasée par ma langue, par ce que j’ai perdu au grand jamais. Et je ne sais plus pour quoi il a fallu que je m’en aille.

Je me rappelle que j’ai toujours voulu écrire. Je me rappelle que le roumain ligotait mes mains. Mes écrits naissaient du viol. Le roumain était mon témoin, ma conscience, il a fallu me délivrer de lui, l’assommer. J’ai refusé de traduire mes poèmes en roumain. J’ai refusé même si je savais que le refus impliquait l’effacement de ce que j’écrivais.

Maintenant, la violence m’a quittée, la flamme qui me tenait collée à l’autre langue s’est éteinte. Et je reste debout, esseulée, encagée, contrainte à bégayer cette autre langue, le français.

Juin 2006

Otilia Tunaru

Le vent en poupe pour Catherine!

Les extraordinaires aventures de Catherine Grégoire, voyageuse infatigable dans l’espace du théâtre amateur

Elle apparaît le sourire fleurissant au coin des lèvres. La fraîcheur du printemps la suit dans le café où nous nous sommes données rendez-vous. Les yeux étincelants et les cheveux frisés complète le portrait de la fille que j’ai connue il y a trois ans et qui n’a pas changé du tout. Son air gamin et sa franchise rendent la discussion agréable et me donnent la sensation qu’on se retrouve sans jamais s’être quittées. Après l’avoir vue au sein de son équipe, donnant des indications aux comédiens et coordonnant le jeu dans la salle de spectacles, elle me semble très petite hors du contexte de la scène.

Catherine Grégoire travaille sous contrat à la Commission scolaire de Montréal comme enseignante d’art dramatique auprès des petits, animatrice d’activités parascolaires dans les cégeps et monitrice pour les adultes dans les cours de francisation. La profession de spécialiste en art dramatique a plusieurs facettes et c’est un métier peu connu. Mais lorsqu’on voit les résultats à la fin de la session, on se rend compte combien cette discipline est nécessaire dans le programme scolaire. Un travail contractuel, assez instable d’une année à l’autre… Mais pas de soucis pour Catherine, qui a le goût de l’aventure!

Depuis l’âge de 11 ans elle participe aux concours scolaires d’improvisation et d’art oratoire. Au secondaire, elle fait du théâtre dans un cours parascolaire et ça sera le coup de foudre pour la vie. Ce monde de l’improvisation et du jeu sur la scène la fascine, l’attire. Elle souhaite d’être comédienne et fait un DÉC en art dramatique. Mais un autre rêve la poursuit : celui de voyager. À l’âge de 19 ans, sac à dos et avec l’argent de sa jobine d’étudiante en poche, elle part en Europe et en Inde pour neuf mois. Je lui demande :« Comment as-tu perçu ces parties du monde? » Elle synthétise l’expérience de quelques mois dans peu de phrases, avec une vision de régisseur : « L’Europe c’est la présence de l’histoire partout et l’occupation massive de chaque territoire. L’Inde c’est… une autre planète. Tout ce qu’on cache ici est sorti dans la rue là-bas. Les malades, les gens vieux, la pauvreté, les handicapés, tout ça est exhibé dans la rue. C’est incroyable, mais les gens meurent dans la rue. En même temps, c’est un pays magique parce que plusieurs religions sont présentes. Il y a des cérémonies partout, c’est une ferveur religieuse qui te donne la sensation que tout peut être possible.» Après ce voyage sur un autre continent, elle continue son périple dans l’Ouest du Canada et l’Amérique Centrale. Au retour, elle est déjà une autre personne. Elle a vu et a appris. C’est la leçon la plus authentique sur le monde et sur l’équilibre de la vie. « Au Québec, nous sommes dans un milieu très protégé. Voir ce qui est ailleurs nous fait apprécier notre vie d’ici. C’est un bon apprentissage. » conclut-elle en devenant solennelle. Catherine, qui glisse toujours un sourire parmi ses paroles, cette fois a un ton grave.

Elle a réfléchi et a mis en balance la nostalgie pour le théâtre et le désir de faire quelque chose de bon pour les autres. À l’UQÀM, elle fait des études en enseignement de l’art dramatique et elle obtient, en 2002, un diplôme de spécialiste dans ce domaine. « J’aime ce mélange du jeu et de l’enseignement parce que j’aime m’amuser et inventer. J’aime les projets, surtout l’animation dans les cégeps. Les jeunes adultes sont en train de se découvrir et d’explorer. L’instrument de base est le corps. Ils ont une énergie incroyable. C’est une force mélangée à une fragilité. Il faut puiser en soi-même, dans ses émotions. Ça amène à explorer ses propres limites. C’est une belle aventure en équipe. » Et je pense à cette « belle aventure en équipe » à laquelle j’avais assisté il y a quelques jours.

Fidèle à sa tradition printanière, Catherine a invité parents, amis, connaissances, collègues à assister au Collège de Rosemont à sa mise en scène annuelle. À l'affiche cette année: la pièce de théâtre Cabaret Latendresse, présentée par la troupe des Imposteurs cuvée 2006. Sur l’annonce est écrit : Comédie policière en trois actes, deux entractes, une morte et aucun blessé. Toutes les familles ont leurs histoires. Certaines en ont cependant plus que d’autres. Venez partager celles que vivent les Latendresse dans leur sympathique cabaret! Au programme de la soirée : amour, mystère et émotions fort bien arrosées sur fond de musique swing.

J’ai participé à une répétition et à un des trois spectacles présentés pendant trois soirées consécutives. Tout a été organisé avec un professionnalisme impeccable par l’équipe de production : les programmes de spectacle, le décor, les effets musicaux et d’éclairage. Le spectacle a commencé avec le duo de Mildred Bois et Richard Chan accompagnés au piano. Les chansons de Nancy Sinatra, les accords des morceaux comme Fly me to the moon nous ont introduits dans l’atmosphère authentique d’un cabaret d’autrefois. Le maître de cérémonie, séduisant, a animé toute la soirée en invitant les spectateurs pendant les entractes à prendre un verre au bar installé sur la scène. Tous les autres personnages ont dansé le swing et ont stimulé l’atmosphère pendant les entractes : Petra Latendresse -la femme fatale devenue vieille, qui se promenait soûle parmi nous en nous partageant ses inquiétudes-, Margaret Latendresse- sa sœur envieuse et suspecte de crime-, Luciano- l’amant passionné et bégayeur-, Amandine- la jeune femme amoureuse de l’amant de sa mère-, la croustillante tante Hilda, Giovanni avec son fort accent italien, l’inspecteur Wilson- qui poursuivait son enquête auprès du public, accompagné de ses collaboratrices, Miss Gun et Miss Notes-, la crieuse de journaux, le magicien Marc-Olivier qui nous a présenté un remarquable numéro de prestidigitation. Une belle complicité et une approche enjouée se sont installées entre les spectateurs et les comédiens.

Un incident d’un charme tout a fait spécial est survenu, démontrant que les spectateurs ont embarqué dans la magie du jeu des acteurs. Un personnage tourmenté se levait parfois pour interrompre le spectacle avec des commentaires drôles -comme dans un vrai cabaret!- mais quelqu’un de la salle est intervenu dans la régie de la pièce de théâtre et a sorti « l’ivrogne » de la salle en lui donnant des tapes dans le dos. Les répliques ont été savoureuses, le dénouement inattendu et la mise en scène originale; le théâtre d'ombres et les effets d'éclairage à contre-jour ont intensifié l’atmosphère de mystère. L’idée de faire un spectacle en impliquant le public a eu un effet puissant. Marie-Sony Noël, qui a joué le rôle de la méchante Miss Gun et qui détient le titre de Miss Laval, a déclaré qu’elle a acquis beaucoup de connaissances de cette expérience : « Nous avons appris comment mémoriser, projeter la voix et se tenir sur la scène. Le travail de Catherine a été parfait parce qu’elle nous a bien guidé. Elle nous a bien conseillé : quels films voir, quels extraits de livre lire pour s’imprégner de l’atmosphère dans un cabaret. Nous sommes même allés dans des cabarets et nous avons suivi les jeudis des cours de swing. Je suis une autre personne maintenant.»

Au collège de Rosemont, cette tradition théâtrale existe depuis à peu près 20 ans. Tout étudiant peut participer à cette activité parascolaire et j’ai demandé à Catherine de m’expliquer sa méthode de travail. « Ça change beaucoup d’une année à l’autre. Il y a des groupes qui font tout dans la joie, il y en a d’autres qui sont plus conflictuels. Je dois m’adapter et utiliser ce qu’ils ont. Si j’ai deux chanteurs, je crée des rôles pour eux, si j’ai des personnes plus expressives physiquement, ils ne parleront beaucoup sur la scène. Cette année j’ai eu une équipe exceptionnelle, donc l’histoire s’est construite autour de cinq rôles principaux. Il y a d’abord une période de préparation sur un texte que j’ai écrit pendant l’été. En novembre, c’est une présentation publique qui me permet de les voir en situation de spectacle. Parfois, le stress les rend meilleurs, parfois le trac leur coupe la voix. Ceux qui sont fiables, ont les rôles principaux.»

À la question quel est le secret de constituer une équipe si réussie, elle me répond : « Chacun arrive avec un bagage différent selon l’âge, l’expérience, le vécu. Je commence par les connaître artistiquement, j’observe leur niveau, on s’apprivoise, on se crée un vocabulaire commun. En septembre, ils ne se connaissaient presque pas et maintenant ils sont une équipe. Parfois, des anciens étudiants reviennent. Leur présence comme équipe de production a été extrêmement importante cette année. Chacun s’est investi dans le projet et dans le travail d’équipe. Des amitiés très fortes se sont créées. »

Catherine répond aux autres questions succinctement, comme elle donne des conseils sur la scène. J’apprends qu’elle adapte son texte et qu’elle écrit les répliques en collaboration avec les comédiens; comme ça, chacun a l’occasion de recréer son personnage : « Par exemple, l’été dernier, j’ai fait le scénario d’une comédie policière dans le style des années ’30-’40. Puis, on s’est mis tous ensemble à faire les dialogues. On se reprenait, on ajoutait. L’écriture du théâtre n’est pas comme celle d’un roman, c’est le style oral. J’ai dirigé une écriture de groupe. À la fin novembre, on avait tous les personnages principaux et puis on a ajouté les rôles secondaires. Pendant la période des fêtes, les comédiens ont mémorisé leurs rôles. » Est-ce qu’il y a une manière spéciale d’apprendre les rôles? « Je leur demande de mémoriser les répliques d’une manière neutre pour qu’on puisse après travailler sur le texte comme il faut. Dans le cas contraire, c’est plus difficile de changer la manière d’interprétation. Mais ça dépend toujours de texte, des étudiants, ce n’ est jamais pareil. C’est de la recherche, beaucoup de tâtonnement. J’ai eu une équipe positive et dynamique cette année. On a fait beaucoup d’entraînement, parce qu’un comédien doit être en forme. On a fait des exercices vocaux, on a appris des techniques de réchauffement de la voix, de respiration, on a exercé les muscles de la cage thoracique. On a pratiqué la direction du mouvement et la précision du regard. »

Je lui demande si le théâtre d’amateurs peut s’appuyer sur une technique. « J’ai pensé à une esthétique on dirait « B.D.-iste » parce que j’aime le style ludique qui démontre beaucoup de jeu physique. C’est une question de goût et d’esthétique. Il y a des styles comme par exemple Stanislavsky, qui présente une technique du jeu réaliste. Mais je ne m’appuie uniquement sur ça. Le résultat final est que chacun a eu l’occasion de faire une bonne performance. Les comédiens se sont amusés sur la scène, le public dans la salle, moi avec mon équipe de production. » Catherine m’avoue qu’après les trois jours de spectacle elle a été malade. Elle s’est sentie vidée. Comme après un accouchement. « Pendant toute la période de ce projet j’ai pensé juste à ça, j’ai été obsédée, et puis… rien. C’est en quelque sort une dépression post-productum… » se moque-t-elle. Quels sont tes projets d’avenir? « Je continue l’enseignement avec les tout-petits. » me dit-elle en essayant de contourner ma question. Je poursuis : « Après le succès avec la troupe de théâtre amateur, quels sont tes projets dans ce domaine? » Elle me répond pensive : « C’est importante de trouver sa place, de se réaliser. Moi, je suis chanceuse de gagner ma vie en m’amusant. Je sais que je veux écrire dans ma vie. Maintenant je me pratique. Un jour j’écrirai pour de vrai. Le comment et le où… on verra. »

L’année prochaine, je vous le promets, je vous tiendrai au courant des audacieuses entreprises de Catherine et de son équipe de théâtre. Bon voyage Catherine! Sur l’embarcation de ton talent, tu as le vent en poupe!

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Photo 1 :Catherine Grégoire, la capitaine d’une belle aventure théâtrale - par Otilia Tunaru

Juin 2006

Aurelian Craiutiu

Frumusetea discreta a griului

Articolul a fost publicat in revista 22, din 22 februarie 2006 - 28 februarie 2006
http://www.revista22.ro/
Randurile de fata fac parte din concluzia cartii sale, Elogiul moderatiei, publicat la editura Polirom.

A face un elogiu al moderatiei politice intr-un moment in care neincrederea fata de fenomenul politic a atins cote alarmante poate aparea multora ca un exercitiu donquijotesc, daca nu de-a dreptul nepotrivit. Ce rost poate avea o carte despre moderatie intr-un peisaj politic si cultural agitat si dominat prea adesea de un dialog al surzilor, o lume in care inclinatia catre maniheism este aproape irezistibila (si profitabila) si in care doar vocile cele mai stridente sau exotice sunt remarcate sau apreciate? Intrebarea este in buna parte retorica...
Se vor gasi totusi, sper, destui cititori interesati sa mediteze cu distanta critica pe marginea unei virtuti importante si rare precum moderatia. Ma grabesc insa sa precizez de la bun inceput ca intentia mea nu e de a o oferi o terapie consolatoare celor care se declara dezgustati si mefienti fata de politica si se afla in cautarea unor exotice solutii alternative. Elogiul pe care-l fac este unul al moderatiei politice si, implicit, al democratiei si guvernarii reprezentative, cu toate limitele si imperfectiunile ei. Cred, precum Tocqueville odinioara, ca politica poate avea, pe langa multele ei pacate - girofarele arogante, oportunismul cinic, setea excesiva de putere, lipsa de reprezentativitate, misterioasele “matusi” in umbra cazurilor grave de coruptie -, si o latura nobila in care merita sa ne investim energiile. Aceasta din urma decurge din posibilitatea de a lucra pentru binele comun al cetatii, de a reduce suferintele nedrepte ale concetatenilor nostri si de a le asigura conditii minimale pentru o viata demna si pasnica. Nu vreau sa dau impresia insa ca politica ar fi (sau ar trebui sa fie) totul. Asa cum bine afirmase odata Norberto Bobbio, “ideea ca totul ar fi politica este pur si simplu monstruoasa”, motiv pentru care trebuie sa incercam mereu sa intelegem ce afla dincolo de sfera politicii.
Perspectiva pe care o propun nu este una dihotomica. Nu intentionez sa impart universul in spirite bune (moderate) si rele (lipsite de moderatie), pentru ca o astfel de viziune simplista (si lipsita de moderatie) ar fi cu totul impotriva spiritului care m-a indemnat sa scriu aceasta carte. Nu cred apoi ca moderatia poate fi vreodata o reteta indubitabila a succesului in politica si-l indemn pe cititor sa reziste tentatiei de a-mi atribui o astfel de credinta dogmatica in infailibilitatea moderatiei. Altfel spus, moderatia nu e o virtute pentru toate anotimpurile. Uneori, se cuvine sa fim lipsiti de moderatie, mai ales atunci cand suntem chemati sa denuntam la timp regimuri si principii politice inacceptabile (de exemplu, sclavia sau atrocitatile regimurilor comuniste si fasciste).


Interogatii deschise


Nu e oare adevarat, asa cum afirmase odata Bastiat, ca, pentru a straluci in politica, e nevoie adesea sa te arunci in bratele unuia dintre partidele extremiste si zgomotoase? Ce rost mai pot avea atunci sofisticatele teorii ale guvernarii moderate sau reflectiile filosofice pe tema dreptei masuri, a suveranitatii ratiunii si a simtului politic, daca prin natura noastra suntem inclinati irezistibil catre extreme si tindem prea adesea sa imbratisam o etica rigida a convingerilor absolute?
Aceste intrebari legitime, nu lipsite de un anumit patos al urgentei, pot fi reformulate in felul urmator. Care ar fi rolul moderatiei in cetatea ideala, presupunand ca un astfel de exercitiu de imaginatie ar fi posibil si legitim? Cum ne-ar putea ajuta moderatia, care nu este, la urma urmei, o virtute cardinala, ci una derivata, sa discernem lucrurile cu adevarat importante de cele neesentiale, dreapta masura de falsa masura? Este acest lucru posibil? Si, nu in ultimul rand, cum ne poate ajuta moderatia in practica sa evitam cele doua pacate politice fundamentale, lipsa obiectivitatii si iresponsabilitatea?
Daca exista o concluzie ce se impune cu pregnanta, atunci ea se reduce probabil la urmatorul truism. Cetatea “ideala” nu este in nici un caz cea descrisa sau imaginata cu atatea amanunte de filosofi, artisti sau alti ingineri utopici ai sufletului, lumea in care domneste intotdeauna o disciplina absoluta si o ordine fara fisura si in care nu e nevoie de negocieri, tatonari, incercari si compromisuri rezonabile. Asa cum remarca un fin moralist, nu se poate trai fara compromisuri in sfera publica si cea politica, iar aceasta trebuie sa fie premisa de la care trebuie sa pornim in toate initiativele noastre. “Compromisurile sunt legea coexistentei, legea pastrarii valorilor umane in contextul social si istoric”, afirma Alexandru Paleologu intr-un remarcabil pasaj. “Nu se poate trai in acest context refuzand orice compromis, dupa cum nu se poate realiza ceva fara un anumit sens al oportunitatii. Trebuie sa stii ce e oportun de facut pentru ca o valoare sa se poata afirma si mentine (...) Uneori, cea mai oportuna solutie e intransigenta intratabila. Alteori, o oarecare maleabilitate, un tact al tranzitiilor abile. Intransigenta nu trebuie sa fie capoasa, indaratnica, ci lucida, degajata, curajoasa si demna. Maleabilitatea sa nu fie lasa, complezenta, defetista. Trebuie sa ramai arbitrul compromisurilor tale, simtul oportunitatii sa nu te faca sa luneci pe panta oportunismului rentabil, conjunctural. Poti concede, dar nu trebuie sa cedezi” (Despre lucrurile cu adevarat importante, Polirom, Iasi, 1997, p. 15.)
Pacatul capital al acestei lumi imperfecte e acela ca ii lipsesc culorile vii si tari, contrastele izbitoare si senzationale, hotarele si marginile clare, care ne-ar permite sa-i deosebim si separam pe cei “puri” de cei “impuri”. Universul de care vorbeste moralistul e facut din infinite nuante de gri, intre care ochii nostri obositi nu pot distinge decat cu mare greutate. Lumea griului este un univers in care exista putine - prea putine - criterii pentru a ne lumina in alegerile si compromisurile pe care suntem fortati (sau dispusi) sa le facem. Cum e posibil sa stii, intr-o astfel de lume plina de nuante de griuri inefabile, cand se cuvine sa fii ferm si neabatut si cand este cazul sa fii maleabil si discret? Cand trebuie sa spui da si cand e musai sa zici nu? Cum e posibil sa-ti temperezi convingerile fara a-ti pierde demnitatea si fara a aluneca pe nesimtite pe panta oportunismului abject? Cand este potrivit si necesar sa fii lipsit de moderatie, pentru a fi, intr-un plan mai larg, cu adevarat fidel exigentelor complexe ale moderatiei?
Cunostintele livresti ne pot face adesea mai constienti de limitele posibilului, dar ele nu ne vor putea da niciodata algoritmul miraculos al alegerilor perfecte in sfera politica. Cu alte cuvinte, poti sa-i citesti cu mult spor pe Aristotel, Machiavelli si Gracián pentru acuitatea perceptiei lor referitoare la simtul oportunitatii, dar, atunci cand vei fi confruntat cu o alegere dificila, in zadar vei cauta sa-ti aduci aminte exact de cuvintele si sfaturile lor. Guizot si Tocqueville au ceva important de spus pe tema moderarii democratiei, dar solutiile lor aplicate lumii noastre vor parea multora romantice sau pur si simplu neplauzibile.
In plus, asa dupa cum am vazut, moderatia nu e intotdeauna o reteta de succes in practica. Guizot, care a fost unul dintre cei mai consecventi si exemplari practicieni ai eclectismului si caii de mijloc, a sfarsit prin a fi alungat de la putere in februarie 1848, in timp ce pe strazi multimea dezlantuita striga furibund: “Jos Guizot!”. Cel care a facut portretul clasic al politicianului-reconciliant, Halifax, este cu totul ignorat astazi de filosofii politici, numele lui figurand doar in unele istorii critice, ca o simpla nota de subsol la Revolutia Glorioasa de la 1688. Moderatia lui Tocqueville, aflat in cautarea unor exotice aventuri politice si care se descria pe sine ca un Don Quijotte sufocat de mediocritatea lumii burgheze, s-a manifestat nu atat in sfera politica dominata de voci radicale, ci cu precadere in spatiul teoriei, prin intermediul careia a propus cateva mijloace de moderare, educare si purificare a democratiei.
Sa fie atunci oare tolba noastra goala? Nu ma sfiesc sa recunosc ca majoritatea intrebarilor schitate mai sus sunt destinate sa ramana in cele din urma simple interogatii deschise (dar nu mai putin tulburatoare). Nici un excurs analitic sau istoric nu ne va putea oferi raspunsuri univoce pe care sa le putem aplica apoi linistiti in practica. Daca impulsul de a gasi aceste raspunsuri este unul legitim, obsesia de a ajunge la ele cu orice pret mi se pare oarecum suspecta. Ea se potriveste mai degraba eticii convingerilor absolute, care creioneaza o lume a carei perfectiune statica e incompatibila cu failibilitatea naturii umane si se potriveste mai degraba supraomului sau omului nou decat bietului om, traitor sub vremuri.


“Coerenta decenta” a actiunilor


Prin discernamantul si scepticismul lor sanatos, ca si prin exemplul reconfortant al atasamentului lor detasat, spiritele moderate ne invita sa practicam etica responsabilitatii si sa (re)descoperim bogatia nuantelor de gri. Dar nu orice avocat al griului este ipso facto un spirit moderat. O voce precum cea a lui Mitterrand, care concede cinic celor care i-au contestat moralitatea ca “totul este gri, gri murdar”, se deosebeste calitativ de afirmatia plina de speranta si totodata incurajatoare a lui Adam Michnik, care afirma ca si griul poate fi frumos. Admiratia mea se indreapta - mai e oare nevoie s-o spun? - catre ultimul mai degraba decat catre primul. Caci Michnik (pe urmele lui Tocqueville) a inteles mai bine decat multi altii ca democratia trebuie iubita tocmai in pofida imperfectiunilor ei, pentru ca ea este singurul regim politic ce ne ofera unicul privilegiu de a face greseli si de a le corecta in acelasi timp in libertate. Asa cum afirma memorabil Michnik, “democratia nu e nici neagra, nici rosie. Democratia e gri, ea se construieste cu mare dificultate, iar calitatea si aroma ei pot fi cel mai bine recunoscute atunci cand cedeaza sub presiunea crescanda a ideilor radicale rosii sau negre. Democratia nu este infailibila, intrucat in dezbaterile democratice toti indivizii sunt egali (...) Democratia este o articulare continua a intereselor particulare, o cautare diligenta a compromisului intre ele, o piata deschisa a pasiunilor, emotiilor, urilor si sperantelor. Ea este imperfectiunea eterna, un amestec de pacat, sfintenie, si maimutareala” (Adam Michnik, Letters from Freedom, Berkeley, University of California Press, 1998, p. 326).
Moderatii (de tipul lui Michnik si Tocqueville) sunt cei care, prin politica scepticismului si tolerantei pe care o imbratiseaza, cauta sa dezintoxice mintile inflamate si sa calmeze puseurile fanatice atunci cand acestea ameninta echilibrul cetatii. Tot ei sunt cei care ne previn impotriva tentatiei de a fi inflexibili in aplicarea principiilor morale, invitandu-ne in schimb sa aspiram, mai modest, la o “coerenta decenta” a actiunilor noastre. Qui veut faire l’ange fait la bête, este deviza prin excelenta a moderatului, care se opune astfel oricarei forme de absolutism moral. Asa cum bine remarca Michnik, exista diverse forme de absolutism moral, chiar si de partea “buna” a baricadei, ca sa spunem asa. Una dintre ele este radicalismul anticomunistilor de profesie de dupa 1989, alta este inversunarea partizanilor radicali ai pietei libere sau statului miminal (se mai poate adauga la aceasta lista si patosul contestatar al celor care considera ideologia multiculturalismului a fi de natura... totalitara). Daca aceste atitudini transante erau justificate si dezirabile in timpul dictaturii, oportunitatea lor dupa prabusirea regimurilor comuniste trebuie judecata in mod critic si fara prejudecati, de la caz la caz. In anumite situatii, remarca Michnik, un astfel de absolutism moral poate avea in mod paradoxal consecinte nefaste asupra consolidarii democratice.
Impotriva celor care vor sa simplifice cu orice pret realitatea si cauta mereu scurtaturi, spiritele moderate fac elogiul complexitatii si al ocolisurilor, ridicand legitime semne de intrebare fata de orice incercare de a reduce politica la un simplu joc cu suma nula, in care castigul si afirmarea unora reprezinta automat umilirea si infrangerea definitiva a altora. De aceea, moderatii refuza logica maximalista si exclusivista a lui sau-sau (progres sau declin, egalitate sau libertate, dreptate sau nedreptate, pragmatism sau aderenta stricta la principii), preferand-o pe cea mai modesta si terestra a lui mai mult sau mai putin, care, spre deosebire de prima, lasa loc pentru compromisuri si ajustari graduale. Nu intamplator, pentru spiritele moderate, deciziile in sfera politica nu implica cel mai adesea alegeri intre Bine si Rau, ci mai degraba intre ceea ce e preferabil si detestabil, intre ceea ce e tolerabil si ceea ce nu e, uman vorbind, acceptabil. Uneori, logica moderatilor e una a coincidentei opuselor, alteori una a disjunctiilor clare. In anumite imprejurari, se cuvine sa mergi pana la capat pentru a ramane, in mod paradoxal, cu adevarat fidel moderatiei. Alteori, prudenta si rezerva sunt recomandabile. Dreapta masura pe care spiritele moderate o cauta mereu nu se reduce insa la jumatatile de masura caldicele, care sunt prea adesea doar o expresie trista a suficientei morale.
In sfarsit, moderatii sunt cei care, atunci cand barca se inclina amenintator intr-o parte, se apleaca degraba si cu fermitate de partea opusa pentru a restabili echilibrul amenintat. Prin prezenta si initiativele lor, cel mai adesea (desi nu intotdeauna!) lucide si chibzuite, spiritele moderate ne conving ca, in pofida imperfectiunilor ei funciare, lumea in care traim poate fi mai umana, mai tolerabila si mai locuibila. Nu e acesta atunci supremul elogiu pe care i-l putem aduce moderatiei, aceasta virtute inefabila si seducatoare?

(Subtitlurile apartin redactiei Revistei 22)

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