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| Magazine mensuel de dialogue culturel | Depuis 2001 • No 21 • Montréal • 15.05.2006 |
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Cristina Montescu Un inconnu célèbre Il y avait une fois une jeune fille, je ou une autre, qui vivait dans une petite ville perdue dans la plaine du Danube. Dans cette ville, le temps passait à l’envers. Les enfants étaient élevés à l’ancienne, les dames rêvaient aux fourrures et les messieurs enlardaient leurs doubles mentons. La jeune fille aimait les voyages. Elle fit au début des voyages courts pour changer d’air et ensuite des voyages au pays étrangers. Dans les villes étrangères, elle découvrit la beauté des églises. Avant de partir, la jeune fille n’avait pas eu le courage de regarder tout autour d’elle le corps de l’église. Elle entrait, se signait, allumait ses cierges, faisait sa prière, s’en allait. Personne ne lui avait dit qu’il fallait aussi admirer les églises. Pierres rouge foncé, pierres fumées, la maison de Dieu et rien de plus. Mais avant de partir pour les villes étrangères, on lui avait dit qu’il fallait bien ouvrir les yeux et visiter le centre ville, les musées et les églises. Le voisinage musée – église sema dans son esprit le soupçon d’une certaine parenté entre les grands buts du voyage. La jeune fille entrait donc regarder l’intérieur des églises et, lorsque l’œil était rassasié, elle priait. Elle priait avec de moins en moins de conviction. Était-il permis de prier dans les églises des autres ? Et, s’il l’était, devait-elle priait dans chaque église ? Un jour, dans une ville allemande, la jeune fille n’eut pas assez de monnaie pour payer son cierge. Elle vit qu’il y avait seulement une petite boîte pour recevoir sa monnaie et elle laissa tomber sur le fond de la boîte une pièce moindre que le coût du cierge. Le cierge à la main, elle avança parmi les bancs ensoleillés dans l’église presque vide. Des papillons surgirent. Des papillons aux ailes maussades. Des papillons qui frôlaient son visage. Elle cria court. Presque en silence. Le maître de la maison s’était aperçu de sa supercherie. Le maître de la maison la punissait. Les papillons disparurent. La lumière s’établit. L’Inconnu avait gagné sa place. En ayant peur de croire à l’existence des papillons, la jeune fille quitta l’église. Elle avait honte de reconnaître que, pour elle, l’Inconnu ne doit pas faire de grands signes pour rester célèbre. |
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