UN RETENTISSANT COUP D’ÉCLAT
«Sur tous les plans, une immense et étonnante réussite»,
a écrit Claude Gingras de La Presse. « Le petit miracle
réussi par Lorraine Pintal, d’ajouter Christophe Huss
dans le journal Le Devoir, est d’avoir uni les ingrédients
de Wozzeck avec sobriété et de nombreuses idées
lumineuses.» Le TNM ne pouvait clore sa saison de plus éclatante
façon et ouvrir pour la première fois ses portes à
l’opéra et sa fosse d’orchestre à des musiciens
avec plus grande réussite artistique! La production de Wozzeck
acclamée lors de sa création à l’été
2004 au Centre d’arts Orford et qui remportait le prix Opus
du concert de l’année —Régions en 2004 débarque
sur la scène du TNM pour une série de dix représentations
décoiffantes.
L’ÉTOILE NOIRE DU RÉPERTOIRE
«Quand Alban Berg vint à moi, en 1904, c’était
un grand garçon extrêmement timide, note Schönberg
dans Le Style et l’Idée. J’examinai les compositions
qu’il me soumit, des lieder écrits dans un style qui
se situait entre Hugo Wolf et Brahms, et je reconnus aussitôt
en lui un véritable talent.» Né à Vienne
en 1885, Alban Berg fut l’élève et le disciple
d’Arnold Schönberg, celui-là même dont l’opéra
Erwartung a été présenté il y a deux ans
à l’Opéra de Montréal dans une mise en
scène de Robert Lepage. Berg devint par la suite, avec Anton
Webern, le plus illustre représentant de la Seconde École
de Vienne. Dans l’évolution du compositeur, comme dans
l’histoire de la musique dramatique au vingtième siècle,
ses deux opéras Wozzeck (1922) et Lulu (1925) constituent des
dates capitales : ces deux oeuvres comptent parmi les plus puissantes
et les plus originales du siècle dernier. Chef-d’oeuvre
d’efficacité théâtrale, Wozzeck est un opéra
unique en son genre, l’étoile noire du répertoire,
qui a ébranlé les fondements de la grande tradition
lyrique de l’opéra et dont l’extrême nouveauté
conserve un impact aussi fracassant 80 ans après sa création.
CRIME PASSIONNEL, TRAGÉDIE DE L’ALIÉNATION
On dit qu’Alban Berg était dans la salle lorsque, en
1914, la pièce Woyzeck du jeune Georg Büchner, pourtant
écrite en 1837, fut enfin créée sous la direction
du légendaire metteur en scène Max Reinhardt. Onze ans
plus tard, le 14 décembre 1925, le Woyzeck de Büchner
devient le Wozzeck de Berg à l’Opéra de Berlin,
sous la baguette d’Erich Kleiber. Wozzeck d’Alban Berg
offre le paradoxe d’élever à la hauteur des plus
grands thèmes de la culture occidentale un fait divers d’une
extrême banalité, qui s’est produit en Allemagne
au 19e siècle. Franz Wozzeck, un ancien soldat à l’esprit
tourmenté, a eu un fils de Marie, une ancienne prostituée.
Malgré le fait qu’ils ne soient pas mariés, ils
font vie commune. Wozzeck accepte de remplir des tâches dégradantes
et va jusqu’à servir de rat de laboratoire pour des expériences
médicales du Docteur dans le but de gagner quelques sous pour
subvenir aux besoins de sa famille. Il ressent d’étranges
hallucinations qui l’éloignent de Marie, qui bientôt
cède aux avances du Tambour-major. Lorsque Wozzeck découvre
cette infidélité, il tue Marie et se noie ensuite, laissant
leur enfant seul pour affronter le monde. Explorant les frontières
souvent fragiles entre raison et déraison, entre excès
et folie, l’œuvre intense et électrisante d’Alban
Berg dénonce une société qui cumule les dissonances,
aliène les êtres et les broie.
RÉDUCTION, RÉÉCRITURE, RÉINVENTION…
Initialement composé pour un très grand effectif, l’opéra
Wozzeck sera joué ici dans la réorchestration de John
Rea pour 21 musiciens. Ce projet fou de transformer «en miniature»
la partition multicolore de Berg est né en 1993 et donnait
lieu à une première production du Nouvel Ensemble Moderne
sous la direction de Lorraine Vaillancourt en septembre 1996. Depuis
qu’il s’est établi au Québec en 1973, John
Rea mène une triple carrière de compositeur, professeur
et animateur. Celui qui a entre autres composé les musiques
inoubliables des Trois Derniers Jours de Fernando Pessoa de Tabucchi
et de Urfaust, tragédie subjective de Goethe et Pessoa pour
le metteur en scène Denis Marleau a écrit dans tous
les genres : solo, musique de chambre, théâtre musical,
musique d’orchestre, ballet, musique chorale et musique électroacoustique.
Ses oeuvres ont été présentées aux États-Unis,
en France, en Belgique, en Hongrie, en Hollande et au Canada. «Ce
travail, souligne Rea, n’est pas exactement une recomposition
et n’est surtout pas un arrangement […] C’est plutôt
une nouvelle disposition qui doit à tout prix conserver au
maximum les timbres instrumentaux de Berg en même temps que
les registres de la partition. Après tout, nous voulons croire
à une illusion sonore : comme si Berg avait fait lui-même
ce «réarrangement» instrumental…»
LA FLAMME NÉZET-SÉGUIN
C’est le charismatique Yannick Nézet-Séguin, directeur
artistique de l’Orchestre Métropolitain du Grand Montréal,
qui assurera comme en 2004 la direction musicale de Wozzeck. En plus
de ses fonctions au Métropolitain, Nézet-Séguin
conquiert les orchestres et les publics partout à travers le
monde, que ce soit au Canada, aux États-Unis, en Europe ou
en Australie. On l’invite une fois et à peine est-il
sorti de scène qu’il doit trouver dans son emploi du
temps digne d’un chef d’État une case libre pour
satisfaire aux désirs des musiciens et des mélomanes
séduits par sa jeunesse, sa fougue, son intelligence et sa
sensibilité. C’est ainsi que l’ancien élève
de Carlo Maria Giulini gravit les échelons de la reconnaissance
à une vitesse folle et se verra consacré la saison prochaine,
en étant invité par l’un des plus grands orchestres
au monde, la Staatskapelle de Dresde. Mais si la planète le
réclame, il demeure profondément montréalais
et cumule les collaborations avec des musiciens et chanteuses d’ici,
de Suzie Leblanc à Diane Dufresne, avec qui il a signé
un disque Kurt Weill qui fait honneur au catalogue déjà
prestigieux de l’étiquette ATMA
THÉÂTRE ET MUSIQUE, THÉÂTRE EN MUSIQUE
Bob Wilson, Robert Lepage, Peter Brook, Patrice Chéreau, Peter
Sellars, Michael Haneke, Benno Besson : les plus grands metteurs en
scène de théâtre et réalisateurs de cinéma
trouvent à l’opéra des défis nouveaux et
bouleversent les règles du jeu de cet art en pleine renaissance.
La sensibilité musicale de Lorraine Pintal et son intérêt
pour les compositeurs d’ici ne font plus l’ombre d’un
doute. En 1994, elle redonnait vie à la Sainte Jeanne des abattoirs
de Brecht et renonçait à la musique originale de Hans
Dieter Hosalla pour lui préférer une partition nouvelle
de Pierre Moreau. Deux ans plus tard, elle créait l’opéra
Le Vampire et la Nymphomane de Serge Provost sur un livret de Claude
Gauvreau pour la compagnie Chants libres. Depuis, toutes les mises
en scène qu’elle a signées sur la scène
du TNM ont été l’occasion pour elle d’inviter
les forces vives de la scène musicale montréalaise :
Jean Derome, Robert Normandeau, Bertrand Chénier, Walter Boudreau,
Alain Thibault et combien d’autres encore. Il lui était
donc tout naturel de faire le saut à l’opéra avec
la production de cette oeuvre phare de la modernité, qui, à
ses yeux, « est un immense cri».
Livret/ Paroles et Musique : ALBAN BERG
Adaptaion orchestrale : JOHN REA
Direction musicale : YANNICK NÉZET-SÉGUIN
Avec : Éthel Guéret, Alexander Dobson, Marie-Chantal
Béland, Matthew Cassils, Michel Corbeil, Jean-François
Daignault, Claude Grenier, Patrick Mallette, Ross Neill, Sylvain Paré,
les musiciens de l’Orchestre Métropolitain Décor
: Jean Bard
Costumes : Marc Senécal
Éclairages : Claude Cournoyer
Maquillages : Jacques-Lee Pelletier
Coiffures : Louis Bond
Assistance à la mise en scène et régie : Bethzaïda
Thomas
EN ALLEMAND AVEC SURTITRES FRANÇAIS