Magazine mensuel de dialogue culturel Depuis 2001 • No 21 • Montréal • 15.05.2006

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Spectacle bénéfice Solidarité pour Bandama Kéké

17 au 19 mai - 20 h

Salle Pierre Mercure du Centre Pierre Péladeau

Le FTA présente

Eraritjaritjaka,
Musée des phrases
de Heiner Gobbels

Communiqué de presse

En 1996, le Festival de théâtre des Amériques créait Théâtres du Monde afin de continuer à vous offrir, entre ses éditions régulières, des œuvres majeures de la scène contemporaine internationale. Dix ans plus tard, le FTA s’apprête à renaître sous un autre nom pour écrire une nouvelle page de son histoire. Exceptionnellement, en cette année de transition et de transformation, il accueille à Montréal un seul spectacle, mais quel spectacle ! Eraritjaritjaka, musée des phrases, conçu et mis en scène par l’inclassable compositeur allemand Heiner Goebbels vous propose les 17, 18 et 19 mai à 20 h à la salle Pierre-Mercure du Centre Pierre-Péladeau rien de moins que la mémoire d’un siècle. Mariant brillamment la musique, la littérature, le théâtre et la vidéo, cette œuvre magistrale, magnifiquement interprété par le comédien français André Wilms accompagné sur scène du quatuor à cordes hollandais, Mondriaan, révèle pour la première fois au Québec le travail de l’un des créateurs les plus doués du paysage actuel.

Eraritjaritjaka, qui en aborigène australien signifie « animé du désir d’une chose qui s’est perdue », nous fait pénétrer dans la maison d’un écrivain habité par tous les fantômes d’un siècle tragique et par les œuvres qui le constituent. Cette maison « intranquille », est densément peuplée de musiques et de textes, d’histoires et d’images. Sur une scène nue, devant la façade d’une maison bientôt transformée en écran de projection, un homme accompagné d’un quatuor à cordes pour la fin du temps se fait l’écho des pensées de l’écrivain Elias Canetti. À mi-parcours, coup de théâtre : il enfile son manteau, quitte la scène et la salle de spectacle suivi par une caméra. Entre réel et irréel, les repères du spectateur sont totalement brouillés.

« Eraritjaritjaka use avec délice de tous les tours qu’un metteur en scène peut jouer à son public (…) Goebbels et son comparse prennent un malin plaisir à nous piéger dans une série de faux-semblants, un jeu de dupes jubilatoire… » Les Inrockuptibles (France), 2004

Inlassable passe-murailles à l’oreille tendue vers les nouvelles tendances et les langages hybrides, Heiner Goebbels est un artiste qui s’inspire de toutes les traditions, les mixent et les mélangent, et propose des œuvres scéniques impures qui puisent aux registres de la performance, du concert de musique de chambre, de la vidéo, de la poésie et des arts visuels. À cet égard, sa rencontre avec l’œuvre d’Elias Canetti, prix Nobel de littérature 1981, ne relève certes pas du hasard. Véritable mosaïque culturelle à lui tout seul, cet écrivain naturalisé anglais, né en Bulgarie de parents d’origine juive séfarade, n’a derrière lui aucune terre, sauf les livres et la langue allemande qu’il a choisie, malgré la déroute de l’Histoire. Son œuvre, autobiographie, roman, théâtre, carnets et notes mêlés, s’offre comme le témoignage de l’anéantissement de la culture juive germanophone européenne.
Mise à part sa vaste entreprise autobiographique, le travail d’écriture d’Elias Canetti se concentre sur des centaines de cahiers de notations, maximes et réflexions. Ce sont ces phrases puissantes, tour loufoques et cinglantes, désespérées et toniques, qu’évoque le comédien français André Wilms, au sommet de son art. Cet artiste épris de rencontres exigeantes et d’expérimentations scéniques qui ne cesse d’explorer le théâtre musical et les dramaturgies allemandes envahit littéralement l’espace. Pendant une heure et demie, ses mots sont portés, emportés, déportés par les musiques de Dmitri Chostakovitch, Alexei Mossolov, Giacinto Scelsi, John Oswald, Vassili Lobanov, Gavin Bryars, George Crumb, Jean-Sébastien Bach, Maurice Ravel et Heiner Goebbels lui-même, magnifiquement interprétées sur scène par le Quatuor Mondriaan, une formation d’Amsterdam réputée pour son exploration du répertoire du vingtième siècle.

Si ce qui distingue les vrais artistes est cette manière d’inlassablement poser les mêmes questions, de fouiller les mêmes motifs, d’approfondir les mêmes figures, il ne fait pas de doute que Heiner Goebbels en est un, et l’un des plus grands de la scène actuelle. Mais cette recherche constante, il ne la mène pas seule et, d’un projet à l’autre, il poursuit une collaboration sans cesse nourrie, avec un réseau de têtes chercheuses soucieuses d’associer leur savoir-faire à la création de ce théâtre total qui marie à la perfection le jeu sur le texte, la vidéo, la musique et une étonnante scénographie.

« Et cela donne un spectacle exceptionnel,(…) qui vous cloue à votre siège, tout œil, tout oreille, happé par la beauté autant que par le sens que cette beauté donne au propos. ». Brigitte Salino, Le Monde

création et réalisation par Cristian Nistor

graphique et mise-à-jour Bogdan Malaelea-Toropu

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