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| Magazine mensuel de dialogue culturel | Depuis 2001 • No 20 • Montréal • 15.04.2006 |
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Cristina Iovita Pâques Barbares Deux sont les Pâques qui se sont greffées dans ma mémoire depuis le temps où je vivais en Roumanie, l’une qui se passa à Craiova en 1970 et l’autre qui me retrouva à Bucarest, vingt ans plus tard, les deux ayant eu sur moi l’effet de ces événements exemplaires qui marquent la vie d’une personne au point de lui redonner sa dimension mythique intacte comme au jour de sa naissance. En 1970, adolescente encore, j’ai voulu assister à la fête du Christ Ressuscité par besoin de me rebeller contre l’athéisme communiste cherchant à vider mon existence de tout mystère, religieux tout aussi bien que romantique. Mon père, d’habitude très peu friand de romantisme et de ses manifestations, consentit cette fois-là de m’accompagner au grand rassemblement autour de la cathédrale St.Dumitru en pensant, peut-être, aux ardeurs de sa propre jeunesse que le “cirque” religieux avait calmées pour le reste de ses jours. Nous y allâmes, bras dessus bras dessous, à travers la foule endimanchée dégoulinant vers la cathédrale et nous arrêtâmes au pied de la colline surplombant l’église, incapables soudain d’avancer contre le torrent humain refoulé dans les allées du parc en bas. Les cloches sonnaient mais on n’entendait rien d’autre que leur son au milieu de la cohue, on ne voyait surtout pas rien de ce qui se passait en haut, devant les portes de la cathédrale perdue dans le noir criblé d’étoiles. Quelqu’un d’avisé nous informa sur la procession qui aurait dû atteindre la grande porte, verrouillée, du temple, d’après le glas, de plus en plus frénétique, faisant vibrer l’air froid autour de nos mains agrippées aux cierges rituels, puis se tut, laissant le son des carillons s’éteindre dans la nuit étoilée, comme un chanteur qui laisse à l’orchestre derrière lui le soin de développer son refrain. J’entendis, quelque peu étouffée, une voix lointaine qui disait: Qui va là? et une autre, plus lointaine encore, qui répondait: Laissez passer la lumière! puis sentis la foule devant moi se figer dans une intenable attente dont la rigidité me fit rebondir vers la clôture, pendant que je cherchais à retrouver un équilibre quelconque un grand soupir de soulagement traversant les masses, comme une marée montante. Une flamme surgit au sommet de la colline, puis se multiplia, dévalant la pente jusqu’à mes mains gelées serrées fortement autour du cierge éteint et, dans son sillage, m’enflamma les cheveux les faisant craquer comme du bois sec. Mon père me jeta son foulard sur le cou, y apaisant le brasier, tandis que les gens tout autour me donnaient des claques dans le dos et me serraient entre leurs corps enveloppés de tissus épais pour étouffer, à leur tour, ce début d’incendie, plus au loin d’autres corps, couverts de capes et de fourrures, s’étreignant après avoir puisé, dans le cierge du voisin, la lumière descendue du sommet de la colline. “Quelle barbarie” grommela mon père en m’extirpant de la foule à force coups dans les jambes et les bras qui me pressaient et cependant, après avoir brisé le cercle lumineux qui nous entourait, remarquant mon cierge allumé il dit encore “ Une chance qu’il ne vente pas, tu pourras garder le feu jusqu’à la maison”. Vingt ans plus tard, écrasée par la foule réunie dans la cour de l’église Silvestru, transie sous la pluie d’avril tournant subrepticement en neige fondante au-dessus des têtes tournées en direction du porche où le miracle était en train de s’accomplir au son des chants liturgiques que la masse reprenait, s’égosillant à qui mieux-mieux dans l’air froid, j’essayai de libérer mon bras droit, muni d’une maigre bougie éteinte, pour accéder à la lumière déjà descendue aux premiers rangs de l’assemblée. Un des participants devant moi, irrité par mon impatience, me poussa durement vers l’arrière me faisant marcher sur les pieds de quelqu’un placé dans mon dos qui à son tour recula, provoquant une petite vague de cris et de jurons rapidement tournée en bousculade lorsque les gens autour, ayant allumé leurs cierges, tâchèrent de les protéger de l’agitation haineuse au milieu de la foule en piétinant leurs voisins situés en marge de la pelouse. J’entendis derrière moi une voix qui disait “Des barbares, voilà ce que nous sommes devenus. Même la lumière de Pâques n’est plus à partager, on se l’arrache comme un os entre chiens enragés! Tenez, vos cheveux ont pris feu mais j’ai réussi à l’éteindre à temps. Sortons d’ici, il y aura bien quelqu’un sur la rue qui nous laissera tremper nos bougies dans sa flamme.” C’était un vieux monsieur qui parlait, tout en me tapotant la nuque avec son foulard en soie pour s’assurer d’avoir bien éteint la torche dans ma crinière, son langage soigné contrastant avec la rage vibrant dans le ton de sa voix lorsqu’il achevait son discours en fendant la foule enragée qui nous bloquait le chemin vers la sortie de la petite cour. Une fois dehors, nous trouvâmes aussitôt deux âmes charitables qui nous prêtèrent leur feu et l’épisode de la bousculade fut oublié dans les voeux que nous échangeâmes après avoir allumé nos cierges à ceux des passants, l’odeur de mes cheveux brûlés se dissipant lui aussi dans l’air froid, à mesure que je marchais à petits pas, protégeant la flamme entre mes mains contre la bise balayant les rues sombres de Bucarest plongé dans le noir depuis le renforcement des restrictions sur la consommation d’électricité. Quand je pense à toutes les Pâques de
ma vie, celles qui m’ont fait plonger dans la barbarie pour
m’en retirer toute joyeuse, une petite flamme entre mes mains
à garder allumée contre vents et marées, sont
donc, à mes yeux, les plus belles que j’aie jamais vécues.
Je vous souhaite d’en vivre tout autant. Florin Oncescu Les Européens de l’Est face à la religion On parlait dans la cafétéria, au boulot. Deux Roumains, un Portugais et deux Algériens, cela donnait deux chrétiens orthodoxes, un catholique et deux musulmans. Le lunch c’est le meilleur moment de la journée de travail. L’on profite pour échanger des idées sur n’importe quoi, pourvu que ce ne soit pas lié au boulot. Ce jour-là on parlait des bandes dessinées danoises mettant en vedette Mohammed. Pour les deux Algériens, la réaction vigoureuse de certains musulmans face aux dessins était due à la manipulation dont ils étaient victimes. Les responsables seraient, donc, leurs gouvernants corrompus. C’est l’opinion que je partage, j’ai trouvé donc que mes collègues algériens sont des gens intelligents. Mais moi, j’aime généraliser. « Si quelqu’un parle trop sur la religion, c’est parce qu’il veut détourner l’attention des gens afin de mieux s’attaquer à leurs poches. » « Vraiment ? Les prêtres aussi ? » – dit Naim. Naim n’est pas seulement intelligent, il est aussi un bon musulman. Peut être que Djamel l’est aussi, mais il est nouveau dans notre group et on se connaît moins. Mais pour Naim, c’est prouvé. Je ne l’ai pas vu mettre les pieds dans la cafétéria durant les deux derniers Ramadans. « Les prêtres sont des professionnels de la religion. Quand ils parlent de Dieu ils font leur boulot. It’s business only. » « Et les rabbins ? » « Pareil. Des professionnels. Juifs, chrétiens, musulmans, c’est pareil. » Andrei, l’autre Roumain, me vient en aide. « C’est vrai ! La religion, c’est personnel !» « Ok, donc » – soupira Naim. Il a laissé tomber les astuces face au front commun des Roumains. Le Portugais, c'est-à-dire le catholique, n’a pas eu d’opinion à partager. *** Les premières cinq mois passés à Montréal, je vivais seul dans une pièce et demie, quelque part sur le Plateau. C’était avant que ma femme et mon fils arrivent à leur tour de Roumanie. Dans le même immeuble, sur le même palier que moi, habitait un Russe appelé Egor. Lui aussi était ingénieur. Il cherchait un emploi d’ingénieur avec plus de détermination que moi. On se parlait de temps en temps, lorsqu’on se rencontrait par hasard sur l’escalier. Des fois, on se frappait à la porte, pour échanger les nouvelles de la journée. Une fois, c’était le samedi d’avant le jour de Pâques. La nuit qui suivait, vers minuit, je devais rencontrer des amis, pour aller « prendre la lumière ». Autrement dit, écouter le prêtre dire trois fois aux gens ressemblés devant l’église « Christ est ressuscité ! », répondre chaque fois, avec tout le monde, « En vérité Il est ressuscité! », regarder « la lumière » se propageant d’une bougie à l’autre jusqu’à un de mes voisins et allumer, à mon tour, ma propre bougie. A l’époque, je travaillais six heures par jour dans la rédaction d’une revue de langue roumaine. Les amis que j’allais rencontrer à l’église étaient tous des gens connus là-bas. Après la prise de lumière, nous avions planifié d’aller ensemble chez un d’entre nous, pour partager un verre de vin rouge et un morceau d’agneau. J’ai pensé au pauvre Egor, sans famille et apparemment sans amis à Montréal. J’ai frappé à sa porte et, dès que j’ai vu son visage arrondi, je lui ai dit sans détour: « Egor, veux-tu venir avec moi ce soir à l’église roumaine? » Egor m’a jeté un regard ahuri. Je me suis pressé de lui donner des détails. « Tu sais, demain c’est Pâques, pour les chrétiens orthodoxes comme toi et moi! Cette nuit, je vais rencontrer quelques amis roumains devant l’église. » « Et quoi ? » – m’a-t-il dit. « Tu peux venir avec moi, faute de mieux…» A ce moment là, quelque connexion c’est faite dans sa tête. En me forçant de reculer, il s’est avancé de deux pas sur le corridor et il a gueulé : « Non, Sorin, je ne veux pas venir avec toi à ton église ! » Je suis resté bouche bée. J’étais convaincu que nos deux autres voisins de palier, des Québécois, avaient eux aussi pris connaissance de la vaillante réponse d’Egor. Je me voyais comme un de ces jeunes très correctement vêtus qui vous frappent à la porte pour vous refiler des brochures aux extraits de la Bible entremêlés de dessins enfantins. « Voyons donc, Egor ! Après l’église on y va boire un verre ! En plus, un de mes amis parle bulgare. On va voir si ça lui suffit pour piger aussi quelques mots en russe !» « Non, Sorin, vas-y tout seul à ton église ! Moi, je ne suis pas intéressé. » Depuis ce jour-là, on ne s’est plus parlé. Pas plus que pour nous dire bonjour. J’étais devenu pour lui quelqu’un qu’il fallait éviter. Otilia Tunaru Pâques à la québécoise C’est bientôt Pâques, le temps où les Chrétiens célèbrent la résurrection de Jésus Christ. Nous, les Roumains, après une période de carême, on se prépare ardemment pour cette fête qui dure trois jours. On cuisine des plats spécifiques, on peinture des œufs, on va à l’église. Beau temps, mauvais temps, dans la Nuit Sainte on s’y retrouve en grand nombre pour chanter ensemble : « Jésus est ressuscité des morts/ En marchant avec la morte sur la morte. » C’est une tradition bien ancrée dans notre culture chrétienne orthodoxe, dans nos habitudes. Qui n’a pas été ému en écoutant l’écho de cette incantation qui vient de loin, de notre pays, de notre enfance? À la lumière de la chandelle, ce message de bonté, de sacrifice et de victoire de la vie résonne pleinement, personne n’y reste insensible... Nous voilà à la veille de Pâques ici, au Québec. Dans notre pays d’accueil, les choses ne sont pas pareilles. Pas du tout. Les coutumes reliées à cette fête ont été perdues dans les foyers québécois. Comme tradition, il y a le rassemblement de la famille pour un lunch ou un brunch et l’habitude de faire des cadeaux, surtout des paniers remplis de toutes sortes de surprises. Ni plats spécifiques, ni souhait comme Jésus est ressuscité!, rien de tout cela ne marque la célébration de Pâques. Dans une société de surconsommation, chaque occasion de fêter représente seulement une autre occasion de magasiner. Si on regarde attentivement sur les rayons des méga commerces on trouvera de quoi faire un menu pascal. Voulez-vous des œufs coloriés? En voilà! Dans tous les magasins vous trouverez : des œufs pralinés ou en chocolat, des œufs Lilliput, des mini œufs assortis ou fondants. On pourra goûter du lapin à la place de l’agneau, il y en a à volonté : Régal lapin chocolat, Splendide lapin coco, lapin doré, lapin à la guimauve ou lapin au chocolat blanc. Ça vous tente, hein, le raffinement des appellations! Ou bien voulez-vous du poulet? Lulu mini poule chocolat et même un poulailler Chicken Coop vous attendent sur les rayons… et de plus, en réduction. Des fèves en gelée de Pâques et différents ornements peuvent accompagner ces plats. Comme dessert, on pourra choisir entre un assortiment de friandises de Pâques (bon choix, c’est un gros sac) ou un personnage préféré… bien sûr, en chocolat : Dora l’Exploratrice, Bob l’Éponge, Spiderman, même un hockeyeur muni de tout son équipement peut fondre dans notre bouche devenue, n’est-ce pas, hypersensible à la saveur du chocolat. Un menu assez varié pour festoyer! À la tentation des offres alléchantes et aux messages poignants de la publicité, personne ne reste insensible… Pendant les Pâques, je m’ennuie de l’atmosphère de fête qui règne dans les familles roumaines. J’aimerais sentir l’odeur des gourmandises comme le cozonac et le pasca qui vous chatouillent le sens olfactif. C’est à l’occasion des Pâques, que j’éprouve la nostalgie de mon pays. Emil Belu Reverii pascale Într-o vesnica criza de timp, scurtam drumul spre scoala taind-o prin cimitirul parasit de la marginea cartierului. Nu mai exista niciun obstacol în cale: câteva cioturi de lemn înfipte în pamânt si câtiva stobori rasfirati prin iarba, aminteau de un fost perimetru al eternitatii. A mai ramas un simulacru de poarta, încremenita de inutilizare, prin care, altadata, convoiul funerar – cai în grele valtrapuri, dricul împodobit cu îngeri auriti urmat de multimea îndurerata – intra în cimitir. În dreapta, o usa prinsa în doua balamale ruginite se balanganea amenintator în jurul unui stâlp de sustinere care parasise verticala. De câte ori priveam aceasta intrare, aveam impresia unei scenografii dintr-o piesa de teatru absurd. Sufocat de noile blocuri ale cartierului, cimitirul se restrângea vizibil, de la an la an, ramânând o insula parasita, într-o perpetua agonie, un loc unde nepasarea si impietatea contemporanilor îsi facusera de cap. Poteca ce traversa cimitirul, ocolea, pios, morminte si cruci prabusite la pamânt. Prin iarba înalta – niciodata cosita, doar pieptanata de vântul câmpiei – se mai puteau zari câteva monumente de marmora, acoperite de straturi groase de muschi verzui, cruci cu bratele rupte si câteva cavouri cu usile ferecate cu lanturi grele. Din când în când, linistea era sparta de croncanitul corbilor asezati pe crengile celor câtiva plopi de lânga capela, ruina si ea. Un petic de pamânt pe care timpul încremenise. De fiecare data, treceam grabit, indiferent la peisajul din jur, cu gândul la îndatoririle scolare sau, poate, la primele iubiri. Nu stiu ce mi-a venit în acea dimineata de duminica pascala! Probabil, impresionat de Misterul Învierii, povestit cu atâta patos de cei ai casei, reîntorsi în zori de la Catedrala din centrul orasului. La primele ore ale diminetii am mers sa revad cimitirul parasit. Niciun semn ca s-ar fi aprins vreo lumânare sau vreo candela pe timpul noptii. Nici-o floare pe mormintele celor plecati. Doar bura de ploaie din timpul noptii pare sa fi fost singurul vizitator. Am luat-o încet pe poteca. Imagini care nu-mi atrasesera niciodata atentia, ma surprindeau la fiecare pas. Aproape de iesirea din cimitir, poteca se bifurca, îmbratisând misterios o cruce din metal, napadita de buruieni, având la intersectia bratelor un dreptunghi de tabla ruginita, pe care cu greu am reusit sa citesc câte ceva: prenumele – „Elena” si vârsta – „13 ani”. Daca prenumele nu îmi spunea nimic, vârsta, în schimb, ma trimitea cu gândul la ceva cunoscut, lecturi, poate fapt trait! M-am abatut din poteca, asezându-ma pe un bloc de piatra rasturnat în iarba umeda. Am încercat sa-mi adun gândurile. Da, mi-am adus aminte! Erau reminiscente dintr-o scriere argheziana, era strigatul disperat al „omului alb”: „Sculati! El striga pe nume vreo 40-50. Un zgomot launtric urmeaza chemarii, si apar pe brânci persoanele numite, din pamânt!” Poate, printre aceste nume se afla si cel al Elenei. La atâtea Minuni, ce ar mai conta înca una... Felicia Mihali L’ambiguïté religieuse Je pense que le doute qui s’installe peu à peu dans l’esprit des croyants commence avec l’écart entre les mêmes fêtes religieuses. Célébrer à courte distance une fête qui parle du même événement a quelque chose de démystifiant. Acheter, prier et avoir des congés à des moments différents, cela peut ébranler votre foi. Qu'en est-il de nos Pâques? Que diraient nos parents en nous voyant acheter des œufs et des lapins en chocolat? Que diraient-ils en nous voyant aller au boulot le deuxième jour de Pâques? Que diraient-ils en nous voyant manger de l’agneau de la Nouvelle Zélande? Les deux événements fondamentaux de la chrétienté sont, tout le monde le sait, la naissance et la mort de Jésus. Mais entre les deux, il y a non seulement une différence de nature mais, de plus en plus, de perception et de célébration aussi. La naissance de Jésus bénéficie au sein du monde chrétien d’une certaine unanimité et uniformité. Il est plus réjouissant de célébrer la naissance de quelqu’un que sa mort. L’effort publicitaire y est pour quelque chose, car c’est plus rassurant d'investir dans une fête joyeuse que dans le deuil. Au cours des millénaires, les efforts de l’église se sont conjugués avec ceux des commerçants. Ainsi, la célébration de Noël commence un mois avant le jour même. Les crèches sont plantées dans les jardins dès le lendemain de l’Halloween. Qu’en est-il de Pâques? Aucune décoration dans les jardins mornes pendant ce bref passage entre hiver en printemps, un jour de congé que les entreprises accordent à leur guise, voilà ce qu’est devenu la plus grande célébration chrétienne! Néanmoins, l’affaiblissement de l’attention accordée à Pâques n’est-il pas réjouissant? En célébrant moins, peut-être que l’on croit inconsciemment en l’existence éternelle de Jésus. On se berce de l’illusion qu’il n’est pas mort, qu’il a une existence éternelle parmi nous sans avoir eu à subir ce châtiment encore empreint de mystère. Les démêlés de Dan Brown avec la justice nous convainquent de la difficulté de croire dans la mort de notre sauveur : Da Vinci Code nous assure que Jésus n’est pas mort, qu’il a épousé Marie Magdalena, qu’ils ont eu une fille et qu’ils se sont réfugiés en France. La naissance de Jésus n’est pas encore mis en doute par de tels détails : personne n’a jusqu’à présent contesté la crèche, l’étable, les mages,… sauf les infidèles. Il est vrai qu’on conteste vaguement de la couleur et du sexe de Jésus mais, jusqu’à la naissance d’un nouveau Dan Brown, on est encore rassuré. Les chrétiens catholiques et orthodoxes ne célèbrent pas la fête de Pâques à la même date. Il faut reconnaître que les catholiques célèbrent Pâques à la bonne date, celle qui est établie en accord avec les deux phénomènes naturels astronomiques : l’équinoxe et la pleine lune. Depuis l’adoption du calendrier Grégorien en 1582, Pâques est toujours le premier dimanche après la pleine lune de l’équinoxe du printemps. La seule exception à la règle est lorsque la Pâque juive tombe le même jour : dans ce cas-ci uniquement les catholiques remettent leur fête une semaine plus tard. Quand aux orthodoxes, ils continuent de célébrer Pâques selon l’ancien calendrier Julien qui calcule l’équinoxe du printemps treize jours plus tard. Cette année, les Pâques orthodoxes sont une semaine après la fête de Pâques des catholiques. Je dois avouer que depuis que je vis à Montréal, en tant que chrétienne orthodoxe, j’éprouve une grande insatisfaction quand au déploiement des stratégies commerciales autour de cet événement. Le glamour qui se déploie dans les commerces pour attirer les acheteurs, les attirails des oeufs et des lapins en chocolat sont extrêmement mis en vedette dans la période précédent le dimanche de Pâques des catholiques. Par contre, pour les orthodoxes qui font leurs emplettes de Pâques une semaine plus tard, tout cela à un aspect révolu, fané. On a l’impression d’acheter les rebuts, ce qui reste encore sur les tablettes juste avant d'être retiré et entreposé. Ensuite, il y a les congés. Nous devons régler nos congés sur ceux des catholiques. Nos Pâques passent inaperçues, réduites à un dimanche ou l’on se réunit en famille, comme tant de fois au cours de l’année, à la simple différence que l’agneau est au menu. Plus grave encore, nous les orthodoxes on ne bénéficie pas de ce lundi bénéfique pour guérir notre foie et notre nausée causée par l’ingestion d’une quantité d’œufs bouillis. Dans la tradition orthodoxe, on mange des œufs peints en rouge, couleur qui évoque le sang de Jésus. Ce que j’apprécie néanmoins est que, malgré tous ces motifs de révolte, les orthodoxes restent une minorité religieuse silencieuse. C’est une minorité qui prouve que la religion relève du domaine privé. Tina Armaselu Le dimanche de Pâques. Lilas ou magnolia? Comme probablement une bonne partie de ceux venus du même pays que moi, je garde encore en mémoire une certaine image du dimanche de Pâques que j’essaie de refaire, au moins partiellement, chaque année, quand la fête arrive. C’est peut-être parce que, au moment où beaucoup de choses changent dans notre vie, on a besoin de quelques constantes, au moins au début de ces changements, et ce sont les traditions qui peuvent toujours jouer ce rôle. Mais avec le temps, on se rend compte que même ces traditions changent. Soit parce que nous avons changé et notre perception en est différente, soit parce que le point d’arrivée n’est jamais une copie exacte du point de départ, sauf s’ils coïncident. Et même dans ce cas, le décalage dans le temps peut en produire des perceptions différentes. En pensant aux Pâques, les préparations de la veille, les emplettes de toutes sortes, le pâté d’agneau bien garni d’épices, la teinture des oeufs, le son des cloches, le pain béni, imbibé de vin, apporté chez soi de l’église, sont restés pour moi presque les mêmes. Ce qui a changé, c’est le repas de dimanche, célébré avant avec les parents, maintenant avec les amis. Mais ce jour avait également pour moi une certaine résonance avec l’état de la nature. Je l’associais aux vergers en fleurs, aux jardins pleins de jacinthes, à l’odeur du lilas dans les ruelles de ma ville et surtout au bouquet de lilas que ma mère arrangeait dans un grand vase bleu cobalt pour ce jour de fête… Arrivés sur un autre continent on n’a plus affaire à la même nature. Pas de vergers en fleurs et pas de lilas au temps de Pâques. Et pourtant … A deux ruelles de chez moi, depuis mon arrivée ici, il y a un magnolia qui ouvre ses fleurs charnues, d’un rose délicat, chaque année au temps de la grande fête. Je l’ai vu aujourd’hui au passage. Il n’y avait encore que des bourgeons, un peu entrouverts, montrant déjà de petits bouts de pétales blancs. Jusqu’aux Pâques orthodoxes il y a encore une semaine … Alors, pour ce dimanche de Pâques, lilas ou magnolia? Cristina Montescu Pâques, papier jauni Les Pâques sont comme une affiche qu’on a mise dans sa chambre. Au commencement elle était tout neuve, tout brillante, elle habitait la pièce entière. Mais, un jour, l’affiche perd sa couleur et les idoles partent sans tarder. Quand j’étais petite, la fête de Pâques était la plus importante fête de l’année. Le grand nettoyage de printemps, le carême, les vêtements gardant encore leurs étiquettes, l’église, la confession des péchés, tout était là. Il fallait traverser plusieurs espaces d’ombre pour sortir à la lumière des cierges pascals. Le Vendredi saint, il y avait, dans la cour de l’église, la table chargée d’icônes et de fleurs. Tulipes rouges, lilas encensé sommeillaient au voisinage d’une bible ouverte. Des icônes m’effraient par leur immobilité d’argent et par leur soumission aux baisers de la légion de fidèles. Ma grand-mère portait un manteau bleu auquel je m’accrochais lors des trois passages sous la grande table fleurie d’icônes. Ensuite, le prêtre m’encageait sous la nuit de son étole et il fallait avoir l’esprit vif pour dénicher vite ses péchés et pour s’en libérer. Vendredi saint, des mots que je ne comprenais pas, spovedanie, grijanie, des bains embaumés pour maintenir la santé de mon âme. Dimanche, l’avant-aube du retour de l’église, le corps et le sang de Jésus notre sauveur blottis dans un mouchoir en papier. Je portais au bout des cierges la lumière de la résurrection et je marchais à petits pas, je luttais avec le vent pour ne pas la perdre. La flamme se brisait, je la rapiécais, je continuais à marcher. Le Christ est ressuscité ! m’annonçaient les gens de passage, les colliers verts au seuils des maisons, mon cierge allumé et morveux. Je répondais alors C’est vrai, le Christ est ressuscité, le Christ est ressuscité ! Quand j’ai grandi, il a commencé à faire deux Pâques. Deux Pâques à résurrection garantie. Et il a fait Ramadan. Mes Pâques sont les Pâques qui prennent une semaine de retard, les Pâques que tant d’autres ne fêtent pas. Le Christ ressuscite une semaine avant qu’il s’en aille. La Semaine sainte, le Vendredi saint, même les Pâques filent en silence. Mon église orthodoxe ressuscite le temps d’une nuit noire et venteuse et reprend son silence. Fermeture éclair, dispersez-vous / rentrez chez vous, cette année le Christ s’est enroué à crier ! Huguette Proulx Pâques Pâques, c’est le retour à la vie après le long hiver. Cela coïncide avec l’arrivée du printemps, les périodes d’ensoleillement plus longues avec le passage à l’heure avancée, l’éclosion des crocus, des tulipes, les cris et rires des enfants qui de nouveau envahissent les parcs, le retour des oiseaux qui par leurs ramages rendent la levée du corps moins pénible,….Profane que tout cela mais oh combien vivifiant! Pâques, c’est aussi la plus grande fête religieuse pour les Chrétiens. Pessah ou Pass-Over pour les Juifs qui commémore l’exode de ce peuple vers l’Égypte, la Résurrection du Christ pour les autres après 40 jours de carême (que l’on peut certes rapproché du Ramadan) dont l’apothéose est le Vendredi Saint, mort du Christ, qui sera suivi d’un silence jusqu’au dimanche où à nouveau les cloches tinteront. Encore aujourd’hui, nombreux sont ceux qui suivent les offices marquant cette période : lavement des pieds, eucharistie, chemin de la croix puis, les célébrations rattachées à la Résurrection elle-même : bénédiction de l’eau, du cierge pascal, baptême, tout ce qui fait appel à la vie. Enfant, Pâques était aussi la journée où l’on revêtait des vêtements neufs et plus légers. Quelle joie de sortir en souliers délaissant les grosses bottes! On était fier et heureux de ce changement prometteur de la venue de l’été et annonçant la fin imminente de l’année scolaire. Aujourd’hui encore, les familles soulignent cette fête par un repas. On retrouve sur la table des familles québécoises le traditionnel jambon de Pâques, décoré d’ananas, arrosé de sirop d’érable et souvent accompagné d’une salade de choux. Un délice! Même si l’agneau, mets traditionnel des communautés européennes, nous est plus accessible, c’est le jambon qui prédomine encore chez les Québécois. Bien sûr, petits et grands recevront leur part de chocolat sous toutes formes : œuf, poule, lapin,…C’était néanmoins plus significatif autrefois du fait que pendant le carême les friandises étaient bannies. Souvent des lys orneront la maison. Le blanc et le jaune sont et demeurent les couleurs prépondérantes de cette journée. Et, on profitera du lundi de congé pour remiser au rancart les vêtements d’hiver et profiter de l’extérieur surtout si la température s’y prête. À tous, JOYEUSES PÂQUES!
Otilia Tunaru Les enfants et l’éducation cinématographique La 9e édition du Festival International du Film pour Enfants de Montréal (FIFEM) a eu lieu du 4 au 12 mars 2006, pendant la semaine de relâche scolaire. Le FIFEM a proposé une série des meilleurs films de la production actuelle internationale dédiée à l'enfance et àla jeunesse, ainsi que des courts-métrages québécois. Les enfants ont fait effectivement le tour du monde en neuf jours en visionnant des films en première nord-américaine des différents pays comme la Suisse, la Norvège, les Pays-Bas, la Chine, le Cuba. L’édition de cette année a été remarquable par l’implication des enfants dans une variété d’activités spécifiques : les rencontres avec des cinéastes qui ont révélé les secrets de leur travail, les ateliers d’animation, l’expérimentation de la pixilation -technique d'animation image par image -, la production d’un vidéoclip. Pour les tout-petits, c’était le premier contact avec le cinéma. Les plus grands ont été en mesure de juger, en votant pour le film préféré du public et en participant au concours « DEVENEZ CRITIQUE DE CINÉMA ». Les candidats devaient écrire une critique de maximum 200 mots sur un film vu au FIFEM. Lors de la cérémonie de clôture, la directrice du festival, Mme Jo-Anne Blouin, a fait un résumé des réalisations du festival. Elle a annoncé que la 10e édition de l'année prochaine sera quelque chose de spécial et que les démarches ont déjà commencé. Les enfants ont eu l’occasion d’apprécier pleinement leur travail en visionnant le tout sur le grand écran. Cette année, exceptionnellement, le jury était composé de huit enfants de la même famille, soit la famille Dury-Leclerc. Pour ce qui est du prix de la critique, le grand gagnant se nomme Zeyad El Omari de 12 ans. Sa critique a été publiée dans le journal Métro et sur le site web du festival (www.fifem.com). Marie-Michel Dury, une jurée de 10 ans, a remporté la mention spéciale et elle a été présentée comme un jeune espoir pour la critique du cinéma québécois. Finalement, le Jury Enfant a présenté les films lauréats du festival : GRAND PRIX DE MONTRÉAL : Je m’appelle Eugène, c’est tout dire! PRIX SPÉCIAL : Mon ami Pitbull PRIX DU PUBLIC : Le cheval de Saint-Nicolas Il y avait une espèce d’anarchie dans les corridors du cinéma Beaubien; les enfants dansaient, jasaient, échangeaient des impressions sur les films visionnés. Les membres du comité du festival ainsi que les 8 jurés ont été contents de rencontrer le public et de répondre aux questions des jeunes curieux. L'éducation cinématographique par le biais du jeu et de la curiosité enfantine a fait le délice de cette semaine des vacances. Pendant tout l'événement, la joie et l’enthousiasme se sont emparés, car la participation à ce festival a été comme une belle aventure dans le monde du film. Si d'autres enfants veulent faire partie du Jury,
ils peuvent envoyer un courriel en laissant leurs nom, âge et
coordonnées et ils seront contactés plus tard afin de
les rencontrer cet automne et discuter avec eux. Tous ceux qui aimeraient
s'impliquer (soit comme bénévole ou autre) sont invités
à faire part de leurs propositions. Tout simplement! Nous vous invitons à lire la critique gagnante
: www.fifem.com; www.fifem.com/pages/concours_gagnant.html PHOTO : Otilia Tunaru-Le jury de FIFEM |
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